Fillon: les affaires n’expliquent pas tout | Causeur

Fillon: les affaires n’expliquent pas tout

La droite paye ses mauvaises politiques économiques

Auteur

Marc Crapez
Politologue et chroniqueur.

Publié le 25 avril 2017 / Politique

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Une militante décroche une affiche de campagne de François Fillon après son élimination au premier tour de la présidentielle, 23 avril 2017. SIPA. AP22043826_000166

François Fillon n’a pas été un mauvais Premier ministre. Auparavant, il avait même été un bon ministre des Affaires sociales. Une belle carrière, un beau parcours, dans la meilleure tradition de la droite française. L’ennui c’est qu’il n’a été ni un grand Premier ministre ni le bon chef de parti qui aurait conduit ses troupes à la victoire et à la gloire.

Des 34% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle dont il jouissait en décembre, il a perdu la moitié en l’espace de deux mois. Dans l’esprit de beaucoup de Français, il y a eu emploi fictif et sans-gêne avec les deniers publics de la part de quelqu’un qui prenait des postures éthiques et conseillait aux autres de se serrer la ceinture.

La droite n’a pas le droit de creuser la dette

Mais l’essentiel est ailleurs. François Fillon a écrit en 2006 un livre intitulé La France peut supporter la vérité. Mais la vérité, c’est qu’il a largement contribué à couler la droite, tant en 2017 qu’en 2012. Il y a cinq ans, en effet, la gauche a gagné parce que ses jeunes loups ont martelé indéfiniment un argument massue qui mettait la droite en porte-à-faux avec ses valeurs : la dette de la France s’est considérablement accrue, et comparativement beaucoup plus que dans les autres pays, invoquer la crise de 2008 n’est donc pas une excuse.

Critique dévastatrice que celle d’une droite mauvaise gestionnaire, creusant les déficits. Un paradoxe et un camouflet gravissime. Historiquement, ce n’était arrivé qu’une seule fois. Léon Blum l’avait reproché au Bloc national, fustigeant, en octobre 1924, une droite dilapidant la richesse nationale et « l’impéritie » d’une dette publique portée à 400 milliards de francs. Par la suite, la droite avait amplement fait ses preuves. Raymond Poincaré, en 1928, et Antoine Pinay, en 1959, avaient restauré le franc, jugulé les déficits et « restreint les dépenses », selon la formule de Raymond Barre.

L’exemple anglais

La voix officielle de l’UMP avait beau scander que c’était la faute à la crise, ce creusement de la dette portait un coup au moral. Surtout qu’avant même le krach d’octobre 2008, le tandem Sarkozy-Fillon avait raté ses 100 jours, ce laps de temps où « tout devient possible ». Fillon le reconnut d’ailleurs par la suite : « on a merdé ». C’est exact, mais reste à savoir en quoi exactement. En fait, l’échec de la droite vient de la nullité de ses ministres des Finances.

En effet, la fameuse baisse des prélèvements obligatoires, qui leur est chère, est une impulsion qui se heurtent aux anticipations des acteurs : beaucoup saisissent la baisse des charges comme un ballon d’oxygène, ou un effet d’aubaine, sans jouer le jeu, gageant que l’Etat ne va pas tarder à reprendre, d’une main, ce qu’il vient d’offrir de l’autre. En Angleterre aussi, il y a eu des Premiers ministres velléitaires et dépourvus d’esprit de suite. Le succès de Margaret Thatcher fut d’annoncer qu’elle mènerait son action jusqu’au bout sans changer de politique, afin d’infléchir les anticipations des agents économiques. A ceux qui, en octobre 1980, la pressaient de changer sa politique économique devant le fort taux de chômage, la « Dame de fer » répondait : « je n’ai qu’une chose à dire : la dame n’est pas du genre à faire marche arrière. »

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    • 26 Avril 2017 à 21h10

      gerard jourdain dit

      analyse inintéressante.
      deux remarques:
      les français ne creusent pas les solutions proposés.
      les français pensent qu’ils sont assez riches pour foutre le bordel….

    • 26 Avril 2017 à 18h26

      favroux.jeanmarie@neuf.fr dit

      Plusieurs causes ont eu un effet levier sur ce 1er tour: Certains électeurs qui auraient sans doute voté pour Marine Le Pen ont voulu sauver Fillon et ont voté pour lui, ce qui explique le 1er tour moyen de Le Pen, mais de l’autre bord une bien plus grande majorité a quitté le bateau socialiste pour voter “utile” en votant Macron. Cela nous prédit des législatives musclées avec sans doute aucune majorité sauf peut être les droites.

    • 26 Avril 2017 à 14h41

      Justin Derniez dit

      Pour Fillon, l’échec est dû à de multiples raisons et pas seulement aux affaires, mais une raison qui n’a pas souvent été évoquée, c’est son programme beaucoup trop austère, qu’il soit par ailleurs efficace ou pas. Fillon a mal calculé que l’annonce d’un serrage de vis n’était simplement pas audible pour la majorité des français. Les autres candidats l’ont bien compris, qui ne se sont pas gênés de promettre monts et merveilles sans ses soucier de ce qui pourra être fait par la suite. Il semble malheureusement que le rêve fonctionne mieux que le rationnel.

    • 26 Avril 2017 à 14h22

      palast dit

      On a eu tantôt les énarques de gauche tantôt les énarques de droite et leur politique c’était un problème = une taxe en plus ou une augmentation d’impôts. Quelque soit le futur élu on va prendre une dégelée de taxes et de cotisations pour continuer de financer le kolkhoze radieux à la française et “redresser la situation”…….

    • 26 Avril 2017 à 13h32

      Terminator dit

      Les partisans d’Ali Juppé et du nabot agité n’ont jamais digéré leur défaite aux primaires : je les soupçonne fort de n’être pas pour rien dans l’avènement des “affaires” qui ont pourri la campagne présidentielle du plus “présentable” et “présidentiable” des candidats du système… même s’il n’y a pas de fumée sans feu !

    • 26 Avril 2017 à 13h30

      Terminator dit

      Les partisans d’Ali Juppé et du nabot agité n’ont jamais digéré leur défaite aux primaires : je les soupçonne fort de n’être p

    • 26 Avril 2017 à 13h14

      sheldon dit

      Fillon avait un bon programme mais plus marqué par la bourgeoisie provinciale catholique que par le gaullisme social. Quand de plus le candidat manque de charisme il ne faut pas s’étonner ! Sans ces 2 éléments les histoires de détournements d’argent public seraient passées sans gros problème me semble t’il car la France n’est pas, hélas, un pays du nord !

    • 26 Avril 2017 à 12h30

      Spartacus dit

      Fillon a été mauvais dans sa campagne: totalement imprévoyant des attaques de la gauche, il a exposé son (bon) programme avec le charisme d’un fer à repasser, et cerise sur le gâteau après sa défaite: la trahison “votez Marcon”.
      Il n’a que ce qu’il mérite et, son parti, très habitué lui aussi des trahisons de toute nature, est aussi mort que lui. Espérons que ceux qui ont voté pour Fillon, continueront à voter à droite pour la seule candidate encore en liste.