Avec François Kasbi | Causeur

Avec François Kasbi

… qui célèbre Barbey, Stendhal et Fraigneau

Auteur

Christopher Gérard

Christopher Gérard
écrivain et critique littéraire belge

Publié le 25 juin 2016 / Culture

Mots-clés : , , ,

kabsi barbey aurevilly

Jules Barbey d'Aurevilly, par Nadar. Wikipedia.

Lecteur forcené autant qu’incorruptible, François Kasbi est un drôle de pistolet. Critique littéraire, érudit clandestin – une sorte de Pascal Pia (de Jean José Marchand ?) fasciné par Barbey d’Aurevilly et sa tentative d’inventaire de la vie littéraire, ce capricieux n’est jamais superficiel ; cet antimoderne (mais si) ne donne jamais dans l’esprit partisan ; ce méthodique n’a rien, absolument rien, de l’homme de système. Bref, l’homme, charmant, se révèle subtil et généreux. Un extra-terrestre que j’imagine planqué dans une soupente, le coupe-papier à la main.

Vers 2008, il a publié un introuvable Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, complété quelques années plus tard par un Supplément inactuel, que l’on réédite aujourd’hui augmenté d’un codicille intempestif et de pages sur Stendhal, Fraigneau et Nimier. Comme beaucoup d’autres, j’attends une nouvelle édition du Bréviaire, et, pour tromper ma soif, je me plonge dans ce Supplément avec un plaisir d’autant plus vif que François Kasbi ponctue bien – rara avis. En deux mots comme en cent, il nous présente une part de sa géographie littéraire non sous la forme d’un énième recueil d’articles, mais bien dans un livre qui se tient, à rebours des modes et en même temps armé d’une saine méfiance pour les panoplies littéraires, ces hochets pour paresseux.

L’objectif ? Faire justice, sans a priori et en musique. La vitalité d’Aragon, le charme de Drieu, la grâce de Toulet, la grandeur de Barbey, le génie de Gobineau (l’un des plus fermes prosateurs du XIXème, avec Stendhal), l’acuité de Bloy (qui, bien avant les Surréalistes, découvre Baudelaire et Lautréamont), l’allure de Fraigneau nous valent de jolies pages ciselées, d’une désespérante intelligence. Quelques lignes injustes sur Maurras (« exécrable poète », tss-tss-tss !), un « en charge de » à la page 55, l’absence de Montherlant, une pique contre le regretté Mabire (qui n’était pas « nationaliste », mais autonomiste normand) n’ont pas réussi à m’agacer plus de quelques secondes tant mon plaisir était vif. Et puis, François Kasbi se moque avec une telle gentillesse de son lecteur. Il nous amuse et nous décrasse l’œil tout en saluant ses maîtres – comme l’immense stendhalien qu’est Philippe Berthier. Lisez François l’Intempestif !

Supplément inactuel avec codicille intempestif, François Kasbi, Ed. La Bibliothèque.

Retrouvez cet article sur le site de Christopher Gérard.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 25 Juin 2016 à 23h56

      Patrick Mandon dit

      Cet article n’a qu’un défaut : il est trop court ! On en veut plus, on souhaite un développement. Bien sûr, il n’intéressera pas grand monde, mais qu’est ce qui intéresse ? Parlez des Juifs et des Arabes, vous aurez 500 messages, parmi lesquels ceux de l’ineffable Bouche d’ombre, diplômé de l’université de Wikipédia, de l’inévitable Grand Obscur dit aussi Le coq de la Très-Basse-Cour, docteur doloris-causa de l’université du rire et des blagues en plomb, de sa cousine, la fameuse Harpie qui déchante, augmentés des tremblements de clavier des énervés habituels. Parlez de Juppé, il pleuvra des lazzis, des plaintes, des abominations comme la pluie à Gravelotte. Mais évoquez Stendhal, Gobineau (en effet foudroyant styliste et conteur), le subtil Fraigneau (dont Marguerite Yourcenar s’éprit passionnément), et vous n’aurez personne.
      « La vitalité d’Aragon, le charme de Drieu, la grâce de Toulet, la grandeur de Barbey… Bloy… » : vous nous rappelez opportunément que le salut de la critique littéraire française nous vint d’un grand belge, Pol Vandromme.

      Puisque c’est ainsi, j’irai par les chemins en chantant Le carillon de Vendromme :
      « Mes amis, que reste-t-il ?
      À ce pays si gentil ?
      Orléans, Beaugency,
      Notre-Dame de Cléry,
      Vendromme, Vendromme ! »

      • 27 Juin 2016 à 11h58

        Bébert le chat dit

        Mais bien sûr que si, ça intéresse ! Je vais de ce pas lire François l’Intempestif et Pol Vendromme.

        • 27 Juin 2016 à 12h23

          Patrick Mandon dit

          Le chat Bébert est un matou avisé : son maître, l’un des plus grands écrivains du siècle dernier, lui a sans doute appris à lire…
          Bébert ne sera pas déçu par Pol Venromme.