Fool Moon
Il y a 30 ans mourait Keith Moon, batteur des Who et parrain du punk
Publié le 20 novembre 2008 à 17:05 dans Culture
Mots-clés : Musique
Toute ma vie j’ai rêvé d’être un chanteur de rock. Jamais un batteur. Le batteur, s’il n’est que batteur, reste à mes oreilles le plus interchangeable des membres d’un groupe1. La seule personne irremplaçable en matière de musique, c’est évidemment le compositeur, et éventuellement le parolier – qu’il s’agisse de rock ou de baroque, de Monteverdi ou de Ron Maël2.
Mais voilà, Keith Moon était tout sauf rien qu’un batteur. S’il frappait sur ses peaux comme un sourd, c’est sans doute qu’il aurait pu continuer même sourd comme un Beethoven – voire aussi muet et aveugle, comme le Pinball wizard 3. C’est même pour ça qu’il était non pas l’âme des Who, mais son double extraverti.
L’âme bien sûr c’est Pete Townshend, auteur-compositeur-interprète du groupe qu’il a – et qui l’a – élevé au-dessus de lui-même. Pas de Who sans Pete, ses grands bras à moulinets, ses ailes d’albatros et son univers de Peter Pan.
Mais il avait besoin de Keith Moon comme sparring-partner, tant leurs fêlures étaient complémentaires. Tel n’était pas le cas avec le chanteur Daltrey (le blond péroxydé aux-tablettes-de-chocolat), ni même avec le bassiste John Entwistle (mort-vivant bien avant son décès, et visiblement heureux de l’être).
Est-ce par hasard, comme disait l’autre, si le dernier album des Who dignes de ce nom (Who are you, 1978) fut aussi le dernier auquel Keith ait participé ?
En vérité, le Fool Moon, “parrain du punk” selon Alice Cooper, n’aurait jamais pu être le leader de quoi que ce soit. Il fuyait assez raisonnablement les responsabilités, conscient de ne pouvoir en assumer aucune (surtout sur le long terme).
Townshend lui-même avait dès l’origine laissé la vedette à Daltrey pour des raisons, disons, “complexes”. Plus précisément, un double complexe d’infériorité externe et de supériorité interne, du genre plutôt dur à gérer : en haut de l’échelle, mais légèrement à côté…
Ensemble, ces deux mecs génialement bancals faisaient tenir debout les Who et leur légende. En perdant son pote, Pete n’a sans doute pas perdu son talent ; mais peut-être sa “volonté de vouloir” comme disait Jankélévitch – qui n’a pas dit que des conneries.
Récemment, la chaîne Discovery a consacré à Keith Moon un bon doc, où l’on comprenait l’essentiel du personnage à travers “ses dernières heures”. Sa mort prématurée (32 ans seulement, plus fort que le président Jésus4 !) était inscrite dans sa vie : ce mec refusait de grandir.
A l’âge de la “comédie sociale” et de la “tragédie sexuelle5“, ses distractions favorites étaient restées celles d’un potache fêlé : exiger un waterbed géant dans sa chambre d’hôtel, pour le crever aussitôt à coups de couteau ; foncer dans une piscine au volant de sa Rolls6 ; goûter un somnifère pour chevaux juste avant de monter sur scène, quitte à en tomber K.O. au beau milieu d’un solo…
Mais c’est aussi ça, c’est surtout ça, l’esprit rock ! “When I see the price that you pay / I don’t want to grow up”, chantaient les Ramones, avant de le prouver en mourant l’un après l’autre sans être jamais passés par la case “adulte”.
A cet égard, un regret : le documentaire ne donne pas la parole aux deux survivants des Who. Ont-ils refusé, et pourquoi ? L’histoire ne le dit pas. A défaut, c’est la dernière petite amie de Keith, Annette Walter Wax (par ailleurs bien conservée) qui parle le mieux de lui.
Elle raconte comment il se détruisait consciencieusement en mélangeant drogues, alcools et… médicaments de sevrage anti-alcoolique7.
Elle raconte même pourquoi : sa grande crainte, c’est que “s’il avait été sobre, ses amis l’auraient trouvé ennuyeux”.
Et puis il y avait son « péché originel » à lui, qu’il ne se pardonnait toujours pas malgré les années, la police, la justice et une psychothérapie carabinée : “Il se sentait coupable de la mort d’un ami qu’il avait écrasé par erreur en fuyant une bagarre avec des skinheads.”
Bref, résume le doc, s’il n’aimait que “faire la fête”, c’est que “personne n’a jamais pu le convaincre que tout allait bien”.
Après, bien sûr, il y a ses médecins qui nous révèlent avoir décelé chez lui “de graves troubles de l’attention avec hyperactivité”. Tu m’étonnes ! Ce mec-là ne pouvait survivre qu’en s’étourdissant en permanence par tous les moyens, même létaux.
“Voilà pourquoi votre fille est muette” – et notre batteur mort. Mais au-delà de Molière et de ses Diafoirus, je tiens que Keith Moon souffrait d’un malaise ontologique qui, finalement, se résume assez bien dans l’expression “What the fuck ?”
On est loin ici des pseudo-révolutions à la Clash ou à la con. Je diagnostiquerais plus volontiers chez Moon une “rebel attitude” foncièrement personnelle, donc rétive à tout embrigadement. N’était-ce pas d’ailleurs la marque de fabrique des Who ?
Comme me le révélait récemment l’ami Marc Cohen, pour mon plus grand bonheur, le très conservateur magazine américain National Review a eu l’amusante idée d’établir le Top 50 des chansons les plus réacs de l’histoire du rock. Numéro 1, devinez quoi ? Won’t get fooled again8. En gros, “on ne se fera plus niquer”. Tout un programme !
- Pardon aux lecteurs-batteurs. ↩
- Auteur-compositeur de Sparks, le meilleur groupe du monde since 1972 (maison sérieuse) ↩
- Héros de l’opéra rock Tommy, pour les incultes. ↩
- Mutatis mutandis. ↩
- Comme René Girard définit joliment l’âge adulte. ↩
- En fait une Lincoln, selon d’autres sources. ↩
- Ainsi a-t-on retrouvé dans son organisme, entre autres, 32 pilules d’Héminévrine (un genre d’Espéral du XXe siècle, pour les amateurs). ↩
- La meilleure chanson du meilleur album du meilleur groupe de rock du meilleur XXe siècle. ↩
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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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Antoninus Lucretius dit
..Et le BASSISTE d’Oasis…
Pas le batteur.
C’est parce que je suis dans le coma aussi..
Antoninus Lucretius dit
Moon.. Ce n’était pas un batteur c’était un percussionniste. Et un percussionniste génial.
Tenez, ecoutez, bande de…. Jeunes…
Ca s’appelle “The Ox”. C’est sur le premier album des Who, que j’ai l’honneur de posséder –en vinyle– et allez vous faire voir, il est pas à vendre. Talalèreu!
Et effectivement, Basile mon pote, c’était pas la Rolls. La Rolls c’était dans la pièce d’eau chez lui. Après qu’il l’ait peinte en mauve, au pinceau…
La Lincoln c’était dans une piscine chez des amis, et il se trouve que la Lincoln était juste assez étroite pour entrer dans la piscine, ce qui fait que Keith a eu un peu de mal à sortir vu qu’il pouvait à peine ouvrir les portes. Et l’on s’amuse, et l’on rigole pendant que Keith est en train de se noyer….
http://www.dailymotion.com/relevance/search/borntodrum/video/x13eis_borntodrum_music
@Samdji: Van Halen?! Van Halen??!! t’va voir ta gueule à la récré..
Le seul cover des Who à peu près décent que je connaisse c’est My Generation par Oasis. Et le batteur d’Oasis a eu la prudence de ne pas essayer de refaire de solo de basse d’Entwistle. Comme ça il s’est pas planté..
Et puis évidemment personne ne parle de Ginger Baker, l’autre génie de la batterie, toujours vivant malgré les hectolitres de vodka et les kilos de hasch qu’il s’est enfilés.
L’un doit neutraliser l’autre, probablement. Faudra que j’essaie. J’en parlerai à mon médecin dès qu’il sort du coma.
Basile mon pote, une chose est sure. Se marrer autant qu’on s’est marrés quand nous étions jeunes et pas encore cons, ça ne se reproduira pas de sitôt..
Samdji dit
Cher Basile,
Si vous aimez tant Won’t get fooled again, je vous invite a réécouter la version live de Van Halen, qui est je pense supérieure a la version original. j’invite aussi les causeurs a donner leur avis!
http://www.deezer.com/track/82749
Grégoire dit
Au sujet d’Entwistle le “mort-vivant” ; c’était lui qui chantait le plus juste en concert (souvent en voix de fausset), certaines performances de Daltrey n’étant pas toujours rassurantes.
Pour la fin de Keith Moon, il n’y a qu’à regarder la vidéo des sessions de “Who are You ?”; il est pratiquement obèse, vieilli, et bien que son toucher semble intact, il fait peine à voir.
popi soudure dit
…….. WE WANT A FOOL AGAIN ……… !
Mao meeeh dit
http://www.youtube.com/watch?v=_PVlMTCG-BI
sans commentaire.
SK dit
@Basile: Ah vraiment ? Le Velvet sans le parti pris de Tucker ce n’est plus le Velvet, ce n’est pas moi qui le dit , c’est Lou Reed. Pour Don Caballero, c’est une évidence , Damon Che, c’est Don Caballero, d’ailleurs c’est le seul qui reste de la formation initiale.
H+ dit
C’était une des rares batteurs entre les mains et les pieds desquels la batterie devient un vrai instrument (un peu comme Stewart Copeland).
Et puis TOMMY c’est quelque chose quand même !
Nebo dit
Il a également influencé un grand batteur… et pas des moindres…
http://www.progarchives.com/forum/uploads/12519/muppet_animal.jpg
batachez dit
Je trouve trés sympathique que Keith Richard fasse la nécro de Keith Moon.
Entre Keith il faut bien s’entraider;
bennasar dit
john entwistle était un bassiste introverti et classieux , il jouait avec un détachement et un flegme très british ,très loin des débordements des trois autres. je parierais que c’est lui qui emballait le plus.
basile dit
sk
les trois exemples sus-cités confirment mon opinion
SK dit
Starr, Ringo Starr pardon.
SK dit
“Le batteur, s’il n’est que batteur, reste à mes oreilles le plus interchangeable des membres d’un groupe” : c’est faux, bien sûr. Que l’on songe à Star pour les Beatles, Moe Tucker pour le Velvet ou Damon Che pour Don Caballero, leurs empreintes, c’est le style.
basile dit
fred
essaye donc “Me First and the Gimme Gimmes” !
fred dit
Heu , non désolé mais les who , m’emmerde , je les trouve dyshamonique au possible et sans aucune créativité . Maintenant , si y en a que ça fait trippé , tant mieux , mais moi , c’est pas du tout ma came
Mistercham dit
Wooaa quel papier ! Voilà qui me redonne la pêche et l’envie de me goinfrer le best of des Who ! Yeaaaaaaaaaaaaah !
Eureka dit
Et Baba O’Riley. Un must.
Boissezon dit
Ah, le “live at Leeds”…
Il sorpasso dit
“The change, it had to come
We knew it all along
We were liberated from the foe, that’s all
And the world looks just the same”
toujours un clin d’œil à l’actualité chez Basile