Journal d’une curée de campagne | Causeur

Journal d’une curée de campagne

Entre Fillon et la meute, je choisis Fillon

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 06 février 2017 / Politique

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François Fillon. Sipa. Numéro de reportage : 00791661_000003.

Je déteste les affaires. À chaque fois que de grands investigateurs trouvent des poux dans la tête d’une personnalité publique, qu’elle soit de droite ou de gauche, c’est le même scénario : faisant toujours partie de la minorité qui fait preuve d’une coupable indulgence pour les faiblesses humaines, je me fais tellement avoiner, y compris par mes amis, que je finis par trouver moi-même suspecte ma relative insensibilité aux manquements à la morale des princes qui nous gouvernent.

Communion dans l’indignation

Relative ne signifie pas totale. Cependant, dans la panoplie des fautes morales, celles que l’on reproche à Fillon ne me semblent pas les plus graves : après tout, il ne s’agit que d’argent. Des gens payés à peu ou ne rien faire, il y en a dans pas mal d’entreprises, et si on en voit de moins en moins dans les rédactions, ce n’est pas parce que la morale a progressé dans la profession mais parce que la crise est passée par là. Une certaine forme de cynisme politique – par exemple, celui des destructeurs de l’Ecole qui soustraient leurs enfants aux conséquences d’une politique à laquelle, donc, ils ne croient pas – me paraît bien plus condamnable.

En vérité, la communion dans l’indignation à propos de salaires trop facilement gagnés me semble exprimer la même passion tordue pour le fric que celle que l’on reproche à François Fillon. Il y a quelque chose de déplaisant dans l’obsession comptable qui a saisi une partie de la France. Car sous couvert de défendre la probité, ce sont des affects moins reluisants qui s’expriment – pourquoi lui et pas moi ? Et c’est bien sur ces affects que tentent de jouer mes chers confrères quand ils s’ébahissent bruyamment des sommes perçues par Penelope Fillon « alors que tant de gens souffrent » – comprenez que si vous êtes dans la mouise, c’est à cause de ces salauds. Stendhal appelait cela, à raison, les passions tristes. Désolée, quoique peu douée pour gagner de l’argent, même en travaillant honnêtement, je m’efforce de n’éprouver aucun sentiment négatif à l’égard de ceux qui y parviennent, fût-ce sans se casser la tête.

Certes, on ne saurait exonérer François Fillon de sa responsabilité dans ce qui lui tombe dessus. Si ses partisans sont aussi déboussolés, s’ils se sentent floués, c’est parce qu’il a commis l’erreur de placer le débat politique sur le terrain de la morale – ou plus exactement de ce que les juges appellent morale. Attaquer Nicolas Sarkozy sur ce terrain était une faute. Elle lui revient à la figure.

Tristement banal

Quant aux faits qui lui sont reprochés, s’ils me paraissent moins pendables qu’à la plupart de mes contemporains, ils n’en écornent pas moins l’image d’austérité et de hauteur qu’il s’était donné. Quelle que soit l’issue judiciaire de l’affaire, on aura appris que Fillon n’est pas indifférent à l’argent et qu’il est moins sourcilleux que ce que l’on croyait sur le sujet. Ce n’est pas très glorieux, mais tristement banal. C’est aussi cela qu’on ne lui pardonne pas.

En prime, de l’avis général, sa défense a été calamiteuse. Elle plaide pourtant en sa faveur. Si François Fillon est si mauvais, c’est qu’il ne comprend pas ce qu’on lui reproche, et s’il ne comprend pas, c’est qu’à aucun moment il n’a eu le sentiment de commettre une faute. Il faut essayer de se mettre à sa place. D’abord, tout le monde le fait – au Parlement européen, où il est interdit d’embaucher sa famille,les élus échangent volontiers, semble-t-il, conjoints et enfants. De son point de vue, il a donné sa vie à la France, obligeant son épouse à renoncer à une éventuelle carrière. S’ils sont aisés par rapport à la moyenne des Français, les Fillon n’ont ni le patrimoine, ni le revenu de ceux qu’ils fréquentent dans les cercles du pouvoir. Ils ne voient certainement rien de répréhensible dans le fait de rémunérer le travail invisible de l’épouse d’un politique qui est aussi un notable local.

Curieusement, rien n’enrage plus ceux qui veulent la tête de Fillon que cet appel à se mettre à la place de celui qu’ils ont déjà condamné. Ce n’est pas la question, disent-ils. Il me semble au contraire que « se mettre à la place de » est la base du jugement, surtout en politique.

Au secours, Robespierre revient!

Quoi qu’il en soit, il y a donc bien des raisons d’être partagé – entre une inévitable déception et la conviction qu’on en fait des caisses. Mais les accusateurs de Fillon (et les 75 % de Français qui, à en croire les sondages, les encouragent) ne sont pas partagés, au contraire. Ils sont animés d’une fièvre absolutiste. Qui vole un œuf vole un bœuf et qui n’est pas tout blanc est tout noir. Ainsi chacun peut-il donner à voir sa propre vertu, mesurée à l’aune de la sévérité dont il fait preuve à l’égard du suspect du jour. On a beaucoup rappelé le proverbe africain qui dit que « quand on monte à l’arbre, il faut avoir le cul propre ». L’avantage de ceux qui bombardent l’arbre d’en bas, c’est que personne ne voit leur cul. Ceux-là, me dira-t-on, ne se présentent pas à l’élection présidentielle. Certes. Mais nous savons bien que les animaux politiques sont, dans la jungle humaine, les plus dangereux. Et nous voudrions en même temps qu’ils soient aussi innocents que Vénus sortant de l’onde ? Quelle naïveté. Quand nous prétendons choisir, pour nous gouverner, les meilleurs d’entre nous, il ne s’agit pas seulement de morale. Bien sûr, personne ne voudrait d’Al Capone à l’Elysée. Mais voteriez-vous pour Saint François d’Assise ?

Quand l’humeur populaire et celle des médias convergent, tous communiant dans ce robespierrisme démocratique que l’on appelle transparence, il y a de quoi s’inquiéter. En effet, si deux tiers des Français sont forts sévères à l’endroit de l’ancien Premier ministre, depuis le 24 janvier, ce sont 100 % des journalistes qui tambourinent, sur le mode de la prophétie autoréalisatrice, que Fillon ne peut pas tenir – ce qui signifie donc qu’il ne doit pas tenir. Avec le magnifique titre offert par l’ami Marc Cohen, cet unanimisme glaçant constitue une excellente raison d’inviter François Fillon, au contraire, à tenir bon. Quoi qu’on pense de ses manquements et de son programme, n’oublions pas que sa reddition serait une victoire de la meute.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 11 Février 2017 à 17h13

      marie210917 dit

      J’ai voté Fillon au second tour de primaires mais je ne voterai pas Fillon aux présidentielles car je veux la sortie de cette UE fasciste : je suis gaulliste et je ne pense pas que le général aurait accepté de voir son pays sous tutelle d’une institution non élue !

      Vive la France libre,
      Vive la France souveraine !

    • 11 Février 2017 à 17h00

      AMA dit

      Quelle instance suffisamment puissante, maîtresse du Canard, peut intervenir de façon si déterminante dans l’acceptation ou le rejet d’un candidat à une Présidence de 5 ans, mettre les médias au garde à vous, et avoir le pouvoir d’être renseigné sur tout? Qui se veut “faiseur de roi”?

      • 11 Février 2017 à 17h29

        i-diogene dit

        Excellente question..:

        Il est vrai que Carla a des sympathies au Canard Enchaîné qui lui avait même consacré une rubrique hebdomadaire assez marrante et gentillette..!

        La vengeance est un plat cuisant qui se mange froid..!^^

    • 11 Février 2017 à 16h54

      aurore dit

      EXCELLENT ARTICLE

      • 11 Février 2017 à 16h59

        i-diogene dit

        EXCELLENT COMMENTAIRE..:

        - particulièrement bien argumenté..!^^

        • 11 Février 2017 à 17h17

          durru dit

          T’as vu ça, Diogène? Ca change de tes commentaires ****..!^^

    • 11 Février 2017 à 16h54

      aurore dit

      Excellent raticle 

    • 11 Février 2017 à 15h24

      eclair dit

      E.L à coté de la plaque

      le problème est que la France est surendettée sans aucune marge dee manoeuvre sur des investissements futurs.

      Le gaspillage est accepté dans une période d’opulence pas en cas de vache maigre.

      un roi a été decapité à cause de cela.

    • 11 Février 2017 à 15h12

      A_Vlrb dit

      Bien,chère Elisabeth! Dans ce cas , moi, je choisis la meute contre Fillon! Peut-être en raison, notamment, du choix de son avocat….Et si vous persistez, je crois que vous allez perdre un abonné…

      • 11 Février 2017 à 21h03

        Elfax751 dit

        Ne vous inquiétez pas :ce genre de chantage n’est pas encore puni par la loi.
        Au fait, si je trouve un ami vraiment “causeur” pour vous remplacer, vous ne me dénoncerez pas au Canard?

    • 11 Février 2017 à 14h24

      netrick dit

      Ce qui me dérange chez Fillon, c’est sa naïveté ! Evidemment, vous dites: “Quand on veut s’élever au dessus des autres en montant au cocotier, il vaut mieux avoir le cul propre “, ce qui signifie que Fillon pensait qu’il l’avait bien torché. Déjà, quand Fillon était ministre des Affaires sociales et initiait la réforme des retraites, je m’étais intéréssé à lui. J’avais appris que sa Pénélope était Galloise, et qu’elle ne s’intéressait pas à la politique de son mari. Seulement sa famille, ses enfants, ses maisons et un élevage de chevaux Anglo-Normands. Déjà quand il avait été attaqué comme ministre, puis comme Premier Ministre,
      rien n’avait transpiré sur les “Réelles” activités de Pénélope. Il avait été le “collaborateur” dans l’ombre de Sarkozy, puis celui qui avait balayé par Copélovici pour la présidence de l’UMP. Donc ses “Amis” n’avaient aucune raison de vouloir sortir les “boules-puantes” même s’ils étaient au courant ! Mais maintenant qu’il commence a vraiment grimper au cocotier, tous ses ennemis ( et aussi ses “Amis” ) se sont précipité pour retourner le moindre petit caillou et inspecter jusqu’à la vie sexuelle de leur chien.

      • 11 Février 2017 à 15h59

        i-diogene dit

        Ce n’ est pas de la naïveté, mais juste du dédain pour la populace et les lois républicaines..!^^

        Ses réactions et sa ligne de défense, démontrent bien qu’il se considère au-dessus des lois qui régissent la valetaille..!^^

    • 11 Février 2017 à 13h00

      JMB92 dit

      L’intérêt de la France en politique extérieure et intérieure est-il d’avoir à la tête du pays un homme plus blanc que neige, ou faut-il quelqu’un qui va tenter de modifier radicalement des politiques qui se révèlent inefficaces, voire désastreuses ?
      Moi, je choisis l’intérêt du pays, et tant pis si l’homme (ou la femme) idéal n’existe pas.

      • 11 Février 2017 à 15h50

        i-diogene dit

        Bof, la droite traditionnelle est surtout affairiste et Fillon ne déroge pas à la règle… Avec des règles qui ne supportent aucune règle et encore moins les lois..!^^

        Faut rester réaliste:

        - Giscard.. Les diamants de Bokassa,
        - Chirac…. Condamné en correctionnelle,
        - Sarkosy… Renvoyé en correctionnelle,
        - Fillon ne dérogera pas à la règle..!^^

        Faut être vraiment maso ou stupide pour voter pour les Ripoux-blicains, quant on est pas soumis à l’ ISF..!^^

        • 11 Février 2017 à 21h22

          Elfax751 dit

          Vos cartouches désespérées et mouillées détonnent ici.
          Au point qu’il est peu probable que vous soyez en mission.
          C’est tellement nul.
          Allez prendre quelques leçons de savoir-faire au Canard avant de reprendre votre harcèlement.

    • 11 Février 2017 à 12h18

      marcechevin@yahoo.fr dit

      rien à redire sur cet article.
      Mais, le mal est fait, et la question maintenant est de savoir si Fillon pourra gouverner avec ces énormes valises, plus celles qui vont suivre, notamment les supposés conflits d’intérêts. Bien sûr, Monsieur Macron n’en a aucun, malgré ses sponsors.
      Je pensais, avant les affaires, que si Hamon gagnait la primaire et que Bayrou ne se présentait pas, le second tour aurait été Macron-Fillon. Et une victoire de Macron.
      maintenant, il y a de fortes chances que Bayrou se présente. A priori, c’est plutôt bon pour Fillon. Sauf que ça pourrait inciter une coalition Hamon-Mélenchon- Jabot. Et là, il se pourrait qu’ils arrivent au second tour devant MLP. Imaginez ce scénario catastrophe.
      Alors, je crains que le vote utile va une fois de plus être de rigueur, et que le bénéficiaire sera Macron. Il est quand même fort ce Hollande!

    • 11 Février 2017 à 12h17

      meylanville dit

      Elisabeth Levy, j’ai fait le même choix que vous, et je n’en démordrai pas .
      Que ceux qui sont financés par Drahi et qui se prétendent anti-système me jettent la première pierre .
      Il y a des moments dans la vie où il faut savoir choisir .

    • 11 Février 2017 à 11h41

      joke ka dit

      “Entre Fillon et la meute, je choisis Fillon” moi aussi !!!!ras le bol des journalistes idéologues bobos qui trient l’information et sont là pour casser le candidat de la droite qui aurait dû emporter les présidentielles !!ce n’est pas de l’information, c’est du “buzz lucratif” pour mettre Macron, le poulain de FH en orbite ..la finance mondialiste (Soros qui graisse les pattes)il ne faut rien changer, les prébendes de la gauche, les réceptions à l’Elysée, les subventions ,les honneurs