Fink Fiction
Quand David Abiker rêve de saccager la Starac’ avec Alain Finkielkraut…
Publié le 30 mars 2008 à 21:38 dans Culture
Mots-clés : Alain Finkielkraut, Livres, Nikos Aliagas
Extrait de la nouvelle intitulée Fink Fiction, hommage déjanté au philosophe Alain Finkielkraut, tirée des Contes de la télé ordinaire, paru le 27 mars aux éditions Michalon. David Abiker a déjà publié chez le même éditeur Le Musée de l’homme et Le Mur des lamentations, respectivement consacrés à la féminisation de la société et à la victimisation médiatique. Il tient un blog.
(…) Une fois dans le hall d’entrée, Nikos Aliagas s’est rendu immédiatement. Nous l’avons ficelé sans aucune difficulté et rangé dans un placard à balais. Ses yeux semblaient nous dire merci.Je ne sais pas pourquoi mais dans ce rêve je suis eurosceptique. Et donc je dis à Fink :
– À cause de l’Europe, ce maudit Grec a pris ma place. C’était à moi d’animer le radio crochet, pas à cet étranger, hélas, il a demandé deux fois moins de pognon et ils l’ont pris.
– On va te venger, poulet, a répondu Fink.
L’auteur de Nous autres modernes avait les yeux qui brillaient et moi j’étais très excité. On a commencé la visite en tendant l’oreille. On entendait des “Yeeeeahhhhéhangue” dans les couloirs.
– Ils chantent les cons, j’ai dit.
Dans une pièce qui ressemblait à une cuisine Ikéa, on a reconnu deux candidates qui lisaient Psychologie Magazine tout en faisant des vocalises.Fink a posé cette question :
– Pourquoi font-elle innocemment vibrer les cloisons de leur nez au lieu d’utiliser leur ventre, leurs tripes et leur gorge ?
– Mais parce qu’elles sont en apprentissage, Alain, j’ai cru bon de répondre.
Jessica et Connifer, je crois. Elles poussaient des “Yeaaaaaaahéhangue” qui rappelaient ceux d’Ophélie Winter.
Fink a proposé de les maltraiter immédiatement.
– On s’occupe des garçons d’abord, j’ai dit.
Que restait-il de ces jeunes hommes à grandes dents ? Ils avaient déjà viré les plus dégénérés par SMS. Restaient deux ados avec des pieds immenses et des boîtes de céréales dans les poches.
Cette génération a des grands pieds, des gros os, des grosses lèvres, des mentons énormes. Avant de les liquider, Fink a souhaité qu’on s’occupe du gel.
J’ai senti qu’il faisait une fixette sur le gel. Pour lui le gel capillaire est un paradigme déterminant pour comprendre cette jeunesse.Faut dire qu’on supporte plus le gel, Fink et moi. On supporte plus leurs cheveux, leur air ahuri comme s’il fallait à tout prix avoir l’air ahuri. Avant on pensait avec sa tête, eux, ils pensent avec leurs cheveux. Ce qui est bien c’est que dans les rêves personne ne vient dire : “Mais David, en 1983, tu passais une heure par jour à te coiffer sans succès.
“Toujours est-il que dans ce château à la gomme, il y a des dizaines de cantines militaires pleines de gel. Le gel coule dans les veines et les artères des candidats de la StarAc’. C’est archi sûr. Du gel turquoise, du rose, du bleu, du “des années 80″. L’école de chant la plus réputée de France carbure au gel.
– Mais ils en bouffent ou quoi ?, a gueulé Fink excédé.
J’ai pris un air mauvais.
– Ils vont le chier leur gel, t’aaas voir 1.
J’ai fracassé la porte du studio. Deux jeunes mecs quart-de-finalistes s’entraînaient à la lambada avec des guitares classiques, tout en se jurant que si l’un d’entre eux perdait il n’en voudrait pas à l’autre.
Ni l’un ni l’autre n’avait jamais employé le terme “empathie”, mais c’est bien le sentiment que chacun de ces adolescents attardés de vingt-six ans ressentait l’un pour l’autre.
Pour faire court, ils se câlinaient en l’absence des filles. Cette génération passe son temps à se câliner. Ils sont là à se peloter sans arrêt et à faire “Yeeaaaahéhangue”, a noté Fink dans le carnet qui ne le quitte plus depuis l’apparition des nouveaux philosophes.
Quand j’ai sifflé la mi-temps, les “Djeuns” ont stoppé net leur chanson douce. J’ai tabassé les deux. Comme dans tous les rêves violents que je fais dans mon lit, il me faut des heures et des heures avant de démonter la tête d’un type.On dirait que je cogne dans la guimauve.
À la fin, j’ai pris la gratte et je l’ai enfoncée sur la coiffure du plus grand. Comme sur la jaquette de London Calling 2. On aurait dit aussi Malcom Mc Dowel dans Orange Mécanique, mais en plus gras.
J’ai dit : “Ça, c’est pour avoir massacré Nicoletta la première année. Et ça c’est pour faire semblant de savoir chanter du Téléphone alors que vous n’êtes que des minables.”
Fink a filé un coup de Doc Martins dans l’ampli pour qu’ils soient pas tentés de couiner ou d’appeler leur manager. On a obligé la prof de chant, celle qui a les mêmes lèvres que Michel Sardou, à se bourrer à la bière jusqu’à ce qu’elle arrête de crier.
Ensuite, seulement, nous sommes retournés voir Jessica et Connifer.
Elles essayaient des jeans devant un miroir aux alouettes en rentrant leur ventre. On a fermé la porte de la chambre. On s’est mis à les regarder par en dessous.
– Vas-y, Fink, t’as qu’à commencer…
Et Fink a démarré, il a sorti son cahier et lu des notes qui dataient du milieu des années 1980.
– Bien que j’ai été soixante-huitard comme la plupart des gens de mon âge, ou peut-être précisément pour cette raison, je ne crois pas qu’il faille valoriser automatiquement tout ce qui bouge ni que le mouvement soit à lui-même sa propre justification. Il me semble, à l’inverse, qu’au risque d’être un peu seul, il importe aujourd’hui d’être sobre et de résister à la grande marée lyrique des pseudo-résistants.
Ça n’a pas manqué. Les deux apprenties ont été prises de convulsions comme si elles avaient laissé tomber leur fer à friser dans leur bain. C’était atroce, ça chialait, ça demandait pardon à la Pensée, à la Culture, aux Punks des 70’s et même à la New Wave. L’une s’est tellement secouée qu’un sein est sorti de son body. Ça a failli m’attendrir.
– Tiens, remets donc ça, j’ai dit à Fink en me ravisant.Et il a remis ça le mec.
– À l’inquiétude suscitée par l’hétérogénéité linguistique ou culturelle qui règne dans les écoles et collèges situés hors des quartiers bourgeois on répond en vantant, sur le mode Benetton…
Il a pas pu continuer car une des filles s’est mise à pleurer franchement provoquant le déclenchement d’une alarme. Fink m’a regardé avec son cahier ouvert et son questionnement.
– On devrait peut-être se tirer, j’ai dit.
– Ouais, mais avant on s’occupe du gel.Pas question effectivement, de partir sans détruire les provisions de gel. On a vidé les pots dans les cabinets collectifs et on s’est taillé.
Comme dans tous les songes de qualité, j’avais mis la main sur une liasse de Pascal, des vrais francs, pas des euros. Une liasse bien épaisse, bien dense avec le bandeau vert rayé, le tout dérobé dans la poche intérieure du smoking de Nikos Aliagas. (…)
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L'auteur
David Abiker est journaliste et essayiste.
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PHIL dit
A propos du « journal » LIBERATION
Lundi 7/04 : une proviseure-adjointe a été rouée de coups et une CPE, Nadia Dali confirme avoir été frappée à coups de pied dans les côtes par un élève du lycée professionnel T. Monod. Bien sûr, Libé n’a pas jugé utile de parler de ce petit fait divers banal. Qui n’a pas roué son proviseur de coups dans sa jeunesse hein ? Pas étonnant que lorsqu’on parle d’insécurité aux lecteurs de cette feuille militante, ils vous répondent avec cet air typique de grands Duduches demeurés (comme Jospin) : « quelle insécurité ? ». Ces lecteurs ne sont pourtant pas complètement responsables, ils subissent depuis plusieurs décennies une désinformation digne de la Pravda. Libé est un exemple caricatural. On publiera une info de ce type seulement une fois sur dix ou quinze et en excusant par avance ces pauvres « jeunes » exclus contraints à la violence. Le summum du ridicule, mais surtout de l’abjection, fut atteint lorsque Libé présenta les assassins du « photographe de réverbère » J.C. Irvoas comme de pauvres « jeunes » victimes « d’un enchainement fatal à l’insu de leur propre volonté » mais qui les conduira malheureusement en prison. Pas un mot pour l’homme qui fut battu à mort sous les yeux de sa femme et de sa fille. A ce niveau de parti pris, nous sommes évidemment à des années lumières du journalisme et même de la désinformation la plus éhontée. Nous sommes dans une posture qui est très largement aussi malsaine que celle de Le Pen. Libé est simplement un Minute à l’envers. Ce négationnisme du réel pour satisfaire l’idéologie type du gaucho et cet endoctrinement ont des aspects pathologiques de plus en plus inquiétants. A dire vrai, c’est exactement la technique de lavage de cerveau que l’on reproche aux sectes. De même que Le Pen et Minute ont fait un mal considérable à la droite, Libé est largement responsable du phénomène de déliquescence fatal de la Gauche. Je suis de gauche mais je préfère la vérité à l’idéologie ringarde et dangereuse de petits bourges ex-maos.
alaindeparis dit
Ah c’est malin ! mais qu’est-ce que c’est bien écrit !
Romain dit
Trop sympa: David Abiker invite causeur.fr dans son émission sur France-Intox; en retour, causeur.fr fait la pub du bouquin de David Abiker. Vraiment trop sympa.
Cette semaine, dans son émission “Parlons Net” , l’avisé Abiker invite arretsurimage.net qui a besoin d’engranger des réabonnements. Cette fois-ci, pas besoin de renvois puisque le David collabore déjà au site arretsurimages.net. Site sur lequel on dénonce grave la connivence de tous les connivents, avec l’air entendu de ceux qui savent.
Ici on dénonce plutôt les pigeons qui se font avoir avec des stratégies marketing.
Ludovic Lefebvre dit
Il faut arrêter de rire, mettre une bombe à la star’ac, flinguer les politiciens et pendre Michel Drucker par les couilles !
Peter Pan dit
L’instant est grave, je commence à acheter tous les livres dont ce site fait la publicité…il y a quelqu’un pour remplir mon porte-monnaie??Je vous menace tous : si vous ne vous cotisez pas je vais tenter ma chance à la star’ac!
Luc dit
Plutôt “Conte ordinaire de la télé”…bof
Caroll de Maistre dit
Fink rêvé ! Une belle réailisation de désirs, les rêves ne connaissent pas la censure! Déonstruisons….
Johnthetrickster dit
Ah David, j’ai tellement ri en lisant cet extrait… que je vais certainement acheter le bouquin.
On imagine très bien, j’ignore pourquoi, Finkielkraut en train de saccager la Star Ac’ en votre compagnie. J’ai des images plein la tête, maintenant.
Au fait, lui avez-vous fait lire cette nouvelle? Si oui, quelle fut sa réaction?
Florentin Piffard dit
Je m’élève vigoureusement contre la censure abjecte qui sévit sur ce site. Je lis dans l’ouvrage de M. Abiker p.63 : “Les deux apprenties PINTADES ont été prises de convulsions (…)”
Où sont passées ces pintades je vous le demande? Quand on voit ce que M. Abiker avale devant sa télé, le priver de ses pintades c’est presque un crime! Faudrait-il voir dans leur disparition un effet cette fameuse bien-pensance qui paraît-il triomphe partout? Jusque ici? Pas possible!
Exigeons qu’un chat soit appelé un chat et une pintade une pintade. Ou alors, annoncez la couleur et prévenez-nous qu’il s’agit d’un extrait expurgé de tout ce qui risquerait de choquer la ménagère de plus ou moins 50 ans, qui elle aussi paraît-il passe de plus en plus de temps sur internet.
Florentin Piffard dit
The war is declared.
Ah! Qu’il est bon de revivre ses fantasmes adolescents quand déguisé en Punk je rêvais d’aller foutre la merde dans les boums funky auxquelles je n’étais pas invité…Mais Finkielkraut en arme d’instruction massive, j’avoue que je n’y avais jamais pensé.
Sinon, je signale une autre petite coquille dans le texte. Ce ne sont pas les plus dégénérés qui sont virés en premier par SMS mais bien les moins dégénérés.
Stéphane Prutière dit
Pour du outing, ça c’est du outing ! Félicitations David Abiker et courage !!!
Maximilien Gorgiaud dit
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre relation avec Alain Finkielkraut ? J’aimerais bien sortir avec un philosophe, mais je ne sais pas comment m’y prendre (ni comment le prendre au demeurant). Est-ce que c’est facile à vivre ? Fait-il la vaisselle, l’homme ou la femme ?
Gérard Magasque dit
Ginette, vous avez oublié de parler du look motard de Finkielkraut sur la photo : un philosophe qui s’habille en cuir c’est pas très régulier ça. Manquerait plus qu’il se prenne à relire Foucault et prendre le premier avion pour San Francisco, direction Castro District.
Ginette de Pestre dit
Cette obsession du gel est assurément la marque de penchants homosexuels non-assumés, voire le refoulement d’un stade physique-anal complètement oblitéré par une enfance et/ou une préadolescence passée(s) chez les punks hermaphrodites du 6e arrondissement et alentours. Cette hypothèse est justifiée, en outre, par la présence aux côtés de M. Abiker, de M. Finkielkraut, icône gay s’il en est (cf. son déhanché légendaire acquis sur le char “Platon et ses soeurs” à la marche des fiertés lesbiennes, gays et transgenre 2005).
Amédée Thirol dit
Quelle bonne poilade, Monsieur Abiker. Ma fille se marie la semaine prochaine. Seriez-vous libre pour animer le banquet ? Est-ce que vous avez des musiciens qui vous accompagnent quand vous faîtes des claquettes ? Mon beauf s’occupe de la sono.
Dr Petiot dit
C’est quoi un “Yeaaaaaaahéhangue”, un truc d’orthophoniste ? ça mériterait le Nobel de dyslexie !
Estelle dit
vocalises, pas vocalisent …. le syndicat des correcteurs a encore frappé ! Ah Ah Ah Ah ad libitum.
robespierre dit
Yeaaaaaaahéhangue !!
Olivier dit
Doc Martens, pas Doc Martins.
Roooohh, ces faux ex-punks….
Leo dit
Nikos Aliagas, drôle de nom pour un plombier polonais. Peut-être est-ce un pesudonyme?