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France-Tunisie : sifflets, la faute à qui ?

La presse cherche des responsables. Ils ne sont pas si loin

Publié le 16 octobre 2008 à 9:17 dans Médias

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Il y a onze mois, nous avions été pour ainsi dire les seuls à évoquer le tonnerre de sifflets qui avait couvert La Marseillaise à l’ouverture du match « amical » France-Maroc au Stade de France. D’ailleurs notre article, publié dix jours après les faits, ne parlait pas tant du sifflage lui-même que du black-out médiatique quasi intégral1 sur ces huées qu’on ne voulait pas entendre. Il n’aura échappé à personne que c’est très exactement le contraire qui s’est passé avec les sifflets similaires du match France-Tunisie de mardi dernier.

Pour prendre un exemple presque au hasard, nos excellents confrères du Monde qui, dans leur édition du 15 octobre, reviennent longuement sur ces événements, ont bêtement oublié de rappeler à leurs lecteurs qu’après le match France-Maroc, ils n’avaient pas jugé utile de publier un seul mot sur ces sifflets dans leurs colonnes. Pas un seul mot !

Ce qui pose une première question : pourquoi en moins d’un an, pour deux occurrences identiques, est-on passé du silence radio à la frénésie ?

J’aurais bien aimé vous éclaircir illico, mais non. Dans l’autocensure spontanée, comme dans la surexploitation médiatique, il y a une vraie part de mystère – sauf si on est amateur de théories du complot. Dans nos démocraties, contrairement aux totalitarismes de type archaïque, il n’y a pas d’instance officielle pour dicter aux professionnels ce dont ils doivent parler et donc ce qu’ils doivent taire. Cette énigme dépasse largement la question posée par la détestation de l’hymne national. Une maternelle vandalisée fera la une du 20 heures de TF1, une autre n’aura droit qu’à deux feuillets accompagnés d’une photo floue dans la page “Soissons” du Courrier picard. Des centaines d’enfants ont été assassinés en France depuis trente ans, mais il n’y a eu qu’une seule affaire Grégory. Il y a une part de mystère, qui n’est pas près d’être élucidée, et c’est tant mieux, c’est la magie de l’information old school, celle qui existait avant le ranking et les mots-clés, et qui existera après.

Reste la part rationnelle du phénomène et là on peut néanmoins hasarder quelques conjectures. La plus pertinente à mes yeux repose sur un axiome auquel on n’est évidemment pas forcé d’adhérer : l’inconscient collectif journalistique – qui est profondément et massivement social-démocrate – opère un tri idéologique spontané et convergent de l’information. Il y a onze mois, rendre compte à ses lecteurs des sifflets de France-Maroc, c’était mal. Tout d’abord, ça réveillait un traumatisme. La profession n’avait pas oublié que la précédente affaire de Marseillaise sifflée, celle du France-Algérie du 6 octobre 2001, avait été amplement médiatisée, seulement quelques mois avant que Le Pen n’étende Jospin au premier tour de la présidentielle. Du coup, du Monde à Libé en passant par la quasi-totalité de la presse quotidienne régionale, on a préféré rendre invisible une réalité inopportune. La chape de plomb a couvert les sifflets qui eux-mêmes avaient couverts la Marseillaise. Ouf ! Match nul…

Ce silence s’explique aussi par le fait que depuis le France-Algérie inaugural, la crédibilité du schéma journalistique traditionnel racistes-blancs/victimes-immigrées a été progressivement entamée. Même dans le noyau dur du Parti des bons sentiments, chez les parents garantis antiracistes des beaux quartiers, les manifs anti-CPE et leurs scènes de ratonnades “inverses”, comme disent les psys, ont laissé des traces. Il y a onze mois, donc, parler des sifflets de France-Maroc, c’était prendre le risque de violer un tabou, celui de l’existence en France, d’un racisme anti-français véhiculé par des jeunes français. Dans ces cas-là, la plus grande discrétion s’impose, elle nous fut effectivement imposée.

Reste à comprendre ce qui, en un an a changé au point que les sifflets du France-Tunisie 2008 suscitent un vacarme médiatique plus considérable encore que celui qu’avait déclenché le France-Algérie 2001 de sinistre mémoire. Faute de certitudes, je ne peux que donner cours à mes supputations. Tout d’abord, peut-être faut-il voir dans cette obstination siffleuse la marque d’une admirable conscience professionnelle. Puisque les précédents sifflets avaient été ensevelis par un silence de mort les siffleurs ont sifflé encore plus fort pour être sûrs d’être entendus. Ensuite, et là c’est un peu moins admirable, il semble que la bourse des valeurs de la gauche médiatique ait été profondément bouleversée depuis l’automne dernier. Certes l’antiracisme reste une valeur sûre, une valeur-refuge, mais la valeur qui monte et n’en finit pas de monter, c’est l’antisarkozisme. Si les journalistes avaient craint que l’affaire ne profite à la droite et à ses fantasmes d’exclusion, ils auraient assurément fait profil bas. Mais cette fois-ci, au contraire, ils ont vu dans l’affaire une excellente opportunité de faire porter au gouvernement le chapeau de l’échec de l’intégration. Quand il stigmatise “les jeunes des quartiers”, Sarkozy est un irresponsable. C’est mal. Quand ces jeunes des quartiers sifflent la Marseillaise, Sarkozy est un incapable. C’est très mal.

Le plus navrant, c’est que ça marche. Après Bachelot et Laporte, ce sont MAM, Fillon puis finalement Sarkozy himself qui ont été contraints de monter au créneau pour tenter de sauver les meubles. Voilà à quoi ressemblait hier le pouvoir exécutif : zéro attaquant et onze défenseurs.

  1. A l’exception notable du Canard, d’Yvan Rioufol du Figaro et de Michel Grossiord d’Europe 1.
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  • 27 October 2008 à 10h17

    yann dit

    bonjour
    M. Cohen, en vous en tenat aux trois matchs évoqués dans votre article, vous créez un effet de loupe qui sert votre propos. Je serais donc curieux de voir comment vous intégrez dans votre analyse les sifflets au moment de la marseilleise lors du match Lorient Bastia de 2002, ou les sifflets contre l’hymne Bulgare en 1993?
    yann

  • 27 October 2008 à 1h59

    Three piglets dit

  • 27 October 2008 à 1h58

    Three piglets dit

  • 27 October 2008 à 1h08

    Ludovic Lefebvre dit

    “Moi qui suis une femme, je préfère, et de loin, un phalocrate, qu’un nazi, pornographe, violent et libertin(à deux sous).”

    Apostasiez alors !

  • 26 October 2008 à 16h05

    Ludovic Lefebvre dit

    Vous avez raison, Nina, c’est déjà ça et c’est déjà beaucoup en comparaison de nombre de ses confrères et elle a effectivement été courageuse ce qui est devenu plutôt rare.

    Ne voit-elle donc pas cependant que la liberté en France s’étouffe par les interdits religieux qui s’imposent, la violence, le refus de l’enseignement parce que laïc et que les problèmes ne se résument pas à quelques fanatiques dans des grottes afghanes ?

    Je trouve le climat devenu invivable en France bien plus préoccupant que quelques attentats spectaculaires et je suis étonné que cette essayiste ne sache voir cela. L’impopularité lui couterait peut-être trop ?
    Sans vouloir tomber dans la basse flagornerie, je vous trouve bien plus lucide, courageuse, informée et pleine d’abnégation que Caroline Fourest.

  • 26 October 2008 à 14h33

    Agathon dit

    Moi qui suis une femme, je préfère, et de loin, un phalocrate, qu’un nazi, pornographe, violent et libertin(à deux sous).
    Et de ma petite expérience(de femme battue), j’en sais quelque chose.
    ça se discute je sais.

  • 26 October 2008 à 12h06

    Nina dit

    Parce qu’elle a un coup d’avance à me mettre sur la tronche l’aguénaconne ! lol

    Ludo : Fourrest est dans son rôle : féministe et gauchiste. Quoi de plus normal pour elle de dégommer tous les monothéismes ? Ca fait partie des gaucho-féministes non ?

    Reconnaissons-lui au moins le mérite d’avoir combattu contre l’islam anti-femmes. On n’obtiendra jamais plus mais c’est un début, et toi plus que tout autre, tu sais que le chemin est long avant qu’on fasse comprendre à un imam que le coran et la sunnah sont des recueils de haine anti-femmes, antisémites, antichrétiens, etc…
    Abdel Noor commence à y aller tout doucement, il veut pas risquer sa peau, c’est compréhensible mais il a osé tout de même parler de dépoussiérage du coran dans sa période Médinoise, soit les versets pourris.

  • 26 October 2008 à 10h15

    Ludovic Lefebvre dit

    Siné- Hebdo, La raison ??? (yeux levés au ciel ! )

  • 26 October 2008 à 10h13

    Ludovic Lefebvre dit

    Voyez vous, Nina lorsque Caroline Fourest met tous les monothéïsmes sur le même plan, elle se trompe, car il manque la notion de doute et d’introspection chères au catholicisme, au judaïsme, au bouddhisme pour l’islam, mais aussi un talmud et une adaptation temporelle telle que connait la halaka. Enfin tous les contenus ne sont pas à l’identique, vous le savez mieux que moi. Et puis, la notion de politiser l’islam en droite et gauche n’a aucun sens au vu de l’oumma, surtout en gauche gentille et droite méchante.
    Quant à Ramadan, si elle a fait un travail complet, je ne suis pas d’accord sur au moins un point en l’ayant beaucoup écouté également : il n’a pas vraiment un double discours puisqu’il finit la plupart de ses interventions en disant quand la France sera musulmane en bon prédicateur, son inuento est bien claire : une Europe musulmane.

    Pour le féminisme, je trouve celui d’Elliseivna ou de Naideb beaucoup plus intelligent et moins en guerre contre les hommes, les hétérosexuels que celui de Fourest ou de Brancher. Mais je suis un jeune vieux phalocrate pour une société patriarcale et des femmes mieux traitées malgré tout.

    Hirsi ali a eu son discours vidé de sa substance et réinterprété par Fourest et Lévy, non ?

  • 25 October 2008 à 17h32

    Agathon dit

    Ouf, un point d’accord avec Nina au sujet de Fourest.

    Il a fallu travailler dur pour la rendre à la raison.

    Un jour on la verra chez Siné-Hebdo.

    Agathon

  • 25 October 2008 à 17h10

    Nina dit

    Je ne suis pas d’accord avec vous Ludovic concernant C. Fourrest.
    Certes, elle fait la part des choses entre islam et islamisme et j’ai eu l’occasion d’en discuter un peu avec elle.
    Nous sommes loin d’avoir trouver des points d’accord sur l’obscurantisme islamique qui est en train de gagner toute l’Europe mais elle a eu tout de même quelques courages, à la différence de la majorité des gauchistes de son entourage.
    Son bouquin “frère Tarik” pour Ramadan avec Wienner était important à mes yeux. Aller décrypter le fiel à travers tous les discours et les livres de cet individu est non seulement harassant mais bien venu et bien fait.
    Elle a défendu Ayan Hirsi Ali. Pas mal…
    Elle n’ira cependant jamais au-delà de la simple critique de l’islamisme radical ce qui est en accord avec ses principes de gauchiste.
    Pour moi, c’est normal et d’une certaine manière : sincère.
    Elle ne souhaite pas stigmatiser les musulmans dans son ensemble même si elle reconnait qu’ils ne se bougent pas le cul pour dénoncer les déviances de leur dogme notamment durant les attentats spectaculaires de Londres et Madrid.

    Pour une féministe, elle se bouge : ses consœurs ne font rien. Donc…oui, je la soutiens au moins pour ses actes.

  • 25 October 2008 à 0h18

    Three piglets dit

    Fourest, je la parachute au dessus de Karachi.

  • 25 October 2008 à 0h13

    Ludovic Lefebvre dit

    Pour Fourest,
    Il y a deux catégories de gens qui sont naturellement les bons et les méchants. Pour le mauvais camp, il y a les gens de droite qui sont rejoints par les extrémistes religieux catholiques, juifs et islamistes et qui sont naturellement tous les mêmes, aucune comparison objectives, à quoi bon. Le bon camp auquel elle appartient forcément ne vote qu’à gauche, mais attention pas n’importe quelle gauche, la sienne et elle est composée également par les humanistes, les féministes, les musulmans d’une religion de paix et d’amour, de juifs, pas de catholiques. Voici le monde de Caroline Fourest qui bien sûr n’existe pas.

  • 25 October 2008 à 0h00

    Ludovic Lefebvre dit

    Chère Emilie,
    Je suis un écrivain qui en est arrivé à faire de la ferraille, c’est très différent d’un ferrailleur devenu écrivain.
    J’écris et comme je n’ai pas de blé, je fais de la ferraille, nettoie des snacks, fais des conférences et autres basses besognes à condition qu’elles me laissent toute autonomie. Je pourrais être cadre commercial ou prof de lettres ayant les diplômes en adéquation ou même être pute étant joli garçon, mais mon choix est différent. J’aime vivre ainsi !

  • 24 October 2008 à 23h48

    Ludovic Lefebvre dit

    Zoran,
    Vous avez vu ça ! Un regard et le monde est guéri. Prenez-en de la graine !
    Vous m’avez posé une question, j’y ai répondu de façon amusé. Vous vous attendiez à quoi ?
    Un exposé préparé pendant trois ans ?
    Mais vous pouvez répondre de façon succint à votre propre question.
    Je n’ai pas de petit tabouret, mais un large et profond fauteuil.

  • 24 October 2008 à 22h05

    Emilie dit

    Merci pour cet élégant compliment , cher Ludo . Venant d’un islamolucide, ferrailleur jusqu’au-boutiste , cela me va droit au coeur !

    Cher Patrick , vous avez mille fois raison, Caroline Fourest peut bien aller oeuvrer sur Radio-Collabo , je n’écoute pas non plus !

    Zorban voit juste : cet incroyable Piglets , quel charmant mais inexpugnable guerrier !

    On observe cependant que Madame Agamégatonne ne montre aucun signe de lassitude dans son impayable logorrhitude ! !

    Alors , Ludo , Patrick , Piglets , bisous bisous …

  • 24 October 2008 à 14h50

    Patrick dit

    Le message filait lorsque je me suis aperçu de l’énormité : «Nul n’est exclut…» !
    On lira : «Nul n’est exclu…»
    a-chouma !

  • 24 October 2008 à 14h43

    Patrick dit

    Agathon,
    Nul n’est exclut de ma patrie, sinon de ma partie… 
    Si vous faites allusion à Caroline Fourest, je dois vous préciser que j’ai bien du mal à la lire ; question de caractère, de tempérament, d’idées sans doute. Je pense qu’elle finira à France-Inter, une radio que je n’écoute pas.

  • 24 October 2008 à 13h54

    Agathon dit

    @Patrick
    Les enfants veulent aussi être de la “partie”.
    Le reste viendra le plus normalement du monde.
    Lisez Fourest sur le Monde, elle devient sage et raisonnable.
    Je l’espère pour vous, mais vous êtes déjà blasé je crois.
    Vive le jeunesse de France
    ps/il me semble que vous avez mal compris ce cher cohen, relisez l’article.

  • 24 October 2008 à 13h41

    Patrick dit

    Quatre-cent-vingt-et-un commentaires à cet instant ! L’article de Marc aura, je crois, battu le record des discussions «filaires».
    C’est vraiment «le jour de gloire» des «enfants [qui ne veulent pas être] de la Patrie»…