“Une victoire de Macron aggraverait les fractures françaises” | Causeur

“Une victoire de Macron aggraverait les fractures françaises”

Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault 2/2

Auteur

David Desgouilles

David Desgouilles
Blogueur et romancier.

Publié le 19 avril 2017 / Politique

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guillaume perrault emmanuel macron

Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00802648_000017.

>> A lire aussi: “La France devrait réhabiliter le conservatisme” – Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

François Fillon a été désigné candidat de la droite en novembre 2016 en remportant la primaire. Désigné pour son conservatisme, il a ensuite chuté de manière vertigineuse dans les sondages.  Son effondrement est-il vraiment dû aux affaires ou résulte-t-il de ses positions économiques très libérales, notamment autour de la Sécurité sociale ?

Le programme économique libéral de Fillon sans contrepoint conservateur ne lui aurait pas permis de triompher à la primaire. Il a gagné dans un fauteuil en novembre pour avoir su parler de la France, de notre héritage et de la nécessité d’honorer et de transmettre le monde reçu de nos pères. Les électeurs de droite étaient si sevrés de ce discours qu’ils lui ont aussitôt marqué leur reconnaissance en l’adoubant. Lors de la primaire, Fillon a été l’instrument d’une aspiration qui le dépassait. Aussitôt désigné, les ambiguïtés de son projet sont en effet apparues à l’occasion de la question ultra-sensible de l’assurance-maladie. Après ses propos ambigus, habilement exploités par la gauche, Fillon a vérifié que la France restait un pays tétanisé de peur – non sans raisons tangibles. Ces dernières années, l’atmosphère du monde du travail s’est durcie. Défiance et amertume s’expriment jusque parmi les cadres du privé. C’est pourquoi une politique libérale trop systématique ne me paraît ni possible ni souhaitable. Il faut s’entendre sur les objectifs et les moyens. Des impôts moins écrasants, la fin des aberrantes 35 heures, des dépenses publiques raisonnables, des comptes publics au cordeau, l’armée, la police et les autres fonctionnaires encore attachés au service de l’État traités avec égards : voilà ce que le conservateur désire. Mais il n’entend pas aller plus loin et n’accorde jamais une confiance aveugle à la logique d’une idée. S’adapter aux évolutions du marché ne justifie pas tout. Comment garantir au salarié d’un grand magasin qui ne veut pas travailler le dimanche – choix respectable – qu’il n’y sera pas contraint en cas de libéralisation du travail dominical ? Tous les choix dans une entreprise ne peuvent pas être livrés à l’arbitraire d’un rapport de force. Un conservateur ne confond pas, en outre, l’éloge justifié de l’entrepreneur avec la fascination pour la puissance ou l’admiration servile de la réussite sociale.                      

Une élection du libéral intégral Emmanuel Macron aiderait-elle à constituer, en guise d’opposition, un pôle conservateur assumé, tel que vous le défendez ?

Une victoire de Macron ne ferait qu’aggraver toutes les fractures qui existent dans le pays. S’inspirer d’exemples étrangers, pourquoi pas ? Mais aucune greffe ne réussira dans notre pays si elle n’entre pas en résonance avec le génie national. Le conservateur, lui, n’a pas honte de l’exception française. Quarante générations la lui ont léguée, et un homme de tradition respecte ce qui dure. Il sait que la France ne sera jamais l’Angleterre. De même, le conservateur refuse d’envisager les innovations sous le seul rapport de l’intérêt du consommateur. Ce libéralisme-là, très peu pour lui ! Le producteur aussi a des droits, malmenés par la tyrannie du coût le plus bas. Le conservatisme est ainsi tout désigné pour offrir une identité forte à la droite qui refuserait de participer à la majorité présidentielle de Macron. Pour commencer, par pitié, n’employons plus le mot conservateur comme synonyme d’immobiliste ! C’est un contresens complet. Le conservateur le sait : la vie modifie tout autour de nous. Le temps modifie les hommes comme les nations. Rien ne reste jamais parfaitement en l’état. Le conservateur ne rêve pas d’une fixité parfaite. Il la sait impossible. Son espoir est de compenser l’altération perpétuelle de toute chose en prenant appui sur les coutumes, les mœurs, les rituels, les symboles et les institutions. Autant de remparts contre la légèreté, la présomption et la suffisance. Le conservateur n’est pas un esprit hostile à toute évolution. Il refuse en revanche de vouer un culte au bouleversement permanent. Pourquoi considérer que changer est en soi une vertu et un bien ? L’arrogance du présent, la volonté de faire table rase du passé et le blâme attaché à la nostalgie sont des sentiments qui révulsent le conservateur. Il n’y voit qu’une sotte prétention. Le respect de l’héritage est la condition d’un changement profitable. Les innovations heureuses sont des greffes prudentes qu’on opère sur un chêne vénérable qui réclame des soins respectueux. C’est le B-A-BA du conservatisme.  

Quelles personnalités pourraient l’incarner ? En voyez-vous dans la droite actuelle ? Ou doit-on se tourner vers la société civile, et lancer dès maintenant le hashtag #Polony2022 ?                                                                                                  

Déposez-le toujours à l’INPI, on ne sait jamais. La droite, en tous cas, si elle veut survivre, doit retrouver la dignité d’une famille de pensée avec un corpus doctrinal. L’arrachement au passé que nous subissons depuis les années 1970 fait songer à ce qu’ont vécu les Français pendant la Révolution, ou au lendemain de la Grande Guerre. Non une simple évolution, mais une accélération brutale de l’histoire, la fin de tout sentiment de continuité, la disparition d’un monde. La vitesse et la violence de la dégradation que nous endurons suscitent une intense inquiétude dans le pays. Allons-nous perdre le trésor – historique, culturel, affectif – transmis par nos aînés ? On croyait cet héritage acquis pour toujours et on en jouissait en fêtard, négligemment, sans mesurer son prix ni les efforts qu’il avait coûtés à ceux qui nous précédèrent et avaient fait de nous ce que nous sommes. Voilà soudain qu’on le découvre fragile et mortel. Voilà pourquoi les conservateurs offrent une réponse aux anxiétés identitaires et culturelles du pays. Les conservateurs entendent préserver et réparer ce qui peut l’être dans une France chamboulée de la cave au grenier par l’application, depuis près d’un demi-siècle, des thèses des radical sixties nées sur les campus américains et qui ont ensuite déferlé sur tous les pays occidentaux. Une majorité de Français de tous milieux sociaux, je le crois profondément, sont prêts à les entendre.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 21 Avril 2017 à 11h43

      radagast dit

      Cet article recèle au moins deux vérités:

      -malgré sa posture centriste soigneusement entretenue par un discours à géométrie variable et ses prétentions à incarner un improbable consensus , voire une phantasmatique union sacrée , Macron est et restera un libéral-libertaire .

      -comme je l’ai moi même écrit sur causeur , il serait au moins aussi clivant pour la société française que le fut Sarkozy , je pense même davantage .

      Il me semble important que les électeurs et électrices de sensibilité centriste qui s’apprêteraient à voter pour lui avec le sentiment d’accomplir leur aspiration à une politique du juste milieu le sachent.

    • 21 Avril 2017 à 7h47

      modramalina dit

      Il fallait vraiment deux articles pour déballer tout cela!!!
      Ce qui est fantastique c’est que, tout compte-fait et en lisant bien ce que nous conte Perrault, on s’aperçoit qu’il doit être…. le seul de l’espèce qu’il décrit!
      Au fond, avec son cul un peu pincé il rappelle ce personnage de Reiser énumérant ce que devraient être les qualités d’un homme vues par une pouffiasse féminarde et concluant: “ben un homme qui ferait tout cela,au fond, il ne doit pas avoir besoin de femme!”
      Eh oui ! Mr Perrault vit avec la France éternelle mais n’a pas vu qu’elle avait un dentier (comme Hannibal) une perruque pour cacher sa calvitie et une jambe de bois! Bref! que c’était l’épouvantail que son grand-père avait rangé dans le grenier à la mort du grand Charles!!!
      Et oui faut s’y faire: c’est bien de se prendre pour le chevalier servant de la reine Guenièvre mais pour la bagatelle!!!

      • 21 Avril 2017 à 20h05

        Hannibal-lecteur dit

        Ma Lina chérie, votre absence momentanée a permis l’évacuation des miasmes et odeurs de sous la ceinture qui accompagnent généralement vos posts, et rafraîchi agréablement l’atmosphère. Votre retour s’accompagne d’une courte redescente sous la ceinture en somme assez discrète, mais surtout de votre besoin incoercible, plutôt que de développer des idées, besoin de référence à autrui, à ceux qui cherchent à les développer. Et toujours de façon identique donc lassante, par rappel de ce qui a peut-être été la première fois une nouveauté peut-être même plaisante, qui depuis fatigue tout simplement par sa répétition incessante . À propos, perso, je ne comprends toujours pas cette référence à un dentier mais passons.
        Donc ma Lina chérie, est-il possible de vous lire sans ces références à autrui qui n’apportent rien au débat et vous desservent maintenant en manifestant la pauvreté de votre imagination incapable de faire du neuf?  

    • 20 Avril 2017 à 21h13

      radagast dit

      Je suis très heureux de la lecture de ces deux articles de David Desgouilles que je ne peux qu’approuver .
      Je retiens l’expression ” Macron organe du libéralisme intégral ” qui pourra resservir et qui est tellement vraie pour autant qu’on en saisisse les subtilités.
      Il n’y a pas de fierté particulière à être conservateur , c’est le penchant naturel de l’Homme pour peu qu’il ait quelque chose à préserver et à transmettre et ne se laisse pas influencer par les agitateurs et les “faiseurs d’opinion” .

    • 20 Avril 2017 à 17h01

      Ar Braz dit

      Ce qui est consternant est que, de plus en plus souvent, on a l’impression que ceux qui viennent émettre leur commentaire n’ont pas lu le texte dont ils parlent.
      A moins, qu’ils ne soient pas capables d’en comprendre les idées et le sens, ou qu’ils refusent tout simplement d’en considérer la signification parce qu’elle s’inscrit à l’encontre de leurs préjugés idéologiques.  

      • 20 Avril 2017 à 21h21

        saintex dit

        Faut pas être con-sterné même si on vit près des mouettes.

        • 21 Avril 2017 à 7h48

          modramalina dit

          Oh très bonne Saintex!!! Koch ki dure!!!

    • 20 Avril 2017 à 13h05

      alainpeulet dit

      Et pendant ce temps là , l’Allemagne prie pour une victoire de Macron ( il fait partie de ceux qui sont allés faire allégeance à Merkel ) . Bientôt la France sera un Lander allemand avec tout ce qui va avec …. immigration débridée , ayatollas écologistes , pacifisme criminel , soumission au mondialisme …et j’en oublie !!!

      • 21 Avril 2017 à 7h50

        modramalina dit

        Oui mais Crassepoutine pourra s’enfiler des Leberwurst!!! Par le petit trou selbstverständlich!

    • 20 Avril 2017 à 12h15

      munstead dit

      L’article anti-micron du jour. Tout frais. Avec un titre particulièrement imbécile et une analyse itou.
      Dans la situation actuelle, peux-t-on penser un instant que l’élection d’un Fillon, d’une Le Pen, d’un Mélenchon ne provoquerait pas des fractures encore plus graves? Autoritarisme, sortie de l’Europe et de l’Euro, alliance russe, matraquage fiscal des classes moyennes, politique sociétale réactionnaire, auraient vite fait de faire descendre les électeurs trahis dans la rue.

      • 20 Avril 2017 à 13h10

        saintex dit

        “peux-t-on penser un instant que l’élection d’un Fillon, d’une Le Pen, d’un Mélenchon ne provoquerait pas des fractures”… Si, certainement.
        “encore plus grave”. A court terme, sans aucun doute.
        La différence est que ces fractures seraient voulues quand Chéri présenterait l’acide devant dissoudre la France comme une crème anti-rides.

    • 20 Avril 2017 à 12h10

      ti suisse dit

      la FAUTE à qui ?? ..j’ai mis en gras-gras le mot ‘faute’, car nous les judéos-judéos nous adorons, on kiffe d’en chier ! et de s’en plaindre !!
      Oh Ouiz la punition !! ..ou de punir !!
      cé la faute à la Société ! aux zélites et au pognon ! (le mien planqué; évidemment)
      Alléé Jésus ! putain-reviens! là je sens qql dissension sur Terre, disons en France (le centre de mon-monde) et ramène nous des pains car je sens la populace molasse.. mais rassure toi nous cernons une paire de coupables (non, pas la Press; son tour viendra !)

    • 20 Avril 2017 à 5h57

      Bataille de France dit

      Sans commentaire. Même si elle a déjà tourné elle se suffit encore et toujours à elle même:
      https://www.youtube.com/watch?v=3_dh9Ul1Xoo