Une histoire américaine | Causeur

Une histoire américaine

Un biopic sur le vrai fondateur de McDonald’s

Auteur

Isabelle Marchandier
est membre de la rédaction de Causeur.

Publié le 14 janvier 2017 / Culture

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Le Fondateur Michael Keaton John Lee Hancock

Michael Keaton dans "Le Fondateur"

Eh bien non raté ! Le « M » emblématique de la marque numéro 1 mondial du fast food n’a pas la forme inversée d’une poitrine généreuse d’une starlette hollywoodienne qui symboliserait les mamelles nourricières de l’industrie du divertissement mainstream et de la malbouffe cancérigène, génératrice d’individus décérébrés et obèses. Les pubards vont devoir revoir la sémiologie de l’enseigne rouge et jaune devenue par soumission aux injonctions du dogmatisme écologiste verte et jaune. C’est en allant voir Le fondateur, le film du réalisateur américain John Lee Hancock que l’on comprend la véritable signification du M.

Ce film raconte comment le petit fastfood californien créé par Dick et Mac McDonald s’est imposé sur le marché national puis mondial grâce à la pugnacité et la vision éclairée d’un seul homme, Ray Kroc, (interprété par Michael Keaton), simple VRP de mixeur à milkshake devenu en quelques années un business man accompli à la tête d’un empire.


Le Fondateur (2016) French par FilmsAnnonces

“Les meilleures idées viennent des autres”

Le « M » n’est évidement pas seulement l’initiale du nom des frères même si sur le plan mnémotechnique, l’efficacité est redoutable. M comme McDonald’s sonne plutôt bien. Alors certes sans le pragmatisme et la créativité des frangins, on aurait pu faire une croix sur le délicieux Big Mac englouti dans l’heureuse indolence d’un after qui a un peu trop duré. Le film rappelle que ce sont bien eux les pionniers de la restauration rapide en mettant au point le système « Speedee Service System », une sorte de fordisme appliqué au hamburger. Ce sont également eux qui ont eu l’idée de commercialiser exclusivement hamburger, frites et soda, trois produits qui concentraient plus de 80% de la demande et de supprimer de la carte tout le superflu : hot dog, ailes de poulet sans parler des distributeurs de cigarettes. Ils ont rationnalisé l’offre, automatisé la production mais aussi modifié la consommation en forçant les clients à sortir de leur voiture pour venir chercher leur commandes. La fin des drive-in avec les pin up sur les capots avait sonné.

Pourtant si Mac et Dick sont bien les créateurs de l’offre McDo, ils ne sont pas pour autant les fondateurs de McDo. Comme le dit si bien le philosophe américain Ralf Waldo Emerson, cité d’ailleurs dans le film, « les meilleures idées viennent des autres ». Kroc a très vite perçu le potentiel du burger McDo et a su l’exploiter en franchisant et surtout en achetant les terrains sur lesquels les restaurants se sont multipliés dans tout le pays.

Ce qu’il y a de fascinant dans ce personnage c’est qu’il sait parfaitement que l’identité américaine repose sur deux piliers, la religion et la justice, l’église et le tribunal, la croix et le drapeau. « Les restaurants McDonald’s deviendront la nouvelle église des Américains » lance-t-il avec exaltation lorsqu’il parvient à convaincre les deux frères de franchiser leur enseigne. Et le burger, leur pain quotidien pourrait-on rajouter ! car le M qui se dresse sur le toit de chaque établissement est conçu comme une « arche dorée» sous laquelle les citoyens viennent se rassembler, partager des valeurs communes comme à l’église.

Destin individuel, destin national

Autrement dit qu’est ce que véhicule ce « M » sinon l’image de l’Amérique. Ce qui a assuré le succès de McDo c’est bien son identité forte ancrée dans la mentalité américaine. Encore une fois Kroc connaît bien son pays car en laissant la gestion des franchisés à des gens issus de la middle classe américaine, il fait confiance à la capacité d’agir en commun du peuple américain, ce qui fait la force d’une nation comme les Etats-Unis comme l’avait si bien compris Alexis de Tocqueville.

Comme le dernier film de Clint Eastwood, Sully brossant le portrait d’un homme ordinaire qui devient un héros national (encore !), American Pastoral , l’adaptation du bestseller de Philippe Roth mis en scène par Ewan Mcgregor qui raconte comment une famille symbolisant la réussite de l’American way of life va être détruite à cause du fanatisme politique de leur fille activiste engagée dans le mouvement des droits civiques, Le fondateur qui se déroule au moment où la société de consommation est plein essor, montre bien que le cinéma américain sait offrir le récit d’une histoire personnelle sans jamais oublier de l’ancrer dans le destin collectif d’une nation.

Le fondateur de John Lee Hancock, actuellement dans les salles.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 14 Janvier 2017 à 19h36

      Letchetchene dit

      Nolens a dit:
      Peut-être, même sûrement c’est de la mal-politique, cependant personne, je dis bien personne ne peut ignorer cela. C’est donc en toute connaissance de cause que les gens on votés pour les socialistes . S’ils deviennent obèses ou développent des idées multiculturelles à vous faire aimer des islamiques , c’est certes la faute de F HOLLANDE . Et s’ils sont trop cons pour comprendre ça à qui la faute ?

      A zut!! je me suis trompé de blog ,non , après réflexion Nolens je pense que vous serez d’accord avec moi…..

      • 15 Janvier 2017 à 0h21

        Nolens dit

        Merci d’avoir corrigé mon post. En effet ils savaient. Le résultat du vote est inexplicable car ils ne pouvaient ignorer la nocivité de leur vote de 2012. Ce qu’ils voulaient au fond d’eux même c’est une vie pépère en se gavant de Big Mac ad libitum avec un max de ketchup et de mayonnaise. Après on s’en fout, la sécu est là pour payer les soins.

    • 14 Janvier 2017 à 19h02

      kantin.gilbert dit

      Comment McDo a fait du peuple américain un pur produit d’élevage, tel que le décrit Konrad Lorentz : auto-domestication et néoténie, nourriture pourrie + distractions => les américains sont restés des enfants gavés de sucre et de graisse.

    • 14 Janvier 2017 à 17h56

      l’appel de chtulhu dit

      Assez inattendu en effet . Mais pourquoi pas finalement une autre “success story” ! Bref le genre d’histoire qui n’arrive presque jamais en France car dés que l’on a une idée qui sort du chemin on vous rigole à pleine face . Comme cela a été dit plus bas , les clients qui poussent les portes de Mc Do savent très bien ce qu’ils et elles font . Le choix c’est la liberté , non ?

      • 15 Janvier 2017 à 0h32

        Nolens dit

        Personne n’a encore fait de film retraçant la vie de Bill Gates. C’est dommage, car Microsoft laissera une marque importante dans l’Histoire de l’informatique.
        Mais les gens semblent lui préférer un Steve Jobs qui n’avait aucun sens moral, et puis il est mort, alors il a été sanctifié.

    • 14 Janvier 2017 à 16h36

      A mon humble avis dit

      Il est permis de glorifier McDonald, mais il ne peut pas en être de même de Marlboro, par exemple.
      Les hamburgers (viande hachée, pain, légumes) ne sont mauvais qui si on les accompagne de beaucoup de sauces, de frites grasses et très salées, et de desserts archi-sucrés, et qu’en plus on en mange tous les jours; en revanche, les cigarettes sont un poison pour l’organisme (pas seulement le cancer, pas seulement les poumons) dès la première bouffée.
      Aussi, je trouve qu’on peut célébrer les McDo autant que les usines Ford, mais en aucun cas on n’acceptera de faire un héros du fondateur d’une marque de clopes. Ou alors, une renommée à la Escobar.

    • 14 Janvier 2017 à 11h13

      Nolens dit

      Peut-être, même sûrement c’est de la malbouffe, cependant personne, je dis bien personne ne peut ignorer cela. C’est donc en toute connaissance de cause que les gens poussent la porte des McDo. S’ils deviennent obèses ou développent des cancers, ce n’est certes pas la faute des McDo mais bien la leur. Et s’ils trop cons pour comprendre ça à qui la faute ?
      Je pense que je verrai le film dès qu’il sera disponible en téléchargement. Les success stories j’adore ça, des types qui partent de rien et qui se retrouvent à la tête d’un empire il n’y en a pas beaucoup.
      Je le verrai en jubilant, en pensant à la tronche de débile de José Bové dont la malhonnêteté intellectuelle n’est plus à prouver. Si j’avais du temps et de l’argent à perdre, j’irai ouvrir un McDo en face de chez lui.
      A part ça je déteste ce qu’on y trouve à manger, mais la liberté d’entreprendre c’est cela.

    • 14 Janvier 2017 à 9h33

      clark gable dit

      Au lieu de nous faire découvrir la vie d`un illustre écrivain ou musicien , on nous relate le parcours d`un gaveur de foules !
      Faut dire aussi qu`il y a plus de chance que le populo pousse la porte d`un Mac Do , que de relire l`œuvre compléte de Willian Faulkner .

      • 14 Janvier 2017 à 11h19

        Nolens dit

        On nous fait bien découvrir la vie d’Al Capone ou d’Hitler, ce sont des gens qui ont eu un certain impact, pas forcément bon, mais un impact non négligeable.

        • 14 Janvier 2017 à 11h44

          clark gable dit

          Pour Hitler ca représente une certaine utilité , vu qu`on apprend qu`il avait mauvaise haleine et des flatulences incontrolables non stop , ce qui rend cette petite chose encore plus antipathique !

    • 14 Janvier 2017 à 8h58

      alain delon dit

      A revoir d’urgence: “L’aile ou la cuisse” de Claude Zidi

      • 14 Janvier 2017 à 10h56

        IMHO dit

        En effet . Je n’ai rien contre Monsieur Kroc mais si tous ceux qu’il a envoyé anticipativement ad patres à coup de Big Mac devaient ressusciter, il n’y aurait pas assez de place pour eux dans tous les McDo de la planète, parkings compris, à moins que se renouvelle le miracle de la Manif pour Tous et qu’ils tiennent à quatre sur un mètre carré .

        • 14 Janvier 2017 à 11h17

          Nolens dit

          Que je sache, mais comme d’habitude vous savez tout mieux que les autres, personne n’a forcé ceux que vous évoquez à manger dans des McDo.
          De même, je n’ai pas connaissance que les produits McDo soient nocifs, si c’était le cas, je pense qu’ils seraient interdits et les McDo fermés. Ce n’est pas le cas. Dans tous les pays, on trouve l’enseigne et des produits locaux.
          Essayez d’être de bonne foi de temps en temps.

        • 14 Janvier 2017 à 13h47

          ZOBOFISC dit

          Les gens qui exploitent la connerie humaine ne sont pas admirables mais ils ne sont pas responsables de cette connerie. 
          Le bourreau n’est pas un assassin, il fait son boulot et, si ce n’est pas lui, il s’en trouvera toujours un autre pour le faire à sa place. 

        • 14 Janvier 2017 à 13h53

          alain delon dit

          Pourquoi immédiatement utiliser ce paradigme de l’exploitation, quand il s’agit de l’offre et de la demande? Aliénation à la rigueur si vous voulez