Fillon: des révélations, oui, mais avant la campagne électorale | Causeur

Fillon: des révélations, oui, mais avant la campagne électorale

Le débat démocratique vaut bien une trêve

Auteur

André Sénik
Professeur agrégé de philosophie

Publié le 14 mars 2017 / Politique

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François Fillon a été mis en examen ce matin. Photo: mars 2017. SIPA. AP22026644_000031

Pour l’élection qui vient, le mal est fait, et il est trop tard pour y remédier.

On y a au moins gagné la conscience du mal : l’ingérence des médias et des juges à l’encontre du candidat désigné par la primaire de la droite et du centre a gravement perturbé le débat démocratique. À l’avenir il faudra remédier à l’ingérence de ce que Jean-Pierre Chevènement appelle «l’étroit concubinage de la justice et des médias. »

Il faudra y mettre fin, car, comme le dit encore Chevènement, « la République c’est d’abord le suffrage universel et la sérénité avec laquelle les citoyens doivent pouvoir s’exprimer ».

Comment clouer le bec du Canard le temps du débat électoral sans priver les électeurs des informations auxquelles ils ont droit?

Mais comment s’y prendre ? Il semble a priori impossible d’empêcher l’ingérence calamiteuse des médias et de la justice dans le débat électoral, qui est l’un des piliers de la démocratie, sans porter atteinte aux deux autres piliers de la même démocratie que sont la liberté de la presse et l’indépendance de la justice.

Comment clouer le bec du Canard le temps du débat électoral sans priver les électeurs des informations auxquelles ils ont droit, dans la mesure où ces informations dévoilées peuvent éclairer leurs choix ?

Comment suspendre le cours de la justice à l’égard des candidats, sans paraître accorder l’intolérable privilège de l’impunité à celui ou à celle qui devrait au contraire être le moins soupçonnable de tous les citoyens parce que le plus transparent?

La solution est dans le timing.

Imaginons simplement que les révélations du Canard enchaîné et leur saisie par la justice soient intervenues avant les primaires de la droite et du centre.

Celles-ci se seraient déroulées en toute connaissance de cause, et, une fois l’affaire entendue et la page tournée, le débat électoral aurait pu commencer dans la sérénité, et porter sur l’avenir de la France et de l‘Europe.

On m’objectera que le Canard n’avait aucune envie et aucun intérêt à lancer ses boules puantes avant la primaire. Il tenait ses informations sous son aile, et il a délibérément choisi de ne les publier qu’au moment et au rythme où elles pouvaient le plus nuire, parce que le Canard est un acteur politique partisan, et pas un informateur neutre au service de la seule vérité. Ce qui est son droit.

Avant un mariage, il y a publication des bans

N’empêche que la solution est là : elle consiste à faire en sorte que tout ce qu’on peut révéler et objecter à un candidat soit publié et connu de la justice et des électeurs AVANT le début du débat électoral, et cela afin qu’il ne puisse plus légalement en être question pendant sa durée.

L’idée n’a rien d’inédit.

N’est-ce pas dans cet esprit qu’on publie les bans avant un mariage ?

« La publication des bans est une procédure ayant pour utilité de rendre publique l’imminence d’un mariage, et ainsi de veiller à ce que toute personne soit à même de s’y opposer, en démontrant d’éventuels empêchements. »

N’est-ce pas également le sens de la fameuse formule prononcée par un prêtre ou un pasteur anglican avant un mariage religieux : « si quelqu’un a quelque raison que ce soit de s’opposer à ce mariage, qu’il parle maintenant, ou se taise à jamais ! »

Remplaçons le « à jamais » par « tant que dure le débat. »

Un temps de digestion

N’est-ce pas dans le même esprit qu’on déclenche les avalanches avant qu’elles risquent d’engloutir des malheureux qui se risquent sur des sols menaçants?

Imposer la trêve médiatique et judiciaire en faveur des candidats à l’élection  présidentielle devient concevable à la condition qu’un temps suffisant ait été préalablement donné pour un grand déballage public.

Cette trêve ne serait d’ailleurs que l’extension aux candidats du principe de l’immunité parlementaire, que personne ne conteste, et qui est accordée aux élus dans le but de les protéger dans le cadre de leurs fonctions.

La trêve devra être imposée avec sanctions à l’appui pour celui qui la briserait en lançant des boules puantes ou en tapant sur des casseroles pendant les débats sur l’agora.

Cette extension de l’immunité parlementaire des élus en immunité provisoire des candidats serait ainsi bornée dans le temps en amont et en aval. En amont, elle serait précédée d’un déballage public et systématique de tout ce que les citoyens sont en droit de connaître. En aval, au sortir des élections ou de l’exercice du mandat électif, elle serait suivie d’un retour au statut commun de tous les justiciables.

Si quelqu’un a quelque chose à objecter à cette proposition, qu’il parle maintenant.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 20 Mars 2017 à 0h14

      chlomo dit

      les informations ont été données crois-je de Bercy , le pouvoir et enfin le Canard Enchainé.
      Les dernières (et sujettes à caution) initiatives d’ Hollande , outre le fait que ça dévoile un personnage fourbe et piètre mandataire suprême , semblent me faire penser pour une sortie brutale de Fillon et de MLP aussi avant les élections pour faire de la place à M .

      gravissime !

      L’expression “putsch” utilisée par Fillon me semble appropriée .
      J’admets volontiers que son attitude en matière de fric n’est pas correcte mais ça reste parfaitement banal.

      l’intérêt général ou du pays là dedans ?

      Perso , j’en attends rien de Fillon mais élire un mec de 40 ans , sans épaisseur d’aucune sorte , nourri et blanchi par les pires crapules d’argent ( Rothschild ) c’est prendre le risque garanti sur facture de couler le navire plus vite .

      Macron ne donne pas envie et le poids électoral demeure encore en province .

      le risque est gros .

      Il ne faut pas élire les gens d’argent .

      il vous ruinera , l’ Emmanuel , comme Hollande , Sarkozy . les moyens et les bonnes raisons pour ça sont nombreuses !

      vous avez été prévenus

    • 18 Mars 2017 à 7h52

      FM Arouet dit

      “Presse de caniveau”, facile à dire! La presse est ici au niveau-même des agissements de Fillon: elle se baisse dans le caniveau parce que le candidat n’a cessé d’agir dans le caniveau.Qu’il s’en prenne d’abord à lui-même.
      Quant au nom de l’ami offreur de costumes, il est de mauvais augure pour le candidat. On connait le passé de France Afrique…
      Ah! turpitudes, quand tu nous tiens…

    • 17 Mars 2017 à 8h14

      nicolas076 dit

      Le point de vue se défend, mais si des journalistes découvrent des infos susceptibles d’éclairer les électeurs sur tel ou tel candidat PENDANT la campagne, doivent-ils se taire ?

      Il faut aussi rappeler que Fillon était donné perdant avant le premier tour, l’intérêt d’enquêter sur lui était alors limité. Qu’un journal décide de mener l’enquête une fois Fillon désigné candidat de la droite peut se comprendre. André Senik accuse Le Canard de détenir ces informations depuis longtemps, mais qu’en sait-il ? Claude Angeli disait lui-même qu’un journal n’a aucun intérêt à garder des infos explosives sous le coude, de peur de se voir chiper l’exclusivité par ses concurrents. Vrai ou faux ? Que l’hebdomadaire satirique possédait déjà ces informations ou non est sujet à débat, mais de là à l’en accuser sans le moindre élément de preuve…

      • 18 Mars 2017 à 8h16

        expz dit

        Donc pour vous les enquêtes doivent se faire à la “tête du client”, selon le degré de “dangerosité” pour certains médias et juges?
        Evidemment , que ce “pénélopegate” était connu depuis longtemps, ils ne l’ont pas sorti avant parce que Fillon concurrençait Sarko aux primaires et devait-à priori-rejoindre Juppé.

    • 16 Mars 2017 à 17h58

      Hannibal-lecteur dit

      Sénik de moins en moins sénile : voilà une très bonne idée.
      Car si le Canard avait voulu s’opposer honnêtement à la présence de Fillon dans le débat, faire ses ( pseudo- ) révélations dans les délais indiqués par Sénik aurait parfaitement fonctionné …du moins pour les benêts qui mettent la morale avant la politique. Mais attendre le moment le plus crucial était destiné à plus : à démolir, à blesser, à faire mal . 
      Vouloir éliminer Fillon du débat peut s’admettre de la part de journalistes qui ne font pas du journalisme mais agissent en partisans. La presse de caniveau est-elle encore la presse? …oui, surtout pour abriter sa vilenie derrière la fameuse liberté de la presse !! 
      Ici la vilenie prend des dimensions énormes puisqu’elle fausse le déroulement d’une élection. Mais la morale du Canard, si chatouilleuse sur les agissements de Fillon s’évapore quand mettre la démocratie en danger – fausser une élection – devient prioritaire pour descendre un ennemi. 
      Une raison de plus pour voter Fillon. 

    • 16 Mars 2017 à 17h22

      IMHO dit

      Des pâtes, des pâtes, oui, mais des Panzani !

    • 16 Mars 2017 à 11h13

      Marc54 dit

      Bien sûr…

      Mais tout ce bon sens est tellement loin de la fosse à purin dans laquelle une partie de la France se complaît… Et puis, ces débats de pissotière offrent un énorme avantage par rapport au débat de fond, ils sont à la portée des gens médiocres.

    • 16 Mars 2017 à 0h23

      Alex Z dit

      Comprenons bien ceci :
      Si Fillon ne s’était pas présenté à la candidature suprême, il aurait pu continuer ses magouilles familiales avec l’argent public, ses trafics d’influences, et tout le reste. Tout ceci serait resté dans l’ombre, comme tant d’affaires identiques qui n’intéressent personne.
      Mais l’homme a voulu devenir Président de la République Française.

    • 15 Mars 2017 à 19h45

      Sudelin dit

      Très bonne idée. 

    • 15 Mars 2017 à 16h52

      Claudie dit

      “des révélations, oui, mais avant la campagne électorale”

      Bien sur c’est mieux avant qu’après!

      Moi je n’ai pas voté pour lui, je savais depuis longtemps que cet homme très propre sur lui, faisait ses coups en douce!

    • 15 Mars 2017 à 16h20

      marcopes dit

      les électeurs trancheront

      • 18 Mars 2017 à 8h00

        FM Arouet dit

        Non, c’est la justice qui tranchera et si ce n’est demain ce sera après-demain. Le vote ne tranchera rien du tout; il reportera éventuellement, c’est tout, si ce candidat devait être élu.L justice aura le dernier mot, ne vous faites pas d’illusions, et c’est tant mieux.

    • 15 Mars 2017 à 15h16

      Terminator dit

      On peut toujours rêver…

    • 15 Mars 2017 à 14h54

      clorouk dit

      Proposition imaginative, et applicable si l’on s’en donne les moyens. Pour les magistrats, il s’agira d’une reprise en main énergique et déterminée, car le syndicat du Mur des Cons qui règne à la Chancellerie et à l’Ecole de la Magistrature sera tout sauf docile. Pour la presse, attention, dossier sensible! Le règlement pourrait passer par un chantage aux subventions, aux abonnements du secteur public et au tarif d’acheminement aux abonnés. Ce sont des moyens lourds et potentiellement … convaincants. Alors, pourquoi pas?