Gaza : le solo d’Obama
Pourquoi si peu de haine?
Publié le 11 juin 2010 à 12:00 dans Monde
Mots-clés : Barack Obama, États-Unis, Israël

Barack Obama. Photo Flickr / Nicole Caulfield
Obama est-il soluble dans les eaux de la Méditerranée ? La question est justifiée si l’on s’arrête un instant sur le silence embarrassé de la Maison Blanche après l’affaire de la flottille. Le président américain a soigneusement veillé à ne pas joindre sa voix à l’euphonie de critiques consécutives à l’abordage discutable du Mavi Marmara. Sagement, il a préféré faire part de son “inquiétude” pour la région en qualifiant d’”intenable” l’actuel statu quo proche-oriental. Une attitude volontairement mesurée qui a sans doute mis un peu de baume au cœur de Benjamin Netanyahu passablement écorché, y compris par les coups de dagues de nombre de démocraties internationales prises d’une soudaine compassion pour le Hamas pourtant à leur ban.
Le grand allié d’Israël semble le rester
Cette retenue américaine a suscité une levée massive de sourcils, notamment dans les milieux bien-pensants, c’est-à-dire critiques d’Israël, qui vont bientôt afficher complet. Un an après le fameux discours de la “main tendue” de M. Obama aux musulmans, le monde arabe a également vu d’un mauvais œil cette attitude conciliante du président américain à l’égard d’Israël. D’autant qu’elle a eu pour conséquence immédiate de permettre au Premier ministre israélien d’imposer son idée d’une commission juridique chargée d’enquêter sur l’assaut du 31 mai et composée – au grand dam du reste de la planète – de juristes israéliens et d’experts étrangers, en particuliers américains. Certes, le doute sur “l’objectivité” de cette commission, soulevé tous azimuts, est autorisé, et la seule présence d’Israéliens en son sein apporte en quantité de l’eau aux moulins des démocrates bon teint. À propos de bon teint, c’est vrai qu’y faire siéger le toujours hâlé Roland Dumas aurait probablement apaisé les sceptiques habituels, et aurait conféré aux enquêteurs un gage certain d’impartialité … D’autant qu’en matière de bateaux et de navigation en eaux troubles, il peut en remontrer à plus d’un. Mais pourquoi s’arrêter à M. Dumas ? N’oublions pas le bon juge Goldstone ! Lui aussi aurait sa place au sein d’une commission anti-sceptiques, c’est-à-dire noyautée par des Iraniens, des Pakistanais et des Cubains qui se livrerait, comme pour l’enquête autour de la guerre à Gaza, à une réflexion empreinte de neutralité! Et ne rejetons pas trop vite le nouveau héros des pays du sud, Recep Tayyip Erdogan, dont l’objectivité n’est plus à démontrer, surtout à l’endroit de ceux qui se risquent à évoquer en Turquie le génocide arménien et sont de plus en plus nombreux à croupir dans ses prisons. En parlant d’objectivité, il serait salutaire de rappeler ici que des commissions d’enquêtes en Israël ont dans le passé fait tomber des têtes, notamment la commission Agranat (Guerre d’Octobre 1973), Kahane (Guerre du Liban 1982-85) et Vinograd (2e Guerre du Liban juillet-août 2006). Un détail d’importance lorsque l’on sait que Netanyahu, son ministre de la Défense Ehud Barak et le chef d’état-major Gaby Ashkenazi pourraient être appelés à comparaître.
Il semble donc que le souhait américain en faveur d’une “participation internationale” soit exaucé puisque les Israéliens ont accepté le principe d’”observateurs étrangers” parmi les membres d’une commission d’enquête. Pour Washington, et contrairement à la plupart des capitales européennes et à l’encontre des Nations unies, les institutions démocratiques israéliennes sont capables de traiter le dossier de façon crédible, de déterminer les responsabilités, et de sanctionner objectivement les fauteurs.
Le grand allié américain d’Israël semble donc le rester. De même qu’il entend bien restaurer son rôle d’“honest broker”, une fonction dont les contours s’étaient dangereusement estompés durant les deux mandats de la précédente administration.
Qu’est-ce à dire ? Obama est-il finalement bon pour les juifs ? Pour Israël ? Rassurons tout de suite les plus inquiets. La réponse est oui. Pour l’instant.
La ligne anti-colonisation constante à Washington – Bush excepté
Rappelons-le. Le président américain a d’ores et déjà prouvé qu’il n’avait pas sa langue dans la poche concernant Israël et sa politique de colonisation. Mais à part son prédécesseur, George W. Bush, rares ont été les occupants de la Maison Blanche à mâcher leurs mots dès lors qu’il s’agissait de l’expansion de la présence israélienne dans les territoires palestiniens. Ce qui a fait dire, peut-être un peu vite, que les relations entre Israël et les Etats-Unis n’étaient plus au beau fixe. Obama ne fait pas exception et sa politique s’inscrit parfaitement dans la ligne anti-colonisation déjà tracée par Richard Nixon après la Guerre des Six Jours et l’occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-est. Et cela tranche incontestablement avec son peu de virulence à propos de l’assaut israélien de la flottille. On ne peut se poser en critique d’Israël à toute heure, sous peine de perdre en crédibilité, et il est bon de ménager parfois ses interlocuteurs. Surtout lorsqu’on s’apprête à accueillir à la Maison Blanche Mahmoud Abbas dans le but d’aborder la question délicate des négociations indirectes dites de “proximité”, encore dénuées de résultats concrets. A la fin du mois, ce sera au tour de Benjamin Netanyahu d’être accueilli à la Maison Blanche, une visite prévue fin mai mais qui avait été brutalement reportée en raison des vagues soulevées par la flottille.
Non au nucléaire iranien
Autre sujet potentiellement explosif : le nucléaire iranien. À observer l’attitude de Barack Obama sur ce dossier, si l’on peut percevoir quelques atermoiements et un certain flou autour d’une éventuelle opération militaire contre Téhéran, il n’en reste pas moins que l’idée force prônée par l’administration est d’empêcher l’Iran d’accéder à une capacité nucléaire militaire. Une approche qui, dans ses grandes lignes, satisfait les Israéliens, même si Obama s’est diplomatiquement prononcé ces jours-ci en faveur d’un Proche-Orient dénucléarisé. “Honnête courtier” oblige. Le président américain, si l’on en croit un haut responsable israélien cité cette semaine par les médias de son pays, aurait donné à Netanyahu des “garanties explicites” sur la sécurité d’Israël au cas où un nouvel accord de la Conférence de suivi du Traité de non-prolifération — qui vient d’être adopté par l’Onu … toujours par souci d’objectivité — viendrait mettre en question l’existence de l’arsenal nucléaire israélien, un mirage selon certains sceptiques. À l’heure où les centrifugeuses iraniennes tournent à plein rendement et où le président Ahmadinejad ne fait pas mystère de ses intentions concernant l’avenir d’Israël au sein de la communauté des Nations, comment ne pas s’interroger sur l’opportunité d’une telle résolution qui condamne “les activités nucléaires israéliennes” et prévoit pour 2012 une conférence sur un Proche-Orient dénucléarisé ! Mais, en raison d’une irrépressible et incorrigible mauvaise foi, je fais probablement fi de l’objectivité, encore elle, des membres du “Machin”.
-
L'auteur
Patrick Anidjar est journaliste et écrivain.
-
Plus









La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés
48Nos offres
1 an : 55 € ............................................ >
1 an : 34,90 € ....................................... >
Bibi dit
Kacyj,
J’ai posté la VO à 13h16.
Mais d’aucuns ne s’embarrassent pas de faits pour étayer leur avis.
Kacyj dit
A special news for Jardidi :
http://www.lemonde.fr/depeches/2010/06/12/ryad-autoriserait-israel-a-survoler-son-territoire-en-cas-de-raid-sur-l-iran_3244_108_42703371.html
Bibi dit
Mark Steyn
http://article.nationalreview.com/436145/the-very-model-of-a-modern-major-generalist/mark-steyn
Rotil dit
Jardidi,
Si j’ai bien suivi le film, Israel a toujours eu des alliés. Aujourd’hui, l’Inde est au zénith de ceux-ci. Vous savez, l’Inde est un tout petit pays minuscule situé entre l’Alaska et le pôle sud.
Roba dit
“L’immonde” Oussama Ben Landen, lors de l’arrivée au pouvoir d’Obama, a déclaré sur Al Jazirah que “Ce noir ne serait de nouveau que l’esclave de son maître blanc’. Cela a soulevé un tollé chez tous les culs bénits de la planète ainsi qu’une marée de protestations indignées de la ‘communauté internationale’.
Mais, finalement au vu des événements, Oussama avait-il tellement tort?
Kacyj dit
“de montée en puissance de l’ensemble monde arabe-Iran-Turquie? ”
Euh, elle s’appuie sur quoi la montée en puissance, siouplait?
Bibi dit
Saudi Arabia gives Israel clear skies to attack Iranian nuclear sites
Jardidi dit
J’halal-lucine!
L’article est d’un classique absolu, “Israël est une démocratie, les Américains sont ses alliés et l’Iran un problème.” Le monde ne change pas et ne changera pas, ce qui vient de se passer n’aura aucune conséquence.
Quel est l’avenir d’Israël sur fond d’affaiblissement américain et de montée en puissance de l’ensemble monde arabe-Iran-Turquie? La droite israëlienne se contente d’affirmer que les Arabes ou les musulmans sont bêtes et méchants, donc qu’Israël a raison et gagnera toujours.
Un shalom géant est une grande descente.
Rotil dit
Jim Burke,
“Plus sérieusement, je suis pour la paix et l’amour entre les peuples.”
Vous n’êtes pas le seul… Mais j’ai parfois eu l’intuition qu’il est plus facile d’aimer ceux qui nous sont éloignés.
Bibi dit
Une analyse de Frédéric Encel:
La marche à la puissance turque trouvera ses limites
Jim Burke dit
Je ne comprends rien à ces conflits séculaires entre métèques moyen-orientaux (et rien de raciste là-dedans, je ne comprends rien non plus à l’actualité de notre beau pays; j’ai dû arrêter l’école en CM2 pour des problèmes d’alcoolisme) mais une chose est sûre, toutes ces histoires sont faites pour nous détourner des vrais crimes islamo-communistes franc-maçons qui se déroulent actuellement au Tibet ( http://conditoralmesiderum.blogspot.com/2010/06/rick-rolle-journal.html ).
Plus sérieusement, je suis pour la paix et l’amour entre les peuples.
Bibi dit
En fait, pendant ce temps
Palestinian runs over policemen in Jerusalem
Bibi dit
Rackam,
Mais, à ma connaissance, l’homosexualité n’a jamais été pénalisée en Israël.
jerome dit
100,000 c’est le chiffre des organisateurs repris par les medias – lorsque c’est une manif de droite, ils reprennent les chiffres de la police. Comme en France d’ailleurs.
Il y avait certainement beaucoup de monde par contre, plus que l’an passe, a cause de l’attentat contre le bar pour ados homos a Tel Aviv qui s’est deroule depuis.
Le coupable n’a toujours pas ete trouve et on ne sait meme pas quelles ont ete les motivations du tueur – homophobie, vengeance personnelle, erreur sur l’endroit ?
Dans tous les cas, c’est deprimant de savoir ce type en liberte.
Alpin dit
Erreur technique,voici le lien:
http://michelgurfinkiel.com/articles/298-Turquie-Isral-De-lalliance-a-la-confrontation.html
Alpin dit
Futur turc, Israël et OTAN:
michelgurfinkiel.com/articles/298-Turquie-Isral-De-lalliance-a-la-confrontation.html
Kacyj dit
100 000 personnes, cela fait 1 million à Paris.
Il paraît que le bateau de la délégation espagnole a dû être détourné vers le port de Gaza.
rackam dit
Et pendant ce temps-là…
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/06/11/97001-20100611FILWWW00626-gay-prideisrael-100000-personnes.php
Rotil dit
Bibi,
Excellent clip, je le garde en réserve.
Bibi dit
Hohenfels,
Vous pouvez vous remettre de vos émotions avec le clip que j’ai posté à 14:39.
En direct de Jérusalem.