Geisser, Redeker, même combat ! | Causeur

Geisser, Redeker, même combat !

Islamophiles et islamophobes, le droit d’écrire des bêtises

Auteur

Luc Rosenzweig

Luc Rosenzweig
Journaliste.

Publié le 11 juin 2009 / Société

Nous voilà de nouveau avec une de ces affaires dont le landerneau intellectuel français raffole : le politologue Vincent Geisser est, paraît-il, “sommé” de se présenter devant le conseil de discipline du CNRS pour y répondre de “manquement à l’obligation de réserve”.

Que reproche-t-on à Vincent Geisser ? D’avoir, dans un courriel de soutien à une jeune femme privée d’allocation-recherche pour cause de voile islamique, mis en cause le fonctionnaire du ministère de la Défense détaché au CNRS, chargé de veiller à ce que les chercheurs ne mettent pas en danger la sécurité nationale.

Selon Geisser, la jeune femme sanctionnée, Sabrina Trojet, chercheuse en microbiologie, serait victime de ce fonctionnaire, Joseph Illand, qui se livrerait de surcroît à un harcèlement incessant de sa propre personne, en raison de ses prises de positions favorables aux musulmans. Il concluait son courriel en affirmant que Sabrina et lui-même étaient l’objet d’une persécution semblable à celle subie par “les Juifs et les Justes” pendant l’occupation nazie. Ce courriel s’est retrouvé, à l’insu de Vincent Geisser, sur le blog de Sabrina et quelques sites pro-islamistes.

Il n’en fallait pas plus pour que les signataires habituels de pétitions “progressistes” (entendez par-là les Etienne Balibar, Esther Benbassa et consorts à la compassion unilatérale) montent au créneau pour dénoncer cette atteinte intolérable à la liberté d’expression.

Vincent Geisser est l’auteur, entre autres, d’un livre paru en 2003 La nouvelle islamophobie, une riposte à La nouvelle judéophobie de Pierre-André Taguieff, qui prétend démontrer que les seules vraies victimes du racisme dans notre beau pays sont les musulmans en général et les Arabes en particulier. Vincent Geisser est un représentant de cette gauche universitaire islamophile qui a parfois du mal à distinguer clairement islamisme et islam. L’auteur de La nouvelle islamophobie expose une thèse aussi erronée qu’insupportable : la France, en raison du traumatisme hérité de son histoire coloniale, n’arriverait pas à appréhender le fait musulman comme un fait religieux national. Le discours islamophobe emprunterait de manière privilégiée au registre républicain ses arguments d’un islam incompatible avec l’universalisme issu des Lumières. Dans le prolongement du racisme néo-colonial, les “républicains” ne seraient toujours pas sortis d’un rapport civilisateur à l’islam et verraient l’identité française comme exclusive de l’identité musulmane, d’où l’hostilité des républicains au port du voile islamique à l’école !

Geisser ne se contente pas, d’ailleurs, de défendre ses positions dans de savants écrits destinés à ses pairs, mais il descend sur le terrain, à savoir dans les cités HLM où les immigrés maghrébins sont nombreux, pour les appeler à la révolte contre la situation injuste qui leur serait faite. Ainsi, il est arrivé jusqu’au pied des montagnes où je demeure, dans la petite ville industrielle de Scionzier, en Haute-Savoie, pour prêcher la bonne parole aux musulmans y résidant en compagnie d’Hani Ramadan, le frère de Tarik. Hani, responsable du Centre islamique de Genève a connu son quart d’heure de notoriété grâce à une tribune publiée dans Le Monde où il justifiait la lapidation des femmes adultères. Vincent Geisser est un compagnon de route des Frères musulmans, qui, en France, contrôlent l’UOIF, comme on était jadis compagnon de route du PCF et admirateur des réalisations grandioses de l’URSS.

Dès lors que Geisser ne se contente pas de faire de la politologie dans le silence studieux de son bureau, il est naturel que les “services” surveillent du coin de l’œil ses activités. Les Frères musulmans ont parfois quelque attirance pour des méthodes brutales pour faire progresser leurs idées, et ne se contentent pas de la rhétorique policée d’un Tarik Ramadan destinée à séduire les belles âmes occidentales.

Faut-il pour autant rappeler Geisser à ce “devoir de réserve”, dont tout fonctionnaire ne devrait jamais se départir ? Robert Redeker se vit, en 2006, lâché par les collègues du lycée où il enseignait à Toulouse pour avoir écrit une tribune violemment anti-islamique dans Le Figaro. Soutenu mollement par sa hiérarchie après qu’il eut reçu des menaces de mort, il finit par se retrouver chercheur au CNRS, comme Vincent Geisser.

Même fonctionnaire, un intellectuel, un enseignant, un chercheur, doit bénéficier de la même liberté d’expression que celle de tous les autres citoyens de la République, y compris celui de dire et d’écrire des bêtises, pour autant qu’elles ne tombent pas sous le coup de la loi. A la différence des fonctionnaires d’autorité, comme les préfets, sous-préfets, ambassadeurs, etc., qui incarnent l’Etat dans les lieux où ils sont affectés, le discours des chercheurs n’engage qu’eux-mêmes. Le limogeage, en 2007 du sous-préfet Bruno Guigue, pour cause de publication d’une tribune violemment anti-israélienne sur le site islamiste Oumma.com était donc parfaitement justifié, comme l’a tranché le conseil d’Etat. Il l’aurait été tout autant, d’ailleurs, s’il avait publié un texte violemment anti-islamiste dans Tribune Juive1. Qu’on lâche donc les babouches de Vincent Geisser, qui n’en pourrait plus de satisfaction narcissique d’être, enfin, une “victime” de l’arbitraire étatique à l’image de ceux qu’il s’efforce de faire passer pour tels.

  1. Il est cependant savoureux de constater que parmi les pétitionnaires si attachés à la liberté d’expression de Vincent Geisser emmenés par Esther Benbassa, un bon nombre avait réclamé que l’on réduise au silence – et si possible au chômage – Sylvain Gouguenheim. EL.

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    • 17 Juin 2009 à 8h46

      bellini dit

      Vous avez dit Redeker???? Qui parle de Redeker? Qui a menacé de mort Geisser? le ministère? le Mossad? A-t-il besoin de se cacher?

    • 17 Juin 2009 à 8h39

      bellini dit

      Vous avez dit Redeker???? Qui parle de Redeker?

    • 16 Juin 2009 à 17h20

      marion dit

      Un article interessant sur cette histoire:

      http://www.ripostelaique.com/Le-chercheur-provoile-Vincent.html

      bonne lecture

    • 15 Juin 2009 à 10h22

      BArry dit

      Serge ULESKI, je peux vous dire qu’après avoir lu du Rosenzweig plusieurs fois sur Causeur, je me suis rendu compte qu’il jouait un rôle ici, celui du journaliste toujours à côté de la plaque, bête et méchant, manipulateur, comme une sorte de slim shady mais journaliste, celui-là. Je suis sûr qu’aux gens qu’il croise il raconte que non, il n’est pas celui qu’on croit, que tout n’est qu’une sorte de jeux… Qui lui rapporte un max! Une hypothèse…

    • 15 Juin 2009 à 2h04

      sol invictus dit

      Mais qui parle d islamophobie?Dans un pays republicain et laique de tradition chretienne ce qui correspond je pense assez bien à la France vous imaginez combien de fois par jour on entend les mots d Islam et musulman .Islamomanie oui islamogonflie surtout On a eu tant de mal a se libérer un peu de la calotte pourquoi faudrait il supporter les outrances du turban.

    • 14 Juin 2009 à 21h28

      Franz dit

      @Mariton,
      Pas de problème, ce n’était qu’une humble correction fraternelle, dans le plus pur esprit ignatien

    • 14 Juin 2009 à 21h15

      maxiton dit

      excusez moi je citais de memoire n’etant pas chez moi

      Je ne voudrai pas m’aventurer sur le terrain de la foi.
      Je voulais simplement insister sur ce qui devrait rapprocher

    • 14 Juin 2009 à 20h13

      Franz dit

      @Maxiton

      Je pense que vous confusionnez
      Matthieu 15;27 “Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.”
      Réponse “Alors Jésus lui dit: Femme, ta foi est grande; qu’il te soit fait comme tu veux. Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.”

      En gros, Jésus n’a pas besoin de se déplacer pour faire les miracles, cf. l’épisode du centurion, qui est pour moi le plus beau passage des Evangiles. Il n’envoit donc pas de disciple pour faire à sa place une chose qu’il répugne à faire lui-même.

    • 14 Juin 2009 à 20h05

      Franz dit

      Pour la nourriture:
      Matthieu 15;11 “écoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme” -> Il n’a pas fallu attendre St Paul pour cela.

      Comme d’habitude, une trace de cela dans le Coran (dans le Saint Coran, comme dirait Obama, paix soit sur lui), verset la famille d’Imran,
      “Et je confirme ce qu’il y a dans la Thora révélée avant moi, et je vous rends licite une partie de ce qui était interdit. Et j’ai certes apporté un signe de votre Seigneur. Craignez Allah donc, et obéissez-moi.”

    • 14 Juin 2009 à 19h07

      Zyva dit

      Le premier évangile (des quatre reconnus) a été retranscrit par Marc en 70, soit plus 37 ans après la mort de Jésus, comment peut-on être certain de la fidélité à sa parole, aucun des évangiles n’ayant été écrits de son vivant ?
      La foi, me direz vous.. Alors on peut tolérer d’autres convictions. Il est vrai que la levée de cet interdit avait pour principe “l’action de grâce”. L’idée que tout est dans l’intention, si elle est pure, point de pêché. On retrouve aussi cette vision chez les juifs libéraux aujourd’hui. En cela c’était d’une modernité extraordinaire !