Heureusement qu’Alexis Tsipras n’est pas une femme ! Son sexe, supposé fort, permet de poser sans craindre les foudres des Chiennes de garde une question pourtant simple : quand Alexis Tsipras dit non, que veut-il dire vraiment ?  Son « non » est-il une sorte de « oui mais » ? Car, si on ne sait pas encore comment les citoyens grecs vont répondre à la question que leur pose leur gouvernement, et bien qu’il s’agisse d’un simple « oui » ou « non », on peut déjà deviner les termes du débat de lundi matin : que voulaient vraiment dire les Grecs ? S’ils votent oui, Tsipras va-t-il prendre le premier avion pour Bruxelles pour accepter ce qu’il a refusé samedi dernier ? Il faudrait être naïf pour le croire. Et si, au contraire, les Grecs répondent « non » au referendum, jusqu’où le Premier ministre grec pense-t-il pouvoir faire monter les enchères ? On risque d’y voir encore moins clair le lendemain du referendum. Et ce, pour une raison simple : le vrai problème, c’est-à-dire la sortie de la Grèce de l’euro, est toujours esquivé. En Grèce, à en croire les médias, pour beaucoup de citoyens, voter « non » ne veut pas dire « sortir de l’euro ». Or, aujourd’hui cela semble être la seule solution valable, à condition que… les autres pays de la zone euro l’acceptent.

Une sortie « sèche » de l’Euro serait très périlleuse, socialement et politiquement tout autant qu’économiquement. D’un point de vue économique, les bénéfices de la dévaluation de la monnaie grecque arriveraient très lentement et de manière extrêmement inégale. Une pénurie terrible en devises « dures » rendrait la vie d’une grande majorité de Grecs encore plus difficile qu’aujourd’hui et pour longtemps. Pas besoin de faire un dessin, on peut facilement imaginer les problèmes d’approvisionnement en pétrole, en blé ou en médicaments, pour ne mentionner que les besoins les plus évidents. Avant que la Grèce ne devienne « l’atelier de l’Europe » et que sa croissance redémarre, le pays subira une régression extrêmement brutale. Quand bien même les choses commenceraient à s’améliorer, l’économie grecque restera longtemps pénalisée par son défaut de paiement et son accès au crédit sera très limité. Quant à la dimension socio-politique d’une telle traversée du désert, il suffit de connaître l’histoire grecque contemporaine pour prendre la mesure des multiples risques auxquels s’exposerait cet Etat faible qui a connu la guerre civile, la dictature militaire et la guerre tout court. Ces dangers ne se limiteront pas à la Grèce. Comme nous l’avons vu avec l’écroulement des Etats arabes, en cas d’incendie dans la  maison du voisin, le feu ne respecte pas le cadastre : ses flammes se propagent en faisant fi du droit et des accords internationaux.

La seule façon de limiter les dégâts est d’assurer à la Grèce un accès au crédit selon des critères politiques – et non économiques. Autrement dit, suspendre la Grèce de la zone euro mais continuer à lui prêter de l’argent dans des conditions favorables. Ce scénario (développé par Stéphane Montabert ici) éviterait un retour à une monnaie nationale, opération coûteuse et compliquée, mais exigerait l’instauration de l’état d’urgence économique : limitation des retraits en espèces, émission par l’Etat des reconnaissances de dettes pour régler certaines dépenses intérieures (l’Etat les accepterait dans ses guichets pour le paiement des impôts par exemple). Les Grecs vivraient sous un régime de semi-liberté économique, comme ce fut le cas pour beaucoup d’Européens après la guerre. Mais la décision de réintégrer l’euro ou de larguer définitivement les amarres serait déconnectée de la crise actuelle, ce qui atténuerait considérablement les difficultés à venir. Seul problème : cette solution devrait être négociée avec les dix-huit autres membres de la zone Euro, ce qui rappelle un vieux proverbe : pour bien divorcer, il faut bien se marier… mais dans ce cas, pourquoi divorcer ?

Photo : Petros Karadjias/AP/SIPA. AP21758346_000086.

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