Ma France Inter à moi | Causeur

Ma France Inter à moi

La radio publique est à tout le monde… ou presque

Auteur

Elisabeth Lévy

Elisabeth Lévy
est fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur.

Publié le 14 novembre 2016 / Médias

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Les journalistes, les animateurs et les humoristes de France Inter ont bien sûr le droit d'avoir des opinions politiques. Qu'ils partagent trop souvent les mêmes est déjà un problème. Qu'ils traquent avec rage et constance les opinions déviantes est un déni de service public.

france inter charline bloch

Il existe à Paris un monde enchanté. Une petite planète ronde appelée France Inter et préservée des fracas du monde ou, en tout cas, de l’un de ses plus déplorables, la « droitisation » de la France. La vie y est simple, il y a des gentils et des méchants. On les reconnaît facilement. Les gentils lisent Mediapart, les méchants Valeurs actuelles1. Les gentils sont Mariage pour tous, les méchants Manifs pour tous. (Faites gaffe c’est le même sigle, mais les gentils portent des cuirs, les méchants des lodens, les temps changent.) Les gentils rigolent avec Charline, les méchants avec Bigard. Les gentils préparent l’avenir. Les méchants rêvent du passé. Les gentils aiment l’Autre, les méchants aiment les frontières – j’ai l’air de blaguer, mais j’ai vraiment entendu une journaliste d’Inter parler, comme s’il s’agissait d’une catégorie homologuée, de « la France qui n’aime pas l’Autre ». Et je crois bien que j’étais dedans.

Il y a longtemps, presque tout le monde, à l’extérieur, pensait la même chose que les habitants de la planète ronde. Et puis, tout est allé de travers, mais la planète ronde, tel un village gaulois, si on me permet cette comparaison hardie, a résisté et elle est devenue le quartier général des gentils (disons l’un des quartiers généraux). Leur mission : rééduquer les méchants. Ou, si ça s’avère impossible, se payer tellement leur tête qu’au moins, ils iront faire leurs méchancetés ailleurs, sur les radios pour ploucs ou pour riches – on ne sait ce qui est pire. Ici, on est entre gens convenables, il y a des noms qu’on ne prononce qu’en se bouchant le nez. Ou en ricanant, ce qui revient au même. Ce Zemmour, par exemple, le Dark Vador du journalisme, on en dit déjà assez de mal, on ne va pas en plus l’inviter, ça lui ferait de la pub. Et en plus, ça risquerait de nous attirer ses lecteurs, que voulez-vous qu’on fasse d’auditeurs pareils2?

Comment peut-on être de droite ?

Très régulièrement, la planète ronde envoie des explorateurs mesurer la progression du mal dans le monde extérieur et tenter d’y comprendre quelque chose. Tous reviennent avec la même question : comment peut-on être persan ? Comment peut-on être de droite ? Comment peut-on être conservateur ? Comment peut-on être contre le mariage gay ?

[...]

  1. La première blague de Charline Vanhoenacker dont je me souvienne c’est : « Aujourd’hui, j’ai marché sur une bouse. C’était Valeurs actuelles. . Soyons juste, il lui arrive d’être plus drôle.
  2. Ludovine, c’est de La Rochère, la présidente de la Manif pour tous, Clémentine, c’est Autain, Caroline, c’est Fourest et Charline, c’est Charline Vanhoenacker. Cet épisode est totalement inventé.
  3. Il écrivait alors : « France Inter est la plus monocolore des radios. Les hommes et les femmes de l’UMP en ont bien conscience, donnant l’impression de jouer en terrain adverse lorsqu’ils viennent à La matinale de la radio publique. »
  4. Il paraît d’ailleurs que Laurence Bloch a essayé de recruter Proust. Sans succès mais dont acte.

  • causeur.#40.bd.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 40 - Novembre 2016

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    • 17 Novembre 2016 à 21h03

      antecum dit

      Très heureux de voir Elisabeth Lévy s’emparer de ce sujet. J’ai renoncé à écouter France Inter depuis très longtemps, effaré par sa dérive idéologique. Avec beaucoup d’amertume car ce fut la radio de mon adolescence. J’étais notamment charmé par les contes de Daniel Mermet… j’ai été consterné de l’entendre 20 ans plus tard(et j’apprends qu’il ne ferait plus partie de l’antenne désormais). Résidant à l’étranger, j’écoute beaucoup plus RFI, où l’on trouve aussi quelques animateurs fonctionnaires qui ne se gênent pas pour flirter avec un racisme anti-blancs qui alimente la rage de certains jeunes, je pense à l’indéboulonable Claudie Siar, qui a pourtant du talent.
      Bref, un article lucide, drôle et salutaire d’Elizabeth Lévy, comme toujours.
      heureusement il y a Répliques…

    • 17 Novembre 2016 à 6h59

      isa dit

      Ben, chère Madame Levy, be me dites pas que vous be l’avez pas fait exprès, mais votre site n’est pas à droite, il est devenu identitaire et d’extrême- droite.
      À ranger évidemment dans la fachosphere, terme inventé par votre ex patron.
      N’oublions pas que vous dites d’extrême- gauche: vous avez fait le tour de l’horloge. 

    • 16 Novembre 2016 à 15h19

      Gorille dit

      Bien vu! J’ai une copine qui adore France Inter, qui connait pleins de journalistes là-bas: Impossible de débattre avec elle sur des sujets “épineux” sans qu’elle se mette en colère!

    • 16 Novembre 2016 à 10h59

      mimickael dit

      Oui, c’est la Pravda ! Et plusieurs “journalistes” techniciens, employés sont des intermittents du spectacle (Pascale Clark ?)
      Le problème en France est que la gôche est partout ; le journalisme, les journaux,la radio, la télé, la culture, l’école, l’administration, SNCF. EDF, les ports,…Etc…Etc

    • 15 Novembre 2016 à 21h10

      Eusebius dit

      France Sphincter est une très bonne radio recommandée en cas de constipation !