Gaïa à Port-au-Prince

A quelque chose malheur est-il bon ?

Publié le 28 janvier 2010 à 6:00 dans Monde

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Port-au-Prince, Flickr/Zoriah

Port-au-Prince, Flickr/Zoriah

On assiste ces jours-ci à une évolution étrange du discours ambiant à propos de la catastrophe haïtienne. Au lendemain du désastre, nous avons tous entonné le même refrain : “les dieux”, ces éternels coupables, s’acharnaient gratuitement sur le peuple haïtien. À l’égard d’Haïti, notre commisération et notre secours devaient être sans borne, puisque la malignité des forces occultes qui régissent l’action de la nature ici-bas l’était aussi. Il fallait se montrer aussi déterminé dans le Bien que les dieux anonymes l’étaient dans le Mal. C’était au fond une gigantomachie dans la plus pure tradition mythologique qui se jouait là, avec, du bon côté du ring, notre énorme puissance compassionnelle et technologique, et, de l’autre, celle accumulée souterrainement par la nature pendant des années pour libérer soudainement au grand jour une puissance aveuglement destructrice. Tout était prêt pour une belle histoire qui finit bien, avec plein d’émouvantes péripéties, toujours les mêmes, qui mettent en scène d’infatigables fouilleurs de décombres et des petits enfants sauvés grâce aux effets mirifiques de notre vertu en actes. Puisqu’il était impossible de donner un sens au martyr du peuple haïtien – contrairement à ce qui s’est produit au moment du tsunami, et c’est heureux, personne ne s’est d’emblée et à ma connaissance aventuré à suggérer que l’action des dieux aurait pu avoir une justification quelconque – nous devions nous contenter de le soulager, en lui portant secours. Point.

Mais c’était sans compter avec l’infatigable imagination des temps modernes. Donner un sens à l’insensé est une tentation éternelle de l’esprit humain. Il faut pourtant constater qu’elle prend aujourd’hui des formes inédites.

Du passé haïtien, le séisme a fait table rase. Mais le passé d’Haïti était tellement sombre que beaucoup sont tentés de trouver des vertus morales à l’action de mère nature. L’on sentait les dirigeants du monde réunis à Montréal lundi dernier pour une première préparation à “l’accouchement du nouvel Haïti”, selon l’étonnante expression du premier ministre haïtien, prêts à rendre grâce, lors de cette réunion, à mère Gaïa pour les vertus insoupçonnées des effets de son acte terrible. On se souvient du ridicule achevé des deux roitelets voltairiens qui, au grand effroi de Candide, faisaient donner des Te Deum par-dessus les charniers qu’ils venaient allègrement d’édifier. Aujourd’hui on en est presque à se féliciter de ce qui vient d’arriver à Haïti pour l’occasion que cela donne à la “communauté internationale”, unie comme une seule femme grosse des promesses d’un monde nouveau, de racheter un passé plus calamiteux encore que la calamité du jour.
Nos nouveaux dieux, moins obscurs que les anciens, sauront rendre intelligibles leurs interventions dans le cours des affaires humaines. Gaïa nous a débarrassé du vieil Haïti, dont plus personne, Haïtiens et Occidentaux de conserve, ne voulait. Ce vieil Haïti était la preuve de leur incurie, et celle de notre iniquité. Un témoin gênant de nos faiblesses et exactions passées.

À suivre un adage stupide de notre belle langue, il parait “qu’à quelque chose malheur est bon”. Oui, mais à quoi ? A notre propre bonté bien sûr. C’est notre propre bonté qui trouvera à se déverser librement grâce à cette catastrophe. Depuis trop longtemps contrainte par un passé néocolonialiste plein de bruit et de fureur, notre bonté, aussi grosse soit-elle, trouvera ici l’occasion de se refaire une virginité grâce aux vertus de cette terrible catastrophe. La déclaration finale de cette première préparation à l’accouchement du nouvel Haïti stipule ceci : “Ensemble, nous sommes entièrement déterminés à construire un pays nouveau qui répondra aux aspirations légitimes que le peuple haïtien nourrit depuis longtemps”. Et d’énumérer six principes tous plus vertueux les uns que les autres : Appropriation : “Les Haïtiens seront maîtres de leur avenir.” Coordination : “Nous, les participants, travaillerons ensemble.” Durabilité : “Nous resterons, à long terme, solidaires d’Haïti.” Efficacité : “Nous nous montrerons à la hauteur des attentes.” Inclusivité : “Nous tendrons la main au peuple haïtien.” Responsabilités : “Nous rendrons compte de nos actions.”

C’est beau comme du nation-building bushiste, la guerre de libération en moins. Gaïa a fait tout le sale boulot pour nous. Grâce lui soit donc rendue, sans plus tarder.

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  • 29 January 2010 à 7h51

    expat dit

    @ Dr. Zurul : je pense que oui, mais c’est à vérifier.

  • 29 January 2010 à 0h26

    Dr. Zurui dit

    @expat : à vrai dire, je savais que MoveOn était une organisation pro-démocrate, mais pas qu’elle était (est toujours?) liée à G. Soros. En revanche, je n’en suis pas étonné.

  • 28 January 2010 à 17h51

    expat dit

    @Joazim : non ce n’est pas ça, je cherche à savoir s’il est connu qu’il est le fondateur et la force ($$$) derrière moveon.org.

  • 28 January 2010 à 17h46

    Joãozim dit

    Je ne suis pas en mesure de vous dire si tout un chacun est au courant, mais en effet, il est assez facile en surfant sur internet de découvrir que Soros est un soutien actif du parti démocrate…

  • 28 January 2010 à 17h39

    expat dit

    @Joaizim : non pas de tout. Je ne pense pas que les USA songe à coloniser Haitï quand même… Non c’était juste que Soros a longtemp gardé son lien (il est le fondateur) avec Moveon.org. C’était su par très peu de monde, presque un secret, et je me demandais juste si cette information est maintenant totalement publique.

  • 28 January 2010 à 17h23

    Joãozim dit

    expat : merci, j’avais effectivement lu quelque part que Soros soutenait le parti démocrate. Quelles conclusions doit-on en tirer ? Que la motivation profonde de l’implantation, à une si grande échelle, de troupes US en Haïti est uniquement philantropique ? Qu’impérialisme et Soros sont, par conséquent, deux concepts antagonistes ?

  • 28 January 2010 à 16h51

    michel Kessler dit

    A propos de seisme les régionales pointent leur nez et ça commence déja à puer, un vieux fond en décomposition sur l’air de racisme-antiracisme, les amants diaboliques (les bonnes blagues de tonton frêches entr’autres!), le FN qui déroule sur l’exclusive islamisation du pays réel, Sarko qui s’affaisse etc etc, Espérons un débarquement de nos amis américains pour fouiller les décombres aidés de Tsahal et des horse guards de sa gracieuse majesté…

  • 28 January 2010 à 16h36

    expat dit

    Joaizim : vous savez que MoveOn.org (l’association de Soros) est le plus grand supporter de la partie démocrate ? Et qu’ils ont massivement contribuer à la candidature d’Obama ? (je suis juste curieuse de savoir si vous le saviez – je me demande si les gens sont au courant de cela – merci).

  • 28 January 2010 à 16h27

    Joãozim dit

    Moïra : il me semble que si j’étais haïtien je me méfierais de MPL comme de la peste, elle qui affirme littéralement souhaiter confier les rênes de son propre pays à un “consortium américano-canadien”. Consortium au sein duquel, au vu des responsabilités qu’elle a exercées dans l’une des plus grandes fondations de lobbying US, elle aurait une place privilégiées… comment ne pas y voir une méthode accélérée de retour au pouvoir, et accessoirement un moyen de débarquer Préval, lequel est peut-être coupable, à leurs yeux, de ne pas avoir refusé l’aide (et, antérieurement, les proposisitons de partenariat notamment dans les domaines du commerce, de la santé et de l’éducation) de Cuba…

  • 28 January 2010 à 16h07

    expat dit

    @Florentin Piffard : ah vous savez, toutes les excuses sont bonnes…;/>

  • 28 January 2010 à 16h00

    Florentin Piffard dit

    Il est étrange parfois de constater à quel point on est mal compris. Cet article ne sous-entend rien, il dit seulement ce qu’il dit. Nulle part il n’y est question de “l’impérialisme américain”. De façon très prétentieuse, je l’admets, je me situe sur un plan strictement théologique.

  • 28 January 2010 à 15h43

    Clappique dit

    Tiens! Revoilà l’impérialisme américain! Ce ne serait pas le Pentagone des fois qui aurait provoqué le séisme pour mettre la main sur le pétrole? Après tout il a bien inventé le SIDA pour génocider les Africains…

  • 28 January 2010 à 13h42

    Moïra dit

    Alors, à quelque chose malheur est-il bon ? Un mien cousin a flingué dans sa maison semi-écroulée 5 charognes qui en “voulaient à la tirelire” (copyright François Hadji-Lazaro). Il m’a raconté brièvement l’horreur de l’inhumanité à Port-au-Prince, la monstruosité ordinaire, bien qu’exacerbée par les circonstances, de ses compatriotes, le retour en force des mafias habituelles. Et il est ravi de voir tous ces étrangers débarquer, il espère qu’ils feront le ménage. Je lui réponds “bouche plein caca”, il rit, cette expression a disparu, elle était sans doute stupide comme vous dites.

  • 28 January 2010 à 13h36

    Moïra dit

    Odilon, il y a aussi de pétrole à Haïti, si, si ! Même si pour le reste, vous avez raison, voir débarquer des dizaines de milliers de Haïtiens sur les côtes de Floride aurait fait désordre. C’est pourquoi Obama a placé son intervention sous l’égide de Luther King, c’est chic et fraternel.

    Joaozim, Michelle Pierre-Louis, puisque c’est de cettre première ministre que vous parlez, est une femme bien, parfaitement consciente de l’incurie de l’ensemble des institutions de son pays, et de son propre peuple aussi, d’où son souhait d’une intervention internationale qui remettra peut-être un peu d’ordre ET de droit dans son île.

    Piffard, ça démarre bien mais ça se termine en eau de boudin. La gigantomachie, le sens que l’homme veut donner à l’insensé, la communauté internationale : “femme grosse des promesses d’un nouveau jour” (magnifique) c’est parfait. Ensuite ça se gâte : quelle iniquité, quelle inertie, quelles exactions ? Les réparations de 1810 peut-être ? Elles étaient amplement méritées et vous le savez.. Méfiez-vous, vous flirtez avec l’auto-flagellation.
    …/…

  • 28 January 2010 à 13h28

    Venik dit

    Mais il y a du pétrole à Haiti.
    Une nappe contigue à celle du Vénézuela et que certains estiment supérieures.
    Les USA considérent le coin comme leur arrière-cour et le pétrole haïtien est inclus dans les réserves américaines au cas de pénurie mondiale.
    En 49 et en 75 les gouvernements haitiens eurent des velléites d’exploitation mais les USA stoppèrent les projets et dédommagèrent les compagnies qui s’étaient lancées.
    Sinon,il y a aussi de l’iridium,utilisé pour les navettes spatiales et les missiles..
    Et vive Georges Clowney et Travolta réunis !

  • 28 January 2010 à 12h54

    Odilon dit

    @Jardidi
    L’Irak a du pétrole. Je ne vois pas bien quelle ressource mirifique ferait baver les américains d’envie en Haïti. Ce qu’ils veulent, c’est éviter d’avoir une Somalie à leur porte, et des pirates dans leurs eaux.

  • 28 January 2010 à 12h08

    Joãozim dit

    Jardidi voit juste, Haïti est à un emplacement stratégique puisque relativement proche de Cuba, et quasiment à mi-chemin entre les côtes américaines et le Venezuela. Un débarquement de X milliers de marines dont certains sur la pelouse du palais présidentiel, dans un autre contexte on aurait appelé ça une invasion.

    Invasion sous prétexte humanitaire donc… l’Express.fr diffusait il y a quelques jours une hallucinante interview d’une ex-premier ministre haïtienne qui proposait ni plus ni moins qu’une mise sous tutelle américano-canadienne de son propre pays !

    http://www.lexpress.fr/actualite/monde/haiti-souffre-d-une-tres-grave-absence-de-leadership_842926.html

    On apprend dans l’encadré que madame a présidé l’antenne locale de la fondation Georges Soros (ça ne s’invente pas) pendant 13 ans…

  • 28 January 2010 à 11h52

    Jardidi dit

    Les Américains vont utiliser cette catastrophe pour faire définitivement main basse sur Haïti, euh, je veux dire, vont lui apporter la démocratie et le marché, comme en Irak. C’est bien cela le sous-entendu de l’article?

  • 28 January 2010 à 9h17

    fatback dit

    En 2009, l’ensemble des coûts afférants à l’obtention d’un permis de construire en Haïti était à peu près égal à 570% du PIB par habitant. Tirer les leçons du passé…

    Via Marginal Revolution

  • 28 January 2010 à 9h11

    L’Ours dit

    Je ne sais pas si du passé il faut faire table rase, mais bien ou mal, nature coupable ou pas, la table rase est là.
    Qu’est ce que les hommes vont construire maintenant sur cette tabula rasa? nous espérons le mieux, c’est tout. Parler de chance en batissant sur 200 000 morts serait indécent, mais parler de sortir plus fort d’un malheur, c’est leur rendre les honneurs.