Fillon a eu raison de rabrouer Charline Vanhoenacker | Causeur

Fillon a eu raison de rabrouer Charline Vanhoenacker

Entretien avec l’humoriste François Rollin

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 24 novembre 2016 / Politique

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Après ses années "Palace", François Rollin renouvelle son univers loufoque, onirique et poétique en osant quelques incursions politiques. C'est pourquoi son dernier spectacle, au théâtre parisien L'Européen, horrifie les policiers de la pensée. Sur France Inter, l'islam ou l'immigration, Rollin a toujours quelque chose à dire...
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François Rollin. Sipa. Feature Reference: 00642402_000023.

Daoud Boughezala. Vous avez au moins un point commun avec Causeur : France Inter vous exaspère ! Avez-vous été débarqué de l’antenne de juin 2015 pour des raisons politiques ?

François Rollin. Mon éviction est d’abord due au tempérament autocratique de Patrick Cohen. C’est un peu le roi de la matinale. Parmi les humoristes, qu’il considère comme une verrue collée à sa matinale, il dit qui lui plait et qui ne lui plait pas. Peut-être n’avais-je pas fait assez de courbettes… D’un autre côté, sur le fond, la ligne de France Inter est celle d’une bien-pensance absolue. Le jour où Manuel Valls a emmené ses enfants en avion voir un match de foot à Berlin, c’est tout juste si Cohen n’a pas fait une émission spéciale sur cette question pour exprimer l’indignation du peuple français alors que je trouvais cette affaire tout à fait dérisoire et que j’ai eu l’effronterie de le dire à l’antenne. Mais à Inter, il faut faire assaut de vomissements indignés dès qu’on évoque l’extrême droite et de couplets compassionnels dès qu’on évoque la banlieue, il faut être un comique aligné, sous peine de bannissement.

Pour qualifier la dérision des “matons de Panurge” (Muray) prêts à dégainer au moindre faux pas, notre ami Alain Finkielkraut parle d’« humour de meute »…

J’avais fait une conférence avec Finkielkraut à Strasbourg. Comme il ne me connaissait pas et qu’il s’en prenait assez violemment à certains humoristes, il s’attendait à ce que je m’indigne et le traite de fasciste. Sauf qu’on était parfaitement d’accord ! L’humour agressif représente un créneau commercial. On revient au vieux système des chansonniers que j’ai toujours détesté : la chanson du ministre, recyclage à chaque gouvernement à condition de changer le nom du ministre tout  en gardant les mêmes paroles…

C’est à un ancien Premier ministre, François Fillon, que Charline Vanhoenacker, l’humoriste vedette de France Inter, s’en était pris dans L’émission politique sur France 2. Il semblerait que la réaction inattendue de Fillon, fustigeant le mélange des genres entre dérision et politique, lui ait été électoralement bénéfique…


L’émission politique – François Fillon : Sa… par nonstopzappingofficiel

Je dis bravo à Fillon. Lors d’une précédente émission, j’avais vu Sarkozy face à Charline Vanhoenacker. Même s’il n’est pas de mon bord, et bien que je n’aie pas une grande sympathie pour lui, j’avais envie de lui souffler de répondre à Charline d’aller amuser les gosses. Cette fille n’est pas méchante, mais simplement, poussée par des animateurs télé en mal d’audience, elle se croit autorisée à donner des leçons de bonne conduite à tout le monde. Même face à Philippot, ça m’énerverait ! Fillon a probablement dit ce que le public pensait. C’est ce qu’avec Finkielkraut, on voulait dire aux hommes politiques : « Battez-vous ! Ne vous sentez pas obligés de rire, ne vous laissez pas insulter par des gens bien moins compétents que vous et qui gagnent très bien leur vie à vous ridiculiser ! »

Passons à votre spectacle, Le Professeur Rollin se re-rebiffe, qui offre une bonne tranche de rire. J’ai découvert votre univers solaire et onirique grâce à Palace puis aux spectacles d’Edouard Baer. Or, vous vous aventurez désormais sur le terrain politique, quitte à parler islam, immigration et intégration sans toujours prendre de gants. Pourquoi cette incursion en politique ?

C’est le tournant que j’ai choisi de prendre il y a deux ans, juste avant l’attentat de Charlie. Je me disais qu’il était difficile désormais de rester totalement en dehors du fait politique, d’autant plus que ce rôle est accaparé, et mal tenu, par une bande d’humoristes bidons, qui parlent une nouvelle langue de bois et ne remettent rien en cause, sans  d’ailleurs avoir le moindre fond politique. Aux yeux d’Anne Roumanoff,  Charline Vanhoenacker, Gaspard Proust, Mathieu Madenian, Nicolas Canteloup et quelques autres, l’humour semble, sauf leur respect, être essentiellement un produit lucratif. C’est un dévoiement de l’humour, qui doit d’abord être humaniste et émancipateur. Ces comiques pratiquent une forme de dérision bien-pensante, vaguement cynique. Je note depuis deux décennies une baisse de l’humanisme et une hausse du mercantilisme et du clientélisme chez les humoristes.


François Rollin – On n’est pas couché 21… par onpc

Je ne suis pas sûr que la politique fasse tant recette que vous le dites : au cours de votre spectacle, les gens rient surtout de vos envolées dans l’absurde. Par nature, la politique divise le politique…

Il y a deux ans, Gérard Miller m’a dit : « Le personnage du professeur Rollin est tellement bien, pourquoi mettre tous ces passages sur l’immigration et le racisme ? » C’est plus une parole de bien-pensance qu’une remarque de fond, de celles que pourrait me faire un metteur en scène par exemple. Beaucoup de gens préfèreraient que je n’aille pas sur ce terrain, notamment les journalistes de L’Obs qui considèrent que c’est leur chasse gardée. Autant je peux parler de saucisson, ou de plume dans le cul, autant je devrais laisser le reste aux spécialistes… C’est un point de vue que je ne partage pas.

Au théâtre L’Européen, vous vous produisez juste avant D’Jal, un humoriste issu du Jamel Comedy club. A vue de spectateur, vos publics n’ont pas grand-chose à voir… Le sien s’étranglerait peut-être en entendant  certains propos que vous tenez sur l’Islam.

Il ne faut rien exagérer : j’ai beau rester un artiste extrêmement marginal, donnez-moi la salle de D’jal, et je la ferai rire plus que D’jal lui-même ! Chaque fois qu’il m’est arrivé de remplacer un comique populaire au pied levé, j’ai pu montrer que mon comique est tout sauf élitiste! Si les spectateurs de Gad Elmaleh ou de Florence Foresti viennent me voir, ils resteront et ils auront raison, parce que – je le dis sans modestie – c’est plus drôle, plus intelligent, plus innovant et mieux écrit. Le problème, c’est qu’ils ne viendront pas…

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 29 Novembre 2016 à 14h28

      jcm dit

      Avant les rois avaient des bouffons, maintenant les bouffons ont des rois.

    • 27 Novembre 2016 à 14h27

      brindamour dit

      Avez-vous remarqué que si un quidam se voit dans l’obligation en raison du contexte de mentionner la couleur de peau d’une personne, il ne dira jamais “noir” mais “black”, jamais “arabe” mais 
      Maghrébin? Pour atténuer sans doute la violence d’un propos pouvant devenir un marqueur idéologique. 
      Autre chose. Est-ce que Sancho qui se prend pour un penseur pourrait être viré de ce blog?  Quitte à avoir un opposant systématique, je préfèrerais quelqu’un qui ait des arguments, du savoir- vivre et un minimum d’intelligence. 

    • 26 Novembre 2016 à 12h34

      rodler dit

      Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que le professeur Rollin aurait besoin d’un bon avocat pour se défendre. Il ne lui vient pas à l’idée que la réaction des bienpensants face à la désignation d’une personne qu’on différencie des autres par la caractéristique de sa couleur de peau est une réaction raciste.
      En effet, l’adjectif noir est ressenti comme une insulte ou une discrimination, comme aveugle ou éclopé. Etre noir serait une infirmité selon certains, jusqu’à employer des euphémismes incorrect (d’ailleurs) comme “personne de couleur”.
      Je prétends donc que ces bienpensants sont racistes, puisque considérant le fait d’être noir comme une infirmité, il considère donc que la race noire est inférieure à la race blanche. C’est la définition même du racisme.

      • 26 Novembre 2016 à 13h30

        àboutdepatience dit

        Oui c’est ça

    • 26 Novembre 2016 à 7h48

      àboutdepatience dit

      L’extrait onpc révèle le mécanisme schizophrénique de Caron et compagnie
      Dire à un Noir selon lui, qu’il est noir, c’est offensant même si cela est prononcé comme un fait, sans intention, comme dire “dame blonde” à une dame réellement blonde.
      Donc pour Caron il faut passer sous silence un fait dont il clame qu’il est banal ( être noir) comme s’il ne l’était pas.
      C’est créer un tabou artificiel, de la culpabilité et un sentiment d’absurdité.

      • 26 Novembre 2016 à 10h10

        flophi dit

        Ne regardant plus de puis fort longtemps ONPC, je ne connaissais pas cet extrait.
        On y trouve une énième fois, toute la mauvaise foi, toute la condescendance, de cette gauche boboïsée.
        Rollin, qui n’a JAMAIS été autre chose que de gauche, se fait traiter de porteur d’eau du FN, par un petit procureur acrimonieux, qui monopolise la parole, lui assène des chiffres, (invérifiables sur l’instant), lui fait la leçon de ce qui est à dire et surtout de ce qui ne l’est pas.
        Le plus pur sectarisme, digne des procès de Moscou, se déverse sous nos yeux, devant un humoriste qui, incapable (dans le sens : on ne lui donne pas la possibilité) de pouvoir développer son point de vue, est allumé et versé dans le camp des beaufs, gras du bide et bas du front.
        C’est ainsi que l’on s’aperçoit, une fois encore, à quel point le totalitarisme idéologique tend à recouvrir toute expression différente, y compris dans son propre camp. Seule la doxa officielle doit exister et se répandre.

        • 26 Novembre 2016 à 11h04

          àboutdepatience dit

          Je ne regarde plus non plus ce machin et quand je vois cet extrait je m’en félicite

    • 26 Novembre 2016 à 3h54

      Livio del Quenale dit

      Décidément ce Fillon, libéré, sans complexe, mais courtois n’a pas fini de nous étonner.
      Mine de rien , c’est le seul qui avec son  air sérieux de premier de la classe à réussi en qq jour à redonner espoir et vie à tout le monde (enfin presque)jusqu’à FH qui, couvert de cendre, renaît comme passé de frais à confesse, se sent pousser des ailes pour redonner sa “dernière séance”  après son bide désastreux.
      –  

    • 25 Novembre 2016 à 17h44

      guernico dit

      D’une manière générale, il est toujours plaisant de voir rabrouer un journaliste par les politiques…depuis le temps que ces derniers avaient baissé le froc devant n’importe quel glandu qui pouvait produire (ou pas, d’ailleurs), une carte de presse (cf l’agrégé et ministre Peillon faisant la génuflexion et baisant les babouches de la Médiacrate Chabot).

    • 25 Novembre 2016 à 13h32

      Sancho Pensum dit

      Non seulement, Rollin est un charlot (mais lui ne fait pas rire), mais il est tellement con qu’il ne s’est même pas rendu compte qu’il servait la soupe à Causeur (et celle-ci n’a rien à voir avec celle des restos du coeur) dans ses obsessions anti France Inter…

      • 25 Novembre 2016 à 13h53

        Emet01 dit

        Sancho, que faites-vous chez Causeur ? Vous vous faites du mal ! Allez déverser votre prose dan Le Monde, l’Obs ou Marianne ou même à Telerama ou vos critiques d’humoristes pourraient être appréciées à leur juste valeur !

        • 25 Novembre 2016 à 15h00

          desi75015 dit

          Sancho, c’est notre migrant africain. De là ou il vient, le pauvre (le pays du progrès), on crève la dalle, on a plus d’espoir. Alors, on est prêts à traverser la mer au risque de sa vie pour rejoindre Causeur (le pays de la réaction). On sait qu’on s’y sentira mal, toujours étranger, mais bon… c’est toujours mieux que de retourner au pays. Après avoir connu Causeur, on ne peut pas y retourner de toute façon, on se sentirait un étranger là-bas, avec leurs lubies et propagande d’Etat dont on sait qu’elle sont fausses et illusoires. Causeur nous aura déniaisé à ce niveau-là.