Un guerrier nommé Debord | Causeur

Un guerrier nommé Debord

Une exposition à la BNF raconte son combat total contre la société du spectacle

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 14 avril 2013 / Culture

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guy debord bnf

« Trésor national » : cette distinction  accordée à Guy Debord (1931-1994) par le ministère de la Culture, en 2008, l’aurait peut-être fait sourire. Cette reconnaissance posthume est forcément suspecte aux yeux de ses thuriféraires gauchistes. Comme pour poser une pierre supplémentaire dans le jardin de ses admirateurs post-situationnistes, la Bibliothèque nationale de France consacre actuellement une exposition entière à notre dernier penseur et écrivain classique1.
« Classique », dites-vous ? Voilà qui défrisera les amoureux transis de l’Internationale situationniste (1957-1972) vouant un culte posthume à son illustre fondateur. D’emblée, une question fuse : comment cet indécrottable marginal, qui bouda radios et télévisions jusqu’à sa mort, peut-il connaître les honneurs de la bureaucratie culturelle ? Avec la sottise des maximes proférées sur le ton de l’évidence, d’aucuns vous répondront que le révolutionnaire « situ » était nécessairement récupérable par l’industrie du divertissement.
Si Debord est à la fois classique et maudit, au même titre que Barbey d’Aurevilly, ce n’est pas seulement par son style d’écriture, tout en virtuosité Grand Siècle. Ne nous laissons pas tromper par la virulence acide de ses derniers pamphlets, écrits en réponse aux odieuses accusations dont il fut l’objet après l’assassinat de son ami et éditeur, Gérard Lebovici, en 1984. On y lit des aphorismes mélancoliques − « Je n’ai jamais cru aux valeurs reçues par mes contemporains et voilà qu’aujourd’hui personne n’en connaît plus aucune »2 - ou mordants - « Je ne suis pas un journaliste de gauche : je n’ai jamais dénoncé personne »3 - proches des meilleures saillies cioranesques.

[...]

« Guy Debord. Un art de la guerre », BNF François-Mitterrand. Du 27 mars au 13 juillet 2013.

*Photo : Fonds Debord (BNF).

  1. « Guy Debord. Un art de la guerre », BNF. Du 27 mars au 13 juillet 2013.
  2.  Panégyrique, tome premier, éditions Gérard Lebovici, 1989.
  3. « Cette mauvaise réputation… », Folio-Gallimard, 1993.
  4. Commentaires sur la société du spectacle, éditions Gérard Lebovici, 1988.
  5. Une inflexion que confirma la publication tardive de La Planète malade (2004), opus écrit une bonne décennie avant le rapprochement de Debord avec l’Encyclopédie des Nuisances de Jaime Semprun, en 1985-1986.
  6. « Les erreurs et les échecs de M. Guy Debord par un Suisse impartial », fonds Debord de la BNF.
  7. Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du Spectacle », un film de Guy Debord, 1975.
  8. In girum imus nocte et consumimur igni,un film de Guy Debord, 1978.

  • causeur1

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    publié dans le Magazine Causeur n° 1 - Avril 2013

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    causeur1
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    • 3 Mai 2013 à 19h59

      cage dit

      Debord? non merci.
      Un art de la guerre? Un air de la gare, oui.
      Produit typique de 68. L’audace à 3 balles. Recommandé à tout étudiant en « cinéma » Femis comprise.
      Debord, l’exotisme du critique qui se consume lui-même. Une martyrologie de dandy qui s’est mis dans un cul de sac mortifère.
       Accusateur public du public.
       Avant lui, Spinoza: “on ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne; c’est parce qu’on la désire qu’on la trouve bonne”.
      Elle est bien bonne celle-là : Debord, sa mise en scène sinistre, “regardez comme je suis jusqu’au boutiste”, est tout à la hauteur du narcissisme indécrottable du personnage.
      Causeurs, causez !! Lisez mais lisez donc, « bloc notes d’un contre-révolutionnaire ou la gueule de bois » c’est écrit en 69 et côté lucidité sur 69 et ce monde qui vient… pas…

      • 3 Mai 2013 à 20h01

        cage dit

        “Bloc note d”un contre révolutionnaire ou la gueule de bois”
        de Piotr RAWICZ. 

    • 14 Avril 2013 à 14h19

      ACL dit

      Il n’était pas très doué.
      La société du spectacles triomphé et nous a réduit à l’esclavage. 

      • 14 Avril 2013 à 18h08

        yt75 dit

        Mais, comme l’écrit Debord dans la planète malade, on sait aujourd’hui, scientifiquement, que cela ne pourra pas continuer longtemps, et cela pour des raisons extrêmement banales mais aussi mesurables, typiquement ci-dessous pour le pétrole : http://iiscn.files.wordpress.com/2013/03/laherrere_all_liquids_production_1900-2200.jpg

        • 14 Avril 2013 à 18h33

          yt75 dit

          Note : “la planète malade” a été écrit en 1971 et non 84 85 comme écrit dans les notes du présent article.

          Par contre dans ce texte, Debord n’évoque pas directement (ou très peu) la finitude des ressources, finitude des ressources qui est pourtant avec la pollution l’autre contrainte majeure auxquelles le même processus (la production ou société industrielle, et l’énergie et matériaux nécessaires à ce processus) fait “face”.

          Et actuellement ces deux contraintes se font sentir plus ou moins en même temps, même si l’aspect “finitude des ressources” est beaucoup moins évoqué, pourtant raison première de la crise actuelle qui ne fait que commencer.
          http://iiscn.wordpress.com/2011/05/06/bataille-et-lenergie/
          Remarquons aussi que 1971 c’est juste après le pic de production de pétrole des Etats-Unis (1970), c’est aussi l’année de l’abandon de Betton Woods (passage au fiat petro $), et juste avant la parution du rapport “meadows” sur les limites de la croissance, rapport qui est un bon exemple de : “L’époque qui a tous les moyens techniques d’altérer absolument les conditions de vie sur toute la Terre est également l’époque qui, par le même développement technique et scientifique séparé, dispose de tous les moyens de contrôle et de prévision mathématiquement indubitable pour mesurer exactement par avance où mène – et vers quelle date – la croissance automatique des forces productives aliénées de la société de classes : c’est à dire pour mesurer la dégradation rapide des conditions mêmes de la survie, au sens le plus général et le plus trivial du terme.”