Frêche vainqueur
Anti-dérapage incontrôlé en Languedoc-Roussillon
Publié le 22 mars 2010 à 6:30 dans Politique
Mots-clés : Parti socialiste, Régionales 2010

Maintenant que Georges Frèche a gagné dans les urnes, que faut-il en conclure ? Que les électeurs languedociens pensent que Frèche est antisémite et qu’ils partagent cette phobie des Juifs avec lui ? Ou bien qu’ils pensent que Frèche est antisémite mais que ce petit défaut ne compte pas face à ses belles qualités de président de région ? Ou encore qu’ils ne croient pas du tout à l’accusation d’antisémitisme portée par ses accusateurs parisiens ou haut-normands ? Personne n’en saura jamais rien. Et cette incertitude laisse en bouche un goût amer.
Quand un homme politique, que certains veulent à tout prix prouver raciste, gagne systématiquement devant les électeurs, c’est l’accusation de racisme elle-même qui finit par poser question. Cette accusation semble devenue un système pour discréditer l’adversaire. Chaque semaine ou presque, la presse ou la classe politique relève chez tel ou tel responsable un “dérapage”. Un mot bien pratique, puisque chacun le comprend comme une authentique accusation de racisme, mais qu’il protège celui qui la porte de représailles judiciaires. Dans les journaux ou sur les ondes, le mot “dérapage” cède vite la place, les jours suivant l’esclandre, à “propos jugés racistes par certains”. Puis, tout simplement, “jugés racistes”. Jugés, vraiment ? Par quel tribunal ?
Alors, en ce lendemain d’élection, il faut faire l’effort de revenir à froid sur le cas Georges Frèche. Que le président réélu de Languedoc-Roussillon soit un personnage outrancier, un potentat local, admirateur de Lénine et Mao, un mégalomane, cédant souvent à la violence verbale, sans doute. Mais raciste ou antisémite ?
Le 11 février 2006, Frêche insulte violemment, non pas les Harkis en général comme les médias l’ont dit et répété, mais des Harkis qui ont rallié l’UMP et qui perturbent un dépôt de gerbe en l’insultant. “Allez avec les gaullistes à Palavas,” réplique Frèche. Vous y serez très bien ! Ils ont massacré les vôtres en Algérie et vous allez leur lécher les bottes !” L’insulte est politique, pas ethnique. Frêche leur reproche d’avoir, en se rapprochant des gaullistes, trahi la mémoire de leurs frères, abandonnés par de Gaulle à la vengeance sanglante des indépendantistes algériens. De plus en plus énervé, Frèche poursuit : “Mais vous n’avez rien du tout, vous êtes des sous-hommes. Vous n’avez rien du tout, vous n’avez aucun honneur, rien du tout.” Certains trouvent dans ce “sous-hommes” l’écho des Untermenschen d’Hitler. Dans le contexte très chaud de la dispute, on entend surtout une bravade de cour de récré, du genre “t’as rien du tout entre les jambes, t’es pas un homme !” Ce n’est pas très fin, ni très digne, c’est franchement macho et carrément méchant, mais ce n’est pas raciste.
Le 16 novembre 2006, en séance budgétaire, Frêche constate que dans l’équipe de France de football “il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société”. Et il conclut : “S’il y en a autant, c’est parce que les Blancs sont nuls.” S’il y a du racisme dans ces phrases, il porte évidemment contre… les Blancs ! Qui ose le lui reprocher ?
Quand Frêche lance, le 22 décembre 2009, “Si j’étais en Haute-Normandie, je ne sais pas si je voterais Fabius. Je m’interrogerais. Ce mec me pose problème. Il a une tronche pas catholique”, il réplique à une attaque frontale (deux jours avant, Fabius avait déclaré sur France 5 qu’il ne serait pas sûr de voter Frêche s’il était languedocien). Frêche répond donc du tac au tac à un adversaire politique… baptisé catholique. Cette parole verbale serait passée totalement inaperçue si L’Express ne lui avait donné (un mois après qu’elle eut été prononcée) tout à la fois une audience nationale et un sens bien préci,s grâce à l’ajout d’un encadré sur les ancêtres juifs de l’ancien premier ministre. Sans l’hebdomadaire et sans les socialistes (Claude Bartolone en tête), les Français avaient toutes les raisons d’ignorer les origines de Fabius.
“Frêche n’est ni raciste ni antisémite”, dit la socialiste Hélène Mandroux, qui l’a affronté sans succès aux régionales, après avoir travaillé avec lui. “Il n’est pas antisémite”, dit Richard Prasquier, le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). “Pour moi, être d’ascendance juive, ce serait un honneur”, écrivait dans un livre paru en 2007 le même Frêche, qui a par ailleurs jumelé Montpellier avec la ville israélienne de Tibériade. Malgré tout cela, la petite musique de l’accusation a continué de courir dans les médias nationaux.
Le pire est que Frêche en est venu à se laver avec la boue dont on l’éclabousse. Le 9 mars, il a accusé le PS, qui avait participé à une manifestation hostile à l’implantation à Sète d’une entreprise israélienne de fruits… d’être antisémite ! “C’est celui qui le dit qui y est”, comme on disait à la récré. Voilà où nous en sommes rendus dans le beau pays de France.
Face aux traqueurs monomaniaques de la Bête immonde, on aimerait juste réclamer le bénéfice du doute pour ceux qui parlent publiquement.
Cela éviterait que :
- chacun puisse être sommé de démontrer qu’il n’est pas raciste au fond de lui-même (preuve impossible à apporter, à moins d’inventer une police des arrière-pensées) ;
- les “fabricants de réputation ” jettent l’opprobre sur un innocent, sous prétexte de ne jamais laisser courir de coupables ;
- et surtout, se banalise une accusation qui devrait garder toute sa force. Ceux qui crient chaque jour au loup et voient partout des racistes dans les assemblées républicaines affaiblissent la cause de la lutte contre le racisme.
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L'auteur
Norbert Bellaiche est journaliste et documentariste.
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Rotil dit
Frêche n’est pas antisémite. Pour le jumelage avec Tibériade, j’ignorais.
Pour Agrexco, je savais. Je savais aussi que la déléguée de titine avait manifesté avec les gauchos pour protester contre l’implantation de cette société israélienne qui commercialise des produits agricole d’Israel et de cisjordanie à Sète.
Ce qui est assez illogique, par parenthèse, car si les palestiniens de cisjordanie connaissent une embellie économique exceptionnelle (8% de croissance du PIB), c’est avec le soutien d’Israel.
Où l’on voit que l’idéologie “anti-sioniste” se fout royalement du sort des palestiniens. J’implore le pardon de Justine pour ce qui frôle l’hors-sujet.
ramon mercader dit
il y a une inexactitude dans les propos de frêche aux harkis
ce n’est pas les gaullistes qui ont massacré les leurs en algérie
c’est les leurs qui se sont massacré en algérie
et plus précisemment le fln
et dans des conditions souvent pas très drôles ( bouillis vivants/ écorchés /égorgés/ émasculés…….)
comme disait un de mes amis ” de toutes façon ils adorent se rentrer dans le chou les uns les autres”
certes
ceci dit nos brillants politiques( et au premier chef de ces derniers un certain……françois machin…….truc…….un miniss de la djustice) ont donné ordre à nos (non moins brillants ) militaires de les recruter ces harkis ( enfin recruter…….le terme est fort pour des péguts qu’on a armé de mousquetons de réforme) qui n’étaient que des milices d’autodéfense ( les activistes du fln ayant tendance à se servir sur la bête hein à se payer sur le pays pour vivre )
et nos braves militaires ont donné une parole dont ils avaient tout lieu de se méfier après l’affaire indochinoise (erare humanum…….)
gerard dit
bravo.
Toutes les choses ont été remises à leur vraie place.Allez interroger les pieds noirs (juifs ou non), les harki, enfin ceux que le gaullisme cynique avaient livré non seulement à la vindicte du FLN mais à celle des dockers du port de Marseille dont les grues lâchaient les containers contenant ce que les malheureux avaient pu sauver au moment de leur exil forcé; de la vindicte des petites salopes excitées par le PC qui se limaient les ongles derrière leurs guichets pendant que des vieilles femmes, les mères précisément de ces soldats libérateurs de la 2ème DB ou de la première armée ou des commandos de la France Libre, s’évanouissaient après de heures d’attente pour un tampon sur leur passeport.
Tous furent reconnaissant à Frêche de ne pratiquer aucu racisme.Mais c’est beaucoup trop pour ces associations à la compassion sélective qui soutiennent le boycott d’Israël organisé par les relais, bien entendu laïcs et républicains, de l’Iran,le tout gobé avec délice par le PS.( Des voix,des voix).
Il est vrai qu’on pourra reprocher à Frêches d’avoir refusé d’organiser les jeux méditerranéens parce qu’ Israël n’y était pas convié (un oubli sans doute; comme pour la francophonie). Vous voyez bien qu’il est suspect ce Frêche.
Il ne dit même pas, comme certains de nos brillants penseurs antiracistes, qu’il comprend que les musulmans trouvent une certaine vérité dans les protocoles . On vous le dit un racite populiste. Dieudonné aussi vous le dira.
Antoninus Lucretius dit
Il a raison Ludovic ! Il y avait quand même des sujets plus intéressants que Georges Frèche et Fabius qui n’est pas très catholique.
C’est vrai, si c’est çà, le réel, je me demande si je ne vais pas mettre fin à mes jours.
D’autant plus que des sujets d’une plus haute tenue intellectuelle, sur lesquels les Causeurs auraient pu briller tels l’astre qui le matin, se lève et le soir, se couche, çà ne manque pas.
Tiens, par exemple, la ferme célébrités en Afrique, ou alors l’engueulade entre Stephane Guillon, le seul humoriste totalement dénué d’humour de la profession, et Eric Besson, le seul minustre de l’Immigration a être minustre de l’Immigration.
Tiens.. J’ai écrit minustre.. Je m’ai trompé je voulais écrire sinistre.
Des sujets de société prennent à la gorge et par les sentiments il y en a pourtant plein des gazettes.
Tiens, par exemple, ce matin j’ai ouvert le Figaro. C’est un progrès. D’habitude je ne l’ouvre même pas, je le fous à la poubelle direct.
Voilà un sujet passionnant dans lequel, peut être, avec de la chance, j’aurais l’occasion de placer un “germanopratin” pour la première fois de ma vie.
Je vois déjà la question. Ouvrir le Figaro le matin, ou se laver les dents à la place: un choix de société ou une question d’hygiène buccale.
Là dessus je m’en vais. Je vais annoncer à tout le monde que Tetuniçois est amoureux d’Ardisson. Je vois déjà le buzz d’ici.
Ludovic lefebvre dit
Ben voila, quand on se prénomme Norbert, on fait des articles chiants, on est forcément documentariste.
C’est ce que je disais sur l’autre fil.
Le réel, c’est censé être cela ?
Ce vase clos qui commente un autre vase clos, mais il se passe beaucoup de choses dehors autrement plus intéressantes à commenter que ce tout petit barouf orchestré.
Deux mois à parler de l’antisémitisme ou non de Frêche sur une phrase qu’il a piqué à une chanson des années vingt, même BHL ne va pas jusque là.
Que se passe t’il à Causeur ?
- Elisabeth est tombée amoureuse d’un imbécile qui l’influence mal ?
- Il y a des subventions pour faire chuter le niveau ?
- Profitant d’un soucis de liberté d’expression les gauchistes ont pris le pouvoir pour imposer leur pensée moribonde ?
- C’est Caroline Fourest qui a repris l’affaire ?
Je pars et il ne reste que des ruines, de la poussière.
Quelle flatterie, mais c’est triste, si triste.
Minos dit
allegrette dit :
22 mars 2010 à 11:34
L’article donne raison à Finkielkraut quand il dit “L’antiracisme sera au vingt et unième siècle ce qu’a été le communisme au vingtième ».
Exact.
robespierre dit
L’auteur de cet article me semble un peu naif. Il ne sait peut être pas que Frêche fut un des leaders de Mai 68. En matière d’agit prop, c’est un vieux singe à qui on n’apprend pas à faire dles grimaces. Sa sortie sur Fabius était calculée pour se faire inviter par les médias parisiens qui, du coup, avaient un truc à se mettre sous la dent entre deux pages de pub. La campagne de Frêche était au point mort, il y a deux mois. Et paf, grâce au Paf, il s’offre gratos une campagne nationale sur Canal+. Aprés il en rajoute sur Paris contre Province, apparatchiks de Solferino contre notable du Terroir, il pleurniche sur Israel (quel rapport avec le Languedoc) ……. Bien joué. De toute façon ce mec, seule sa mort nous en délivrera. La mort peut être catholique ou pas …..
Six HERONS dit
Bon article qui a le mérite de l’analyse sémantique et contextuelle des saillies reprochées au Hérault de la “Septimanie”. Ceci étant dit et pour en revenir à la traque des “dérapages”, je veux bien qu’on passe son temps à dauber sur le “populisme” et les salauds qui exploitent “la pente populiste de leur électorat” forcement “arriéré”, il n’en demeure pas moins qu’au bout du compte (du conte ça marche aussi !) dans une démocratie moderne, c’est le peuple qui tranche.
Le fait de flatter le peuple dans le sens du poil c’est peut être “populiste” mais c’est populaire et par là rentable. Sauf à changer le peuple ou faire passer un examen avant de donner une carte électorale, je ne vois pas comment on en sort. L’aristocratie éclairée n’est pas nécessairement le phare du prolétariat et le guide suprême du peuple. C’est très frustrant quand on se sent investit du rôle de “leader maximo” mais c’est comme ça, on ne fait pas le bonheur des gens contre eux.
On peut toujours en revenir à la conception Athénienne de la démocratie mais j’en connais qui ferrait des “tronches” pour le coup “pas plus catholiques qu’orthodoxes”.
Antoninus Lucretius dit
“Une tronche pas très catholique” effectivement ce n’est pas raciste c’est une expression courante.
C’est cependant inexact à propos de Laurent Fabius. Pour moi, il a plutôt une tronche à caler des roues de corbillard, mais c’est une opinion toute personnelle. Ou alors, gai comme un furoncle, çà lui va bien aussi.
Bon, je sors…