Gülen, putschiste ou tête de Turc? | Causeur

Gülen, putschiste ou tête de Turc?

Entretien avec le chercheur Bayram Balci

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 07 octobre 2016 / Monde

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Sans trop s'embarrasser de preuves, Erdogan a accusé son ancien allié le prédicateur Fethullah Gülen d'avoir organisé le coup d'Etat avorté du 15 juillet. D'où une vaste chasse aux gülenistes dans l'armée, la justice et l'éducation. L'universitaire Bayram Balci dresse le portrait de l'ennemi public n°1 du président turc.
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Ozan Kose.

Causeur. Depuis le coup d’État manqué du 15 juillet dernier, le gouvernement turc pointe du doigt l’intellectuel et prédicateur musulman Fethullah Gülen et ses disciples. Trouvez-vous ces allégations crédibles ?
Bayram Balci1. Il faut rester prudent parce que nous ne savons pas tout. Néanmoins, vu l’ampleur de la guerre que se livrent Erdoğan et l’AKP d’un côté, Gülen et son mouvement de l’autre, la question de l’implication des gülenistes dans le putsch est légitime. D’autant que par le passé, des disciples de Gülen ont tenté de déstabiliser la Turquie. Reste que cette implication n’est toujours pas prouvée. À ma connaissance, le dossier manque d’éléments forts, de preuves tangibles. Il est vrai que les gülenistes sont nombreux au sein du Parquet, de la justice, de l’Éducation nationale et de la police. Cependant, l’armée turque, qui s’en est toujours méfiée, et les services de renseignements ont résisté à leur infiltration.

Quand vous parlez de tentative de déstabilisation, faites-vous référence à la diffusion en 2013 d’enregistrements compromettants démontrant le rôle d’Erdoğan et de ses proches dans des affaires de corruption ?
Oui, ainsi qu’à la révélation par des médias proches de Gülen de l’affaire des camions chargés d’armes à destination de l’État islamique en Syrie. Que ces faits soient avérés ou non, une chose est certaine : l’objectif des disciples de Gülen était de mettre en difficulté, voire de faire tomber, Erdoğan !

[...]

  1. Bayram Balci est chercheur en sciences politique à Sciences-Po Paris. Ses recherches portent sur l’islam politique dans l’espace post-soviétique et la Turquie. Son dernier livre, Religion et Politique dans le Caucase post-soviétique, a été publié cet été par l’Institut français d’études anatoliennes.
  2. Balyoz : en turc « marteau de forgeron ». Nom de code d’un supposé projet de coup d’État militaire qu’auraient planifié des officiers kémalistes en 2003, en réponse à la victoire de l’AKP en 2002.
  3. Ergenekon : nom de code d’un présumé réseau composé de militants nationalistes, militaires, journalistes, magistrats et gendarmes constituant « un État profond », dont l’objectif aurait été de se débarrasser de l’AKP au pouvoir depuis 2002. De grands procès ont eu lieu de 2007 à 2009, et plusieurs dizaines de personnes, dont des généraux à la retraite, ont été lourdement condamnés. Cependant, depuis 2013 l’AKP et l’État turc affirment qu’il s’agit d’un vaste coup monté par la mouvance Gülen dont les membres auraient falsifié les preuves et orchestré des faux procès. Après ses révélations, les condamnés ont fait appel.
  4. Cette forme de religiosité se caractérise par le fait que les croyants se constituent en disciples d’un maître qui s’engage à les guider dans leur cheminement spirituel. La confrérie constitue ainsi une communauté bien soudée.

  • causeur.#39.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 98 - Octobre 2016

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    causeur.#39.bd.couv
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    • 8 Octobre 2016 à 15h00

      QUIDAM II dit

      L’empire ottoman a colonisé la totalité du monde arabe (sauf le Maroc) qui a fini par se révolter contre lui, et une partie de l’Europe. Non seulement l’esclavage y était florissant, mais encore à partir du xive siècle, les Turcs prélevaient régulièrement en pays conquis de jeunes enfants chrétiens âgés de 10 à 15 ans pour en faire des janissaires qui appartenaient à la classe des esclaves de la « Sublime Porte ».
      La fin de l’empire ottoman a été marqué par des massacres et des déportations de masse (les massacres hamidiens de 1895 ; le génocide des arméniens de 1915 ; l’expulsion de 1,6 million de Grecs pontiques et anatoliens en 1923.
      La république turque a expulsé les derniers Grecs d’Istanbul en 1964, et conquis militairement la partie nord de Chypre en 1974.
      Aujourd’hui, son colonialisme s’exerce sur une partie du Kurdistan, et sur la partie nord de Chypre conquise en 1974 au cours de l’opération militaire appelée « Attila ».
      De plus, elle devient un pays dictatorial et théocratique qui jette en prison plus de journalistes que la Chine.
      Avec Erdogan, la Turquie a le dirigeant qu’elle mérite.

    • 7 Octobre 2016 à 14h30

      steed59 dit

      en gros l’islamisme politique comme toute idéologie totalitaire pratique régulièrement des purges destinée à réaffirmer sa puissance idéologique.ça rappelle l’urss des années 30 avec Staline dans le rôle d’Erdogan et Gulen dans le rôle de Trotski(Zinoviev, Kamenev, Tchoukatchevski ….)