Suivre Causeur :     

Grèce : à quoi joue Merkel ?

Et si l’Allemagne voulait forcer Athènes à sortir de l’euro ?

Publié le 14 février 2012 à 9:22 dans Économie

Mots-clés : , ,

La chancelière et le Premier ministre grec. Photo : European Council

Le traitement infligé à la Grèce par l’Union européenne – totalement sous la coupe allemande dans ce dossier – est sans précédent dans l’Europe de l’’après-guerre. Les ultimatums s’ajoutent aux diktats, on n’épargne aucune humiliation publique aux dirigeants d’Athènes. A Bruxelles et à Berlin, on ne semble pas se soucier outre mesure de la possible, voire probable déstabilisation politique d’un pays situé dans une zone géographique sensible.

Pourquoi tant de haine ? L’argument type « chat échaudé craint l’eau froide » expliquant que l’Europe ne veut pas se laisser encore un fois rouler dans la farine par ces Hellènes dont il « faut se méfier, même lorsqu’ils apportent des présents » (Virgile) est un peu courte. Il n’est pas besoin d’être prix Nobel d’économie pour comprendre que l’étranglement de la Grèce par une cure d’austérité impitoyable, sans qu’elle soit assortie d’un programme d’aide à la relance économique du pays, va à l’encontre du but affiché. La récession provoquée va rendre Athènes encore moins capable d’assainir ses comptes et de rembourser ses dettes car les rentrées fiscales attendues ne seront pas au rendez-vous. Même le plus borné des Allemands est capable de comprendre cela.

Alors, à quoi jouent Angela Merkel et son redoutable ministre des finances Wolfgang Schäuble ? Un rapide coup d’œil dans la presse d’outre-Rhin et notamment dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), le journal qui reflète la pensée des milieux d’affaires allemands, donne la clé de l’énigme. Pour les éditorialistes de la FAZ, la cause grecque est entendue : ce pays est inamendable. La gabegie, le clientélisme, la corruption sont inscrits dans ses gènes, et il est inutile de s’éreinter comme Sisyphe (un autre Grec) pour lui faire retrouver le sentier escarpé de la vertu. Or, on sait d’expérience que la pensée-FAZ n’est jamais très éloignée de celle des cercles gouvernementaux lorsque la droite est au pouvoir. La preuve en est administrée par la position contraire adoptée par l’hebdomadaire de centre-gauche Der Spiegel qui tire à boulets rouges sur le Spardiktat (le diktat de l’austérité) imposée par Berlin aux héritiers de Platon et Démosthène.

Pour comprendre le jeu allemand, il suffit de se reporter aux statistiques du commerce extérieur de notre grand voisin. 55% des exportations de la RFA sont effectuées vers les pays de la zone euro, et 80% en direction des pays de l’UE. L’Allemagne a donc un intérêt majeur à la préservation de la stabilité monétaire de cette zone de chalandise pour ses produits, car la clientèle des pays émergents, même si elle est prometteuse, serait loin de compenser les pertes provoquées par un désordre économique et monétaire sur l’ensemble du continent. C’est en constatant que le risque de faillite de la Grèce, dont le PIB ne représente que 3% de celui de l’eurozone, était de nature à déstabiliser l’ensemble de l’édifice que Berlin a décidé de contraindre Athènes à sortir de la monnaie unique. On peut lire, toujours dans la FAZ, que les principaux acteurs de l’économie allemande ont fait marcher leur calculette : provisionner les pertes consécutives à un défaut grec est, au bout du compte, moins coûteux que de remplir le tonneau des Danaïdes. Comme il est politiquement impossible d’obtenir de l’UE une décision d’expulsion de la Grèce de la zone euro, il faut donc procéder autrement.

Il faut amener les Grecs à décider eux-mêmes d’abandonner la monnaie unique en leur serrant tellement la vis qu’ils craquent comme une vieille planche malmenée par un bricoleur amateur. C’est pourquoi les images des manifestations violentes d’Athènes, ou la perspective d’une victoire électorale des anti-européens lors des élection anticipées d’avril n’ont rien d’effrayant pour la chancelière et ses amis, bien au contraire. Les seuls exportateurs allemands qui risquent de perdre des plumes dans l’affaire sont les marchands d’armes, fournisseurs principaux d’une armée surdimensionnée en raison de l’interminable conflit avec la Turquie sur la question chypriote. Mais les marchés pour ce genre de produits, les machines à tuer haut de gamme, sont loin d’être saturés. Pour le reste, le dommage causé par une Grèce ramenée à son destin balkanique à la balance commerciale allemande est négligeable. Le Portugal est aussi dans la ligne de mire des snipers germaniques : il ne pèse pas beaucoup plus lourd que la Grèce dans l’économie européenne, et il est également menacé par la spirale mortelle austérité-déflation-défaut de paiement.

En revanche, la France, l’Italie et même l’Espagne n’ont dans l’avenir proche, aucun souci à se faire. Les exportateurs allemands n’ont aucun intérêt à voir ces marchés perdre en solvabilité, car c’est vers eux, plus le Royaume-Uni et les Etats-Unis qu’ils écoulent la plus grande partie de leurs produits. L’Allemagne est donc en train de remodeler l’Europe continentale à sa convenance, comme une zone de libre-échange où elle fait la loi sans obligation de solidarité avec ses maillons les plus faibles. Vae victis !

envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

47

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 14 February 2012 à 16h21

    Florence dit

    ylx

    cela ne sera pas simple pour les Grecs . Le régime des colonels n’est pas si ancien. Nombreux sont ceux qui s’en souviennent.

    Ils sont assez dans la M comme ça pour ne pas les humilier injustement (je parle du peuple).

  • 14 February 2012 à 14h32

    ylx dit

    @ Florence
    “Je penche quand même pour une sortie rapide de l’euro car pour l’instant, ils se saignent pour rien.”
    Sortons en effet de la polémique stérile et passons aux choses sérieuses.. Il y a plusieurs exemples de pays , parfois même exemplaires, la Suède par exemple, qui d’un seul coup ont été confrontés à une grave crise financière, dans les années 1995 : le Canada, le Danemark, la Suède, la Finlande, l’Australie … Tous ont entamé une cure d’assainissement pénible pour tous, mais 10 ans après ces pays se sont redressés et affichent aujourd’hui des fondamentaux économiques à rendre jaloux. Il n’y a pas de solutions miracle pour la Grèce. Inutile de s’indigner. Ils seront contraints d’entamer une longue période de redressement institutionnel et économique – pendant laquelle les pêcheurs en eau trouble ne manqueront pas de se manifester. Il faudra garder son sang froid mais les Grecs sont particulièrement bien placés pour prendre la chose avec philosophie. Diogène cherchait un homme en plein jour avec sa lanterne. A eux maintenant de le chercher.

    • 14 February 2012 à 15h16

      Patrick dit

      Diogêne ? Attention, il risque de se manifester !
      ;-)

    • 14 February 2012 à 17h14

      Marie dit

      C’est aussi les français qui vont devoir comprendre qu’une cure d’austérité est nécessaire et que de toute façon les financiers les y obligeront! Qui paie c’est dettes s’enrichit dit on!

      • 15 February 2012 à 7h45

        eclair dit

        @marie
        Que cela soit l’UMP ou le PS aucun n’as l’intention de rembourser la dette.
        Sarkozy lors se son, intervention a dis quelque chose qui n’as pas été relevé. C’est qu’il faut ramener le déficit en dessous des 3% car en dessous de ce seuil la dette diminue en pourcentage du PIB.mais continue d’augmenter en taille. Ce qui comporte d’ailleurs une erreur par omission.
        Le seuil des 3% a été établi à une période où la croissance était là Sans croissance la dette ne peut qu’augmenter.
          La réalité marie c’est que nos politiques n’ont pas l’intention de rembourser la dette pour une unique raison c’est que c’es tde l’argent créé à partir de rien.Si on le rembourse la masse monétaire baissera. Cela signifie que les riches seront moins riches! 

        Une autre raison derrière c’est que les banques se servent des créances des états comme fonds propre alors que cet argent leur a été preté par la banque centrale à partir de rien.

        Le modèle économique est foireux. Depuis la fin de l’étalon or , on se base sur la dette des états pour créer plus de masse monétaire assuré par la dette des états.
        L’étalon or a lui d’autres inconvénient c’est que la masse monétaire ne grandit pas aussi vite que l’accroissement de la population.

        MArie
        Si l’état A emprunte  de l’argent à une banque B.
        Et si cette banque B emprunte cet argent à la banque centrale C.
        Et si C créé cet argent à partir de rien . 
        L’éta A a depensé cet argent preté dans l’économie
        Si tu rembourses cet argent il sera détruit mais pour cela il faut donc le retirer de l’économie avant .
        Petit rappel la dette de la france est de 1700 milliards. même en considérant que seulement un tiers de cet argent vient  des banques cela fait 600 milliards à retirer de l’économie donc à retirer de l’économie. Cela represente 1 cinquieme du PIB de la france.et dans le pire des cas la moitié.

        Vous êtes prete à perdre un cinquième à la moitié de votre patrimoine? 
        Parce que quand vous parlez de sacrifice en réalité c’est ça le sacrifice à faire ceux qui possède doivent accepter  de perdre
        Alors payer sa dette enrichit toujours autant? 

  • 14 February 2012 à 14h18

    ylx dit

    Je l’ai souvent dit ici…les lois de l’arithmétique sont incontournables et impitoyables , et sur celles-ci se sont fracassées depuis toujours toutes les idéologies, toutes les démagogies, toutes les gabegies.Quand la Grèce antique n’a plus eu les moyens de financer sa coûteuse marine de guerre et ses mercenaires, elle s’est effondrée d’un seul coup.

  • 14 February 2012 à 14h15

    Florence dit

    Hathorique
    votre lien du Point est très intéressant et résume bien la situation de la corruption de l’ensemble de la classe politique grecque qui s’en est mis plein les poches avec l’argent de l’Europe au lieu d’investir pour le bien du pays. On a fait aussi du clientélisme . Mis il ne faut pas s’iquiéter pour ces corrompus, ils ont mis tout leur fric bien au chaud en Suisse.
    Un désastre.

  • 14 February 2012 à 14h13

    ylx dit

    Luc Rosenzweig a oublié une étape de processus. Celle où les créanciers de la Grèce vont reconnaître que leurs créances ne sont plus recouvrables et l’officialiseront. Du coup la Grèce n’aura plus rien à rembourser. Les pressions, les recommandations, les conditions du FMI, de Merkel et d’autres disparaîtront d’un seul coup. Mais la Grèce n’aura aussi plus rien à emprunter. Florence vous avez une solution ? Préparez-vous à placer vos économies en bons du Trésor grec !

    • 14 February 2012 à 14h18

      Florence dit

      ylx
      je n’ai pas de solution. Pour la Grèce, c’est la peste ou le choléra.
      Je penche quand même pour une sortie rapide de l’euro car pour l’instant, ils se saignent pour rien.

  • 14 February 2012 à 13h30

    Angel dit

    Qui plus est Angela Merkel veut nommer un secretaire aux affaires grecs. Un gauleiter en somme

    • 14 February 2012 à 14h52

      Alain Briens dit

      Au fil des commentaires, de gauleiter en envahissement de la Pologne, vous accumulez les points Godwin, indices certains de la régression intellectuelle.
      Mettre une petite moustache à la chancelière ne risque pas de faire avancer le débat.