France Inter, une “radio de gauche”
Le Service public vu par Stéphane Guillon
Publié le 01 juillet 2010 à 14:20 dans Médias
Mots-clés : Didier Porte, France Inter, Stéphane Guillon

Maison de la Radio ou siège du Parti ?
L’heure est grave. Le rouleau-compresseur de la censure sarkozyste est en marche. Heureusement, de courageux résistants sauvent l’honneur, au sacrifice, sinon de leur vie, du moins de leurs émoluments. En ces heures sombres qui nous en rappellent d’autres, la liberté a deux visages, ceux de Didier Porte et de Stéphane Guillon, qui ont appelé aujourd’hui leurs auditeurs furibonds à manifester devant la Maison de la Radio. On ne s’étonnera pas qu’ils tournent en rond.
Si j’avais convoqué une manif à chaque fois que j’ai été débarquée, j’aurais passé mon temps à battre le pavé. Sans doute y aurais-je été un peu seulette avec mes amis et ma famille – heureusement nombreux l’un et l’autre. En tout cas, parmi ceux qui ont répondu à l’appel des deux humoristes-dissidents, je ne suis pas sûre que beaucoup auraient été prêts à se battre pour que je puisse défendre des idées qu’ils combattent. Il me semble même que pas mal d’entre eux ont célébré ce salutaire assainissement des ondes.
Pour tout dire, je n’aurais pas viré Didier Porte malgré sa malheureuse chronique dans laquelle il prêtait à Dominique de Villepin des intentions fort grossières à l’égard du président. D’abord, Porte m’a souvent fait rire et comme chacun sait, avec les filles, c’est ce qui marche le mieux. Il n’a pas l’air d’un mauvais gars – pour de vrai, je n’en sais rien. Enfin, il semble disposer d’une famille à nourrir mais pas d’une épargne conséquente et contrairement à un certain nombre de nos grandes âmes de gauche qui souffrent pour les salariés précaires en général mais sont toujours prêts à envoyer ceux qui ne pensent pas comme eux pointer au chômage ou au RSA sans le moindre état d’âme, je ne souhaite pas que mes adversaires soient réduits à la pauvreté – déjà qu’ils sont dans l’erreur, les malheureux. Il est vrai que je ne dirige pas France Inter ni Radio France, ce qui est heureux, tant pour moi que pour ces vénérables maisons.
Le Jean Moulin des ondes, un mutin de Panurge
Philippe Val et Jean-Luc Hees avaient, en revanche, d’excellentes raisons de virer Guillon.
La première est qu’il n’est pas drôle, ce qui, pour un humoriste, est une faute professionnelle.
La deuxième est qu’il confond l’humour et l’insulte et qu’il s’en prend en toute impunité à ces faux puissants que sont les politiques mais beaucoup plus rarement aux vrais puissants que sont les détenteurs du pouvoir culturel et médiatique – dont il fait partie – et encore moins aux idées dominantes dont il est l’un des plus éminents défenseurs. Bref, comme disait mon regretté ami Philippe Muray, Guillon est l’exemple même du mutin de Panurge. À moins, bien sûr, de considérer que cogner sur Nicolas Sarkozy, Christine Boutin ou Frédéric Lefèvre soit le comble de la subversion. (Après tout, Europe 1 a diffusé durant un an sous l’enseigne du “Politiquement incorrect” une chronique de Frédéric Bonnaud dans laquelle il proférait quotidiennement les lieux communs que l’on entendait en boucle à longueur d’antenne avec la certitude d’avoir le courage du dissident.) La troisième est que, toute l’année, Guillon a profité de l’antenne pour insulter ses patrons. Dans n’importe quel média privé, cela lui aurait valu la porte et à juste titre. Même à Causeur, où d’ailleurs cela ne viendrait à l’idée de personne car on n’y confond pas critique et insulte, divergence et blasphème.
Mais même si tous ces motifs n’existaient pas, une phrase, dans sa dernière chronique tout entière à sa gloire consacrée aurait été une excellente raison de le remercier. Dans le concert de pleurnicheries et d’indignation qui a accueilli la décision de débarquer le Jean Moulin des ondes, cette petite phrase n’a suscité ni l’étonnement, ni la réprobation. “France Inter est une radio de gauche qui se comporte comme la pire entreprise de droite”, a affirmé Guillon, avant d’être applaudi par toute l’équipe de la matinale, à la demande, parait-il, de Nicolas Demorand. On s’étonne un peu que nos valeureux dissidents prêts à braver le pouvoir totalitaire n’aient pas érigé des barricades ou empilé des sacs de sable devant le studio, ou encore qu’ils n’aient pas montré leur détermination en entamant une petite grève de la faim. Héroïques, certes, mais mollassons, les gars.
Comment peut-on ne pas être de gauche ?
France Inter, donc, est une radio de gauche. D’accord, pour ceux qui l’écoutent, ce n’est pas un très grand scoop. Mais là, c’est autre chose. C’est affiché très tranquillement sans que personne ne trouve rien à y redire. Que le contribuable finance une radio politique, quoi de plus normal ?
L’intérêt de cette phrase est qu’elle montre la conception du Service Public qu’ont ceux qui y travaillent, mais aussi qu’elle révèle à quel point la gauche se voit elle-même comme le camp du bien, l’église. Être de gauche, c’est normal, être de droite, c’est une hérésie. De plus, comme chacun sait, les patrons de gauche sont des philanthropes – pour ma part, ayant déjà été virée par certains d’entre eux, j’avoue ne pas avoir compris sur le moment à quel point j’aurais dû trouver cela aimable et délicieux. Qu’ils soient donc remerciés de m’avoir remerciée : un licenciement de gauche, c’est trop cool.
Une grande majorité des collaborateurs de France Inter considèrent qu’être de gauche ne relevait pas de l’opinion, légitime, mais de la vérité, incontestable. Dans ces conditions, ceux qui ne pensent pas comme eux ne sont pas des adversaires politiques mais des ennemis de la vérité qui doivent être réduits au silence. Quant à moi, il me semble que toutes les opinions, même celles qui ne sont pas du goût de nos courageux résistants, devraient avoir droit de cité sur une station dite de Service public. C’est un peu ringard, voire convenu. Cela s’appelle le pluralisme, un autre nom de la démocratie.
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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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Rotil dit
Souris donc,
La scène du commandeur…
http://www.youtube.com/watch?v=2Hf9z0qoE50
Cette fois, je vais dodo !
Bonne nuit à tous !
Yul dit
@Pierre 1er
Tout d’abord, je tiens à vous remercier: vous avez très intelligemment répondu à ma place, et bien mieux argumenté que ne l’aurais fait, car l’attitude des tartuffes de la gauche me met très en colère (je n’aime pas non plus les tartuffes de droite, mais ces derniers sont nuls en propagande, malgré plein d’efforts méritoires).
“puis, cette homme de “droite” applique les théories économiques de Keynes (pas vraiment en odeur de sainteté chez les méchants libéraux de droite), comme les grands travaux pour relancer l’économie…”
J’en profite pour préciser que dans la préface de l’édition allemande de la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1937), Keynes écrit que le régime nazi est le régime d’Europe le plus à même de réaliser une politique keynésienne.
Souris donc dit
J’attends la scène du Commandeur.
Souris donc dit
En ce moment sur ARTE le Don Giovanni de Tcherniakov en ouverture du festival d’Aix. Pour une fois, je suis d’accord avec la critique de Télérama : navrant. Pire, grotesque. Don Giovanni dans un salon années 50, style Ivana Trump. Don Giovanni !
“Don Giovanni” ouvrait hier soir le festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Le metteur en scène Dmitri Tcherniakov a bouleversé le livret, multipliant invraisemblances et fantaisies inutiles. Résultat, une œuvre complétement gâchée… Pour ceux qui voudraient le vérifier, l’opéra est retransmis en direct ce lundi sur Arte à 21h45″
chatelet christian dit
Stupéfaction!, j”apprends que Fr Inter est un média de gauche. mais qui dites-moi est de gauche ds cette maison. Moi qui en suis, de gauche, tendance Melanchon, je peste à longueur d’année contre la confiscation par la droite réactionnaire de ma part de redevance.
Franchement, à part le personnel technique, Didier PORTE, et Daniel MERMET, dites moi qui est de gauche ds cette station que je l’embrasse, Camarade.
Avant l’arrivée de Monsieur Hess, je devais me tartiner 22h30 de radio de droite sur 24h, dorénavant ce sera du 100%. Sauf que j’ai entamé une cure de sevrage et supprimé carrément la touche Fr Inter de mon poste depuis 8 js.
Et je paie toujours la redevance!
fatback dit
Dandy de Grandchemin,
Définissez “socialisme”
barbouz dit
France Inter est une radio de gauche. Et alors ? toutes les autres sont de droite, financées par la pub et des grands groupes de presse qui ne cessent de proner le discours libéral. Donc l’argent du contribuable finance la pluralité politique à l’antenne. Celà ne me choque pas plus que le financement d’Arte qui permet un peu d’alternative à la culture TF1 et M6.
Pierre dit
Étant donné que l’intégralité des médias de masse sont “de droite”, si France Inter était “de gauche”, ça ne serait pas vraiment un scandale…
Maintenant considérer France Inter comme étant “de gauche”, parce qu’elle diffuse une émission de gauche l’après-midi, à un horaire creux, et trois minutes d’humour assez “anti-gouvernemental” le matin, il faut au moins frôler les opinions d’extrême droite pour le penser ou bien en effet, être un imposteur…
Alors, que Stéphane Guillon soit un imposteur, ça ne fait pas beaucoup de doute, mais s’insurger d’une pseudo tendance “de gauche”, au milieu des “points sur la bourse” et des chroniques de J.-M. Sylvestre, relève tout autant du terrorisme intellectuel que ce que vous dénoncez avec beaucoup de mauvaise foi. Vous parlez de “pluralisme”, mais il est où au juste le “pluralisme” ??? Dans les 45 minutes de Mermet et les 3 blagues de Guillon ? Vous voulez vraiment qu’on compare la place laissée aux opinions de “gauche” et à celles de “droite” ?
Ah mais non, voyons ! Ce dont je parle, c’est bien des opinions non pas “[d'] adversaires politiques mais [celles] des ennemis de la vérité qui doivent être réduits au silence.”
“Quant à moi, il me semble que toutes les opinions, même celles qui ne sont pas du goût de nos courageux [défenseurs de la liberté d'entreprendre], devraient avoir droit de cité sur une station dite de Service public. C’est un peu ringard, voire convenu. Cela s’appelle le pluralisme, un autre nom de la démocratie.”
vivige dit
@ fatback a dit :
“Les socialistes partent du principe que si vous n’êtes pas d’accord avec eux, c’est que vous êtes un riche qui cherche à protéger ses intérêts aux dépend des pauvres.”
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Non, je pense qu’il peut y avoir deux autres raisons :
1) on ne trouve personne qui pourrait avoir notre confiance chez les socialistes.
2) on n’a pas appris à réfléchir. On est pauvre et c..
Dandy de Grandchemin dit
Au fait Pierrot, je vous vois bien faire un duo avec Yul. Pierrot et Yulo au festival d’humour de Tournon, je vous arrange ça ?
Dandy de Grandchemin dit
Tout à fait Pierrot,
l’Adolf il était à fond de gauche d’ailleurs il s’est opposé à Staline qui était d’extrême-droite. Keskon golri les keums !
expat dit
@ fatback : “Il y a une différence fondamentale entre ne pas être d’accord avec les solutions proposées par ses contradicteurs et leur prêter de mauvaises intentions.”
Tout à fait !
fatback dit
pimpampoum,
Il y a une différence fondamentale entre ne pas être d’accord avec les solutions proposées par ses contradicteurs et leur prêter de mauvaises intentions.
Souris donc dit
@ Pimpampoum
L’argumentation n’est pas du tout de même nature. Le doute n’effleure jamais la gauche censée défendre les opprimés, donc vos arguments sont décrédibilisés apriori, comme le dit Fatback, de préférence par l’intimidation : attaques personnelles, ricanements supérieurs.
Ce qui présente l’immense avantage d’éviter à se casser la tête pour raisonner et trouver des arguments à opposer. Suffit de dérouler le discours bien convenu puis d’attaquer celui qui n’est pas d’accord. Cool.
A l’extrême limite, ça envoie le dissident au goulag.
pimpampoum dit
@ fatback
“Les socialistes partent du principe que si vous n’êtes pas d’accord avec eux, c’est que vous êtes un riche qui cherche à protéger ses intérêts aux dépend des pauvres.
. Dans leur conception du monde, ils sont le camp du bien et les autres quels qu’ils soient forment l’alliance du mal. C’est un principe assez pratique dans la mesure où il permet de décrédibiliser apriori tous ses contradicteurs.”
excellent comme analyse, même dites-moi, à par peut-être Hannibal Lecter et Méphisto, qui ne se considère pas du bon côté et envoie donc ses détracteurs du mauvais ?
pimpampoum dit
Guillon dit pas mal de con****ies, ça n’a échappé à personne.
faire tout un article sur une de ses sorties lamentables contre sa direction, et bien il ne faut vraiment pas avoir grand-chose d’autre à faire.
sinon, j’adore les raisonnements du genre :
france-inter est une radio de gauche + Guillon attaque Sarkozy = une radio de gauche vire un mec qui attaque un président de droite.
tout simplement BRAVO !
marcel kébir dit
merci pour cet article lumineux
si un jour vous venez à passer à nouveau dans les parages de Malaucène, j’aimerais vous faire la bise déjà rien que pour ça!!!
Péhèr dit
@ Yul
Vous définissez bien ce qui fait que la gauche est “en pleine décomposition”. Vous dites même très bien ce qui, dans cette décomposition, vient de Marx lui-même (“l’idée fondamentale à gauche qu’un individu est déterminé par ses conditions sociales”). Je suis pourtant certain que le “libre-arbitre” de cet individu PAR CONSEQUENT “marginal” n’est pas une idée de Marx.
Moi j’entends Marx qui, à chaque instant, se retourne dans sa tombe. Je ne crois pas qu’il considère comme ses enfants spirituels ces NON-PENSEURS qui, comme vous l’ajoutez à juste titre “ont fui le réel depuis un bon moment”. Je ne crois pas que le “gauchisme d’extrême-droite” (je maintiens ma formule) constitue l’intellectuel collectif dans lequel Marx mettait tous ses espoirs.
Resté profondément de gauche, et alimentant toujours ma réflexion politique à l’essentiel de la pensée marxiste je veux espérer, pour ma part, que des vrais marxistes (ayant intégré les critiques de Lefort, Ellul, Castoriadis, Gorz et cent autres) vont sortir de leur torpeur, vont cesser de considérer que réfléchir est un gros mot, vont cesser de croire que le seul devoir de la Gauche, à l’heure d’Internet, est de réagir à la vitesse des ondes porteuses des nouveaux médias, fut-ce en disant n’importe quoi.
Quoi qu’ils en pensent eux-mêmes, les militants de gauche ont toujours le droit, et pour Marx j’en suis convaincu le DEVOIR, d’utiliser intelligemment leur libre-arbitre.
Souris donc dit
@ Erlikhan
“C’était au contraire tout à l’honneur d’un gouvernement que des humoristes d’une radio publique soit d’un bord politique différent.”
Des humoristes, oui, mais de la trempe d’un Desproges, d’un Coluche, pas ces roquets mordant toujours les mêmes mollets.
Marie dit
Quand aux termes licenciements politiques gardez les pour parler avec vos camarades rebelles de Grève France Inter, dont le niveau est tout simplement affligeant de bêtises!