La mode est aux listes. Aux inventaires de méchants, d’infréquentables, de « néo-réacs », voire de « néo-fachos », où se font épingler tout ce que la France compte de penseurs ou de pamphlétaires hors des clous (Zemmour, Finkielkraut, Houellebecq, Onfray, etc.). Libé, L’Obs ou Le Monde font leur miel de ces proscrits, du reste fort prescripteurs en librairie et dans les kiosques. De quoi faire paniquer la meute de leurs adversaires. « Ils sont marrants à Libé. Ils se plaignent de trop nous voir et ils n’arrêtent pas de nous mettre en Une » s’amuse Elisabeth Lévy avant de poser la seule question qui vaille : certes, nous sommes partout aux yeux de nos croisés progressistes, mais qui est ce « nous » ratissant si large ? Joker : « Nos accusateurs adorent citer Camus à tout bout de champ – « mal nommer les choses… » –, mais ils ne brillent pas par la précision sémantique quand il s’agit de définir l’axe du mal dont ils déplorent le pouvoir grandissant. »

Mon collègue Pascal Bories a bien essayé de percer à jour la grammaire délatrice qui est celle de la bonne presse adepte de la pensée conforme – et des chasses à l’homme qui vont avec. Des pensées caricaturées, sinon déformées voire recrées de toutes pièces, et une rhétorique qui frôle parfois le complotisme ou la peur obsidionale dans le style années 1930, un comble pour des ennemis autoproclamés de l’extrême droite qui annoncent le retour des heures-les-plus-sombres tous les quatre matins !

Face à cette bronca, Alain Finkielkraut a décidé d’abattre le mur d’indifférence qu’il a coutume d’ériger entre ses calomniateurs et lui-même. Et notre académicien préféré de s’interroger dans nos colonnes : « Comment expliquer cette flambée de haine  ? Par l’amour. Quand on a épousé la cause des opprimés, des démunis, des damnés de la terre, quand on a pris le parti des plus faibles, quand on défend les valeurs d’égalité et de fraternité, on ne rencontre pas d’interlocuteurs ni même d’antagonistes, mais partout et toujours des scélérats. » Toute coïncidence avec la conception stalinienne du pluralisme n’est pas fortuite… Clôturer le débat au nom de la tolérance, soustraire à la controverse démocratique des pans entiers de la politique, vouloir bâillonner certaines voix pour leur bien : on nage en plein cauchemar orwellien.

Aujourd’hui retiré de la politique active, Philippe de Villiers partage ce diagnostic, déplorant les convocations mensuelles d’Eric Zemmour au tribunal comme autant de signaux inquiétants d’un rétrécissement du champ démocratique. Ceci dit, les « Onfray, Zemmour, Finkielkraut sont en périphérie du système politique mais ils sont au centre du débat, et ils attirent une nouvelle jeunesse qui finira par débouler sur le forum », prédit le fondateur du Puy-du-Fou. Les paris sont pris.

Pour ne pas trop vous dépayser, nous vous proposons un mini-dossier autour de Staline et du documentaire qu’ont réalisé Daniel Costelle et Isabelle Clarke. Avec une disputatio historique à la clé : l’Oncle Jo a-t-il sous-développé ou surindustrialisé l’Union soviétique ? Je ne vous dis pas qui pense quoi mais, petit indice, Régis de Castelnau n’est pas de l’avis des deux documentaristes. Pour compléter ce volet culturel, un entretien avec Jean-Marie Apostolidès, biographe non autorisé de Debord, puis la description par le menu des portraits de Vigée Le Brun et des peintures antitotalitaires du roumain Adrian Ghenie vous emmènent dans les musées parisiens en compagnie de Pierre Lamalattie. Suivez le guide !

Antiraciste tu perds ton sang-froid !
Antiraciste tu perds ton sang-froid !

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Daoud Boughezala
est directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef de Causeur.
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