Fin de partie pour le Tea Party ?
Aux Etats-Unis les Républicains retrouvent la politique
Publié le 29 décembre 2011 à 9:30 dans Monde
Mots-clés : États-Unis, Michele Bachmann, Mitt Romney, Newt Gingrich, Ron Paul, Simon Conway, Tea Party

Photo : nmfbihop (Flickr)
Un juif d’origine anglaise saura-t-il sauver le Tea Party, la frange la plus conservatrice de la société américaine ? Récemment naturalisé américain, Simon Conway anime pour des auditeurs de droite une émission de radio désormais bien connue, le Who-AM radio show. Mais il aura fort à faire car, rattrapé par la réalité des rapports de force et des compromis politiques, le Tea Party est redescendu de son nuage ces derniers mois. La virginité « hors système » des activistes du mouvement cède la place à la volonté de s’organiser, d’établir une stratégie, bref s’institutionnaliser et transformer la guérilla politique en armée régulière. Car pour battre le système il faut devenir un parti de système, exercice compliquée pour un mouvement antisystème…
Depuis 2009, la puissante vague conservatrice comptait pourtant ses succès, avec un groupe parlementaire fort de plusieurs dizaines de membres, une attention médiatique soutenue, et surtout 20% d’opinions favorables dans les sondages. Sonné par la victoire quasi religieuse d’Obama, le Parti Républicain n’est sorti de sa torpeur que sous l’impulsion des provocations du Tea Party, mouvement hors cadre, issu de la base et totalement décentralisé. Pour ces francs-tireurs l’horreur, c’est l’« Etat », c’est-à-dire « Washington » et ses impôts et ses régulations. Antisystème, anti-élites, ses adeptes ne jure que sur le respect des libertés individuelles.
Cette irruption inespérée d’énergie politique a regonflé les voiles républicaines les permettant lors des dernières élections de remporter la donne au Congrès et grignoter la majorité démocrate au Senat. Au sommet de leur influence, il y a quelques mois encore, les deux figures soutenus par cette mouvance partaient favoris à droite dans la course aux présidentielles : Ron Paul et Michele Bachmann.
Aujourd’hui la bataille des investitures républicaines s’est muée en duel entre Newt Gingrich et Mitt Romney, deux candidats beaucoup plus modérés et surtout pas redevable au Tea Party. Selon un sondage du Gallup Daily Tracking Poll publié mardi, le premier est crédité de 25% des intentions de votes parmi les inscrits républicains et le second de 24%. Il faut descendre bien plus bas sur cette échelle pour trouver les candidats « AOC » Tea Party : Ron Paul avec 11% des intentions exprimées et Michele Bachmann bénéficiant de seulement 6% des intentions de votes aux primaires. Les partisans du Tea Party pourront toutefois se consoler avec le New Hampshire, où la compétition place Paul, Romney, et Gingrich au coude à coude.
Si l’élan du Tea Party s’essouffle c’est essentiellement parce qu’il n’a pas su gérer sa crise de croissance au sein des institutions. Dernier exemple en date : quand une loi sur la prolongation des allègements fiscaux pour les salariés a récemment été présentée au Congrès les partisans du Tea Party se sont déchirés. Fallait-il s’opposer, conformément à leurs convictions ou bien transiger pour ne pas se mettre à dos une opinion publique très favorable à cette mesure ? Situation inédite pour le mouvement ultraconservateur, beaucoup plus à l’aise lorsqu’il s’agit de s’opposer au nouveau système de santé proposé par la Maison blanche, mais bien embarrassé face à l’exercice du pouvoir, ici au Congrès. Quand finalement ils ont décidé de faire marche arrière et soutenir la loi – c’est-à-dire de faire la politique – la frange la plus intransigeante du mouvement a jugé qu’en scellant ce compromis avec les Démocrates, certains congressmen avaient trahi la pureté de leurs principes.
Dans un régime où la vie politique progresse par compromis parlementaires, le Tea Party, dont la pureté idéologique et le refus de transiger est la marque de fabrique, découvre les limites de l’exercice.
Autre difficulté : bien définir le périmètre idéologique du mouvement et créer une sorte d’AOC « Tea Party ». «Le plus grand défi du Tea Party : protéger sa marque », écrit ainsi Carolyn McKinney, un militant de New Hampshire. Partant du constat que la mouvance n’a jamais été dirigée par personne, elle estime qu’il peut donc être volé par tous. La décentralisation, force de cette vague conservatrice, fait aussi sa faiblesse. « Certains candidats affichent maintenant leurs liens avec le mouvement, dénoncent-elle, mais leur bilan montre un clair décalage avec le Tea Party ». Pour résoudre le problème Carolyn McKinney souhaite ainsi que son mouvement établisse des priorités et un agenda, autrement dit, qu’elle s’institutionnalise.
Mais le temps presse. Les candidats républicains modérés ont déjà marqué des points face à leurs rivaux labélisés Tea Party. Sur la soixantaine de parlementaires identifiés avec le Tea Party, un seul soutien la candidature de Michele Bachmann, alors que Mitt Romney en compte huit, et Newt Gingrich quatre. Quant à Ron Paul, sur lesquels nombre de « tea-partistes » portaient leurs espoirs, il ne recueille qu’un seul soutien. Celui de Rand Paul. Son fils… Le Tea Party est donc arrivé à imposer certains de ses thèmes dans les débats mais n’arrive pas à muer ses élans protestaires en une organisation politique structurée, avec leadership et stratégie. Comme jadis l’Eglise catholique avec les faiseurs de miracles charismatiques devenus saints officiels et absorbés dans l’Institution, le parti républicain va probablement canaliser cette irruption d’enthousiasme populaire non contrôlable et d’énergie politique, et la harnacher à sa vieux carrosse.
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kravi dit
http://www.conspiracywatch.info/Ron-Paul-et-ses-theories-du-complot_a766.html?com#comments
Gil Mihaely dit
@ Naif : mais justement, le mouvement n’est pas (encore ?) un parti….
Bibi dit
Et il n’a pas de société Soros derrière non plus.
Naif dit
y rien à faire ce parti ne passe pas auprès de nos bon journalistes, bien français qui ne peuvent concevoir un état minimaliste. comment pourrait on vivre dans un pays où il faut se débrouiller tout seul pour trouver un boulot ? Pas de larmes de crocodiles sur les pauvres malheureux sans emploi, pas de discours grandiloquent sur la charité public avec l’argent des autres. on va quand même pas demandé aux élus de réduire leurs train de vie ?Surtout pas en france, !
Il vaut mieux voir ce parti, d’extrême droite bien sûr, comme une mode, une radicalité spécifiquement américaine. cela me rappelle juste une chose c’est que tout les pronostic électoraux ne se réalisent jamais.
au faite en hiver les ours hibernent, et franchement dans certains cas cela vaut mieux !
Gil Mihaely dit
Le problème est que le Tea Party n’arrive pas – pour le moment – à devenir parti car les messages portés par le mouvement sont très différents. En plus, ils sont tellement anti-système qu’ils leur est difficile de créer le système nécessaire pour faire la guerre au système… Bref, quoiqu’on pense de leurs idées – et encore faudrait-il distinguer qui est légitime de parler en leur nom.. - ils sont face à une contradiction profonde.
Naif dit
Finalement ils ont les mêmes problèmes que les autres partis non ?
L'Ours dit
Tea party ou pas, si j’étais américain, je crois que je serais contraint de voter Obama.
Je crois n’avoir jamais vu des candidats républicains d’un niveau aussi bas. Je préférerais même voter Hollande car ils arrivent à redorer le blason de notre classe politique pourtant bien médiocre.
Impat1 dit
Gil est de bonne humeur, il se disait que la carrosse rit.
Georges_Kaplan dit
Le Tea Party c’est un peu plus compliqué je crois. Il y a bien une ligne très conservatrice (Salin) mais il y a aussi une origine libertarienne (Paul).
Aujourd’hui, il semble bien que les conservateurs cherchent à éliminer les libertariens :
http://www.contrepoints.org/?p=62457
rackam dit
Gil,
vous n’êtes pas anglais au moins?
Pare qu’on écrit “vieux carrosse” donc “harnacher à son vieux carrosse” sonnerait mieux.
Gil Mihaely dit
non, juste distrait…
Bibi dit
Can a Cup O’ Tea help?
De préférence avant que le carrosse ne se transforme en citrouille…
rackam dit
Je me demande si le mot “harnesser “ne serait pas avantageusement remplacé par “harnacher”, dans l’ultime phrase, et, somme toute, si celle-ci n’a pas été traduite en français par le “juif anglais” dont parle la première….
Mais l’article est clair et ne tombe pas dans l’aigreur anti-Tea.
Gil Mihaely dit
effectivement ! merci