Goldorak s’invite chez le Roi-Soleil
Vous n’aimez pas Murakami ? C’est de la xénophobie !
Publié le 18 septembre 2010 à 6:01 dans Culture
Mots-clés : Château de Versailles, Jean-Jacques Aillagon, Takashi Murakami

Photo : BFLV
Après Jeff Koons en 2008 (rappelez-vous le homard) et Xavier Veilhan en 2009, le château de Versailles invite pour la troisième année consécutive un artiste de l’écurie du galleriste Emmanuel Perrotin. Il s’agit cette fois du Japonais Takashi Murakami.
Ce qui, chaque année, nous est vendu comme l’intrusion éphémère de l’art contemporain dans un temple de l’art classique commence à devenir une habitude qui exaspère les amoureux du Versailles d’antan et ne surprend plus que les touristes venus des antipodes pour voir Vénus et qui restent bouche bée devant Goldorak. Cet effet de surprise est voulu par l’artiste qui s’interroge : « est-ce que ça va faire monter ma cote ? Je ne sais pas ». Je ne sais pas non plus mais je doute qu’un chef renommé puisse acquérir une étoile en ajoutant des smarties à la carte de son restaurant. On me dit que si. J’en reste bouche bée.
C’est donc le parti-pris des organisateurs de l’événement qui, comme l’année dernière et celle d’avant, n’ont que le contraste et le décalage à la bouche. Que l’on trouve le travail de Murakami ou l’art contemporain dans son ensemble génial et prophétique ou grotesque et vain, on peut s’interroger sur cette manie que les décideurs culturels ont de nous coller du clinquant sur du patiné à l’image des colonnes de Buren qui devaient disparaître fissa des jardins du Palais Royal et semble parties pour durer mille ans si on les laisse faire.
Ça n’étonnera personne, les visiteurs VIP ont plutôt aimé l’exposition ; Frédéric Mitterrand est sorti ravi et l’écrivain Chantal Thomas, spécialiste de Sade, a décrété que la Reine, qui s’intéressait à l’art décoratif, aurait beaucoup aimé. Rappelons qu’elle aimait aussi les moutons mais évitons de l’ébruiter car nous pourrions voir un jour le Château ouvrir ses portes au Salon de l’Agriculture.
Les ploucs, ça ne comprend rien à l’art, c’est à ça qu’on les reconnaît
Les visiteurs comme vous et moi seront plus partagés. Certains Japonais qui faisaient de Versailles l’un des grands moments de leur voyage en Europe seront furieux d’y trouver l’art manga qu’ils interdisent à leurs enfants pour éduquer leur goût. Mais leur colère est discrète. Vous connaissez les Japonais, ils sont différents à Versailles et au karaoké. Dans la Galerie des Glaces, ils se tiennent et au micro, ils se lâchent. Mais ceux qui ne sont pas artistes ne peuvent pas comprendre qu’on se lâche dans les appartements royaux.
Les ploucs, ça ne comprend pas ces choses et c’est à ça qu’on les reconnaît. Jean-Jacques Aillagon les a lui-même bien reconnus en qualifiant « d’activisme aux relents xénophobes » les « protestations émanant de cercles d’extrême droite intégristes et conservateurs » qui accueillent chaque année tant d’audace.
Il semblerait que les mêmes empêcheurs de faire de l’art pour milliardaires mais quand même visible par les contribuables (on leur doit bien ça) sévissent aussi au Japon car Murakami avoue qu’il n’aurait jamais pu exposer dans le palais impérial. L’empereur est par principe opposé à la modernité. Comme quoi les monarques vivants se défendent mieux que les rois morts. De plus, les groupes d’extrême droite ne l’auraient pas toléré. S’ils pouvaient ne servir qu’à ça, ceux-là, je les regarderais presque avec bienveillance.
Les œuvres elles-mêmes sont pourtant bien innocentes : des fleurs aux couleurs gaies qu’on trouve sur les papiers peints destinés aux moins de douze ans et des figurines sorties d’un happy meal et grossies cent fois. Rien de choquant, d’iconoclaste ou de subversif cette fois-ci, (on se met à espérer que ces concepts soient enfin passés de mode). Le créateur le revendique et explique que son inspiration, c’est l’univers de son enfance. Ça tombe plutôt bien car cela semble être l’horizon indépassable de millions d’Occidentaux.
Enfin, même si l’on trouve ça joli, l’art de Murakami à Versailles souffre de la comparaison. En voyant des jouets en plastique dans un tel écrin, on comprend que dans son chemin parcouru du classique au postmoderne, l’art a perdu le beau en route.
Kundera nous dit que « le kitsch est la dernière station avant l’oubli ». Puisse-t-il avoir raison. L’empereur du Japon le croit, il ne flirte pas avec le kitsch de peur d’être emporté avec lui. Un souverain sacrément conservateur ! On devrait lui confier nos musées.
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L'auteur
Cyril Bennasar est menuisier.
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Souris donc dit
“une adepte stalinotrotskomaoïste de la révolution prolétarienne”
Bien flatteur
Et le MaoSpontex c’est Saul s’échinant sur sa Senseo, et le Scotchbrite, c’est Rackam quand il s’invite chez Nadia. On récure.
Aventin dit
Des imagesde l’atelier de Koons à Manhattan :
http://www.isermat.com/location-materiel-btp-4.html
Chacun pourra noter la dominante de jaune et de noir – y a t-il un sens caché…-, je ne sais pas à quelle époque les photos ont été prises ; ça reste nénmoins un travail intéressant malgré certains sujets assez discutables.
Saul dit
et daltonien avec ça…
pas brune mais rouge..( allez rouge brun, je veux bien… : )
rackam dit
Excusez-moi, ex-majesté, c’est cette chemise brune que vous portez qui m’a induit en erreur…
Saul dit
quand j’ étais sur le trone,
loyal il se disait
depuis, j’ ai abdiqué
il me traite de porc
les eternels ingrats
que j’ ai couvert de titres,
eternelle nostalgie
de Wallis et Futuna..
Aventin dit
Joëlle,
Ne soyez pas de mauvaise foi, vous savez aussi bien que moi – et comme nous le dit la gauche Libé-Canal-Inter-Télérama depuis si longtemps – que le réel n’existe pas. Arrêtez de mégoter c’est pénible, et que cela soit bien clair, ce que vous avez vu vous ne l’avez pas vu, un point c’est tout !
Circulez…
Joëlle dit
@ Souris,
Il y a bien une surexposition, depuis plusieurs décennies, d’un certain art, dans nos villes, au coin des rues, sur nos places, dans nos musées d’art moderne, et c’est cet art qui nous tient lieu d’art officiel. Et il est souvent très laid.
Vous pouvez toujours dire que Murakami à Versailles, c’est un épiphénomène, nous, nous avons vu tous les jours, depuis bien longtemps, des horreurs achetées par des établissements publics, et offertes à notre appréciation.
Chacun a plein d’exemples en tête.
Je vais en donner un de plus, concernant ma ville. J’ai appris, il y a peu, que le mât blanc avec des cordes tendues et décorées de petits drapeaux, installé à un carrefour de Marseille (l’Escale Borély, pour ceux qui connaissent) était en fait une œuvre de Buren. Incroyable! Elle a été déposée pour restauration, et, dans un accès de bon sens, quelqu’un a décidé de ne pas la remettre en place. Ouf! A mon avis, il n’y aura aucune réclamation.
Etonnez-vous, après cela, que les gens aient une mauvaise image de l’art contemporain.
rackam dit
Saul,
vous avez bien été traité de facistoïde réactionnaire alors…
Si les frontières bougent c’est que quelqu’un a remué les boîtes où l’on nous range.
C’est un de ces bazars dans la grande galerie de l’évolution!
Déjà que la Wickfield, cette sorcière en balai rose, me traite de dinosaure sur son denier poulet!
Causeur c’est l’Arche de Noé.
Je vous verrai bien phacochère.
Rien d’insultant, c’est très affectueux.