Florence Aubenas cherche sponsors
Publié le 13 avril 2010 à 6:00 dans Brèves
Après le succès de son ouvrage Le quai d’Ouistreham, qui raconte sa plongée dans le monde des travailleurs pauvres et précaires, la journaliste du Nouvel Obs récidive avec un nouveau livre qui devrait s’intituler Le quai de Béthune. Non, elle ne va pas s’immerger pendant six mois dans la vie des corons en se faisant passer pour une veuve de mineur silicosé, mais elle cherche un pied à terre d’une surface minimum de 350 m2 sur cette artère de l’Ile Saint-Louis, à Paris. Afin de passer inaperçue dans le monde implacable des riches de chez riches, il lui faut faire montre de tous les attributs de cette classe sociale mal comprise et donc mal aimée des autres Français. Elle aurait déjà obtenu une table ouverte au Fouquet’s gracieusement offerte par Dominique Desseigne et l’usage ad libitum de sa villa de Tanger par BHL. Reste à trouver une Bentley avec chauffeur, un jet privé au Bourget, et une tenue de camouflage griffée Yves Saint-Laurent ou Gucci, ainsi que le financement de la psychothérapie indispensable à l’issue d’une expérience aussi traumatisante. Les offres de sponsorisation de la municipalité ardéchoise d’Aubenas ont été poliment, mais fermement rejetées, en revanche celles de la ville de Florence devraient être considérées avec bienveillance.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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Procope dit
Ils sont amusants sur le serveur de causeur, lorsque l’on passe un texte qui utilise la quasi-totalité des signes disponobles, ils ne réussissent pas à digérer et ça ne passe pas, ça reste ” en attente de modération “.
Ils doivent avoir cocher une case ” quand c’est long, c’est suspect “.
Je ne vais pas recommencer à passer morceau par morceau comme Antoninus Lucretius !
Procope dit
( suite du commentaire en attente de modération )
On a même des SDF amateurs et on y comprend rien car aller-peuple avec derrière soi un compte bancaire qui vous attend, ça fait un sacré biais.
PS : on ne comprend pas grand chose à cette conclusion si on n’a pas lu ce qui est en attente.
Odilon dit
@Joëlle
On peut ne pas être d’accord avec cette façon de procéder. Pour ma part, j’aurais tendance à ne pas considérer ce genre de littérature comme du journalisme, mais plutôt comme une forme de récit de voyage. Enquêter sur un milieu, écrire une oeuvre d’imagination sur un milieu, ou vivre dans un milieu et en témoigner, ce sont trois choses assez différentes. Mais les trois ont leurs qualités.
Joëlle dit
Le problème c’est que je ne suis pas persuadée que ce soit sincère, qu’elle ait été réellement exemptée de tout ça. Les problèmes sociaux n’ont pas dû complètement lui échapper. La “misère humaine”, en partie indépendante de la classe sociale, n’a pas dû l’épargner. Ce que j’appelle la “misère humaine” : la solitude, les difficultés conjugales, les problèmes relationnels, etc..
Zola, avec sa puissance créatrice et sa documentation impressionnante, sa capacité d’analyse, son style, peut se permettre, lui, de parler des mineurs. F. Aubenas a organisé son “infiltration” sur une courte période de 6 mois, elle le dit dans l’introduction. Finalement, j’aurais préféré qu’elle s’en tienne à une enquête journalistique classique.
Odilon dit
@Joëlle
Et vous en déduisez “c’est que c’est con, un bouquin”?
Trève de plaisanterie, je vous remercie pour votre critique. Ceci dit, Florence Aubenas a sans doute été “jusque-là exemptée de tout ça”, mais je ne vois pas en quoi c’est un problème. Zola n’a jamais été mineur non plus.
Joëlle dit
@ Odilon,
Je viens de lire les 60 premières pages du livre, je vous donne rapidement l’impression que j’ai d’ores et déjà, avant que les commentaires soient fermés.
F. Aubenas écrit simple, direct, avec juste ce qu’il faut de détails descriptifs. Elle met en scène une successsion de personnes qu’elle rencontre dans des situations de recherche d’emploi, comme si chacune lui laissait entrevoir un monde et une vie qu’elle n’aurait jamais soupçonnés auparavant. Elle décrit en quelque sorte une certaine “misère” sociale, mais aussi une misère humaine, comme si elle-même avait été jusque-là exemptée de tout ça, et c’est là que le bât blesse, à mon avis. Cela sent l’artifice, la posture avantageuse (même s’il ne faut rien exagérer non plus).
Si certains ont trouvé du réconfort à la lecture du livre, je respecte leur sentiment. Pour moi, je trouve une explication à la p. 40 : ” c’est que c’est con, un rouquin “, ainsi que dit l’un des chômeurs.
Etienne dit
Reprocher à un auteur sérieux d’avoir écrit un livre sur ce thème n’a ni queue ni tête! D’accord avec Odilon, ce livre peut être utile, et il est en tout cas légitime!
Bonne journée à tous les causeurs.
xly dit
@Patrick Mandon
“American Vertigo” relève typiquement de l’enquête, journalistique, bien menée et remarquablement écrite, mais BHL ne pénètre pas “masqué” dans la société américaine, car chacun de ses entretiens est soigneusement préparé par ses correspondants. Ceci dit son survol de la socièté américaine, en si peu de temps , à basse ou à haute alitude reste une prouesse, et notamment sa rencontre avec Obama, inconnu en Europe en 2005, dont il prédit une brillante carrière.
La lecture de “La Méprise d’Outreau” de la dite F. Aubenas m’avait déjà fortement impressionné par le sérieux de son enquête, l’efficacité de son style et la précision de la description des personnages. Elle est restée plusieurs semaines sur place et elle s’est tapée la lecture de tout l’énorme dossier judiciaire. Quel autre journaliste l’a fait ? C’est encore aujourd’hui, le livre de référence sur cette scandaleuse affaire. F. Aubenas était une grande journaliste, Avec “Ouistreham” elle s’est affirmée comme un auteur.
xly dit
@Beret Vert
“C’est un livre pour les gens qui ne croisent jamais de pauvres, genre “les pauvres pour les nuls”.
F. Aubenas a été en quelque sorte débordée par son sujet. Partie pour Caen pour voir comment on pouvait trouver du travail par temps de crise, elle s’est vite retrouvée, bien malgré elle, “dans le fond du panier”, à faire les pires travaux pénibles.
Il reste de son intention initiale la description remarquablement écrite et forte de l’univers kafkaien du Pole Emploi…
On peut supposer par ailleurs que la pauvreté a fait l’objet d’une kyrielle de thèses de sociologie.Chacun son métier.
Béret vert dit
C’est un livre pour les gens qui ne croisent jamais de pauvres, genre “les pauvres pour les nuls”.
Black Jack dit
Luc Rosenzweig nous vous avons connu plus drôle !! Florence Aubenas a eu au moins le mérite de faire de l investigation ce qui est aujourd hui très rare pour un journaliste. Vous pourriez au moins reconnaitre cela, d accord ou pas avec son livre mais elle a eu au moins le mérite de s immerger. Beaucoup trop de journalistes se contentent aujourd hui de s immerger dans Internet pour y faire leurs papiers ou prennent la position dite de l’éditorialiste en mettant en avant leurs avis avant les faits.
Patrick Mandon dit
xly : «C’est un OLNI (objet littéraire non identifiè) remarquablement bien écrit qui s’apparente au “romanquête” des auteurs américains.».
Très juste ! C’est exactement ce qu’a entrepris et raté BHL en Amérique. Florence Aubenas s’est immergée, s’est rendue méconnaissable et a vécu les conditions matérielles et morales des personnes qu’elle a étudiées. On peut voir en elle une sorte de Marie-Chantal chez les précaires, ce n’est pas mon avis ; elle a accompli un vrai travail d’observation et, venant sans préjugé, elle a progressivement mis au jour une réalité qu’elle n’anticipait pas.
Les articles qu’elle avait consacrés à l’affaire d’Outreau sont les derniers papiers de qualité que j’aie lus dans le journal qui l’employait alors, Libération. Il me semble que son empathie pour les faibles, les victimes n’est pas feinte. En outre, elle n’a pas profité de l’engouement pour sa personne que son enlèvement et sa libération avaient provoqué, au contraire, elle s’est absentée pendant plus d’un an afin de se consacrer à cette «descente aux enfers» moderne.
La suggestion que Luc adresse à Florence Aubenas, c’est plutôt à BHL qu’il devrait la signifier : nous guider dans les multiples affres que connaît la «germanopratinie» permettrait sans doute (et enfin !) au néo-botulien de produire un bon livre…