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Flandre et Palestine : même combat !

Comment naissent les Etats-nations au XXIe siècle

Publié le 02 février 2011 à 7:32 dans Monde

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Je le concède bien volontiers : il est quelque peu téméraire de mélanger dans une même marmite le houmous palestinien et la carbonade flamande pour mitonner une soupe analytique pouvant se révéler gravement indigeste. Pourtant, en considérant l’évolution, ces derniers mois, de la “question belge” et du processus de paix israélo-palestinien il est tentant d’établir un parallèle entre deux les deux situations.

Première similitude : dans les deux cas, on constate un blocage des discussions entre les parties concernées. En Belgique, on en est à plus de deux cents jours de palabres entre Flamands et Francophones pour constituer un gouvernement fédéral. Le dernier “conciliateur” nommé par le roi, le socialiste flamand Johan Van de Lanotte vient de jeter l’éponge, sa mission se heurtant aux exigences de plus en plus exorbitantes des indépendantistes de Flandre. Interrompues depuis l’opération “Plomb durci” à Gaza, les négociations directes entre Israéliens et Palestiniens n’ont pas repris, en dépit des efforts de Washington et du Quartet (ONU, Russie, UE, Etats-Unis).

Deuxième similitude : ce blocage apparent n’empêche pas l’évolution de la situation sur le terrain et dans les esprits. En Belgique, l’homme fort de la Flandre, le nationaliste Bart De Wever s’est servi des négociations post-électorales pour pratiquer auprès de ses concitoyens, la pédagogie par le fait : en mettant toujours plus haut la barre des revendications flamandes, il acculait les Francophones à dire “non” à des exigences qui, en fait, signaient l’arrêt de mort de la Belgique fédérale. Comme il n’y a plus rien à négocier, le “plan B”, c’est-à-dire la mise en marche d’un processus de scission du royaume va s’imposer de lui-même…

En Israël-Palestine, l’impasse diplomatique n’empêche pas Mahmoud Abbas et Salem Fayyad de construire une structure étatique pierre par pierre, avec l’aide financière de l’Europe et l’encouragement, tacite mais bien réel, du gouvernement israélien. Ce qu’ont révélé les fameux “Palestine papers” au grand-public – c’était déjà bien connu des spécialistes – ce sont les liens d’intimité qui existent entre les négociateurs, et cela quel que soit le parti israélien au pouvoir. Saëb Erekat, chef des négociateurs palestiniens et l’ancien conseiller diplomatique d’Ariel Sharon Dov Weisglass ne fréquentent pas seulement le même tailleur londonien, ils ont en commun quelques convictions qu’il leur est difficile de faire passer brut de décoffrage auprès de leurs mandants. Saëb Erekat, par exemple est un supporter acharné de la “coopération sécuritaire” entre Israël et l’Autorité palestinienne, qui a permis, sans être trop regardant sur les méthodes1, de démanteler l’organisation du Hamas en Cisjordanie. Et même plus que cela : au vu de ce qui se passe au Liban, ce même Erekat ne serait pas opposé à ce que la sécurité du futur Etat palestinien soit, d’une manière ou d’une autre, garantie par Israël, car le “frère” syrien a de grandes dents… Ni Erekat, ni Weisglass (ou ses successeurs au bureau de Netanyahou) ne sont dupes de la propagande déversée de par le monde par leur propre camp. Lorsqu’un sondage effectué par une institution indépendante (c’est à dire ni israélienne, ni palestinienne) auprès de la population arabe de Jérusalem-Est révèle que, dans le cas de la proclamation d’un Etat palestinien, 39% des personnes interrogées souhaiteraient rester sous administration israélienne, 30 % sous administration palestinienne, tandis que 30 % refusent de répondre, les choses deviennent plus compliquées…

Ce que souhaitent in petto les dirigeants palestiniens, c’est que leur futur Etat reste arrimé à l’économie israélienne, ce qui leur garantirait le maintien d’un niveau de vie de la population propre à leur éviter les mésaventures récentes de Ben Ali et Moubarak… Peu importent alors les dogmes frontaliers, hiérosolymitains, du droit au retour des réfugiés. Peu importe, pour les “réalistes” de la droite israélienne, le sort des implantations messianiques au cœur de la Judée et de la Samarie. Nous sommes d’accord sur presque tout, parce que nos intérêts convergent, mais nous sommes paralysés par un corset langagier – droit imprescriptible, capitale éternelle unifiée, et autres mantras indéfiniment ressassés : tel est le dilemme auquel sont confrontés Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou ainsi que leurs négociateurs officiels et officieux.

Dans le cas belge comme dans celui du conflit israélo-palestinien tout le problème est de sortir du paradigme qui place la « communauté internationale » dans la position du juge suprême en matière de création d’Etats nouveaux. Le modèle “Congrès de Vienne”, modifié “Traité de Versailles” et “accords de Potsdam” est encore dominant dans le fonctionnement de la diplomatie internationale. Ce modèle a encore été appliqué dans le démembrement étatique de l’ex-Yougoslavie. Dans ce contexte, nul Etat n’a le droit de naître hors du cadre fixé par les compromis entre les grandes puissances. La volonté rigide affichée par ces dernières à faire appliquer le “droit international” dans la résolution du contentieux territorial entre Israël et les Palestiniens est aujourd’hui le principal blocage à la réussite de la formule “deux Etats pour deux peuples”.

Les Flamands ont été prévenus à maintes reprises que l’Union européenne n’est pas du tout, mais alors pas du tout, favorable à la scission de la Belgique. On brandit même la menace d’un départ de Bruxelles des institutions de l’UE. L’éclatement de la Belgique mettrait trop cruellement en lumière l’échec du projet européiste d’emmener le Vieux continent dans les verts pâturages de l’ère post-nationale…

Alors que reste-t-il à ces peuples qui veulent entrer dans le club des Etats-nations en dépit des obstacles mis sur leur chemin par les cadors de la “communauté internationale” ? Quand on n’est pas le plus fort, il faut être le plus malin, et faire en sorte que, petit à petit, la situation sur le terrain évolue de telle manière qu’il n’y ait plus d’autre solution que de s’en accommoder.

  1. le général américain Keith Dayton, chargé de la coordination sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne ne tarit pas d’éloge sur l’efficacité des services de sécurité palestiniens en charge de la lutte contre le terrorisme, à ce bémol près que leur usage immodéré de la torture suscite l’énervement de quelques ONG…
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  • 7 February 2011 à 10h54

    Ulcéré dit

    Lenaïf

    Il me semblait, pourtant, que les deux problémes étaient diamétralement opposés.
    Israêl veut créer un état entiérement juif (sans chrétiens ni musulmans). Les palestiniens s’y opposent et veulent un état multiconfessionel comme il en existe tant dans le monde.
    Mais peut-êre que je me trompe. Et merci pour les éclairés qui voudraient bien m’éclairer.

  • 6 February 2011 à 16h44

    didier dit

    Aux rattachistes francais, il faut tout de meme rappeler qu’en depit de la popularite de Bart de Wever ( politicien tres charismatique et tres malin), 85 pour cents des Flamands ne veulent pas l’independance. Ils votent pour leur parti afin que celui-ci tire le maximum d’avantages pour la Flandre au sein de la Belgique federale, qui aurait a terme vocation a devenir une sorte de Suisse a deux cantons.
    Il est frappant de constater a quel point Wallons et Flamands se meconnaissent et ne se frequentent pas, les premiers ne parlant quasiment jamais la langue des seconds, mais je ne vois pas la Belgique se scinder en deux dans un avenir proche. Surtout qu’il faudrait regler la question de Bruxelles, historiquement flamande mais aujourd’hui surtout francophone.
    Donc on peut prevoir que les Belges continueront a forger des compromis boiteux et a se passer de gouvernements pendant de longues periodes. Ils n’en ont cependant pas l’apanage, l’Europe centrale est farcie de pays a democratie parlementaire qui mettent six mois a trouver un gouvernement, comme la Tchequie par exemple apres les elections de 2006. Ce qui sera interessant, c’est quand la Wallonie se relevera economiquement (pas impossible d’apres des etudes qui la voient depasser la Flandre dans vingt ans) et que le rapport de force s’inversera. Mais on n’y est pas encore.

  • 3 February 2011 à 21h37

    Sophie dit

    @ Phoebus,

    Excellent!

  • 3 February 2011 à 15h35

    lisa dit

    Vincit, regnat…

  • 3 February 2011 à 9h21

    Porc dit

    En latin, Allah ou Akbar se dit : Christus imperat !

  • 3 February 2011 à 9h16

    Porc dit

    En flamand, Allah ou Akbar se dit : fume, c’est du belge !

  • 3 February 2011 à 9h15

    Phoebus dit

    @ Sophie
    “Et comment dit-on ala hou hakbar en flamand, d’ailleurs?”

    Il me semble que ça se traduit par : : Alles voor Vlaanderen, Vlaanderen voor Kristus. Non ?

  • 3 February 2011 à 9h14

    Samuel Lampaert dit

    En accord avec le directeur de production (Marc-Olivier Picron), le tournage de BBK se fera fin avril. Votre soutien est très important pour moi, faites un petit geste pour soutenir ce chouette projet via Ulule : http://fr.ulule.com/bbk-brussels-beyrouth-kigali/

    Un grand merci, je vous tiendrai au courant des évolutions.

  • 3 February 2011 à 8h33

    Bibi dit

    Aha! Meunniez-Tudor en absence diplomatique , ça promet.

  • 3 February 2011 à 8h25

    Bibi dit

    @Sophie (ma tête de belge occasionnelle et néanmoins favorite ;-) ),

    Pourquoi devrais-je aller à une manif palestinienne?

    Par solidarité anti-Hamas ou pro-Moubarak?

    Et comment dit-on ala hou hakbar en flamand, d’ailleurs?

    Wallonia ist akbarbaria.

  • 3 February 2011 à 0h02

    Sophie dit

    Excusez-moi Bibi, mais je n’ai strictement rien capté à votre 23:12?!

    Pourquoi devrais-je aller à une manif palestinienne?

    Et comment dit-on ala hou hakbar en flamand, d’ailleurs?

  • 2 February 2011 à 23h45

    Meunniez-Tudor dit

    @ Bibi
    Nan, Bibi, je me dégonfle ;-)
    D’ailleurs, je dois partir demain matin et il faut que je me prépare. Je vous souhaite à tous de bons coups de geule ;-)
    A dimanche-lundi.
    Bonne nuit, toulmon.

  • 2 February 2011 à 23h25

    Bibi dit

    @Ze King,

    Au moins là, pas plus de 2×1350 signes.
    A moins que vous donniez dans la version Philistine pour les Flamands. :-D

  • 2 February 2011 à 23h16

    Bibi dit

    @Meunniez-Tudor,

    Vous renoncez à mission toute-patriotique?!?
    Pas si vite!

    La nation flamande et la grande nation palestinienne exigent votre historiographie engagée!

  • 2 February 2011 à 23h13

    Saul dit

    Expat,
    thanks a lot ;-) j’ai reçu les mails de MT
    et Impat a raison, quoique je pousserais à une cinquantaine de pages histoire d’être sur

    Bibi,
    “retracer l’Histoire – depuis les origines et jusque’à nos jours – des nations suivantes: wallonne, flamande, et palestinienne. ”
    ouah ehh…ça va être trop facile pour MT en ce qui concerne la dernière.. :-D
    parce que bon même pas 60 ans (soyons large comptons depuis 48, de 48 à 67 c’est l’intro juste histoire d’expliquer le contexte…)

  • 2 February 2011 à 23h12

    Bibi dit

    Chère Sophie,

    J’ai la joie, le plaisir et l’honneur de vous condamner pour votre patente absence de solidarité.
    Peu comprendront votre réticence à joindre la manif organisée par “l’Autorité Palestinienne” en faveur (oui, soutien) de Moubarak aujourd’hui même à Ramalllah.
    http://www.jpost.com/MiddleEast/Article.aspx?id=206421

    Vous compromettez, par ces actes subversifs, le rattachement à la France !
    (Essayez de vous tirer de cette impasse en exprimant votre répulsion vis à vis d’ElBarade, illustre inconnu en Égypte et néanmoins soutenu par les Frères Musulmansi – l’Autorité le traite d’agent CIA alors qu’en fait c’est un collabo des iraniens).

  • 2 February 2011 à 22h30

    expat dit

    @ MT :”Trop d’infos nuit à la communication ;-)”
    On est d’accord. Ouf. Solution. Je ne lis que la quatrième de couve. Soulagée

  • 2 February 2011 à 22h28

    expat dit

    @ Impat : bonne idée sauf que mes fils (un déjà, l’autre bientôt) vivent aux USA. Pas grave – je vais les laisser là jusqu’à je les lis ! (sans culpabilité !)

  • 2 February 2011 à 22h26

    Meunniez-Tudor dit

    Expat
    Une autre recette : ne pas lire. Il est beaucoup plus aisé de parler de livres qu’on a pas lus. Trop d’infos nuit à la communication ;-)