Gaffe à Gégauff !

On réédite enfin cet écrivain qui fut aussi un grand scénariste français

Publié le 03 janvier 2010 à 14:09 dans Culture

Paul Gégauff dans les bras de Cécile Vassort, dans <em>Une partie de plaisir,</em> de Claude Chabrol, 1975.

Paul Gégauff dans les bras de Cécile Vassort, dans Une partie de plaisir, de Claude Chabrol, 1975.

Vous avez, chers Causeurs, encore une fois survécu à deux réveillons. C’est que vous n’êtes pas Paul Gégauff. Lui n’a pas vu la nouvelle année 1984. Et pour cause, dans la nuit du 24 au 25 décembre 1983, alors qu’il réveillonnait avec sa compagne en Norvège, il a dit à celle-ci qui le menaçait d’un couteau cette phrase que tant d’hommes ont eu envie de prononcer : “Tue-moi si tu veux mais arrête de m’emmerder.” Il avait soixante-et-un an, elle en avait vingt-cinq : elle l’a pris au mot et l’a poignardé à trois reprises. Il n’est pas certain que Gégauff, un des plus grands scénaristes français, n’ait pas apprécié cette fin romanesque et sanglante. De toute manière, il n’aurait pas aimé les années 1980. Pas son genre de beauté, à Gégauff, la gauche réformiste, les années fric, la fin du style, la mort du goût.

On réédite aujourd’hui, à l’initiative d’Arnaud Le Guern dans sa collection “Les Inclassables” chez Alphée, Tous mes amis, un des cinq livres de Gégauff, un recueil de nouvelles initialement paru chez Julliard il y a quarante ans. Vous êtes priés d’aller acheter Tous mes amis pour une raison simple : nous aimerions que Le Guern connaisse dans cette heureuse initiative un certain succès et puisse aussi rééditer les précédents. Il s’agit de quatre romans, petits joyaux hussards, parus assez étrangement aux Editions de Minuit dans les années 1950. Au milieu de Nathalie Sarraute, Marguerite Duras et Alain Robbe-Grillet, qui sont quand même à eux trois ce que la littérature française d’après guerre a donné de plus surfait, de plus prétentieux et de plus ennuyeux, Gégauff était là comme un mauvais élève surdoué avec son ironie et sa méfiance de l’adjectif, son goût pour les peaux duveteuses et sa méfiance pour les abstractions qui remplissent les cercueils.

En vous procurant Tous mes amis, vous éviterez ainsi à toute une génération de nouveaux lecteurs de passer leurs après-midi au dessus des caisses des bouquinistes à la recherche fiévreuse de romans aussi mythiques que Les Mauvais plaisants de 1951 ou Une partie de plaisir de 1958 alors qu’ils feraient mieux de rechercher un emploi et de fonder une famille. Ces deux titres d’ailleurs, à eux seuls, résument bien la Gegauff’s touch que vous trouverez dans Tous mes amis. Une façon cynique, drôle, élégante, discrètement désespérée, dégraissée et rapide comme l’Aston-Martin où son ami Roger Nimier s’est tué de parler de l’amour, de la France, de l’argent, des jeunes filles, des voyages. Gégauff avait des passions heureuses et ruineuses : les femmes, les décapotables, l’alcool et la littérature. Au fond, il aurait seulement aimé écrire à la paresseuse mais avec ce genre de vie à vous faire mal voir de votre concierge, il n’y avait qu’une solution pour trouver un peu d’artiche : le cinéma. Alors on fera le scénariste et le dialoguiste pour, excusez du peu, René Clément, Eric Rohmer, Godard et surtout Chabrol. On a oublié à quel point La Nouvelle Vague, derrière ses allures d’avant-garde artistique était en fait réac comme on aime, entre le royco Rohmer et l’anar de droite Chabrol. Cette plasticité amusée devant les idées générales permettra d’ailleurs à Gégauff d’être aussi le scénariste de More, de Barbet Schroeder, le film qui a sans doute le mieux saisi ce que fut l’esprit beatnik, mais aussi d’innommables nanars comme Brigade mondaine.

Il y a chez Gégauff, qui fut avec Audiard et Pascal Jardin l’un des trois scénaristes français les plus prisés, un sens de la formule qui est celui de tout un peuple insolent qui fait jouir la langue avec le même bonheur dans le salon de Madame de Sablé ou les bistrots de Blondin. Un exemple ? Dans Tous mes amis, une des nouvelles, “Des roses à la pelle”, raconte comment deux scénaristes en pleine dèche claquent leurs derniers billets dans un somptueux diner chez Lucas Carton. Une jolie jeune fille dîne seule à côté d’eux. Evidemment, ils l’embarquent pour aller en boîte. Et Gégauff de noter alors, sur un rythme très cardinal de Retz : “Ils allèrent, ils dansèrent, ils trouvèrent en Erika une compagne d’un enjouement exquis qui fit dire à Georges :
- Elle est comme elles sont de moins en moins : parfaitement comme il faut.”

Gégauff lui aussi, décidément, est parfaitement comme il faut.

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    Jérôme Leroy

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  • 4 January 2010 à 13h24

    Sophie dit

    Jérôme Leroy, votre formule lapidaire pour régler leur compte aux trous du cul du “Nouveau roman” fait de vous un homme éminemment fréquentable. La description sensuelle et savoureuse que vous faites de Gégauff me le rend immédiatement sympathique et séduisant. Mais je me demande comment vous fourguez tout ça dans vos préoccupations sur le Borinage et la lutte des classes. Parce que sur la photo, votre champion ne fait que très lointainement penser à un métalo prêt à en découdre avec le patron pour obtenir l’implantation d’une garderie sur le lieu de travail!

  • 4 January 2010 à 10h18

    olivier Bailly dit

    On attend avec impatience la bio de Paul Gegauff par Arnaud Le Guern

  • 4 January 2010 à 0h44

    GPS dit

    Gégauff a écrit Que la Bête meure. Massacre pour massacre, il n’aurait pas écrit La Cérémonie, que je considère non comme un mauvais film, mais comme un bon film détestable. On peut se laisser prendre à une apparence de proximité (peinture cruelle de la bourgeoisie et tout le bavardage journalistique habituel sur Chabrol), mais à l’époque de la collaboration avec Gégauff, les films ne tombaient pas dans cette aigreur satisfaite et méchante. Alors, anar de droite, Chabrol ? Tout dépend à quel endroit on place la frontière entre le cynisme et l’opportunisme. Gégauff était mélomane, souvenons-nous de lui au piano dans Week-End, et je ne suis pas certain que Chabrol ait de l’oreille.

  • 4 January 2010 à 0h37

    nadia comaneci dit

    Merci pour les conseils, Patrick. Je les suivrai à la lettre. Vous savez, je ne crois pas vraiment à l’au-delà et suis certainement moins ange que dibbuk…
    Assurément, vous avez tous les deux quelque chose de Gégauff. Et peut être aussi de Drieu. Le style ?

  • 3 January 2010 à 22h03

    Patrick Mandon dit

    Bonne année à vous, cher Jérôme. Il y a quelque chose pour vous sur «Tous les garçons», qui, je le crois, ne vous déplaira point…
    Gégauff dégageait une formidable nonchalance et quelque chose de lointain. J’ai eu l’impression qu’il avait le sens de l’amitié «mousquetaire», et qu’il ne fallait pas être de ses ennemis. De plus, il évoluait dans un temps qui ne lui était pas «idéologiquement» favorable, cela devait l’exciter.
    Je vous félicite pour avoir dit (vous êtes le seul à ma connaissance) que Chabrol est un anar de droite. À bientôt !

  • 3 January 2010 à 21h33

    Jérôme Leroy dit

    Bonsoir, cher Patrick, et bonne et heureuse année. Pourquoi ai-je toujours eu l’impression, sans vraiment vous connaître, que vous aviez quelque chose d’un personnage de Gégauff, autrement d’éminemment sympathique?
    Et puis, n’est-ce pas, on a tous en nous quelque chose de Paul Gégauff…

  • 3 January 2010 à 20h28

    Patrick Mandon dit

    Nadia, pour les ailes, vraiment, ne vous inquiétez pas, vous les aurez. Mais, vous connaissez la condition sine qua non : la mort ! Alors, je vous en prie, faites plutôt un long apprentissage sur notre bonne vieille terre. Deux bouts de carton, des plumes de canard ou de tout autre volatile, l’ensemble peint en blanc, et un compagnon de jeux ! Et ainsi, vous restez avec nous !

  • 3 January 2010 à 20h16

    nadia comaneci dit

    Patrick, votre description complète et recoupe celle de Jérôme. Après la théorie, la pratique, nous ne sommes plus très loin de l’homme idéal brossé à grands traits de verbe joli. Il ne me reste plus qu’à trouver les ailes.

  • 3 January 2010 à 19h59

    Patrick Mandon dit

    Nadia, dire que je l’ai connu serait excessif, mais je l’ai approché. Je travaillais alors chez un éditeur renommé : l’un de mes amis, directeur artistique, connaissait bien les survivants de la «droite buissonnière». C’est par lui que j’ai pu prendre place, une ou deux fois, à une table où se trouvait Gégauff. J’étais un jeune homme, il était un homme fait ; quelle présence, quel magnétisme ! Il bénéficiait d’une délicieuse réputation soufrée. Un homme couvert de femmes, insolent, hostile au conformisme, dégagé des contingences. J’étais fasciné.
    Pour l’affaire des anges, c’est vrai. Les deux ailes vous iront bien : le reste, l’essentiel, vous l’avez déjà…

  • 3 January 2010 à 19h31

    Pop9 dit

    “Gégauff avait des passions heureuses et ruineuses : les femmes, les décapotables, l’alcool et la littérature”. Vous venez de citer un argument lamentable, mais nous allons acheter l’ouvrage, on ne peut pas lutter contre les trois autres.

  • 3 January 2010 à 18h48

    Etienne dit

    Dans ses mémoires, Revel raconte son amitié avec Guégauff, ils se sont pas ennuyés!

  • 3 January 2010 à 17h32

    nadia comaneci dit

    Patrick, vous en parlez comme si vous l’aviez connu… By the way, l’avez vous connu ? Mais vous dites que la droite oblomovienne et les “mecs allurés” ont pris possession du paradis ? Ciel, c’est donc ange que je vais me faire, pas cryogénisée.

  • 3 January 2010 à 17h01

    Patrick Mandon dit

    Gégauff avait une bonne droite, un direct, qu’il doublait souvent d’un crochet du gauche. Quand il a quitté le quartier de Saint-Germain-des-Prés pour se mettre au vert, les esprits sont devenus chagrins et ses amis, inquiets. Et quand il est mort, c’est comme si tout le quartier s’était brutalement dépeuplé !
    La droite vagabonde s’est progressivement reconstituée au Paradis : à force de voir arriver des beaux mecs très «allurés», un peu nonchalants et cultivés, les anges auraient réclamé à Saint-Pierre le droit d’être sexués (au féminin)… Accordé !

  • 3 January 2010 à 16h04

    nadia comaneci dit

    “Les abstractions qui remplissent les cercueils” semblent fort heureusement finir elles aussi tôt ou tard au cimetière déjà bien garni des idées courtes et simples qui vous expliquent le monde et comment il marche en trois coups de cuillère à pôt.
    Par contre, le jour où le style aura définitivement perdu pied, quand on ne lira plus une merveille comme “cette plasticité amusée devant les idées générales”, on fera quoi ? On écoutera Yannick Noah, l’homme préféré des Français depuis 1983, en boucle ? On prendra sa carte chez Duflot pour sauver la planète en vivant dans un village ? On lira le fils Jardin réédité dans la pléiade ? On se plaindra pour la énième fois des vilaines blagues sur le ptit Jésus alors qu’on ne peut même pas en faire une sur Mahomet ? Moi je me ferai plonger dans un coma artificiel et réveiller le jour où on saura clôner les hussards.

  • 3 January 2010 à 15h29

    ramon mercader dit

    on dirait que la dame va lui lécher les tétons…..
    ce qui est bien agréable (je sais pas pour vous mais j’aime bien……)
    et sinon j’aime votre choix de restrictions
    l’épouvantable robe-grillet ( ho putain ! je me souviens encore de……..non c’est trop dur !)
    et la péteuse duras ! la plus moche marguerite des lettres françaouaises ! et inspirée avec ça ! (sublime forcement sublime ! hu hu hu !) y avait une rétro sur francecul par lauradler ( ha non son vrai nom c’est germaine macheprot comme tout le monde) on entendait la voix de la vieille chouette on se demande bien ce que les cultureux de toutes obédience ont pu lui trouver…….sa détestation de l’extrème drouâte sûrement……..sinon y a rien ……..rien dans le personnage …….rien dans l’oeuvre…….et son dernier amant ! un puceau de 40 ans qui se frottait contre sa couenne de 70 ans ! (faut dire que conservée dans la vinasse …..ça fait peut être le même effet que le lait d’ânesse…..)
    par contre votre détestation de sarraute c’est pas chic !
    une écrivaine encensée par le figamonde !
    l’estampille qui différencie le bon grain de l’ivraie !
    repprenez vous que diable !

  • 3 January 2010 à 14h51

    Spiruline dit

    seulement voilà, pour un même gus une femme commeilfaut ca depend du moment. un coup il lui faut une mère, un coup unejoyeuse, un autre une qui sait rerpiser les chaussettes, une qui repasse qui fait la blanquette a l’ancienne, qui la ferme pendant psg-marseille, qui es toujours prete et jamais dans les patte. et quand on est come il faut, il clamse et on fais une veuve comme il faut. c’es pas de salades c’est ce qui m’es arrivé alors.;..

  • 3 January 2010 à 14h26

    Têtuniçois dit

    Cette photo de Bruno Masure dans l’intimité , c”est plutôt indiscret ….