Grippe, l’Etat responsable, mais pas coupable

Encore un bug du principe de précaution

Publié le 10 janvier 2010 à 11:00 dans Politique

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De pandémie, la grippe H1N1 a été rétrogradée en polémique, la menace déclassée en farce avec comme seule consolation l’espoir d’une éventuelle promotion au prestigieux et convoité statut d’”affaire”. En tout cas, il est presque certain aujourd’hui que la dangerosité du virus a été largement surestimée. Si l’heure des comptes n’a pas encore sonné, les décisions publiques sur ce dossier sont déjà vertement critiquées.

Beaucoup de pays et l’OMS elle-même ont, comme la France, pris le virus trop au sérieux. Sauf qu’à cette erreur d’analyse, le gouvernement français en a ajouté une deuxième en sur-réagissant. À la lumière des mêmes données, d’autres gouvernements ont pris des décisions beaucoup plus prudentes. Résultat, la France qui représente à peu près 1% de la population mondiale possède des stocks importants de Tamiflu (médicament censé traiter les symptômes grippaux mais dont l’efficacité est mise en doute) et a commandé 10 % des vaccins produits dans le monde. Enfin, à ces décisions problématiques s’est ajoutée l’organisation d’une campagne de vaccination dans des centres spécialement créés à cet effet et non par les médecins généralistes.
 
Dans ces conditions, la confiance dans la capacité de l’Etat à gérer une crise est sérieusement entamée. Nombre de citoyens se disent qu’ils ont eu raison de donner tort au gouvernement. Prêts à lui intenter un procès en passivité il y a quelques semaines ils sont aujourd’hui décidés à l’inculper pour suractivité et gaspillage des deniers publics.

Si procès il y a, il faut qu’il soit équitable. Pour juger les décisions prises pendant l’été et l’automne, il faut commencer par se demander de quelle information disposaient les décideurs (et notamment la troïka Bachelot-Fillon-Sarkozy) au moment où ils ont fait les arbitrages majeurs. Que savaient-ils du virus et du risque de pandémie ? Quelles propositions leur avaient concocté les fonctionnaires des différents ministères et agences compétents ?

L’essentiel est pourtant ailleurs. Au-delà des problèmes de santé publique, toute cette affaire de grippe A pose la question du “risque” et de son acceptation ou plutôt de son refus. “Délivrez-nous du risque”, voilà ce que les citoyens demandent à leurs gouvernants. C’est peut-être de cette illusion-là que nous guériront les vaccins inutiles.
 
Aujourd’hui, la gestion de certains risques, liés notamment à l’environnement et à la santé publique doit se faire à l’enseigne ou plutôt sous la menace du « principe de précaution ». La définition la plus claire de ce principe se trouve dans la loi Barnier du 2 février 1995 : “L’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable.” Il suffit de remplacer “environnement” par “santé publique” et on voit la nasse dans laquelle est enfermé n’importe quel ministre face à une épidémie annoncée à grand renfort de tam-tam. Qu’il ne fasse rien ou qu’il agisse, il a de fortes chances d’être coupable.

De plus, derrière une apparence de clarté, ce texte est aussi ambigu qu’un verset des saintes écritures. Que signifient, s’il vous plaît, des mesures “effectives et proportionnées” ou encore un coût “économiquement acceptable” ? La proportionnalité d’une mesure (en l’occurrence l’achat de vaccins) et l’acceptabilité de son coût sont justement sujettes à débat. En fonction du contexte, la même décision peut être qualifiée de bonne, d’erreur légitime ou de faute.

Si madame Bachelot a acheté des montagnes de vaccins, ce n’est pas parce qu’elle est vendue aux trusts pharmaceutiques mais parce que nous ne voulons plus courir le moindre risque. Baignés dans une culture d’assurance, nourris au sein de l’Etat-providence, nous voulons vivre dans le Palais de cristal de Peter Sloterdijk. Dans ce monde dont l’homme occidental a expulsé la mort, chaque changement de notre routine climatisée et aseptisée est considéré comme un accident. Mais certains risques nous effraient plus que d’autres. Je connais personnellement plus de personnes qui se méfient des requins que du sucre, même si les squales sont beaucoup moins dangereux que le diabète.

Dans notre grande salle de gym nous ne savons plus apprécier la nature et l’intensité des menaces. Un rien nous effraie. Il serait assez malvenu de reprocher au gouvernement sa gestion de crise car elle est parfaitement raccord avec le conte de fées que nous lui demandons de nous raconter.

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  • 14 January 2010 à 16h06

    lali dit

    bonjour,
    Je me permet de vous envoyer ce courrier pour vous sensibiliser au fait que petit à petit les services de santé se délitent……
    Si vous y êtes sensible venez manifester mercredi 13 janvier place st Etienne à 10h.
    Si vous ne pouvez vous déplacer, vous pouvez signer cette petition en ligne
    Merci d’avance pour votre participation
    Merci de faire passer ce message à vos reseaux afin de rassembler le plus de signataire possible.
    http://www.petitionduweb.com/Sos_chirurgie_cardiaque_pediatrique_de_Toulouse-5909.html
    Cordialement
    Lali

    ——————————————————————————–
    From: lecafedelali@hotmail.com
    Subject: FW: Tr: Rassemblement ARH 13 Janvier
    Date: Mon, 11 Jan 2010 19:45:21 +0000

    ——————————————————————————–
    From: virginie.foissac@sfr.fr
    To: lecafedelali@hotmail.com
    Subject: Tr: Rassemblement ARH 13 Janvier
    Date: Mon, 11 Jan 2010 17:10:47 +0100

    ========================================

    Message du : 08/01/2010
    De : dulac.y@chu-toulouse.fr
    A : virginie.foissac@sfr.fr
    Copie à :
    Sujet : Rassemblement ARH 13 Janvier

    Ci-joint le communiqué adressé à la presse concernant le rassemblement avec les familles du Mercredi 13 Janvier à 10 h

    Le secrétariat de l’ARH a été informé et une délégation pourra être reçue probablement par Monsieur Blanc

    Cordialement

    Communiqué de presse

    Rassemblement contre la suspension de la chirurgie cardiaque pédiatrique à Toulouse

    Le 29 décembre 2009, l’ARH (Agence Régionale Hospitalisation) de Midi Pyrénées a suspendu par un communiqué de presse l’activité de chirurgie cardiaque pédiatrique à l’Hôpital des Enfants de Toulouse. Il s’agit d’une décision administrative, unilatérale et brutale alors que cette activité existe à Toulouse depuis plus de 30 ans. Cette décision survient alors que le CHU et la Clinique Pasteur avaient décidé en 2009 de regrouper cette activité sur le site de l’Hôpital des Enfants (GCS) pour répondre aux normes en vigueur.

    La direction du CHU de Toulouse a fait appel de cette décision. Depuis, une très forte mobilisation s’est manifestée notamment de la part de la communauté médicale régionale et interrégionale, des soignants de l’Hôpital d’Enfants et des familles de patients (2000 signatures de pétitions déjà recueillies) pour reprendre rapidement cette activité.

    L’équipe médicale et soignante de l’unité médico chirurgicale de cardiologie pédiatrique de l’Hôpital d’Enfants s’associera aux familles pour remettre ces pétitions à l’ARH lors d’un rassemblement prévu le Mercredi 13 Janvier 2010 à 10 heures devant l’ARH, place Saint Etienne à Toulouse

    Contact :

    Equipe médico chirurgicale de cardiologie pédiatrique

  • 13 January 2010 à 14h28

    Zantrop dit

    « Mais la gestion soviétique de l’épidémie sous un Président libéral (au sens européen du terme ) laisse rêveur » (Maxiton dixit)

    Le problème, c’est que la gestion n’a été ni « soviétique » ni « libérale ». Bachelot, peut-être mal conseillée, n’a pas voulu (ou été capable de) choisir entre les deux.

    Soit cette pandémie risquait vraiment d’être très grave, et alors cela justifiait des mesures d’exception : commande de millions de doses, vaccination d’urgence dans des centres spéciaux, et il fallait alors rendre cette vaccination obligatoire.
    Soit on optait pour la non dramatisation, une information la plus objective possible, et on passait par le circuit habituel, médecins libéraux et pharmacies, comme pour les campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière.
    Gageons que cette seconde solution aurait donné de meilleurs résultats que les calamiteux six millions de personnes aujourd’hui vaccinées.
    Nombreux furent certainement ceux qui ont été découragés par la complication d’aller se faire piquer au diable vauvert, en attendant des heures, et ceux qui ont été dissuadés par des informations contradictoires sur la dangerosité du produit.

    J’ajoute que le système de santé n’était sans doute pas ce qu’il y avait de plus critiquable en Union Soviétique. En tout cas, force est de constater que le libéralisme actuel a réussi a faire baisser l’espérance de vie en Russie.

  • 12 January 2010 à 20h13

    fatback dit

    @ Ds
    “C’est la faute au libéralisme si les fonctionnaires prennent des mauvaises décisions. Si nous étions tous fonctionnaires ça ne ce passerait pas comme ça, on a eu de magnifiques exemples à l’est, hélas trop tôt interrompus.”
    LOL (comme on dit)… Quoi ? Ce n’était pas une blague ?

  • 12 January 2010 à 10h04

    Georges S dit

    Tout à fait d’accord avec la conclusion. La situation est devenu schizophrénique. Il serait temps que nous arrêtions d’attendre de l’État qu’il nous materne.

    Emission intéressante sur France Culture à ce sujet: http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public/

  • 12 January 2010 à 8h35

    Pierre Savary dit

    Grippe:
    Non, ce n’est pas “Encore un bug du principe de précaution”, c’est simplement de l’incompétence de Sarkozy et des ses ministres (à force de prendre des valets dociles, on récoltes des minables telles Bachelot, Lagarde et autres Mitterand…).
    Incompétence (ou mauvaise foi) encore décelée par le Conseil Constitutionnel à l’occasion de “l’écotaxe”.
    Pour le nouvel an nous souhaitons dans notre famille que M. Sarkozy partes de lui-même ou soit au plus tôt chassé par ls Français qui vont peut-être enfin réaliser qu’ils se sont fait rouler (au fait, cela veut dire quoi “la rupture?).
    Pierre

  • 11 January 2010 à 23h46

    Saul dit

    @ Rotil,
    oui, je sais c’ est pour ça que je l’ avais mis dans la shoutbox.
    n’ étant pas croyant, ne connaissant pas de prières et par peur d’ etre maladroit par les mots, je voulais, vous sachant mélomane, vous exprimer ma sympathie dans votre épreuve par cette nouvelle chanson de Sting découverte hier, trouvant la musique et les voix magnifiques ( pour les paroles, je ne saurais dire, ne comprenant pas l’ anglais à l’ oral )…pas pour que vous la mettiez en ligne.
    mais je me rends compte que c’ était tout aussi maladroit
    pardonnez moi…

  • 11 January 2010 à 20h56

    Ds dit

    C’est la faute au libéralisme si les fonctionnaires prennent des mauvaises décisions. Si nous étions tous fonctionnaires ça ne ce passerait pas comme ça, on a eu de magnifiques exemples à l’est, hélas trop tôt interrompus.

  • 11 January 2010 à 20h23

    MarcusVinicius dit

    “Idem pour les professions libérales qui ne peuvent être indemnisés pour une maladie qu’après une franchise de 30 jours, sauf s’il y a hospitalisation.”

    Désolé de vous contredire, mais le délai de carence est de 90 jours, en tout cas chez les médecins.
    Sinon rien à redire sur votre commentaire.

  • 11 January 2010 à 16h30

    expat dit

    @gris sel : tous mes voeux également à Rackam pour qu’il soit rétablit vite ! Si j’ai bien compris il a été hospitalisé ? qu’il se remette vite pour contribuer à ce fil !

  • 11 January 2010 à 16h23

    Amerotke dit

    Il est normal que, dans un état comportant 20 millions de fonctionnaires (ne me chinoisez pas sur les chiffres), la notion de sécurité soit prépondérante, surtout si l’on ajoute les salariés du privé sur lesquels veille la Secu. Rajoutons les retraités pour faire bonne mesure, et voila les 3/4 de la population concernée.
    Les professions libérales ou les commerçants n’ont pas cet abri. Par exemple, mon boucher a continué à servir ses clients avec 38 °5 de fièvre. Idem pour les professions libérales qui ne peuvent être indemnisés pour une maladie qu’après une franchise de 30 jours, sauf s’il y a hospitalisation.Ces deux catégories ne s’arrêtent pas pour 38 de fièvre, et n’ont pas “droit” comme dans certaines administrations à 3 semaines d’arrêts maladie pas an.
    Pas extraordinaire, donc, que Mme Bachelot se soit conduit en fonction de ses “clients”.
    Le problème est que ses “clients” sont radins et qu’ils veulent la sécurité gratuitement. Certains voudraient même changer la devise de la République : Liberté, Sécurité, Gratuité

  • 11 January 2010 à 16h14

    Rotil dit

    Saul,

    Je suppose que le lien que vous m’avez proposé (dans la shoutbox de mon blog) est celui qui se trouve sur ce fil ?

    Si tel est le cas, merci, mais cette semaine, j’évoque mon frère, donc surtout la musique qui le bouleversait le plus, donc, pratiquement que du Schubert.

    Mais je suis sensible au fait que vous ayez pensé à moi et vous en remercie sincèrement…

  • 11 January 2010 à 11h21

    Lanturlu dit

    Ouvrage de Paul Smaïl, connais pas. Doute que je vais trouver ça à la biblio. du village. Merci pour le tuyau.

  • 11 January 2010 à 11h08

    NewChti dit

    @ Lanturlu Egalement synthétisé par le merveilleux titre du roman de Paul Smaïl :
    “Vivre me tue”

  • 11 January 2010 à 11h02

    maxiton dit

    H1N1 et les prochaines
    En médecine bien souvent 2+2 font 5
    Et l’agent pathogène se manifeste rarement là ou comme on l’attendait.
    Attendons le fin de l’année.

    Mais la gestion soviétique de l’épidémie sous un Président libéral (au sens européen du terme ) laisse rêveur

  • 11 January 2010 à 11h00

    Lanturlu dit

    @ NewChti,
    Comme il avait peur de mourir, par précaution, il se suicida.

  • 11 January 2010 à 10h29

    maxiton dit

    @ impat
    oui.

    Un Roi méconnu.
    Mais je précise cje ne donnais rendez-vous à personne.
    Il s’agissait d’un rappel-in-memoriam

  • 11 January 2010 à 10h25

    NewChti dit

    Le Principe de Précaution est la quintessence du conservatisme, de la peur du changement, du “un tiens vaut mieux que deux tu l’auras”, du Chiraquisme.
    Ne pas prendre de risque, ne rien remettre en question, ne pas croire qu’un meilleur existe et est accessible.
    De plus, il va presque toujours de pair avec le refus d’assumer les erreurs qu’il induit, ni les limites de l’exercice. Comme on ne peut pas anticiper tous les aléas de la vie, on devient démuni et passif lorsque de nouveaux problèmes surgissent qui n’avaient pas été prévus et donc étaient restés en dehors du “Principe de Précaution”.
    En parallèle, ce concept renforce l’idée bien française que l’individu ne peut rien et que l’Etat peut et doit tout prendre en charge.
    La France va crever de cet immobilisme, et en plus avec bonne conscience puisqu’on aura appliqué le Principe de Précaution…

  • 11 January 2010 à 9h00

    Phoebus dit

    @ Susheela 10/1 11h56

    Il faut tout de même nuancer. Dans d’autres pays, la grippe H1N1 a aussi été “dramatisée” par les médias. C’est le cas de la Belgique (commentaires et chiffres quotidiens dans Le Soir), et aussi en partie du Québec, me semble-t-il.

    Sinon, il est vrai qu’il y a des différences “culturelles” d’appréciation de la maladie et même des traitements à apporter.

    Exemple, le fait d’être imprégné de culture catholique ou protestante, influence apparemment l’image qu’on se fait des médicaments. Il y a quelques années, des scientifiques belges ont comparé, pour une même maladie, les prescriptions d’antibiotiques entre deux villes, l’une belge, l’autre hollandaise, distantes d’à peine 60 kilomètres. Première constatation : dans 50% de cas, ce qui était une bronchite pour les Belges, devenait curieusement une grippe pour les Hollandais. Mais surtout, les malades belges de l’étude ont systématiquement consulté un médecin. La moitié d’entre eux se sont d’ailleurs vu prescrire un antibiotique. Alors que la plupart des patients néerlandais se sont eux abstenus de se rendre chez le docteur, et seul un 1/5ème d’entre eux s’est vu prescrire des antibiotiques.
    Il parait aussi que les pays ango-saxons sont réfractaires aux suppositoires !

  • 11 January 2010 à 8h52

    Lanturlu dit

    @ fatback 10 janv. 20:14
    Les Lobbyistes (on devrait dire les anti-chambristes, ou entristes) se sont introduits auprès des puissances publiques à la demande de ces dernières. Les pouvoirs publics, pour s’informer des activités d’une branche (mettons, assurances, automobile, pharmacie) demandent tout bonnement des informations à celle-ci. La branche en question dépêche des conseillers, et tout commence là. Pour réduire l’influence des lobbies, une réglementation stricte serait nécessaire. Mais les états préfèrent le flou artistique, la pêche en eaux troubles, et les jeux équivoques du pouvoir. Nous sommes donc condamnés à être “lobbyifiés “ad vitam aeternam “.

    Lu dans Courrier International du 15 nov. 2006: Il est fait état, dans l’article, de pas moins de 15000 lobbyistes à Bruxelles. En face de cette horde, un bureau de l’UE comptant 45 personnes. On voit le résultat tous les jours…

  • 11 January 2010 à 8h44

    Gris sel dit

    impat,
    chhht! pas de noms! inutlie de rappeler la date à r. ce jour-là il porte une cravate noire ou à fleur de lys.