Gibraltar: en attendant le Brexit? | Causeur

Gibraltar: en attendant le Brexit?

Reportage dans le dominion britannique

Auteur

Christophe Barret

Christophe Barret
est chercheur en sciences de l'éducation.

Publié le 02 mai 2016 / Monde

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Gibraltar presse le gouvernement britannique de négocier un statut spécial d'association entre Gibraltar et l'Union européenne en cas de Brexit. D'ici la tenue du référendum fin juin, la campagne entre les "in" et les "out" bat son plein.
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Sipa. Numéro de reportage : AP20241682_000004.

On pourrait croire la population de la petite colonie britannique située à la pointe sud de la péninsule ibérique résolument attachée à l’Union européenne. Ce petit paradis – pas uniquement fiscal – tire une partie de ses revenus des échanges avec l’Espagne et les liens tant familiaux que personnels sont très nombreux avec ce pays. Mais, depuis le début de la campagne entre les in et les out, c’est-à-dire entre les partisans et les adversaires du maintien du Royaume-Uni dans l’UE, les choses ne sont pas si simples. On retrouve dans ce confetti d’empire la division assez nette entre peuple et élites.

Au cœur de la cité-État, les in ont dû se résoudre à ouvrir une permanence de campagne. Fabian Picardo, le Chief minister du gouvernement de Sa Gracieuse Majesté, et ses deux principaux opposants ont cru bon de l’inaugurer ensemble – pour le bien, pensent-ils, du Royaume-Uni et de ses derniers dominions. À travers la documentation remise au chaland qui entre dans le local  l’argumentaire déployé ne fait pas dans la nuance : un Brexit nuirait aux capacités d’exportations du territoire britannique en compliquant le recrutement de travailleurs au sein du vaste hinterland espagnol.

On parle donc gros sous aux électeurs. A cet égard, les représentants du secteur financier, regroupés au sein d’un Gibraltar Finance Center Council (GFCG) sont de ceux qui ont le plus à perdre. L’un d’entre eux nous confie que l’éclatement du cadre juridique européen risque de coûter cher et de détourner de nombreux clients potentiels du Rocher.

Dans une lettre adressée au 10 Downing street, le gouvernement local presse le gouvernement britannique de négocier un statut spécial d’association entre Gibraltar et l’Union européenne en cas de Brexit. Le document rappelle l’importance de garantir l’accès au marché unique aux secteurs des services financiers, des assurances et des jeux d’argent en ligne européens.

La colonie britannique pourrait aussi voir remis en cause le bénéfice du régime fiscal commun applicable aux sociétés mères et filiales d’États membres différents auquel leur donne droit une directive européenne de 2003. La presse londonienne s’est ainsi inquiétée des pertes financières imputables à un éventuel Brexit – sans toutefois les chiffrer précisément.

L’argument massue utilisé contre les partisans du out fait entrevoir derrière le Brexit la radicalisation du vieux conflit séculaire avec l’Espagne. La souveraineté britannique sur le Rocher est depuis toujours contestée par Madrid. José María Margallo, le ministre espagnol des Affaires étrangères, s’est récemment empressé de le rappeler, dans un entretien à El País. Certains, même, n’hésitent pas à évoquer le spectre d’une nouvelle fermeture de la frontière terrestre avec l’Espagne – comme cela avait été le cas entre 1969 et 1982. L’Espagne pourrait aussi bloquer toute négociation d’un statut particulier, Gibraltar n’étant pas reconnu par les partenaires européens du Royaume-Uni comme un État séparé.

Le Gibraltarien de la rue, lui, reste de marbre, face aux arguments économiques – quand bien même les emplois d’un grand nombre des 23 000 électeurs du Dominion dépendent de ces derniers – ou aux menaces les plus outrancières. On ne dispose, certes, d’aucun sondage d’opinion. Mais un rapide micro-trottoir nous indique que les out sont tout aussi sensibles à la défense de l’argument de la souveraineté de la « mère-patrie » que les autres eurosceptiques britanniques.

De manière très significative, la Gibraltar Federation of Small Business, qui parle habituellement au nom des petits entrepreneurs, se refuse à choisir entre les in et les out. Seule sa présidente, à titre personnel seulement, s’est engagée dans le camp du in.

Comme tout bon politicien, le Chief minister sent déjà le vent du boulet. Il ne néglige donc, en parallèle à sa campagne pour le in, aucune voix susceptible de garantir une coexistence harmonieuse avec l’Espagne en cas de sortie de l’UE.

Mi-avril, Fabian Picardo a, du reste, été reçu avec tous les honneurs par José María González, le nouveau député-maire Podemos de Cadix. Tous deux de gauche, ils se sont probablement trouvé quelques affinités… malgré tout ce qui peut séparer un ancien Indigné du Premier ministre d’un paradis fiscal… Emploi, éducation, coopération culturelle, dans le but affiché d’améliorer « la vie quotidienne des citoyens » étaient donc au programme de la visite, selon les exigences d’un « populisme de gauche » exempt de toute considération nationale susceptible de fâcher l’un ou l’autre parti. À quelques encablures de Trafalgar, un rejeton d’Albion semble nous signifier le grand retour du politique.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 4 Mai 2016 à 0h01

      nedobejkine dit

      Le oui n’est pas du tout en tête. Les sondages donnent 40-40 pour les deux et 20 % d’indécis. Ce qui m’intrigue, c’est si le oui l’emporte, comment l’union va t’elle faire pour biaiser le scrutin. Je ne vois pas les eurocrates accepter béatement de voir la GB quitter l’union, donc ils vont bien trouver une combine pour dire, qu’en fait ca ne change rien et que la GB est toujours membre de l’union.
       

    • 3 Mai 2016 à 8h57

      thierryV dit

      ce que ne disent pas les médias institutionnels c’est que de plus en plus d’européens , conscient en même temps du mauvais tour que prennent les choses , sont tentés par l’implosion du système communautaire .
      La seule incertitude demeurant , est celle de la balance entre les avantages et les inconvénients . On est loin de la grande idée , plus issue d’un élan post guerrier que d’une aspiration profonde .

    • 2 Mai 2016 à 17h47

      rougeblancbleu dit

      Ce qui est le plus étonnant est l’excitation frénétiques des europhobes ici. Les anglais, supposés pourtant les plus éloignés de l’UE, qui ont cette possibilité soumise à référendum et après lourde campagne europhobe ne sont manifestement pas enthousiastes à cette idée. A 56-44 % ils préfèrent, selon les sondage actuels, rester ! Quand bien même la tendance évoluerait, nous sommes loin du raz de marée dont révaient les europhobes ici !

      • 2 Mai 2016 à 18h07

        thd o dit

        Vous avez mal compris, il y a autour de 50% d’anglais qui veulent sortir de l’UE, autour de 49% qui veulent y rester pour en réduire suffisamment la taille pour qu’on puisse la noyer dans un bidet, et seulement 1% d’euroconcons dans votre style.

        • 2 Mai 2016 à 19h38

          CAubree dit

          Oh, la classe. On ne fait pas plus urbain pour signifier son désaccord. Sinon, j’ai bien peur que deviez vous préparer psychologiquement, cher coprophile anonyme.
           https://ig.ft.com/sites/brexit-polling/

        • 4 Mai 2016 à 12h36

          durru dit

          De 56-44 à 46-43, c’est strictement la même chose, non?

      • 4 Mai 2016 à 0h06

        nedobejkine dit

        IL suffit de 50% plus une voix pour que la GB dise bye bye à l’UE. Puis après les anglais, les tchèques ont déjà dit qu’ils organiseraient à leur tour un référendum. Les hongrois , les polonais et les autrichiens sont juste derrière. Avec ce que l’union veut imposer aux états avec le protocole de Dublin et le partage des colons, pardon des migrants, il est fort à parier que les pays d’europe centrale suivent le mouvement. 

        Calendrier 2016

        23 juin Brexit

        Septembre Tchéquie
        Octobre Pologne
        Novembre Autriche et Hongrie
        Novembre élection de Trump

        Ouh la la ca va faire beaucoup pour certaines âmes sensibles