Causeur n°56 : la fracture sociétale, ça va faire mal ! | Causeur

Causeur n°56 : la fracture sociétale, ça va faire mal !

Le numéro de février vient de sortir

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 11 février 2013 / Médias Société

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Tandis qu’UMP et PS s’écharpent à l’Assemblée autour du « mariage pour tous » en s’envoyant noms d’oiseaux et triangles colorés, toutes ces histoires de bagues au doigt, de PMA, de GPA et d’identité sexuelle à la carte nous ont inspiré une saillie toute chiraquienne. Y a-t-il dans ce pays une fracture sociétale ? Deux France s’affrontent bel et bien, nous dit notre rédactrice en chef Elisabeth Lévy, « non pas celle du mouvement et celle du changement, mais celle qui croit que le changement est désirable en soi (…) et celle qui demande à choisir ». France d’avant et France en mouvement « se ressemblent plus que ce qu’elles croient » et  rejouent le même match Moderne contre Moderne (Muray ©) en usant du même babillage : « papa et maman » areuh areuh !

Le hasard fait si bien les choses que chacune des deux icônes de ces deux France ont accepté de témoigner dans Causeur. Ainsi, la ministre du droit des femmes, porte-parole du gouvernement et fervente partisane du mariage pour tous Najat Vallaud-Belkacem a courageusement répondu aux questions sans concessions d’Elisabeth Lévy. « La parenté biologique existe, mais c’est une erreur de surinvestir cette dimension » car « ce qui fait filiation, c’est le parent social » explique-t-elle, non sans citer les modèles de familles recomposées, pour défendre et illustrer la loi Taubira. Le mariage pour tous n’enlève aucun droit à personne, conclut-elle, inutile de paniquer !

La pétulante Frigide Barjot n’est pas de cet avis. Pour notre catho branchée, le mariage pour tous est l’application pure et simple de la théorie du genre au mariage, qui prive les enfants de père et de mère. Et Barjot de se défendre d’incarner l’aile catho de la droite ; elle en veut pour preuves les renforts inattendus du couple Jospin, d’un député marxiste antillais et compte bien gagner les classes populaires à sa cause.

Ni pro ni anti mariage gay, la France populaire s’en contrefiche, nous indique cependant le géographe social Christophe Guilluy. Quoi qu’en disent les ténors du PS, l’électorat de Hollande n’a pas « voté pour ça », comme dirait Audrey Pulvar. Surtout pas la frange antillaise et musulmane qui vota à gauche contre le « raciste » Sarkozy au printemps sans partager l’imaginaire sociétal de l’actuel gouvernement.  Si fracture il y a, Guilluy la trace entre les gagnants de la mondialisation et les petites gens demandeurs de frontières économiques, culturelles et identitaires.

C’est que le sociétalisme est la chose actuellement la mieux partagée, droite et gauche confondues, pain au chocolat contre vote et mariage à tous les étages, ainsi que je le démontre aux côtés de Jérôme Leroy. Chacun dans leur veine, Jacques de Guillebon et Romaric Sangars s’affligent de la propension contemporaine à l’ubris démocratique, où l’égalité confine à l’indifférenciation, la technique s’allie à la marchandise pour accoucher d’une morale qui « repose uniquement sur une préoccupation de décuplement de la jouissance dont elle fait croire qu’elle n’a pas de négatif » dixit JG. Même les abstinents revendiqués du mouvement asexuel réclament leur affiliation au courant LGBT, on croit rêver ! Notre invitée du mois Marie-Noëlle Tranchant s’insurge d’un tel confusionnisme à fondement artificiel : faut-il « inscrire dans nos lois que seuls les produits humains finis, dûment labellisés « culture et société » ont droit de cité » ? Avec sa critique du livre-pamphlet contre le droit des vote des étrangers que publie Cyril Bennasar aux éditions Mordicus, Jérôme Leroy nous prouve enfin que le sociétal n’est pas qu’une affaire de braguettes. Ouf, on respire !

Mais l’événement de ce nouveau numéro de Causeur, c’est l’inauguration en grande pompe du journal mensuel d’Alain Finkielkraut, « L’esprit de l’escalier », tiré de ses échanges dominicaux avec Elisabeth Lévy sur les ondes de RCJ. À travers trois thématiques – le mariage pour tous et son rapport à la culture, la guerre au Mali et le dernier Tarantino – l’auteur de L’Ingratitude bouscule l’actualité avec intelligence et acuité. Tout aussi réactive, Elisabeth Lévy nous gratifie d’un éditorial remonté contre les indécrottables optimistes qui croyaient assister à un 1789 tunisien et déchantent une fois l’hiver islamiste venu. Moralité : mieux vaut « avoir raison avec Finkielkraut que tort avec Daniel Lindenberg » !

Ce disant, bifurquons vers l’Algérie voisine où Slimane Zeghidour nous explique les tenants et les aboutissants de la question touareg, puis mettons le cap vers l’Est, où Gil Mihaely nous décrit les quatre tribus politiques que révèle la récente élection législative israélienne, avant que Luc Rosenzweig nous donne les clés de l’affaire Mohamed Al Dura, du nom du petit palestinien que France 2 prétend avoir filmé trépassant sous les balles israéliennes pendant la seconde Intifada.

Autre nouveauté de ce numéro décidément très riche, l’excellent Michel Holtz signe une entrée fracassante dans Causeur en analysant la crise du secteur automobile, laquelle suit les aléas de « la » crise tout court, les chamboulements géopolitiques et les besoins du marché de la pollution.

Nous soignons si bien nos invités qu’ils reprennent régulièrement du service dans nos colonnes. Mathieu Laine, que j’avais eu l’honneur d’interroger le mois dernier, revient dans nos pages cultures s’enthousiasmer de la démonstration d’Armand Laferrère, qui trouve l’origine du libéralisme moderne… dans la Bible. Moins optimiste, l’écrivain-éditeur Olivier Bardolle répond aux interpellations de son lecteur Jérôme Leroy, ravi de le voir mêler références situationnistes et réactionnaires dans L’agonie des grands mâles blancs « À un certain niveau d’effondrement, l’insurrection devient inévitable » se justifie Bardolle, avec des accents survivalistes.

En passant, grignotez les chroniques habituelles de Roland Jaccard et François Taillandier puis admirez avec Timothée Gérardin les talents d’acteur de Leonardo Di Caprio. Car l’acteur italo-américain n’est « pas que beau » : comprenne qui pourra !

Pour lire ce numéro, vous pouvez comme chaque mois l’acheter sur notre kiosque en ligne pour 6,50 € (port compris)… ou vous abonner (à partir de 12,90 € pour la formule Découverte 3 numéros). Il est déjà accessible en ligne pour les abonnés et devrait être dans leur boîte en milieu de semaine.

   

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 12 Février 2013 à 14h13

      néonéo dit

      Je n’aime pas ces deux gourgandines à l’égo hypertrophié.
      1) La Najat science-pipo dont le “role model”=C.J dans “à la Maison Blanche” (au secours). Cette personne confond culture et confiture, “spin control” et débat de fond. 
      2)La Barjot, entourée de ses codeciviliens à poussette, qui cherche à se refaire une santé médiatique (qu’elle n’a par ailleurs jamais eue) sur le dos des gays. 
      Tout cela est pathétique au plus haut point et ces personnes donnent une mauvaise image des femmes en politique.
      Toutefois, si l’on s’efforce de voir le verre à moitié plein (démarche ô combien salutaire par les temps qui courent), leurs gesticulations imbéciles sont paradoxalement la preuve de l’avancée des droits de la femme dans la société française: deux idiotes incompétentes à la place de deux idiots incompétents (à poste égal, donc), c’est toujours ça de pris!
      Alleluia/הללו יה/Hallelujah! Réjouissons-nous mes frères et soeurs cartésiens! La femme a désormais le droit d’être aussi conne que l’homme dans le brouillard médiatico-gnangnan qui tient lieu aujourd’hui de débat… (soupir)
      Je vous retrouve donc au numéro suivant, en espérant que vous ne traitiez pas du prochain “os à ronger” sociétal que vous auront complaisamment  jeté les puissants. 
                              Ciao.
      P.S: à quand un numéro sur l’influence néfaste des corporatismes sur la liberté de la presse? Levenson Report, anyone?
      Le problème, c’est que les gens veulent à tout prix “être quelqu’un”/exister médiatiquement au lieu d’essayer de faire quelque chose d’utile à la collectivité… Andy Warhol doit bien rigoler dans sa tombe… 
      Vanité des vanités etc… 

    • 11 Février 2013 à 11h56

      agatha dit

      Calembredain, je trouve cet argument récurrent : “une révolution se fait sur plusieurs décennies”, un peu court. On est au XXIème siècle, et avec les moyens de communication de l’époque, avec les exemples extérieurs, avec l’élévation du niveau de conscience des populations, on pourrait espérer que les processus soient écourtés et facilités. Espérons que ce soit le cas.

      • 11 Février 2013 à 11h57

        agatha dit

        Excuses pour la répétition de “espérer”.

      • 11 Février 2013 à 14h42

        Calembredain dit

        En l’occurence, le processus est tout de même bien moins sanglant que celui qu’a connu la France il y a deux siècles. Alors, bien entendu, c’est plus simple de vouloir tout tout de suite, mais ça ne fait pas une analyse. C’est pour cela que je renvoyais au livre d’E. Todd et Y. Courbage, Le rendez-vous des civilisations : ce livre, écrit bien avant lesdites révolutions, éclaire assez bien ce qui c’est passé par la suite, et donne indice de ce qui pourrait se passer ensuite. En réalité, les mouvements d’entrée dans la modernité donnent lieu à des épisodes réactionnaires liés à la perte de repère. Autrement dit, l’extrêmisme salafiste est une réaction à un profond changement dans les sociétés musulmanes, un changement qui tend à une occidentalisation accrue de ces sociétés. Mais la force des islamites ne peut que faire reculer l’inéluctable. E. L. veut croire que c’est une question d’optimisme ou de pessimisme : non, c’est une analyse du long terme et par comparaison qui permet le plus souvent d’établir ce qui se passera par la suite. Qu’on le veuille ou non, la démocratie tunisienne a progressé : et si les élus de cette révolution ne plaisent pas à madame Lévy, cela ne veut pas dire pour autant que cette société n’a pas fait un pas en avant vers la démocratie. Rien n’empêche de constater un progrés sans pour autant le croire abouti.

    • 11 Février 2013 à 11h26

      plplalbe dit

      Ou avez vous vu que le PS et L’UMP s’écharpaient ils joue leur jeu de parti unique c’est tout ; je suis d’accord la France populaire s’en contrefiche c’est une pièce de théâtre bobo des villes bobo des champs

      • 11 Février 2013 à 11h32

        Marie dit

        Elle s’en fiche ? pas si sûr mais elle ne met pas ce sujet en têt de ses préoccupations c’est vrai tant ce projet a été malhonnêtement vendu , médias compris.Serait ce que les Slovène soient moins affectés que nous par la crise pour qu’ils votent contre au référendum sur l’extension des droits des homosexuels?

    • 11 Février 2013 à 11h01

      petrus dit

      A lire tous ces délires d’intellos de drauche ou de goitre, on ne peut qu’approuver le poème de jacques PREVERT les concernant.
      Petrus.

    • 11 Février 2013 à 10h48

      Calembredain dit

      Il n’y a pas que le PS et l’UMP qui sont obsédés par le sociétal : y a Causeur aussi. Que ce soit pour dénoncer ou pour participer, 80% des sujets portent sur le sociétal dans Causeur, et… j’ai envie de dire, 100% des articles d’E.Lévy. Bien entendu : il y a d’un côté les méchants qui pratiquent le terrorisme intellectuel de gauche, et de l’autre, les gentils : ceux qui veulent choisir (parce que les pro eux, ne veulent pas choisir). Bref, encore de l’Edwy Plenel inversé ; je ne cesse de le répéter, mais E.L vaut bien mieux que ça.

      Quant à la Tunisie, ce serait bien un entretien d’E. Todd et Youssef Courbage qui ont fait ensemble y a quelques années un essai très éclairant “Le rendez-vous des civilisations” qui démontre que les peurs d’E.L. sont infondées sur le sujet. Une révolution ne tient jamais en une journée, mais en au moins une ou deux décénnies : la France a achevé sa Révolution sous la IIIème République, c’est dire s’il est un peu tôt pour dire que la Révolution de Jasmin va bien ou mal tourné !

      • 11 Février 2013 à 10h50

        Calembredain dit

        En bref : j’ai envie de me réabonner. On va demander à ma banquière ce qu’elle en pense.

      • 11 Février 2013 à 11h02

        Marie dit

        si c’est Todd qui le dit, nous sommes sauvés.

        • 11 Février 2013 à 11h05

          girafe234 dit

          Vous ne saviez pas, Marie que c’est The Big visionnaire?

      • 12 Février 2013 à 20h50

        solitude dit

        et bien moi je suis heureuse d’entendre, sur  causeur, un autre son  sur ces sujets sociétaux que l’on nous impose . Merci Elisabeth. 

    • 11 Février 2013 à 10h24

      Patrick dit

      Ce nouveau numéro promet !
      Bravo, et vivement qu’il arrive dans nos chaumières.

    • 11 Février 2013 à 10h13

      Marie dit

      NVB a t elle lu ceci?
      http://leplus.nouvelobs.com/contribution/771253-mariage-homo-pma-et-gpa-le-genial-tour-de-passe-passe-de-hollande-et-taubira.html
      L’analyse consistant à désigner la moitié du pays comme un peuple de “bigottes” et d’ “intégristes”, qui ferait face à une autre moitié composée d’”humanistes” et de “progressistes”, est donc stupide. Elle ne sert que ceux qui ont besoin d’ennemis pour exister.

    • 11 Février 2013 à 9h33

      girafe234 dit

      Super bien écrite votre présentation!
      Compliments(et j’en suis très radin).