Suivre Causeur :     

Fillon et MAM victimes du modèle nordique

L’utopie d’une République irréprochable

Publié le 09 février 2011 à 16:00 dans Politique

Mots-clés : , ,

Les sénateurs viennent supplier Cincinnatus d’accepter le commandement suprême

Inutile de se voiler la face: le pouvoir sarkozyste est entré dans une zone de turbulences dont on ne voit pas comment il pourrait sortir indemne. Les dégâts collatéraux provoqués en France par le déclenchement des révoltes populaires en Tunisie et en Egypte ont atteint des personnalités jouissant jusque-là d’une réputation de compétence et d’intégrité au-delà de leur famille politique, comme Michèle Alliot-Marie et François Fillon. Même s’ils n’ont fait que suivre l’exemple de leurs prédécesseurs, de droite comme de gauche, en acceptant les bonnes manières de potentats orientaux, ils ont commis une faute majeure en politique: ne pas sentir l’air du temps.

Les signes ne manquaient pas, pourtant, indiquant que les exigences du peuple relatives à l’éthique de ses dirigeants étaient devenues plus strictes. Hier, on ne s’offusquait pas de voir Jacques Chirac bénéficier d’un hébergement gracieux, à sa sortie de l’Elysée, dans un appartement de luxe propriété de la famille Hariri. Personne ne s’était soucié, à la fin des années 1990 du mode de financement des escapades familiales de François Mitterrand à l’hôtel Old Cataract d’Assouan: il est bien connu que Mitterrand n’avait jamais un sou sur lui, et pratiquait dans la gestion de ses finances privées le mépris souverain de Charles de Gaulle pour les questions d’intendance: cette dernière était invitée à suivre sans moufter. À ceci près que le Général poussait l’austérité financière personnelle jusqu’à sa plus extrême limite: payer la note d’électricité des parties privatives de l’Elysée, renoncer à sa pension d’officier général pour ne vivre que de ses droits d’auteur, et passer ses vacances dans un trou perdu de la Haute-Marne avec comme seul luxe un golf miniature dans le parc de la Boisserie.

Nul n’exige aujourd’hui de nos actuels gouvernants une telle ascèse. Elle paraîtrait même suspecte à une classe moyenne qui a pris l’habitude du soleil d’hiver sous les tropiques. Ce qui ne passe pas, en revanche, c’est que les hommes et les femmes politiques revendiquent hautement leur droit à la vie privée – ce qui impliquerait qu’ils en assurent intégralement le financement – et qu’ils bénéficient, dans ces moments où ils mettent leurs fonctions entre parenthèses, d’avantages liés au statut de détenteur du pouvoir. D’ailleurs, cette idée qu’un ministre puisse se trouver simple quidam le temps d’une RTT posée sur le bureau du chef et acceptée par lui est une aberration en termes de philosophie politique. Chaque ministre porte sept jours sur sept et vingt quatre heures sur vingt-quatre la responsabilité de sa charge. Cette banalisation du « métier » politique, dont l’essence ne serait pas différente de l’activité exercée par les fonctionnaires et les acteurs de la vie économique constitue une dégénérescence de la démocratie. Il en est de même du mélange des genres entre l’exercice d’une responsabilité politique de premier plan et celui d’une activité professionnelle comme celle d’avocat d’affaires ou de « consultant » d’entreprises du CAC 40: il conduit tout droit au conflit d’intérêts.

L’utopie de la République vertueuse de Cincinnatus

Cependant, la République vertueuse, incarnée par un Cincinnatus lâchant sa charrue pendant seize jours pour sauver Rome, ou, plus près de nous, par des David Ben Gourion et Menahem Begin qui quittèrent le pouvoir aussi pauvres qu’ils y étaient entrés, relève de l’utopie. Cet idéal, où les exceptions sont érigées en modèle, n’a pour fonction que de rappeler aux puissants ce vers quoi ils doivent tendre. C’est toute l’ambiguïté du terme de « République irréprochable » porté en bannière par Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007: la différence entre irréprochable et vertueux recoupe celle qui existe entre relatif et absolu. Une République irréprochable le demeure tant que le peuple ne trouve rien à reprocher à ceux qui la dirigent. Or, la morale commune est, comme la météorologie, sujette à des variations pas toujours prévisibles.

Les « professionnels de la vertu », qu’ils soient imprécateurs ou indignés, sont comme les perroquets: la répétition inlassable de leur discours mécanique ne trouve d’écho que lorsque le public, l’opinion, l’air du temps y entend une résonnance avec un malaise général. Ces moralistes autoproclamés n’ont pas eu raison avant, et ils auront tort après. La vertu, modèle nordique, que l’on veut nous proposer avec la candidature d’Eva Joly, a montré ses limites: les Français ne seront jamais des Suédois ou des Norvégiens, et il serait temps que l’on comprenne que le fonctionnement de ces démocraties prétendument exemplaires est fondé, dans ces pays, sur la dévalorisation du pouvoir politique par rapport au pouvoir économique dont il n’est que l’instrument docile. C’est l’une des raisons qui explique la féminisation à outrance du personnel politique scandinave, alors que les conseils d’administration des multinationales siégeant à Stockholm, Oslo ou Helsinki sont peuplés très majoritairement de descendants mâles des Vikings.

Réenchanter le politique (et pas seulement la gauche comme se propose Nicolas Demorand) est une urgence de l’heure. Celui qui y parviendra a un bel avenir devant lui.

envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

76

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 31 August 2011 à 4h41

    andyz dit

    Dingue !!! Meme les nordiques féministes a outrance n’ont pas imposé les quotas de femmes dans les multinationales alors qu’on voudrait les mettre en place chez nous

  • 12 February 2011 à 12h12

    fantôme de baudelaire dit

    “réenchanter la politique” nous conseille le joufflu demorand
    pourquoi pas ?
    il reste que la politique est un mal nécéssaire , ni plus ni moins , et que les scandinaves n’ont pas tort de la subordonner à l’économie
    un mal nécéssaire ou une distraction pour oisifs , tant il est vrai que l’on a largement prouvé par le passé que la politique , comme la religion , ne créait pas d’emplois ( ha si , pour la religion des emplois de bourreaux , d’inquisiteurs et de fliccards , enturbannés ou pas , pour la politique , des emplois de propagandistes et de fliccards , là aussi avec maillots frappés de l’insigne du parti ) ou pas assez pour occuper tout le monde
    mais assez pour faire chier les autres
    autant dire beaucoup de monde
    on pourrai reprendre les mots que voltaire place dans la bouche de candide
    “il faut cultiver notre jardin ”
    croyez pas que je sois désabusé , mais il y a plus important que de s’étriper sur les vacances de l’une ou les avions d’un autre , ou alors on peut prendre la liste de tous ceux qui sont allé regarder les pyramides et cocher les hommes politiques d’un bord et d’un autre
    plus important aussi que de se crêper la toison au sujet de la répartition des richesses , le mieux c’est d’abord de les produire et ensuite de voir , après tout l’argent public est d’abord de l’argent privé
    à suivre , si justine ne me bloque pas

  • 12 February 2011 à 10h16

    ferencz horwath dit

    modèle nordique , modèle merdique ?
    réenchanter la politique ?
    à se pisser dans les braies , mon pauvre ami !
    que vas tu enchanter ? ou réenchanter ?
    les luttes de pouvoir ? le clientélisme éffrené ? la démagogie la plus basse ? les revendications les plus humaines ?
    souviens toi de ce que disait montaigne “là où il y a de l’homme , il y a de l’hommerie” et artaud ” où ça sent l’homme , ça sent la merde”
    voilà pour l’homme et son humanité , jalouse , égoïste et grouillante
    et dire que fillon et alliot marie n’avaient pas à se pointer chez le pharaon , ça passe l’entendement ; tout le monde (sauf moi , mais je fais une allergie à la rive sud de mare nostrum) , chez les français moilliens , y a passé au moins un ouiquende
    pipolitiques et journalisses y compris

  • 11 February 2011 à 10h48

    Air dit

    “Même Gérard Collomb maire de Lyon et possible candidat aux primaires socialistes
    a succombé aux sirènes Bernalistes.”

    Rien à voir. Il y est allé en tant que maire, avant la révolution, avec des industrielles.
    Comme Sarko , va ne Chine.

    Aucun rapport. Tout ne vaut pas.

  • 11 February 2011 à 1h42

    Bibi dit

    @Delpla

    Il me semble que le quotidien de révérence fonctionne de la même manière.

    Et nous sommes nombreux à nous être résolus à ne pas subventionner cette entreprise de subversion idéologique pour avoir le privilège de contester ses œuvres de rééducation des masses.

    Mais je vous rejoins dans le refus de cautionner, Euros sonnants, des stakhanovistes pluri-signataires et autres Ceausescus et prétentieux inqualifiés pullulant sur ce site. Monsieur Luc Rosenzweig faisant partie d’une autre classe, respectable.

  • 10 February 2011 à 23h16

    hathorique dit

    Même Gérard Collomb maire de Lyon et possible candidat aux primaires socialistes
    a succombé aux sirènes Bernalistes.
    mais on ne peut lire cette information que dans la presse régionale nos grands hebdos se sont bien gardés d’en faire état.

    http://www.lyoncapitale.fr/journal/univers/Politique/Ville-de-lyon/Quand-Collomb-vendait-Lyon-a-la-Tunisie-de-Ben-Ali

  • 10 February 2011 à 16h24

    François Delpla dit

    Sans critiquer la propriété privée et le droit pour chaque tenancier de gérer son espace comme il l’entend, je voudrais signaler un effet pervers de l’obligation de s’abonner à Causeur pour y participer à certaines discussions : l’article d’Elisabeth Lévy sur Hessel, posté hier, facile, lourd et même entaché de racisme anti-vieux (sans doute le pire de tous car, si on y réfléchit un peu, le seul meurtrier par définition), n’est commenté que par des “Dupont-Dupond je dirais même plus” qui ont à peu près tous l’air d’être encartés à l’UMP, alors que l’intérêt de ce site est précisément le pluralisme des commentaires.

    Bref, les abonnés payent, mais les invités animent !

  • 10 February 2011 à 14h14

    Aymenon dit

    Même pas, c’est Laurent Wauquiez. Faux espoir.

  • 10 February 2011 à 13h04

    brindamour dit

    1- La nouvelle exigence de moralité, est-ce aussi valable pour les journalistes et
    leurs deplacement dans l’avion des politiques?

    2-Pour le lien entre dévalorisation d’un métier et sa féminisation, la remarque est
    vraie mais cruelle pour moi qui suis instituteur et qui ne travaille qu’avec des femmes.

  • 10 February 2011 à 6h53

    Aymenon dit

    Quand même, je ne sais qui est derrière l’embauche de Yves Gounin au ministère mais si c’est MAM, je trouve que sur ce coup elle a fait le bon choix, je lui accorde donc le bénéfice du doute en ce qui concerne son manque supposé de “vista”.

  • 10 February 2011 à 5h51

    Blanc Cassis dit

    Au sein de l’Assemblée Nationale, existent des groupes d’amitié :
    http://www.assemblee-nationale.fr/qui/xml/gagevi_alpha.asp?legislature=13
    Vous noterez qu’il n’existe aucun groupe concernant les dictatures.
    Vous noterez que pour les pays concernés par la polémique actuelle, les députés de gauche sont absents.
    Si chacun des groupes apparaît avec la composition du bureau et de ses membres, le citoyen lambda n’a aucune information sur le budget et les activités. Ceci doit s’expliquer par le fait que les dépenses sont financées par les indemnités des parlementaires.
    Je suis étonné qu’aucun journaliste n’ait enquêté sur les activités des groupes en question.

  • 10 February 2011 à 0h05

    le journal de personne dit

    Merde… je crois que c’est le mot… qu’il faut…
    Pour un guignol de l’info…
    Quelle âme est sans défaut ?
    C’est nous qui sommes des guignols
    Gouvernés par des guignols
    Avec de la merde plein les yeux
    Oui nous sommes trop vieux
    Trop peureux… trop sérieux !
    Nous construisons des palais
    Et habitons des chaumières
    Nous n’entendons même plus le vent souffler
    Parce que nous nous sommes bouchés les oreilles
    Le vent de la révolte ; le cri des assoiffés de justice et de liberté.
    Merde… consensus de merde
    Nous avons réussi à nous mettre d’accord même sur nos désaccords…
    A emboiter le pas à tous les hypnotiseurs qui font passer le sommeil pour l’éveil, la lune pour le soleil et l’œil pour l’oreille !
    L’épée… mais pas la paix… s’il vous plaît !
    Regardez-moi tous ces magistrats… dignes pour s’indigner.
    Qui pour un mot de trop ont bloqué toute la machine judiciaire.
    Pour dire non… tout n’est pas dans tout et réciproquement…
    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/02/merde-on-srappelle/

  • 9 February 2011 à 23h57

    amike dit

    Et la Boisserie, il l’a eu comment le Général ? Par ses droits d’auteurs, la bonne blague.. Vous savez, ces mémoires que chaque bibliothèque de France ou Officiel se sentait obligé d’en commander un exemplaire (au moins). Comme mon père qui après sa médaille d’ancien combattant s’est fait abuser pour répondre à une commande au prix (modique!) de 6000frs (début des années 90).

    Alors le G et ses manies de gâteux ! Entre lui qui a laissé les harkis et Mitterrand qui a laissé la Veuve fonctionner à plein dans sa jeunesse, …

    PS Oui, je sais Il est mort en 70…

  • 9 February 2011 à 23h49

    Aventin dit

    …à commencer par…

  • 9 February 2011 à 23h47

    Aventin dit

    .
    @Nadia,
    .
    Odilon, laissez tomber avec Aventin. Il n’y a plus rien à faire. Notre ami nous a quitté.
    .
    Ah bon, mais quand ? donnez-moi la date au moins, que je n’ai pas l’air étonné si quelqu’un s’étonne que je sois encore là – à commencé par moi.
    .
    On sent tout de même chez vous cette passion furieuse pour la parole gorgée de sens et l’envie d’engager un débat de fond. Notez que ça tombe fort à propos quand on intervient comme vous sur un forum politique.
    .
    Bon, la date, que j’sache… au moins ça nadia, faites un effort…

  • 9 February 2011 à 23h09

    nadia comaneci dit

    Cher Luc Rozensweig, je connais un certain nombre de fonctionnaires qui, sans être d’astreinte 24 heures sur 24, interrompent nuits, week ends, vacances et congés maternité sur un simple coup de fil. Ou bossent bouclés dans leurs ambassades 72 heures d’affilée (vécu, du 11 au 14 septembre 2001). Qui dit mieux ?
    On est en droit d’attendre au moins la même chose d’un ministre. La fonction est par nature éphémère, un ministre ne s’appartient pas une seconde tant qu’il est en poste.

    Odilon, laissez tomber avec Aventin. Il n’y a plus rien à faire. Notre ami nous a quitté.