GPA: l’éthique n’est pas un supplément d’âme | Causeur

GPA: l’éthique n’est pas un supplément d’âme

Location des ventres, ne laissons-pas faire!

Auteur

Monette Vacquin
est psychanalyste et membre du Collectif pour le respect de la personne. Elle est l’auteur de «Main basse sur les vivants (Fayard, 1999) et publiera bientôt Frankenstein aujourd’hui, délires de la raison (Belin, 2016).

Publié le 02 février 2016 / Économie Politique Société

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Aujourd’hui, se tiennent à l’Assemblée nationale les Assises pour l’Abolition Internationale de la Maternité de substitution. L’organisation de cet événement témoigne d’une prise de conscience : la fécondation in vitro, saluée depuis bientôt quarante ans comme l’alliance irréfutable de la prouesse scientifique et du désir d’enfant, porte en elle des dimensions infiniment discutables. Longtemps, les images de bébés radieux et de couples heureux exhibés à la télévision en ont masqué les aspérités.

Or, ces assises invitent à une interdiction internationale du non moins international marché de la maternité, qui compte ses usines, ses intermédiaires, ses tarifications, ses offres, son langage et son style. Question standing, le « choix » d’une mère porteuse, en Californie par exemple, passe par la sélection de la couleur des yeux, du niveau d’études précisé et d’autres critères bien définis. En Inde, plus modestement, les centres reproduction hébergent des femmes miséreuses enfermées du premier au dernier jour de leur grossesse pour porter un enfant (commandé et acheté par d’autres) qui leur sera livré contre de maigres émoluments.

Partout, règne le même fanatisme du contrat, le même discours mensonger sur l’altruisme, qui occultent des situations juridiques inextricables où l’enfant perd son droit de savoir qui est son père et sa mère et où le droit de la filiation se perd tout court. Plus grave encore, ces femmes-ventres qui ne sont plus les mères des enfants qu’elles ont portés et dont elles ont accouché préfigurent probablement les gestations en machine que l’avenir posthumain nous annonce.

Médiatiquement, le terme de « gestation pour autrui » s’est imposé. Trois mots, gestation, pour, et autrui, en appellent à l’idéologie du don, de l’altruisme, dans la suavité de la novlangue bio-éthique qui endort les esprits depuis des dizaines d’années. C’est dans cette même langue que se prennent les décisions juridiques et institutionnelles ouvrant la voie à des échanges marchands et des esclavages d’un nouveau genre.

Si l’on appelait ces tractations par leur nom, par exemple « contrats de location d’utérus », la marchandisation du corps des femmes, l’émiettement de l’engendrement, l’objectivation des enfants, et le viol des lois de certains pays par fait accompli apparaîtraient de manière plus saillante. Quiconque a contemplé une fois dans sa vie un tel contrat est moins avide des sucreries bioéthiques. J’en tiens des exemplaires à la disposition de tout lecteur intéressé.

Il y a près de quarante ans, la fécondation in vitro a d’abord marqué le transfert de techniques qui avaient fait leurs preuves dans l’industrialisation de l’élevage. Dans ce théâtre de bébés désirés, des sigles sont apparus (PMA., NTR, AMP), consacrant la généralisation d’un vocabulaire économique ou industriel. S’est même créé Euromater, un projet européen d’association de mères porteuses des années 80, tandis que les banques (de sperme), les stocks (d’embryons) se constituaient et que la « traçabilité » désignait la filiation.

La société « gynetics » vendait des produits de prélèvement et de transfert. « Imagyn » proposait un système transcervical pour la falloscopie. Gift et Zift nommaient des procédures de transfert de gamètes. Dans les colloques de gynécologie, les seringues semblaient tout à coup trop proches des muqueuses délicates, l’industrie trop proche de la science, l’inconscient trop proche du marché. « Looking at the future », déclaraient des firmes vendant des inhibiteurs hormonaux. « Affranchissons-nous de la sexualité », proclamait une bannière de l’INRA. « Le futur est présent » décrétait l’entreprise Delfia sous une planète ourlée de spermatozoïdes et nimbée d’un halo fluorescent.

Pendant ce temps, la maternité, pas encore séparée de l’enfantement, était découpée en fonctions génétique, utérine, adoptive, sociale, porteuse, de substitution. Le corps féminin fouillé, exploré, hyper-stimulé, ponctionné. Et un philosophe, François Dagognet, pouvait écrire : « La grossesse tisse des liens difficiles à déchirer entre la mère et le fœtus. Mais il n’en faut pas moins briser le concept de maternité ». De telles affirmations sont-elle vraiment d’ordre scientifique ?

Ignorant cette violence, vous trouverez sur le site Needmoms.com, tout sourires dehors, le lien vers « Extraordinary conceptions », une agence internationale de mères porteuses. Parmi les perles juridiques, on retiendra ceci : le mari d’un chanteur illustre déclaré mère à l’état-civil de son enfant. Et comme perle tout court, ce propos d’une non moins célèbre actrice : « Nous avons fait le gâteau du bébé et nous l’avons mis dans un autre four ».

En faut-il davantage ? Pendant que se dessinait ce monde à la Huxley, les médias unanimes célébraient le progrès scientifique et la générosité des donneurs. Le « projet parental », maître mot de cette langue inédite, ni commune, ni scientifique, ni juridique, allait bientôt « neutraliser » les parents, les faire disparaître en tant que père et mère 1. Au sein de la science la plus pointue, semble ainsi prévaloir l’inconscient le plus archaïque, jubilant de l’auto-engendrement, tendant à effacer le corps et le désir pour magnifier la Volonté, qui, comme chacun sait, est de fer.

Alors, que faire ? Ces assises témoignent d’une résistance au franchissement d’un nouveau seuil. Seul la perspective du clonage humain avait eu le pouvoir de soulever un tel cri d’indignation. Puisse cette prise de conscience être l’occasion d’une relecture moins chargée d’anathèmes. Toutes les objections à la GPA ne sont pas d’ordre religieux ou naturaliste. Toutes méritent en tout cas d’être écoutées ; c’est le terrorisme intellectuel qui doit être écarté, pas la pensée qui se cherche. De nombreux citoyens perçoivent que quelque chose ne tourne pas rond dans cette affaire mais échouent à l’énoncer. Puissions-nous poser les bonnes questions : pas seulement celles, en forme d’expertise, sur l’état des enfants, mais celles, en forme d’interprétation, qui se demandent ce qui est en train de se passer.

  1. Qui ont bien du mal à conserver une place dans de nombreux textes de loi.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 5 Février 2016 à 19h00

      lili23 dit

      Le darwinisme en temps réel et l’évolution d’une lignée. 

    • 5 Février 2016 à 11h55

      maurice.einhorn@medim.be dit

      Tout récemment a eu lieu à Bruxelles une bourse organisée pour mettre en contact des couples gays et des mères porteuses. Prix de l’entremetteur : 100 000 dollars.
      Toute la presse belge s’est indignée, mais uniquement pour l’aspect mercantile. Pour la pratique des mères porteuses, pour l’adoption d’enfants par les couples gays, les journaux n’y trouvent rien à redire

      Maurice Einhorn, médecin-journaliste

    • 3 Février 2016 à 11h29

      golvan dit

      J’ai écrit hier que je me souciais plus de l’avenir de l’enfant que de son passé, et ceci sur le sujet de l’adoption.
      Mais ça ne signifie pas que j’approuve la GPA que je prends tout simplement pour une monstruosité et qui, lorsqu’on observe les naissances à la surface de la Terre qui amènent à une surpopulation délirante, est une complète absurdité ne concernant qu’une riche bourgeoisie incapable de se reproduire par elle même. 
      Cette absurdité tient à trois raisons principales: l’évolution des savoirs en matière de reproduction, l’obsession de transmettre ses gènes, et la difficulté à adopter en raison de l’obsession d’un lien à maintenir coûte que coûte entre géniteurs et enfants, ce dernier point dû aux services sociaux qui, de gauche en général, révèlent par ce biais un étrange tropisme pour les liens du sang.
      Mais statistiquement, la GPA ne concerne qu’une infime partie des naissances quotidiennes à la surface de la Terre, dont le grand nombre en raison de l’absence de contraception est un sujet plus préoccupant que le nombrilisme de couples stériles. 

    • 3 Février 2016 à 10h02

      Flo dit

      Le virus zika va poser des soucis aux acheteurs d’enfants.

    • 3 Février 2016 à 8h05

      jacques1234567890 dit

      Nous avons quitté le monde de Jules Verne pour celui de Huxley et Bernanos:
      Dieu est mort et les enfants logiquement fabriqués.

      Les bobos réussissent là où les nazis avaient échoué…

      Alors sursaut ou destruction de la civilisation par les salafistes ou disparition de l’humanité?
      Car si Dieu est mort l’humanité perd sa raison d’être…

      • 3 Février 2016 à 17h47

        salaison dit

        les “socialistes”, dans leur enthousiasme américain n’avaient pas prévu des “dérives” qui, pour eux ne sont pas des “dérives” mais un “summum” de clairvoyance…… avant eux mêmes!(ça il faut le faire!)
        CQFD 

    • 3 Février 2016 à 0h22

      Deja Demain dit

      Il y a de quoi rester perplexe à la lecture de cet article :

      - “le « choix » d’une mère porteuse, en Californie par exemple, passe par la sélection de la couleur des yeux, du niveau d’études précisé et d’autres critères bien définis”
      De quoi parle-t-on ? Sont ici confondus l’œuf et la porteuse qui ne transmet aucune caractéristique génétique à l’enfant. C’est pourtant le point central de la question…

      - “En Inde, plus modestement, les centres reproduction hébergent des femmes miséreuses enfermées du premier au dernier jour de leur grossesse”
      La légende dit même que les malheureuses tentant de s’enfuir sont impitoyablement fouettées.

      Nul besoin de reprendre chaque paragraphe : le reste est à l’avenant.
      On perçoit très nettement que l’auteur ne s’est pas intéressé, même de loin, au sujet et que ne nous seront livrées ici que des imprécations relevant plus de sentiments confus que d’une réflexion affinée et clairement argumentée.

      “Toutes les objections à la GPA ne sont pas d’ordre religieux ou naturaliste”
      Effectivement, certaines semblent résolument être d’ordre psychanalytique.

      • 3 Février 2016 à 4h48

        Hannibal-lecteur dit

        +++++++++++++++

      • 3 Février 2016 à 5h52

        Lector dit

        mais non, le point central de la question c’est le choix sur catalogue de la mère. Et si les futurs parents adoptifs pensent génétique, il n’est donc pas question que la “porteuse” soit implantée d’un autre “oeuf” que le sien. D’ailleurs aux USA c’est la même chose avec le choix d’un donneur : sont pris en compte sa position sociale, talents sportifs et/ou artistiques etc. qui sont renseignés sur la fiche ; ce qui est tout aussi stupide parce que ces états relèvent moins de la génétique que de l’environnement social et de l’éducation.
        Lorsqu’en France le biologiste Testart dans les années 80 pratiqua la fécondation in vitro il eut affaire aux mêmes demandes qu’il jugea à raison eugénistes et finit par démissioner du protocole dont il avait été l’initiateur.
        Cet article n’est certes pas un article de fond sur la question mais le procès que vous lui faites est tout simplement stupide.

        • 3 Février 2016 à 11h33

          Chaquehommeestuneile dit

          Merci Lector de rappeler le combat de Jacques Testart, un scientifique avec une éthique.

          Les adorateurs du consumérisme refusent de voir l’horreur qu’il y a derrière la GPA, l’article parle d’usine de mères porteuse, de sélection génétique, baliverne disent ils, pas représentatif….

        • 3 Février 2016 à 19h37

          Lector dit

          c’est effectivement sidérant de découvrir à quel point d’aucuns essaient aujourd’hui de rendre inaudible la réflexion sur ces choses. Dans les années 8O (j’étais ado), je me souviens aussi que J-C Averty avait produit un moyen métrage critique, diffusé à la télé bien sûr, à propos des mères porteuses ; c’était à n’en point douter une époque durant laquelle on ne refusait pas de penser.

    • 2 Février 2016 à 23h37

      lili23 dit

      la physique elle est restée à l’âge du fer. La quantique est toujours le cantique des cantiques mdr

    • 2 Février 2016 à 23h30

      lili23 dit

      la supraconduction fonctionne sur la Lune.

    • 2 Février 2016 à 23h26

      lili23 dit

      une volonté supraconductrice, un flot sombre ultramanent.

    • 2 Février 2016 à 23h14

      lili23 dit

      J’ai eu un flash le look de ma prof de philo « la volonté est de fer », une lectrice de N. Il y a les supraconducteurs maintenant, le Laniakea le supercluster les super clusters ça aide

    • 2 Février 2016 à 23h09

      Fioretto dit

      @ Aristote
      Ok donc le grand programme pour 2017 c’est embargo sur les USA, l’Inde et tout les autres pays d’Europe qui autorisent la GPA. Youppi ! 

    • 2 Février 2016 à 22h59

      lili23 dit

      la métaphore filée bébé (mot dénotant l’esprit qui le produisit), gâteau , four, plus désir. Il n’y a pas la maison en pain d’épice on serait en plein Bettelheim.

    • 2 Février 2016 à 22h34

      lili23 dit

      Il n’y a pas souvent de chirurgien esthétique dans les débats éthique un manque.

    • 2 Février 2016 à 22h11

      lili23 dit

      l’ethicotest ce concept redonnerait un souffle nouveau aux institutions