Affaire Fillon: “les journalistes jouissent d’avoir le premier rôle” | Causeur

Affaire Fillon: “les journalistes jouissent d’avoir le premier rôle”

Morceaux choisis de L’Esprit de l’escalier

Auteur

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut
est philosophe et écrivain.

Publié le 01 mars 2017 / Politique

Mots-clés : , , , ,

Chaque dimanche, à midi, sur les ondes de RCJ, la Radio de la Communauté juive, Alain Finkielkraut commente, face à Elisabeth Lévy, l'actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de "s'arracher au magma ou au flux des humeurs". Vous retrouverez ses réflexions chaque mois dans Causeur.

François Fillon, 21 février 2017

L‘affaire Fillon

« Imagine-t-on le Général de Gaulle mis en examen ? » a dit François Fillon au début de sa campagne. Cette phrase qui visait à discréditer un Nicolas Sarkozy plombé par les affaires m’a scandalisé pour trois raisons : elle faisait bon marché de la présomption d’innocence ; elle transformait De Gaulle en personne de bibliothèque rose : De Gaulle c’était l’association de la grandeur et de la raison d’État, de l’appel du 18 juin et des basses œuvres de Foccart ou de Charles Pasqua. Certes, il payait son électricité et les déjeuners auxquels il invitait ses collaborateurs, mais à son machiavélisme politique, la justice des anges qui règne aujourd’hui trouverait sans nul doute à redire. Last but not least, François Fillon, en parlant ainsi, transgressait le principe de la séparation des sphères. Au lieu de préserver la spécificité du domaine politique, il l’inféodait au judiciaire en demandant à celui-ci d’arbitrer ses litiges. Apprenant qu’il a, seize ans durant, salarié sa femme comme attachée parlementaire alors même que celle-ci s’est toujours présentée comme une femme au foyer, et qu’il a payé deux de ses enfants encore étudiant pour des missions imprécises, je me suis donc remémoré, comme d’autres, ce vieux proverbe africain : « Quand on monte au cocotier, il vaut mieux avoir le cul propre ! »

A lire aussi >> #Justice pour Fillon! Le putsch médiatico-judiciaire aura-t-il la peau de l’élection? 

J’aurais aimé cependant qu’avant d’exiger la mise à mort politique de François Fillon, on se pose la question suivante : la France s’en sortira-t-elle mieux sans lui qu’avec lui ? Il était, l’autre soir, en meeting à Charleville-Mézières et il a fait, contre vents et marées, un discours politique. J’en retiens deux passages : « De faiblesses en abandons, de renoncements en compromis, nous avons laissé proliférer des zones de non-droit. Désormais dans bien des lieux, les règles salafistes semblent prendre le pas sur les lois de la République. Cela n’est pas tolérable, cela ne sera pas toléré. Si le prochain président de la République ne met pas un coup d’arrêt à la progression du fanatisme, je vous le dis : la France entrera dans une nouvelle période sombre de son histoire. » Second cri d’alarme : « L’école était le creuset de la République, elle en est désormais le caveau. Obsédés par leur furie égalitariste, nos idéologues de l’éducation ont tout simplement oublié que l’école était là pour transmettre des connaissances. Notre école nivelle les intelligences, rabaisse les mérites, étouffe les talents, accroît les handicaps culturels et sociaux, au nom d’une conception dévoyée de l’égalité. Elle empêche l’élévation des meilleurs élèves, surtout s’ils sont issus des milieux les plus modestes. »


Alain Finkielkraut revient sur la polémique… par causeur

Qu’y a-t-il aujourd’hui de plus urgent que de réparer la fracture française et que de sauver l’école ? Et quel autre candidat parle ainsi ? Mais peu importe aux journalistes : ils se délectent de voir les affaires judiciaires prendre le pas sur les affaires communes car c’est pour eux l’occasion d’exercer et d’étendre encore leur pouvoir. Ils se veulent les représentants de l’exigence citoyenne, en fait, ils jouissent d’avoir le premier rôle et cette jouissance a quelque chose d’obscène. « Autrefois, écrit Kundera dans L’Immortalité, être journaliste signifiait

[...]

  • causeur.#44.bd.couv

    Article réservé aux abonnés

    publié dans le Magazine Causeur n° 103 - Mars 2017

  • X

    Article réservé aux abonnés

    Déjà abonné, connectez-vous


    mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
     

    PAS ENCORE ABONNÉ ?

    causeur.#44.bd.couv
  • La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 4 Mars 2017 à 19h49

      un éléphant dit

      Ces zones de non droit, ces salafistes …, tout ça me déplaît au moins autant qu’à vous mr Finky. Ceci étant, Fillon-président, quel est le plan vis à vis de ces intolérables ? ( Plan compatible avec le cadre imposé par nos traités européens, ça va de soi ).

    • 4 Mars 2017 à 17h00

      cantor dit

      En résumé, juges et journalistes jouissent grâce au SM. Ce forum devient très chaud !

    • 4 Mars 2017 à 8h07

      Hannibal-lecteur dit

      La jouissance des journalistes relevée par notre Finkie, celle des juges à intervenir dans le débat politique trop évidente et …nombre de contributions chez les postiers de ce site montrent une prédilection nouvelle ( à mes yeux ) pour la vocation de Chevaler À La Blanche Armure Défenseur de la morale et de la justice ( sans majuscule, petite morale et petite justice mesquine qui mettent en exergue un délit, même pas un délit, mineur parmi les mineurs au profit d’un projet politique ).
      Quel vide dans l’âme de ces inquisiteurs vient combler cet épandage de vertu? L’absence de vertu réelle, remplacée ainsi par une vertu affichée et spectaculaire?

      • 4 Mars 2017 à 18h46

        i-diogene dit

        Moralité à géométrie variable, suivant la couleur politique..:

        Si Macron était poursuivi par la justice pour les mêmes faits, tu tiendrais exactement le discours inverse..!^^

    • 4 Mars 2017 à 7h55

      durru dit

      3 Mars 2017 à 14h05 Georges dit
      C’est à celui d’avancer un fait de le prouver. Et jusqu’ici, vous n’avez aucun élément permettant de supputer l’orientation politique de ces magistrats, quelle qu’elle soit.
      Voilà! Si vous voulez avancer quelque chose à propos de Fillon, prouvez-le! Tartuffe.