Le rappel au dogme | Causeur

Le rappel au dogme

Doutes individuels, surenchère collective

Auteur

Olivier Prévôt
anime le site et la revue L'Esprit de Narvik et le blog Les Carnets de Betty Poul sur Causeur.

Publié le 18 novembre 2016 / Médias

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Novembre 2015 : juste après le Bataclan, la rédaction du 5-7 est à l'unisson de la colère des français contre les islamistes. Très vite, pourtant, l'obsession de la lutte contre les amalgames va reprendre le dessus. Comme pour conjurer un doute.
France Inter Bataclan attentats 13 novembre

Paris, 14 novembre 2015

On ne raisonne pas une patelle, ce gastéropode marin plus connu sous le nom de « chapeau chinois » et qui, au moindre signe de présence extérieure, se colle à son rocher. Gosse, ça m’amusait beaucoup, cette grosse ventouse réduite à ses fonctions d’autoprotection. J’essayais d’en décoller une quand l’un de mes moniteurs de colonie de vacances, étudiant en biologie, me conseilla plutôt de l’observer – avant le choc et après le choc. Avec France Inter, dont la maison est agrippée aux rives de la Seine, j’ai fait de même.

Pour cela, je me suis concentré sur la période qui va du 12 au 28 novembre 2015, afin d’observer, avec le recul du temps, l’impact des attentats sur le contenu éditorial de la chaîne. J’ai choisi une émission, une seule, ni particulièrement emblématique ni tout à fait marginale, dans la grille des programmes : le 5/7 de France Inter, animé par le tandem Éric Delvaux/Catherine Boullay. Chaque matin, le 5/7 distille à la France qui se lève tôt l’esprit d’Inter. C’est rythmé, bien fichu, varié. À travers une pléiade de séquences et de chroniques aux noms divers, on retrouve les fondamentaux idéologiques de la station – quelques ennemis récurrents : Assad, Poutine, Le Pen –, quelques dadas – le vivre ensemble, l’initiative citoyenne, l’Europe. Mais l’ensemble est plutôt léger et évite d’assommer le prolo.

Le matin du 13 novembre, l’émission fut conforme à ce qu’elle était les autres jours : ni plus ni moins militante que la veille. Un peu d’Europe, un peu de bonne volonté (le recyclage des chaussettes orphelines – si, si), une évocation du prince Albert de Monaco, etc. Évidemment, rien ne laissait présager la tragédie qui aurait lieu le soir même.

Le lendemain étant un samedi, on ne retrouvera l’émission que le lundi 16 novembre. La France est encore sous le choc, et le tandem Delvaux/Boullay a le bon sens de se mettre à l’unisson du pays : reportages sur les manifestations de solidarité du monde entier, invités très sérieux (François Géré, de l’Institut français d’analyse stratégique, le lendemain ce sera Claude Moniquet, un ancien de la DGSE). Pourtant, en étant très attentif, on peut déjà observer les premiers signes du raidissement idéologique. On va coller aux fondamentaux menacés par le réel. Ainsi, dans la chronique « Ailleurs », Franck Mathevon évoque, depuis Londres, les conséquences des attentats qui seraient « un excellent prétexte pour fermer les frontières ».

[...]

  1. Régis Debray, Critique de la raison politique ou l’inconscient religieux, Gallimard, 1981

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    publié dans le Magazine Causeur n° 40 - Novembre 2016

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    • 18 Novembre 2016 à 19h28

      IMHO dit

      Le matin du 13 novembre, l’émission fut conforme à ce qu’elle était les autres jours : ni plus ni moins militante que la veille. Un peu d’Europe, un peu de bonne volonté (le recyclage des chaussettes orphelines – si, si), une évocation du prince Albert de Monaco, etc. Évidemment, rien ne laissait présager la tragédie qui aurait lieu le soir même.

      Ce paragraphe est un signe évident de folie .

      • 18 Novembre 2016 à 20h29

        Schlemihl dit

        Je trouve ce paragraphe plein de sagesse . Evidemment , ce qu’ on raconte ce soir ne pourrait faire deviner que demain , à 11h 53 minutes , un lapin australien évitera une catastrophe ferroviaire dans la région des Hotspurs près du Mont Killicrankie , en s’asseyant sur une traverse avec des coquelicots entre ses pattes . Le signal rouge fera arrêter le train avant le virage vers l’ éboulement de rochers ou le train allait s’ écraser .

        Aucun article , aucune émission , ne peut bien sur annoncer ce fait pourtant sur le point de devenir réel , puisque il n’ est pas encore arrivé . L’ écoulement du temps permet le passage de l’ irréel vers le réel , qui n’ est qu’ une affaire de date .

        • 18 Novembre 2016 à 21h53

          IMHO dit

          Comme la trahison .

        • 18 Novembre 2016 à 23h50

          Schlemihl dit

          en effet , la trahison …. des dattes !

    • 18 Novembre 2016 à 15h48

      golvan dit

      Un type dont on vient d’assassiner l’épouse et qui prétend qu’il n’éprouve pas de haine pour les assassins est un parfait connard doublé d’une couille molle, c’est tout.
      Au moment des JO de Munich et de l’assassinat des athlètes juifs, Golda Meir avait déclaré que tous les assassins seraient identifiés, poursuivis, et exécutés, et elle a tenu parole.
      Mais Golda Meir était un grand chef d’Etat.

    • 18 Novembre 2016 à 15h01

      lisa dit

      Le dogme qui dit d’aimer l’Autre plus que soit ne peut pas tomber, on s’y raccroche de plus en plus.

      • 18 Novembre 2016 à 15h37

        Schlemihl dit

        Et vu que si on ne s’aime pas soi même on n’aime personne , vu que si on veut être sublime et aimer ses ennemis plus que soi on vient à détester ses amis , vu que cette morale est fausse et que tout le monde flaire le mensonge , vu la rotondité de la Terre le second principe des la thermodynamique et le suffrage universel ……

        Ca ne trompe personne ce prêchi prêcha .

        • 19 Novembre 2016 à 23h05

          Renaud42 dit

          @ chlomo : les paroles prononcées il y a 2000 ans ne sont pas la doxa d’aujourd’hui qui en inverse le sens. l’amour abstrait sentimentaliste de l’Autre avec une majuscule est de la foutaise. Le christianisme était venu faire comprendre que l’amour de Dieu est l’amour de l’autre avec un petit a et non un grand. Mais ça a tourné à l’amour de soi avec un petit s qui invoque l’amour de l’Autre, foutaise.

      • 18 Novembre 2016 à 17h12

        Renaud42 dit

        Le dogme qui dit d’aimer l’Autre plus que soi? Quel dogme? Ce n’est pas chrétien en tout cas. Dans le christianisme il est question d’aimer l’autre comme soi-même et c’est une recommandation pas un dogme. L’autre sans majuscule, le prochain. Et pas plus que soi-même mais comme, parce que soi-même est autre comme l’autre est autre. L’amour de soi et l’amour de l’autre sont indissociables.

        • 18 Novembre 2016 à 17h26

          Schlemihl dit

          Renaud je préfère que ce dogme ne soit pas chrétien car il est inhumain . Ce faux sublime est un mensonge . Mon maître en morale c’ est Vladimir Soloviev ( Trois entretiens ) qui était un peu fou mais qui n’ était pas con ni menteur .

        • 18 Novembre 2016 à 19h59

          lisa dit

          Le parlais du dogme de nos gouvernants et de nos medias (enfin la plupart)
          Je mettais un “A” à autre comme le fait Jean Raspail.

        • 18 Novembre 2016 à 20h33

          Schlemihl dit

          Entre nous Lisa , ils me fatiguent avec leur f….. dogme que je trouve menteur prétentieux et c… à ch….

        • 19 Novembre 2016 à 6h53

          chlomo dit

          @ Renaud ,

          je dirais ( si j’ose ) :” pour aimer les autres , il faut s’aimer d’abord soi-même” . ce n’est pas de moi mais c’est un peu beaucoup mon avis …

          “aimer l’autre plus que soi-même ” ne vaut pas (beaucoup )plus que d’aimer personne . c’est s’enfermer dans un narcissisme pervers , dans le déni de soi-même et dans la peur ou la soumission .

          on ne peut pas se référer aux Paroles prononcées il y a deux mille ans pour affronter les difficultés d’aujourd’hui : les appliquer signifie se suicider collectivement .
          on en prend le chemin apparemment