Grippe A : un fiasco du marketing viral

Epidémie ou intoxication ?

Publié le 01 février 2010 à 6:00 dans Société

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Les centres de vaccination montés en grande pompe ont mis la clé sous la porte. Flickr / Brett Arthur

Les centres de vaccination montés en grande pompe ont mis la clé sous la porte. Flickr / Brett Arthur

Ouf, est-on tenté de dire. Ce dimanche 31 janvier, on en a définitivement terminé avec la grippe A, le H1N1, les masques, les solutions hydro-alcooliques et les éternuements dans le coude. Ben oui, hier soir, les centres de vaccination montés en grande pompe –et dans un grand désordre- en décembre dernier ont mis la clé sous la porte. Et pour se faire vacciner, à supposer que quelqu’un y songe encore aujourd’hui, il faudra aller chez son généraliste.

D’un certain côté, on pourrait presque s’en satisfaire: cette campagne délirante, qui coûtera sans doute aux alentours de 1,5 milliards d’euros, s’achève plus tôt que prévu. On va rendre les gymnases aux profs d’EPS grognons, aux associations sportives qui ont végété pendant deux mois et demi, aux groupes de vieux qui viennent entretenir leur forme à coup de gymnastique suédoise le lundi après-midi.

C’en est fini de la pandémie, celle qui allait faire des milliers de morts juste parce qu’on allait continuer à s’embrasser sur la bouche. La grippe A, enfin sa gestion par notre chouette appareil étatique, va pouvoir figurer dans les travaux pratiques des cours d’organisation administrative de l’ENA : ”montez un fiasco coûteux, assumez une communication gouvernementale grotesque puis prouvez que c’est un succès intégral”. Néanmoins, il ne faudra pas compter sur moi pour attaquer l’affaire sur le point de l’application du principe de précaution en matière de santé publique. Quoiqu’en disent certains lecteurs de Causeur, en France on pêche plutôt par faiblesse que par excès. Il suffit de demander aux malades de l’amiante qui se démènent devant des tribunaux, s’ils regrettent que l’Etat ait fermé les yeux sur ce qu’ils respiraient à plein poumons.
Mais bon, concernant cette grippounette, il faut rappeler quelques petites évidences qui font rire :
- L’Etat français se retrouve à la tête de 28 millions de doses de vaccins qu’on essaie de refourguer à qui en veut (le Qatar, l’Egypte, voire Haïti, si l’île n’était pas occupée à autre chose…) Roselyne Bachelot et son ministère essaient de faire annuler la commande de 50 autres millions de doses dont nous n’aurons manifestement pas besoin. Et, comme c’est bizarre, les labos pharmaceutiques traînent la patte.
- Aujourd’hui, moins de 10% des Français sont vaccinés et la grippe A a fait formellement près de 250 morts (c’est trop, mais ce n’est pas la peste noire non plus).
- Les médecins qui doivent prendre le relais ce lundi traînent des pieds à l’idée d’aller se fournir en bas de chez eux en vaccins, ou d’envoyer la secrétaire chez le pharmacien pour assurer leur mission de service public. Je ne parle même pas du tarif syndical à 6 euros et des brouettes qu’ils doivent réclamer à leurs patients pour piquer, qui ne les met pas authentiquement en joie.
- Les soupçons de collusion entre l’OMS (la grande organisation internationale lanceuse d’alarmes pandémiques) et les labos pharmaceutiques se font plus forts. On a même pu lire dans la presse (le Parisien) la semaine passée que les mêmes petits problèmes d’endogamie valaient pour les experts gouvernementaux français qui émargent en même temps – sauf pour deux d’entre eux- dans les labos qui fournissent les vaccins contre la grippe A.
- Et, fin du fin, les amis, l’Inserm nous a annoncé il y a une quinzaine de jours, que la grippe A, c’était fini.

Au vu de ces quelques faits têtus on pourrait légitimement conclure au fiasco : on arrête les frais, on ferme les centres et on passe à autre chose. Mais, mais, mais, j’ai sans doute mauvais esprit, fermer comme ça brutalement un service public gratuit de vaccination qui petit à petit faisait ses preuves pour faire soi-disant rentrer en jeu les médecins, ça me chagrine.

D’abord parce qu’il se trouve que ces deux derniers jours d’ouverture, les centres (redimensionnés, un par département, rationalisés en fait) ont fait le plein. Et vous savez pourquoi ? Parce que si ça se trouve, et si vous ouvrez tous les jours votre boîte à lettres, vous avez dû recevoir, comme moi, votre bon de vaccination vous invitant à vous rendre dans le centre le plus proche de chez vous pour échapper à la peste qui nous menaçait tous. (Au passage, on félicitera l’Assurance-maladie pour sa réactivité et son accompagnement dynamique de la campagne gouvernementale et je ne parle pas du bordel sur la question de savoir s’il fallait le bon ou pas pour se pointer devant un médecin piqueur…). On a beau être vacciné (contre les courriers administratifs, s’entend), ce genre d’injonction ministérielle, officielle et dramatique à souhait, fait de l’effet, même chez des gens comme moi. C’est-à-dire fort respectueux de l’ordre et de la loi. Franchement, pendant un moment, je me suis dit: “Je vais y aller!”. Après tout, vu le nombre d’inepties qu’on nous a dites sur cette grippe, il vaudrait peut-être mieux se mettre à l’abri. Bizarrement, je n’ai guère envie de miser une boîte de Tamiflu sur une prévision ministèro-médicale concernant la grippe A, ou tout autre variété de truc qui fait tousser.

Au bout du compte, je n’irai pas chez mon généraliste qui a franchement autre chose à faire. Moi aussi, d’ailleurs. Alors, quid du bon-pour-un-vaccin, me direz-vous ? Je me dis que je vais le garder par devers moi, on ne sait jamais, mis en vente sur e-Bay dans quelques années, ça me permettra peut-être de payer mes médicaments qui finiront par être déremboursés. Ou alors, je peux toujours l’encadrer. J’adore l’idée d’avoir la signature de Roselyne Bachelot au-dessus de mon armoire à pharmacie.

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  • 5 February 2010 à 22h17

    Tony B dit

    « Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril, mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » (Tocqueville : De la démocratie en Amérique, p. 648)

    Lorsque l’Etat pense pour nous, prévoit les dangers qu’il croit devoir nous menacer – et organise la parade selon sa fantaisie, cela donne un gâchis à un milliard et demi d’euros. Car, outre les 94 millions de doses de vaccin, l’Etat avait acheté des stocks d’antiviraux (Tamiflu et Relenza) pour un coût de 350 millions d’euros et je passe sur les millions de masques… Alors même que les déficits sociaux explosent : un déficit de 23 milliards en 2009, de 30 milliards escomptés en 2010.

  • 2 February 2010 à 17h57

    Kastet dit

    Nota Bene : un vaccin a une date de péremption, donc pour le revendre dans quelques années sur ebay, faudra repasser…

  • 2 February 2010 à 12h11

    jazzman dit

    J’ai hésité à gaspiller les 150g d’équivalent-carbone nécessaires pour vous faire savoir que les pète-sec contribuent aussi à l’effet de serre.

  • 2 February 2010 à 8h33

    Tonio dit

    Article bien monté. Certes. Mais oublieux des points essentiels.
    En effet, vous critiquez sans peine le fiasco gouvernemental sur la grippe A, la campagne de prévention tonitruante, le coût exorbitant de l’affaire.
    Mais vous ne mesurez pas les dégâts écologiques de la surprotection dont nous avons été victimes, et que nos enfants paieront avec
    - des vaccins par millions, dont de déchets plastiques et métaux qui sont jetés ensemble sans tri. Sans compter l’emballage carton et le coton!
    - des déplacements nombreux et de bonne distance pour aller se faire vacciner. Si je n’ai pas profité de l’offre, c’est bien parce que le centre de vaccination se trouve à 14 kilomètres de chez moi (5,656kg de CO2 ou 1,540 avec la remise!), et franchement, le bilan carbone de l’affaire m’a fait reculer.
    Vous êtes tombés dans le panneau du complot pharmaco-gouvernemental: cette vaste campagne aviat pour but de produire encore déchets et pollution. L’été prochain, à cause de cela, on va tous mourir de chaud, suffoquer sous les gaz, et les labos s’en mettront plein les poches en produisant des médicaments qui refroidissent et des bouteilles d’eau à diffusion modérée. Et nous, nous allons tous mourir parce que nous nous sommes laissés prendre par le piège de l’année: contribuer à la pollution par simple peur de se faire abattre par un virus avec un nom sérieux: H1N1…
    Adieu. Je vous aimais bien…

  • 2 February 2010 à 8h02

    Kartoon dit

    Le site Internet pandémie.gouv.fr ( je cite de mémoire l’url qui est peut être incomplète vous me pardonnerez), a été mis en ligne en avril 2009 ce qui signifie que dés le début de l’année “on” avait décidé qu’il y aurait une pandémie ?

  • 1 February 2010 à 21h59

    Auguste Blanqui dit

    Madame Roseline quand on est ministre et qu’on a fait une grosse bêtise, qu’est-ce qu’on fait ?
    Oui, je vous le demande qu’est-ce qu’on fait ?
    Vous séchez ? Vous Séchez ? VOUS ?
    Allez un effort, demandez à vos petits copains, je suis sûr qu’ils savent ?

    Voilà, il a trouvé Borloo : DEEIIMNORS !
    C’est ça !
    Bravo; Eh bien maintenant allez-y, faites-le !