A 8h30, sur France Inter, vous êtes présumé coupable | Causeur

A 8h30, sur France Inter, vous êtes présumé coupable

Le massacre des innocents

Auteur

Régis de Castelnau

Régis de Castelnau
est avocat.

Publié le 29 mars 2017 / Politique

Mots-clés : , , ,

Patrick Cohen, août 2015. SIPA. AP21784007_000008

J’ai entendu il y a quelques années dans un spectacle une réplique de Madeleine Proust, qui m’avait frappé par sa pertinence. Le personnage créé par Laurence Sémonin artiste franc-comtoise nous disait : « Il vaut mieux mourir le soir que le matin, parce qu’on en apprend tous les jours ». J’y ai repensé, hier, en écoutant l’émission de Patrick Cohen sur France Inter à 8h30. Sur le thème « la présidentielles et les affaires » Patrick Cohen recevaient deux cadors de la profession de journaliste–enquêteurs–chroniqueurs juridiques et judiciaires etc. Laurent Valdiguié rédacteur en chef au JDD, et Matthieu Aron, directeur adjoint de la rédaction de l’Obs. Du beau linge, ayant longtemps officié sur le terrain des affaires judiciaires.

Les Droits de l’Homme c’était mieux avant

Ayant commencé mes études de droit il y a 49 ans, et les ayant poursuivies tout au long de ma carrière, d’avocat et d’enseignant, je pensais être au point. Eh bien pas du tout, j’ai constaté que tout était à refaire en écoutant Matthieu Aron :

« Je vais dire une chose qui va choquer. On parle beaucoup de présomption d’innocence et c’est bien entendu quelque chose qu’on va tous respecter. [Mais] il faut quand même arrêter un instant. Quand un juge d’instruction met en examen une personne, ça s’appelle une présomption de culpabilité, ça signifie qu’un juge à un moment donné… »

– Patrick Cohen (lui coupe la parole pour poser une question) : « vous voulez dire pour l’opinion ? »

– Matthieu Aron riposte : « non, non, pas pour l’opinion, pour le droit ! »

Eh bien dites donc, moi qui pensais que le principe de la présomption d’innocence prévue par tous les systèmes judiciaires des pays civilisés, inscrite dans toutes les Déclarations des Droits de l’Homme, de la Française à l’Universelle en passant par la Convention européenne, j’avais tout faux. Je croyais naïvement que depuis le Droit Romain, la personne poursuivie était réputée innocente jusqu’à ce qu’une décision judiciaire définitive rendue par un juge impartial, prononce sa culpabilité. Que la preuve de celle-ci était à la seule charge de l’accusation, que le doute profitait à l’accusé. Je croyais que la MEE comme on l’appelle dans le jargon professionnel était destinée en fait à protéger la personne poursuivie en lui permettant d’intervenir avec ses avocats dans un débat contradictoire et loyal permettant d’élaborer une vérité judiciaire, appréciée au final par le juge du fond. Seul moyen de prendre une décision légitime revêtue de l’autorité de la chose jugée au nom du peuple français.

Les nouveaux-maîtres: les journalistes du service public

Eh bien j’avais tout faux. En France, les nouveaux maîtres, c’est-à-dire les journalistes qui officient sur le service public vous expliquent que la mise en examen vaut déclaration de présomption de culpabilité. Que postérieurement à celle-ci, il appartient au présumé coupable d’apporter la preuve de son innocence. Et qu’il est donc inutile pour les juges d’instruction d’instruire à charge ou à décharge, ce que d’ailleurs ils ne faisaient déjà plus guère au Pôle financier.

Comment un barbarisme juridique aussi infect peut-il être prononcé par un journaliste aguerri sur un média du service public à une heure de grande écoute, sans que Patrick Cohen ne réagisse, pas plus que Laurent Valdiguié. Ignorance crasse qui en dirait long sur leur niveau ou volonté délibérée dans l’ivresse du lynchage médiatico-judiciaire de François Fillon, de continuer à raconter n’importe quoi ? D’ailleurs, Patrick Cohen, à qui il ne reste pas la moindre nanoparticule de conscience professionnelle revendique le barbarisme totalitaire.

Malheureusement, les deux choses se combinent, le trio déplorable de ce matin, tout à sa propagande sans frein pour l’avènement de Macron, rejoint Edwy Plenel qui avait lui aussi inventé un nouveau concept juridique, celui « d’innocent–coupable » pour qualifier Éric Woerth innocenté par le juge du fond à Bordeaux.

Ces gens-là sont devenus fous.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 2 Avril 2017 à 17h28

      i-diogene dit

      Fillon a bluffé les journalistes:

      - lors de son audition par le juge d’ instruction, il a lu une déclaration préparée par son avocat, puis a dit qu’il ne répondrait à aucune de leurs questions, se retranchant derrière son immunité parlementaire, et s’ est en-allé..!

      Nettement plus vicieux que MLP..!^^

    • 2 Avril 2017 à 4h56

      lafayette1821 dit

      L’erreur vient du fait de feindre de croire que ces “gens-là” sont des journalistes alors qu’ils ne sont que des militants d’un parti politique …en fait si un avocat avait un peu de … il pourrait porter plainte au nom des contribuables pour détournement de fonds publics (nos impôts) à des fins partisanes et discrimination puisqu’il n’y a jamais de “journalistes” de droite autorisés à travailler sur les chaînes publiques.
      Lorsqu’on entend M.Drucker dire qu’il n’invitera jamais Marine Lepen ( environ 20% des suffrages) dans son emission alors qu’il reçoit Besancenot ….. 

      • 2 Avril 2017 à 16h52

        Colonel DAX dit

        C’est exactement cela (sauf la graphie du nom de la candidate FN).
        Défenseurs acharnés de leur corporation, on pourrait penser, que votre pique fasse mal à Cohen et aux autres…
        En réalité, ces clowns peuvent demain se recycler en vendeurs de bagnoles si c’est dans leur intérêt (la seule chose qui compte).