Hôpital public: le bal des faux-culs continue! | Causeur

Hôpital public: le bal des faux-culs continue!

Les propositions des candidats sont vouées à l’échec

Auteur

Frédéric Bizard
Économiste et enseignant à Sciences Po.

Publié le 12 avril 2017 / Société

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Pour Frédéric Bizard, l'auteur de "Protection sociale : Pour un nouveau modèle", l'hôpital public est en crise et, pour y répondre, les candidats à la présidentielle proposent des solutions qui ont déjà échoué...

Un couloir d'hôpital à Lyon, janvier 2017. SIPA. 00788925_000003

« Ça va mal à l’hôpital » public, déclarait Benoit Hamon le 21 février dernier au Palais de la Bourse lors d’un « Grand oral » des candidats sur la santé. Marisol Touraine avait pourtant annoncé en 2012 un « pacte de confiance » à l’hôpital public pour tourner la page de la loi Bachelot 2009 qui préconisait, selon elle, « des méthodes de gestion plus proches de celles de l’entreprise ». Après deux quinquennats en apparence opposés sur l’approche de l’hôpital public, le résultat est là : un échec politique et un apitoiement partagé sur une institution hospitalière en pleine crise.

En 2017, sans vergogne, les politiques nous proposent les mêmes promesses de réforme avec des solutions qui ont déjà échoué!

Les 3 crises de l’hôpital public

Face au changement radical de l’environnement ces 20 dernières années, le rôle de l’hôpital dans le système de santé est à reconsidérer. L’évolution d’un modèle médical aigu vers un modèle chronique repositionne l’institution à la périphérie et non plus au centre de l’offre de soins. C’est donc bien une crise existentielle que vit l’hôpital qui doit repenser sa raison d’être et s’adapter en conséquence.

La deuxième crise est une crise de gouvernance et d’une gestion humaine décadente qui en découle. L’État opérateur démontre toutes ses limites de gestion opérationnelle dans le nouveau monde (déjà constaté dans d’autres secteurs comme les télécoms). La gestion de l’hôpital est toujours plus centralisée et bureaucratisée au fur et à mesure des nécessités d’économies financières. Des couches administratives supplémentaires (pôle, groupement hospitalier de territoire) éloignent toujours davantage le personnel de terrain des lieux de décision et leur donne un sentiment d’abandon et de dévalorisation. L’État, sans vision, ne restructure pas mais gère au rabot les dépenses de l’hôpital.

La troisième crise est organisationnelle et financière. La révolution numérique n’a toujours pas franchi les portes de l’hôpital public, ce qui donne un caractère archaïque à l’institution, la prive de gains de productivité massifs et d’une amélioration du service au patient. Ce retard ne fait que des perdants avec une pression croissante portée sur le personnel hospitalier pour produire davantage de soins sans disposer des moyens nécessaires. Les patients ne disposent pas des outils modernes pour réserver leurs séjours, s’informer en ligne, disposer des performances des services. Les résultats financiers se dégradent avec un déficit de 600 millions d’euros en 2016 (comptes à l’équilibre en 2012) et une dette totale des hôpitaux publics de plus de 30 milliards d’euros fin 2016.

Les 3 blocs politiques

Si tous les candidats ont conscience de cet état de crise de l’hôpital, aucun n’envisage un plan stratégique à la hauteur des enjeux. On peut distinguer trois blocs parmi les candidats : le bloc étatiste, le bloc de la continuité et le bloc de la rupture.

Le bloc étatiste – Mélenchon, Hamon, Le Pen – considère la question comme un problème de moyens et de recherche excessive de productivité dans un cadre de service public. Par l’embauche de personnels soignants et administratifs, par la suppression ou le repli du paiement à l’activité, par la reconnaissance de la souffrance au travail, on redonnera sa grandeur et son efficacité à l’hôpital. Peu importe les faits réels : une France qui consacre 37% de ses dépenses totales de santé à l’hôpital contre 29% en moyenne dans l’OCDE, une  densité des lits 30% supérieure en France que dans l’OCDE, une durée moyenne de séjour de 15% plus longue… la rhétorique du toujours plus de moyens sans s’occuper d’efficience fonctionne à plein pour ce bloc. C’est pourtant de l’argent public, dont chaque euro dépensé devrait être optimisé, mais la pensée jacobino-marxiste est au-dessus de cela.

Le bloc de la continuité est occupé par Emmanuel Macron, dont l’équipe santé provient des acteurs du quinquennat Hollande (les 4 rapporteurs de la loi Touraine font partie de son équipe. L’un d’eux est son porte-parole santé, un autre le secrétaire général de son mouvement). Les principes de la loi Touraine de concentration administrative de l’offre hospitalière au sein de 135 groupements hospitaliers, sans revoir les fondamentaux de l’organisation et du management, et de sortie du secteur privé du service public hospitalier seront appliqués. S’ajoute à cela un repli de la tarification à l’activité à 50% des actes (c’est quasiment 100% aujourd’hui en chirurgie-médecine-obstétrique), impliquant un retour à la forfaitisation du financement hospitalier. Par clientélisme, on veut donner l’impression de desserrer l’étau de la pression financière sur l’hôpital, tout en promettant 15 milliards d’euros d’économie en santé sur le quinquennat !

Quant au bloc de la rupture représenté par François Fillon, on promet la fin des 35 heures, l’autonomie de gestion des hôpitaux, la rationalisation de l’offre de soins hospitaliers à l’échelle des territoires… Même si tout cela est souhaitable, rien ne se fera sans une stratégie crédible de long terme à la hauteur des enjeux pour surmonter les oppositions. Or, il manque une vision globale qui est renvoyée à des États généraux de la santé fin 2017 pour être extraite d’un travail de co-création avec les parties prenantes. Si ces États généraux sont dignes de ce qui s’est fait en 1958 pour transformer l’hôpital, le pari peut être gagné.  S’ils se déroulent comme souvent avec l’État sous la forme de simulacre de discussion sans ambition réformatrice déterminée, le pari sera perdu.

Face à l’échec partagé des politiques pour adapter l’hôpital aux nouveaux défis contemporains, on espérerait une approche pragmatique et non politicienne à la hauteur des enjeux. Raté, on assiste encore à un bal de faux-culs qui feignent de se mettre au chevet d’une institution malade de leurs erreurs passées et de leur absence de vision d’avenir pour elle.

Deux blocs politiques reprennent des solutions qui ont déjà largement échoué, l’autre s’en remet à l’intelligence collective. Tout dépendra de la sincérité et de l’habileté de ses dirigeants en cas de victoire!

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    • 14 Avril 2017 à 10h42

      José Bobo dit

      En cas de victoire…
      Et comme le notent d’autres intervenants à l’hôpital c’est comme partout dans la fonction publique : quelques-uns travaillent comme des bêtes au vu et au su de tout le monde pendant que la majorité se planque bien à l’abri dans des sinécures…

    • 13 Avril 2017 à 21h56

      Anouman dit

      Après avoir fait des séjours en clinique et à l’hôpital je dois admettre que dans les deux cas on s’est bien occupé de moi. Toutefois je me sentais mieux à la clinique où il y avait apparemment moins de personnel car l’organisation me semblait plus rationnelle. Notamment je n’avais qu’un médecin qui me suivait et non internes et chefs de service se succédant jour après jour.

    • 13 Avril 2017 à 17h31

      Anatole007 dit

      Le 6 janvier, j’ai été (victime) d’une hémorragie nasale où quatre tampons hémostatiques ne sont pas arrivés à bout à obstruer cet écoulement par saccades. J’ai dû faire appel aux urgences qui sont arrivés 2 heures et demi, après. En tant qu’ancien Pompier de Paris nous avions deux devises ” Sauver ou Périr”, que tout le monde connaît, puis la moins connue était ” Chaque seconde compte”. Le médecin qui devait me passer des examens, m’a reçu, et m’a renvoyé dans le secteur civil et je suis ressorti sans aucun traitement. ( Par contre, coup de chapeau aux urgentistes qui trient les arrivées). Les services d’urgences se plaignent, mais c’est de la faute à qui ? Vous appelez votre médecin traitant qui est en visite et ne peut se déplacer. Alors, la solutions dirons-nous la pus rapide est de se rendre aux urgences qui, par la force des choses, ne sont plus classées “URGENCES”. Tout est à revoir et à repenser. Lorsque l’hôpital de Dijon prend toutes les urgences, alors que l’hôpital de Chenôve est qualifié pour exécuter les mêmes examens, alors pourquoi vouloir centraliser toutes les urgences vers le C.H.U.R. C’est une affaire de gros sous qui n’amènent aucune solution (rapide) surtout lorsque l’on est dans le cas de “L’URGENCE”.

    • 13 Avril 2017 à 12h40

      Pol&Mic dit

      c’est la “novlangue” revue et modifiée (selon les cas) par la Gauche

    • 12 Avril 2017 à 21h37

      Aristote dit

      Ma fille vient de terminer son internat, elle est depuis peu officiellement pneumologue.

      Elle est effarée par le gâchis de ressources à l’hôpital et récuse totalement l’idée que le problème est un manque de moyens. Il y a trop de lits d’hôpital remplis par des patients qui ne devraient pas y être et maintenus par des médecins qui visent un taux d’occupation qui garantit le maintien de la structure et prescrivent à tout va des actes pour remplir les caisses de l’hôpital. On trouve dans le même hôpital des soignants surmenés et d’autres qui ne font rien.

      C’est au sein d l’hôpital que cela se sait, les structures administratives régionales, etc., sont enfumées. Il faut décentraliser, retirer au maire la présidence de l’hôpital, son seul objectif est de le faire grossir. Dans certains pays existent des hôpitaux à la gestion autonome, avec leurs budgets et leurs ressources, mais avec un statut d’association sans but lucratif. Cela responsabilise sans faire du profit, toujours réinvesti dans l’hôpital, un objectif prioritaire.
       

    • 12 Avril 2017 à 17h18

      Habemousse dit

      Le gros problème de l’hôpital en particulier, car il concerne la surveillance de notre chère santé, comme celui des administrations et des entreprises privées en général, tient en deux petits mots : « laisser-aller », traduits en langage idéologique par « manque de moyens », « manque de salaire » etc…

       La gauche est la grande responsable de ce manque de rigueur général en faisant croire à ses électeurs que ceux qui nous demandent de travailler sont des ordures alors qu’eux prouvent chaque jour par des émissions de télé réalité qu’avec eux, les minables arrivent au sommet de l’échelle sans rien faire, que l’industrie du loisir, quelques travailleurs d’un autre temps et quelques grosses entreprises indispensables à notre crédibilité planétaire suffisent à nourrir une population ballotée par les informations tronquées et les fausses promesses.

      La droite et sa peur de décevoir un électeur ébloui par les engagements du camp d’en face l’est aussi par sa passivité et sa mollesse.

      On ne peut malheureusement légiférer contre un poison inoculé depuis plusieurs dizaines d’années et dont personne ne possède l’antidote, pas même l’hôpital. 

    • 12 Avril 2017 à 15h13

      Habemousse dit

      Le gros problème de l’hôpital en particulier, car il concerne la surveillance de notre chère santé, comme celui des administrations et des entreprises privées en général, tient en deux petits mots : « laisser-aller », traduits en langage idéologique par « manque de moyens », « manque de salaire » etc…

      La gauche est la grande responsable de ce manque de rigueur général en faisant croire à ses électeurs que ceux qui nous demandent de travailler sont des ordures alors qu’eux prouvent chaque jour par des émissions de télé réalité qu’avec eux, les minables arrivent au sommet de l’échelle sans rien faire, que l’industrie du loisir, quelques travailleurs d’un autre temps et quelques grosses entreprises indispensables à notre crédibilité planétaire suffisent à nourrir une population ballotée par les informations tronquées et les fausses promesses.

      La droite et sa peur de décevoir un électeur ébloui par les engagements du camp d’en face l’est aussi par sa passivité et sa mollesse.

      On ne peut malheureusement légiférer contre un poison inoculé depuis plusieurs dizaines d’années et dont personne n’a l’antidote, pas même l’hôpital. 

    • 12 Avril 2017 à 15h12

      Habemousse dit

      Le gros problème de l’hôpital en particulier, car il concerne la surveillance de notre chère santé, comme celui des administrations et des entreprises privées en général, tient en deux petits mots : « laisser-aller », traduits en langage idéologique par « manque de moyens », « manque de salaire » etc…

       La gauche est la grande responsable de ce manque de rigueur général en faisant croire à ses électeurs que ceux qui nous demandent de travailler sont des ordures alors qu’eux prouvent chaque jour par des émissions de télé réalité qu’avec eux, les minables arrivent au sommet de l’échelle sans rien faire, que l’industrie du loisir, quelques travailleurs d’un autre temps et quelques grosses entreprises indispensables à notre crédibilité planétaire suffisent à nourrir une population ballotée par les informations tronquées et les fausses promesses.

      La droite et sa peur de décevoir un électeur ébloui par les engagements du camp d’en face l’est aussi par sa passivité et sa mollesse.

      On ne peut malheureusement légiférer contre un poison inoculé depuis plusieurs dizaines d’années et dont personne n’a l’antidote, pas même l’hôpital. 

    • 12 Avril 2017 à 15h05

      Sancho Pensum dit

      Qui de mieux qu’un vétérinaire, en effet, pour nous parler de ce qu’il conviendrait de faire à l’hôpital ?
      Ha ha ha ha !
      Qui de mieux qu’un homme profondément moral – il avait proposé ses services aux mutuelles, sans succès, avant de cogner sur les mutuelles – pour nous parler de l’éthique de la santé ?
      Ha ha ha ha !
      Qui de mieux que le directeur santé de l’institut Thomas More, un machin créé par Charles Millon, soutien de François Fillon, pour juger objectivement de l’ensemble des propositions des candidats à la présidentielle ?
      Ha ha ha ha !

      • 12 Avril 2017 à 16h45

        Robinson dit

        La question de la santé et de l’hôpital vaut bien celle des emplois fictifs.
        Pourquoi se moquer de qui la pose ?

        • 12 Avril 2017 à 20h08

          Sancho Pensum dit

          Parce que si la question est sérieuse, la bonne réponse ne viendra pas d’un charlatan.

        • 12 Avril 2017 à 23h24

          Robinson dit

          Qui n’est pas un professionnel spécialiste est donc un charlatan…, lecteurs, contributeurs, électeurs, passez votre chemin, vous n’êtes pas qualifiés pour penser et commenter…
          Le monopole du savoir et de la pensée est réservé à une élite… dont vous n’êtes pas.

      • 14 Avril 2017 à 10h46

        José Bobo dit

        Votre “Qui de mieux que…pour” est une faute de français, pourquoi la répéter trois fois ?
        Ha ha ha ha !