Gainsbourg, à la fin
Les dernières années du chanteur
Publié le 23 octobre 2010 à 14:48 dans Culture
Mots-clés : Serge Gainsbourg

On croyait tout connaître de Serge Gainsbourg, dont on célèbrera l’année prochaine les vingt ans de la disparition. On pensait avoir déjà visité tous les recoins de son labyrinthe biographique et créatif, on s’estimait parfaitement familier des moindres détails de sa vie… On se trompait sur presque toute la ligne. Il manquait quelque chose, à ceux qui n’ont pas connu personnellement le chanteur, pour finir de l’approcher par le cœur et par l’esprit. En l’occurrence, le livre touchant de Constance Meyer.
Carrière perdue d’artiste peintre
Plusieurs événements gainsbouriens notables ont jalonné l’année : le premier a été le film Gainsbourg vie héroïque de Johan Sfar, qui a mis au jour – sur le mode du conte onirico-philosophique – les méandres psychologiques complexes du chanteur, pris en tenaille entre un éternel regret pour une carrière perdue d’artiste peintre, un vague mépris pour la chanson (considéré comme un « art mineur »), une violente détestation de sa « gueule », etc. Un joli portrait « rêvé », qui mettait sciemment de côté le Gainsbourg de « tous les jours », celui de la vie privée, et qui ne faisait qu’effleurer les dernières années de la vie du chanteur. Le second événement a été une réédition de la biographie « définitive » de Gilles Verlant, qui permet de saisir l’auteur de la Javanaise à travers un grand nombre de témoignages passionnants. Le troisième événement a été la publication de deux récits autobiographiques de femmes discrètes qui ont traversé la vie de Gainsbourg sans être connues du grand public. Sa première femme, Elisabeth Lévitzky (Lise et Lulu, First), que le chanteur a rencontré dans les années 1940 alors que son projet était encore d’être un artiste peintre ; et la jeune Constance Meyer (La jeune-fille et Gainsbourg, l’Archipel) qui a accompagné le poète dans les dernières années de sa vie.
L’intrépide pisseuse
Si le livre de Lévitzky (co-écrit avec Bertrand Dicale) est riche d’enseignements sur la préhistoire de l’artiste, le témoignage de Constance Meyer, La jeune fille et Gainsbourg, est autrement plus intéressant en ce qu’il apporte un éclairage sur les dernières années de la vie de l’artiste ; période durant laquelle un envahissant « Gainsbarre » médiatique cherchait volontairement à brouiller les pistes.
Constance Meyer rencontre Gainsbourg au milieu des années 80, alors qu’elle n’a que 16 ans. Aujourd’hui la jeune-femme a la quarantaine, et fait profession de réaliser des « patchworks » photographiques. On aimerait beaucoup reprendre à notre compte cette notion de « patchwork », car son témoignage se présente comme une accumulation saisissante – et touchante – de parcellaires « choses vues » qui démontre que l’anecdote mène parfois, très légitimement, au fragment biographique. Traversant Paris juchée sur son cyclomoteur Ciao, l’intrépide « pisseuse » glisse sous la porte de l’hôtel particulier de Serge, rue de Verneuil, une lettre de fan énamourée comportant un numéro de téléphone. Gainsbourg appelle la lolita. S’en suit une histoire d’amour singulière, qui va courir de 1986 à la mort du chanteur.
La jeune fille et Gainsbourg livre un témoignage émouvant sur le vrai Gainsbourg. Celui qui, au sommet de sa gloire, était encore un incorrigible timide avec les femmes. Celui qui surjouait le goujat alcoolique dans les médias, et réservait à ses intimes le visage d’un homme subtile et raffiné. Ce témoignage nous permet aussi de voir l’artiste au travail, composant la musique percutante de Tenue de soirée pour Blier fils, ou concevant son propre long-métrage Stan the Flasher, puissamment inspiré par son rapport aux jeunes filles
.
Constance Meyer, à travers des chapitres courts et une vraie économie d’écriture, réussit également à nous communiquer sa nostalgie des années 1980 ; un passé joyeux sans téléphones portables ; un temps poétique où l’on s’envoyait des télégrammes amoureux ; une époque où le monde de la musique – pas tout à fait entré dans l’ère mortifère du CD – savait encore ce que veut dire « chanson française »…
Et ce, notamment, grâce à l’élégance de l’univers Gainsbourg.
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L'auteur
François-Xavier Ajavon est chroniqueur et professionnel de la presse.
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Grandgil dit
Quant à Whitney Houston, bon comment dire, une chanteuse ?
Grandgil dit
Vous n’avez rien compris, Teddy.
Pourquoi Gainsbourg semble plaire dans ce fil ? Parce qu’il avait du talent ? Parce qu’il baisait des jeunesses ? Ce qui semble être le fantasme de beaucoup.
c’est pas son talent que je critique, mais l’image que l’on a de lui et qui est une caricature.
TeddyK dit
Grandgil a dit :
“il drague une chanteuse d’un été en direct chez Drucker”
Cette chanteuse c’est Whitney Houston … pas vraiment une chanteuse d’un été ! à moins que vous ayez quelques décennies de retard ? Votre commentaire dénigrant le talent de Monsieur Gainsbourg n’en est pas à quelques erreurs près …
Roba dit
Gainsbourg est mort trop tôt. De nos jours, il composerait deux titres pour Carla Bruni qui aurait alors pu les massacrer à la Adjani! Et Nicolas pourrait distribuer les CD lors des coneils de ministres. La GLOIRE!
Roba dit
@Grandgil
Vous avez tout à fait raison. Gainsbourg a fait quelques succès mineurs (comme l’agréable poinçonneur des lilas ou Initials BB) et a culminé avec un unique disque; Melody Nelson. Puis il est volontairement tombé dans le piège du show bizz et a fait intentionnellement de la m… (Rock around the bunker et autres) pour complaire à son public qui voulait du grotesque ‘Gainsbarre’. Il a fait miauler Adjani, Birkin et autres et tout le monde a trouvé ces divagations géniales. Alors si le public en voulait…
Gainsbourg avait du génie; dommage qu’il l’ait étouffé…
Kortexa dit
Très bel article. Bravo !
D’Enguell dit
@ Odilon : c’est à l’oreille que je les distingue le plus facilement !
Diction, accent, formulation. Et ce je ne sais quoi de post-Raphaëlique dans la posture…
Odilon dit
@D’Enguell
“L’aurait-il fait avec une « pisseuse » de 16 ans des années 2010 ?”
Voyons, les pisseuses ne se ressemblent pas toutes, même en 2010. Avec un bon nez, on les distingue facilement.
Grandgil dit
Et c’est là que Gainsbarre fait son apparition, un sale type, obsédé par le fric et les lolitas, drogué, alcoolique, et écrivant des ritournelles « yéyé » le plus souvent à double ou triple sens sexuel : « les sucettes », « Bébé requin », les chansons pour Paradis beaucoup plus tard. Sur les photos, il est comme un gosse qui dit des gros mots pour le plaisir de faire bisquer les adultes. Il brûle un billet de 500 balles en public, on fait semblant de s’offusquer mais au bout du compte le troupeau rêve de faire pareil, flamber du pognon, s’afficher avec des femmes-enfants androgynes et faire la fête jusqu’au petit matin ? Comme il n’en revient pas, de son succès, il se montre partout, il dit quelques monstruosités sans importance, il met le bazar chez Polac, avec Choron en grande forme, il drague une chanteuse d’un été en direct chez Drucker, mais la descente dans l’Hadès ne faisait que commencer, l’Hadès clinquant et doré sur tranche des beaux quartiers.
Grandgil dit
Ce n’est pas gagné, dans l’écriture il reste trop exigeant pour plaire au trop grand nombre, on ne se refait pas. Et puis il n’est pas beau, aux yeux des moutons qui achètent les disques des stars, c’est impardonnable de ne pas ressembler à un mannequin de haute couture. A un moment, il en a par dessus la tête de ne pas être comme tout le monde, de devoir sans cesse se justifier d’être lui-même, d’être original, d’avoir du talent, et il ne fait rien d’autres que vendre son âme, au moins en partie, au « show biz ». Il retourne sa veste et « s’aperçoit qu’elle était doublée en vison »
Grandgil dit
A force de boire, il ressemble de plus en plus à ce qu’il est, un vieil alcoolo mondain, riche à millions, qui se réveille de temps en temps chez les flics parisiens qui finissent par tous le connaître. Cela fait longtemps qu’ils avaient pardonné « la Marseillaise reggae ». A droite comme à gauche, on trouvait que ce n’était pas très bon pour l’Instruction Civique, l’homme et la femme politique avaient déjà tendance, pour beaucoup, à se foutre du monde, c’était il est vrai les mêmes en noir et blanc, puis en couleurs à partir de 1975. Gainsbarre prend toute la place, il a même tendance à pousser Gainsbourg, Lucien, dehors sans trop de remords. Ce n’est qu’à partir du concert au Casino de Paris en 1986 qu’il commence à remonter la pente savonneuse mais il est un peu tard. Depuis Baudelaire, on sait bien que les paradis artificiels n’ont jamais rien rajouté à la créativité, sinon, en chaque VRP, à l’apéro dés onze heures (un « kir violette » en notes de frais), sommeillerait un Van Gogh. Avec Catherine Ringer, chez Denisot, c’est l’ivrogne professionnel des médias qui fait son numéro d’anar de droite éthylique mais ça ne prend plus. Il meurt après avoir arrêté de boire, peut-être que c’était dangereux d’arrêter ? On ne saura jamais.
Grandgil dit
Ce n’est pas gagné, dans l’écriture il reste trop exigeant pour plaire au trop grand nombre, on ne se refait pas. Et puis il n’est pas beau, aux yeux des moutons qui achètent les disques des stars, c’est impardonnable de ne pas ressembler à un mannequin de haute couture. A un moment, il en a par dessus la tête de ne pas être comme tout le monde, de devoir sans cesse se justifier d’être lui-même, d’être original, d’avoir du talent, et il ne fait rien d’autres que vendre son âme, au moins en partie, au « show biz ». Il retourne sa veste et « s’aperçoit qu’elle était doublée en vison ». Et c’est là que Gainsbarre fait son apparition, un sale type, obsédé par le fric et les lolitas, drogué, alcoolique, et écrivant des ritournelles « yéyé » le plus souvent à double ou triple sens sexuel : « les sucettes », « Bébé requin », les chansons pour Paradis beaucoup plus tard. Sur les photos, il est comme un gosse qui dit des gros mots pour le plaisir de faire bisquer les adultes. Il brûle un billet de 500 balles en public, on fait semblant de s’offusquer mais au bout du compte le troupeau rêve de faire pareil, flamber du pognon, s’afficher avec des femmes-enfants androgynes et faire la fête jusqu’au petit matin ? Comme il n’en revient pas, de son succès, il se montre partout, il dit quelques monstruosités sans importance, il met le bazar chez Polac, avec Choron en grande forme, il drague une chanteuse d’un été en direct chez Drucker, mais la descente dans l’Hadès ne faisait que commencer, l’Hadès clinquant et doré sur tranche des beaux quartiers.
Grandgil dit
Il existe deux sortes d’artistes ; les clinquants qui sont dans la lumière à force de courbettes, les créateurs, qui deviennent de temps à autre célèbre sans rechercher obligatoirement la célébrité pour la célébrité, et ceux qui sont contents d’eux, c’est cette certitude qui les pousse à taper à toutes les portes pour finir par se faire une place au soleil mondain des gens dont on parle dans le journal, les « pipeaules », je ne suis pas sûr que ceux-là créent grand-chose, et ceux qui ne sont jamais satisfaits, toujours soucieux de parfaire leur œuvre au mieux, parfois persuadés de n’avoir aucun talent, aucun génie, comme Gainsbourg. Il désire ardemment devenir peintre, mais il brûle toutes ses toiles en 1957, il se trouve nul comme peintre, il se trouve moche depuis l’enfance, les oreilles décollées, les yeux globuleux, son nez d’usurier de caricature vichyste, il est certain que tout est déjà fichu, qu’il n’atteindra jamais l’excellence. Et puis un soir, il voit Boris Vian sur scène, chanter malgré la trouille au ventre, et il se dit que non seulement ce serait un bon moyen de gagner un peu plus d’argent mais aussi de plaire aux filles, et si lui il peut le faire, le grand type dégingandé dont le trac est aussi grand que la Tour Eiffel, il doit y arriver aussi.
Koon dit
@D’Enguell
Je peux effectivement pas m’empêcher de me dire que si Gainsbourg était encore en vie aujourd’hui, il serait probablement passé de procès juridiques en procès médiatiques sur fond de pédophilie de l’action de quelques associations ayant des mots comme “ange” et “innocence” dans leur nom.
Et la “pisseuse” d’être hérigée en pauvre victime sans qu’on vienne lui demander son avis.
Venik dit
La vie de Gainsbourg ?
$$$$$$$$$$$$$$$
Grandgil dit
Le film de Sfar était nul, la vie de Gasinbourg en elle-même était bien plus bigger than life.
Le sommet de son talent c’est “Melody Nelson”
Venik dit
Le sommet de sa gloire c’est le poinçonneur des lilas.
“l’élégance de l’univers de Gainsbourg” Ce qu’il faut pas lire.
On est samedi, il faut acheter des livres au Virgin.
zen aztec dit
On en a fini avec Muray passons à Gainsbarre
D’Enguell dit
Que l’homme à la “tête de chou ait chois une “pisseuse” de 16 ans à l’orée des années 80 pour l’accompagner témoigne de la fracture culturelle qui existe depuis.
L’aurait-il fait avec une “pisseuse” de 16 ans des années 2010 ?