Pierre-Louis Basse, journaliste et écrivain, longtemps grande voix d’Europe 1, est aussi un de nos spécialistes reconnus de la planète  football. Il a écrit un livre, il y a quelques années déjà, consacré au mythique France-Allemagne de 1982Séville : France-Allemagne 82 (Table Ronde)

Jérôme Leroy : Comment expliquez-vous, à quelques heures du France-Allemagne 2014, cette référence omniprésente au match de Séville ?

Pierre-Louis Basse : Il entre dans la mémoire, tout d’abord, d’un point de vue sportif.  Une vie entière n’est pas forcément suffisante pour réunir ce qu’un match, un seul, nous a offert !  L’espoir, la victoire, l’injustice, la blessure et puis la défaite. Tout est là, sur cette pelouse de Séville… Et puis ces deux Allemagnes qui se regardent en chien de faïence… J’étais étudiant et je méprisais cette RFA. J’avais bien plus de tendresse pour les filles de l’Est et beaucoup moins pour le Mark fort, l’absence de dénazification même si je soutenais les comptes réclamés par les fils et filles, par cette génération d’intellectuels en révolte… Entre la France et l’Allemagne, tout n’était pas encore réglé à cette époque, encore moins qu’aujourd’hui ! Le match de Séville, avec son résultat obtenu dans de telles conditions, risquait de faire remonter à la surface tout un vieux fond, tout un décor : Mitterrand qui regardait le match en Hongrie avec Helmut Schmidt. Ensemble, ils vont pondre un communiqué pour apaiser les esprits… En fait, ce match est un marqueur du point de vue des relations du sport avec la culture, le cinéma, la politique. C’est devenu une sorte de rendez- vous vintage convoqué aussi par les artistes et les chanteurs…  Séville, c’est, selon la belle expression de la romancière Christa Wolf, «  du passé qui ne passe pas »…

Il y a pourtant eu une autre défaite de la France face à l’Allemagne, quatre ans plus tard…

On ne parle pas de 86, car le France- Brésil, sa beauté, ont écrasé tout le reste. Surtout, le match contre l’Allemagne est atone. Platini est cuit, et avec lui, l’Equipe de France… Encore une fois, 82, c’est un diamant noir. Une défaite, certes, au bout de la nuit, mais aussi un jeu et une générosité extraordinaires développés par le carré magique : Tigana, Giresse, Platini, Genghini… Donc le France- Allemagne de 86 sombre dans les oubliettes de l’histoire….

Quelles différences voyez-vous entre le onze tricolore de 82 et celui de 2014 ?

Impossible de comparer. La mondialisation du foot est telle aujourd’hui que les systèmes de jeu finissent par s’annuler. Même les Allemands sont en train d’imiter la possession de balle des Espagnols.  Tous les joueurs se connaissent et évoluent ensemble dans les mêmes clubs tout en portant un maillot national différent. Ce qu’il y a d’intéressant, en revanche, et contrairement à ce que disait Dany Cohn-Bendit, il y a vingt ans, c’est que nous assistons à un retour du national, de l’identité, contre le saupoudrage et la mondialisation des clubs. C’est fou, cette ferveur !  La Coupe du monde renvoie les supporters vers des comportements identitaires qu’on avait oubliés.

Alors vous auriez préféré assister à un quart de finale France-Algérie ?

Putain, un France- Algérie, en quart, sur écran géant, à La-Trinité-sur-mer, voilà qui aurait eu de la gueule…. Les champions du monde du repli ont été grotesques après la victoire de l’Algérie contre la Corée du sud et surtout la qualification. Pathétiques. Quelques voitures ont brûlé, quelques incidents…. Mais l’ensemble était avant tout joyeux, familial, quoi qu’on en dise.

Votre pronostic pour ce soir ?

Victoire de la France 2 buts à 1.

*Photo : AP/SIPA. AP21591780_000001.

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Jérôme Leroy
Écrivain et rédacteur en chef culture de Causeur. Derniers livres parus: Nager vers la Norvège (Table Ronde, 2019), La Petite Gauloise (Folio Policier, 2019)
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