Mais si, François Hollande a inversé une courbe: celle de la natalité | Causeur

Mais si, François Hollande a inversé une courbe: celle de la natalité

De la crise de confiance à la crise des naissances

Auteur

Jacques Bichot
Economiste.

Publié le 10 mai 2017 / Politique

Mots-clés : , ,

François Hollande à l'école primaire d'Ayguesvives en Haute-Garonne, 2016. SIPA. 00782101_000008

Différents indicateurs servent à mesurer les performances réalisées par un pays durant une présidence. L’évolution du PIB, le nombre des personnes ayant un travail et celui des chômeurs, l’investissement, la balance des échanges extérieurs, le revenu moyen, le taux de pauvreté, sont souvent pris en considération. En revanche, les performances – si j’ose dire – démographiques sont moins utilisées pour faire le bilan d’un quinquennat. Pourtant, la célèbre phrase attribuée à Jean Bodin reste parfaitement juste : « Il n’est richesse que d’hommes ». Voyons donc quel a été sous ce rapport le résultat du quinquennat Hollande.

La chute des naissances

Les données à l’échelle de la France entière étant fournies par l’Insee avec un délai important, nous devons nous limiter aux naissances en France métropolitaine, connues pour chaque mois à la fin du mois suivant. Nous comparerons ici les naissances du premier trimestre 2012 à celles du premier trimestre 2017. Les années bissextiles (2012 et 2016) comportant un jour de plus que les autres, il faut pour mesurer convenablement les évolutions diminuer légèrement le nombre de naissances survenues durant les années ou les trimestres comportant un mois de février de 29 jours.

Au premier trimestre 2012, correction faite du facteur « année bissextile », il y eut 189 500 naissances vivantes. Au premier trimestre 2017, ce nombre est descendu à 174 100. La différence (15 400 bébés de moins) signifie une chute de 8,1 %.

Cette diminution s’est réalisée principalement à partir de 2015, c’est-à-dire, s’agissant des naissances du premier trimestre, pour des conceptions en 2014. Le premier trimestre 2014 a vu naître, à quelques dizaines près, 192 000 bébés, soit autant qu’au premier trimestre 2012, et 2 500 de plus en tenant compte de la correction pour année bissextile. Le début du quinquennat, à peu près jusqu’à l’été 2013, a donc été jugé par les jeunes ménages assez propices à « mettre en route » une progéniture : il n’y a pas eu de méfiance a priori à l’encontre du régime mis en place en mai 2012.

Le premier trimestre 2014 a même été sensiblement meilleur que les premiers trimestres 2012 et 2013 : cela montre qu’au second trimestre 2013, les Français étaient bien disposés en matière de procréation. C’est à l’été 2013 que le tournant se situe ; le « moral nataliste », si l’on peut dire, va dès lors décroître assez régulièrement. On peut légitimement penser que ce sont certains aspects des politiques suivies après les élections qui portent la principale responsabilité de cette évolution

Pourquoi ce déclin?

La crise de confiance s’est produite à partir de l’automne 2013 : il semblerait que la population concernée ait alors estimé que les conditions d’accueil d’un enfant se dégradaient. Le chômage y est sans doute pour quelque chose : son taux au sens du BIT est passé de 9,1 % au premier trimestre 2012 à 10 % au second trimestre 2013, puis a oscillé autour de ce chiffre. Or la diminution du nombre des naissances, amorcée au troisième trimestre 2014 (conceptions au dernier trimestre 2013)  est devenue vraiment sensible au quatrième trimestre 2014, c’est-à-dire pour des conceptions au premier trimestre 2014 : au moment où il devenait clair pour les Français que la situation de l’emploi était durablement plombée en dépit des rodomontades de leurs dirigeants.

Les chiffres de Pôle Emploi vont dans le même sens : jusqu’à l’été 2012, le chômage de catégorie A se situe un peu en dessous de 3 millions, et le chômage toutes catégories en dessous de 5 millions. Le premier reste supérieur à 3,3 millions sur tout le premier semestre 2016 (naissances du dernier trimestre 2016 et du premier trimestre 2017), avec des pointes à plus de 3,7 millions. Le second, sur la même période, n’a jamais été inférieur à 6 millions.

Le deuxième facteur explicatif se situe au niveau de la politique familiale. Le plafond du quotient familial a été abaissé à deux reprises, de 2 336 € à 2 000 € en 2012, puis à 1 500 € en 2013. Cette même année, ont commencé à être agitées les perspectives de suppression des allocations familiales pour les ménages aisés, ou de modulation en fonction du revenu : quand l’entrée en vigueur de cette modulation est intervenue, en 2015, le bruit fait autour des projets leur a probablement donné un impact plus important auprès des couples aisés susceptibles d’engendrer.

Le gouvernement en cause

Notons enfin une mesure votée en 2014 et entrée en vigueur au 1er janvier 2015 : la durée de versement du complément de libre choix d’activité pour les enfants de rang 2 et plus (renommé « prestation partagée d’éducation de l’enfant ») a été réduite de facto, sinon de jure, en réservant 6 mois au père, qui le plus souvent n’en profite pas. Là encore, le timing de l’agitation autour des projets de mesures correspond, avec les 9 mois de décalage qui séparent la conception de la naissance, à celui de la baisse de la natalité.

D’autres facteurs liés à la mauvaise gestion des affaires publiques ont pu jouer un rôle : la croissance du sentiment d’insécurité lié au terrorisme, à la délinquance et, dans certains lieux, à l’immigration mal contrôlée ; la dégradation de l’instruction publique, vivement ressentie (cf. le sondage BVA de janvier 2017 pour l’Apel et La Croix), et accélérée par la mise en place calamiteuse d’une réforme des rythmes scolaires destinée à multiplier les activités périscolaires ; l’exposition croissante des adolescents – et même des enfants – à la drogue et à la pornographie ; etc.

Tout cela montre une responsabilité importante de la présidence, du gouvernement et du législateur dans le recul de la fécondité française. Un des atouts parmi les plus importants de ceux dont dispose notre pays est en voie d’être gâché. Il serait grand temps de redresser la barre.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 13 Mai 2017 à 8h45

      keg dit

      Sa pudeur et sa prudence lui a fait prendre des chemins détournés et longs (20 ans au minimum) pour son inversion.
      Tout le monde a chanté l(échec, alors que lui, visionnaire sur le temps agissait déjà aujourd’hui pour éradiquer dans 20 ans.
      En effet, chaque enfant non né, devenait de fait un chômeur supprimé. Résultat garanti dans le temps. C’était sa solution finale à laquelle personne n’a tenté de réfléchir. On le reverra sur le retour d’âge en 2037.

      http://wp.me/p4Im0Q-1N3

    • 11 Mai 2017 à 16h31

      Pyrrhon dit

      Les fluctuations de la natalité ont effectivement un rapport avec la confiance, dans une société qui dispose des moyens de la réguler. Cette mise en rapport entre les naissances et les attaques de la politique contre les familles aisées est très parlante.

    • 11 Mai 2017 à 15h10

      frédéric33 dit

      Je n’ai jamais compris pourquoi’accroissement démographique est un atout. Faire venir des immigrés (souvent bac moins beaucoup et de culture conflictuelle avec la notre) ou pousser la natalité des autochtones c’est une spirale digne de Madoff !
      La décroissance peut très bien se résoudre en retardant l’age de départ à la retraite tout en aménageant les postes via notamment des temps partiels et de la formation des jeunes générations dans beaucoup de domaines….. Distribuer le courrier en marchant c’est bon pour la santé et devrait être réservé aux pré-retraités !

    • 11 Mai 2017 à 15h08

      la ménagère dit

      “Au premier trimestre 2012, correction faite du facteur « année bissextile », il y eut 189 500 naissances vivantes. Au premier trimestre 2017, ce nombre est descendu à 174 100. La différence (15 400 bébés de moins) signifie une chute de 8,1 %.”
      Je reviens sur ce paragraphe qui est quand même aberrant quand on se dit économiste. Dites-moi si je me trompe, mais cette baisse de 8,1% ne veut absolument rien dire. Quand on dit qu’on peut tout faire dire aux statistiques, en voici un exemple très parlant.
      Premièrement, comme dit dans l’énoncé, 2012 est une année bissextile et donc le premier trimestre comporte 90 jours au lieu de 89 pour 2017. Notre bon sociologue – pardon, économiste – fait donc un calcul: pour calculer la baisse, une règle de 3!
      (1 – 174100 / 189500) * 100 = 8,12 => donc 8,1% pour faire simple.
      Le problème étant que bien que signalé, il n’a pas tenu compte de jour en plus en 2012. En refaisant les calculs, on obtient donc: 8%.
      Ce ne serait pas grave si ce brave monsieur n’avait pas omis de signaler également que le taux de fécondité peut changer en 5 ans, mais surtout que la population en âge de procréer elle aussi change!
      Du coup, 189500 naissances oui, mais pour combien de personnes en âge d’avoir des enfants ? De même pour cinq ans plus tard, 174100 pour combien de gens ?
      Si on pousse à la caricature, imaginons qu’il y ait 50 millions de gens en âge de procréer en 2012 et seulement 20 Millions en 2017. Du coup oui, effectivement, le nombre de naissances baisse, mais le taux de natalité a explosé, contrairement à ce que pourrait dire par la suite l’article.

      Je me fais l’avocat du diable et bien sûr, ce n’est pas dans ces proportions que des écarts se créent en 5 années. Toutefois, avec si peu de données, si mal expliquées, on peut arriver à dire n’importe quoi et parvenir à une conclusion contraire à la réalité des faits.

    • 11 Mai 2017 à 15h00

      castor27 dit

      “Mais si, François Hollande a inversé une courbe: celle de la natalité” non, pas celle des immigrés, des musulmans polygames (dommage qu’on ne puisse mettre de photos ici), seulement celle des autochtones quelle que soit leur leur ethnie et/ou leur religion. Et ce n’est pas fini, avec Macron, ça va s’accélérer.

    • 11 Mai 2017 à 13h52

      José Bobo dit

      Le message principal de cet article serait plus compréhensible s’il nous fournissait les courbes d’évolution de la natalité selon les classes sociales durant la période considérée. Mais il est malheureusement probable que ces données ne sont pas dépouillées, peut-être même qu’elles n’existent pas. Cependant, s’il est vrai que l’évolution de la fiscalité et de la redistribution en France couplée au contexte sociétal (criminalité, terrorisme, immigration…) dissuade les classes moyennes-supérieures de faire des enfants il s’agit d’un phénomène sociétal des plus importants, et des plus alarmants pour l’avenir de notre pays.

    • 11 Mai 2017 à 12h10

      meylanville dit

      Il est dommage que l’article ne fasse pas la différence entre deux types de natalité .
      La natalité à tout prix n’a aucun sens si elle est le fruit de certaines couches sociales pour lesquelles avoir des enfants, surtout en grand nombre, est une façon de “coloniser” la France .
      La seule façon de s’opposer à cela serait de supprimer toute allocation pour tout enfant au-delà de trois . Ce qui forcerait certains à avoir un peu plus de responsabilités, au lieu de peupler la France d’individus qu’il va falloir loger, éduquer, soigner, et auxquels il va falloir fournir un emploi . Les familles de 7 ou 8 enfants, et même quelques fois beaucoup plus, n’ont aucun intérêt . Elles ne peuvent qu’alimenter une armée de déçus et coûtent horriblement cher, étant souvent issues de communautés “défavorisées” qui n’ont pas les moyens financiers et intellectuels de les élever, les diverses allocations leur ôtant tout sens des responsabilités vis à vis du reste de la population .
      Faire des enfants est à la portée de n’importe qui .

      • 11 Mai 2017 à 13h02

        Habemousse dit

        « Faire des enfants est à la portée de n’importe qui »

         Ah bon ? C’est pour cette raison que plus personne n’en fait, sans doute ?

        Parce que c’est trop facile ?

        «… d’individus qu’il va falloir loger, éduquer, soigner, et auxquels il va falloir fournir un emploi . »

        Avez vous songé que c’est notre descendance qui assure à ce pays l’existence, la recherche, le savoir, la consommation et les grands chantiers ?

         Sans enfants un pays se meurt puis disparaît : c’est le constat que vous faites en l’interprétant différemment.

        Et comme l’a précisé très justement et très simplement un intervenant, le moteur de tout est l’amour : tuer le et vous tuez le reste. 

        • 11 Mai 2017 à 13h44

          José Bobo dit

          Vous n’avez visiblement rien compris au post de meylanville, sans doute parce que vous ne désirez pas comprendre…

        • 11 Mai 2017 à 15h22

          Habemousse dit

          Vous avez raison tous les deux : j’ai lu en diagonale, ce qui m’arrive parfois, je m’en excuse.

        • 13 Mai 2017 à 1h58

          Moumine dit

          Habemousse
          Vous n’êtes pas le seul à qui ça arrive…
          Je suppose que, à force d’ingurgiter nos colères, une par-ci, une par-là, elles finissent soudain par nous sortir par les naseaux.

    • 11 Mai 2017 à 11h36

      Consolideur dit

      Même si bien évidemment, il ne l’a pas voulue, c’est plutôt une bonne chose ! A condition bien-sûr de changer de modèle économique … La croissance économique suppose la croissance démographique. Cette dernière est la mère de tous les mots de l’humanité et, à terme, la cause de sa disparition ! L’explosion démographique que nous connaissons engendre la pollution, les pathologies corespondantes, le réchauffement climatique, la famine, la misère, la guerre, l’immigration … Alors, il y a les tenants du déni, comme il y a les climatosceptiques … C’est si facile !