Travailler plus pour vivre plus longtemps | Causeur

Travailler plus pour vivre plus longtemps

Publié le 29 juillet 2013 / Brèves

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« Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » : l’avertissement paulinien a toujours servi de chantage à la société bourgeoise pour plier le prolo aux lois du tripalium et conjurer l’apparition de chômeurs heureux, de paresseux parasites et autres « mendiants ingrats »1. Gagner sa vie à la sueur de son front et son pain à la force du poignet, siffler en travaillant, on connait la chanson. Dans le même bon esprit, le Figaro nous a dévoilé la semaine dernière une information exclusive : « La retraite tardive protégerait contre la maladie d’Alzheimer ». La santé mentale, nouvelle carotte de la performance !
Vous ne rêvez pas : une enquête de l’Inserm, à l’initiative du Centre international sur la longévité (sic), présentée lundi dernier lors de la Conférence internationale de l’Association Alzheimer à Boston révèle que « chaque année de travail en plus, après 60 ans, réduit de 3% le risque de souffrir un jour de la maladie d’Alzheimer ».
En voilà une étude qui tombe à pic ! Au moment où le vieil Etat-providence doit faire une cure d’austérité, on nous prouve scientifiquement  qu’en «  repoussant l’âge de la retraite de 60 à 65 ans, le risque de maladie d’Alzheimer diminue de 15%. »Puisqu’on vous dit que c’est pour votre bien ! Caroline Dufouil, l’auteur de l’étude, insiste : « nos données montrent avec de fortes preuves une baisse du risque de démence avec un âge tardif de retraite ». Mais attention, il faut lire entre les lignes, et, si le travail, c’est la santé (mentale), on aboutit à la conclusion logique que les chômeurs sont des déments potentiels qu’il faut donc s’empresser de soigner ou d’enfermer.
Là où la défaite de l’idéologie est la plus éclatante, il ne reste plus qu’à justifier les décisions politiques par la science, dernier mythe qui met tout le monde d’accord.
Paul Lafargue, gendre de Marx et pionnier du socialisme français, dans Le Droit à la paresse, proposait une interprétation contraire (et à mon sens plus pertinente ou du moins empiriquement vérifiable dans le métro aux heures de pointe) du travail, dans lequel il voyait « la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique ».
Contre l’impératif travailler plus pour gagner plus, il écrivait, avec une grande sagesse : « Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat[…]retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour 2à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »
Traînards, oisifs, glandeurs et autres improductifs, n’ayez pas peur, faute de rendre sain la paresse rend libre. 

  1. C’est ainsi que se définissait Léon Bloy
  2. N’en déplaise à Maurice Taylor, PDG de Titan

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    • 30 Juillet 2013 à 14h39

      Georges_Kaplan dit

      Juste pour le plaisir :
      Le travail, en URSS, est pour chaque citoyen apte au travail un devoir et une question d’honneur selon le principe : « Qui ne travaille pas, ne mange pas ». En URSS se réalise le principe du socialisme : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail.
      - Constitution soviétique de 1936, article XII.

    • 29 Juillet 2013 à 17h18

      Jacques dit

      Non, non, il s’agit très exactement de “partir plus tard à la retraite”pour éviter “Alzheimer”.
      Il y a une autre solution….vivre moins longtemps!
      Quand sera-t-elle suggérée de façon explicite? 

    • 29 Juillet 2013 à 16h14

      CVT dit

      Tout dépend de ce qu’on veut: a priori, en France, l’espérance de vie recommence à diminuer chez l’homme et cesse d’augmenter chez la femme. Il est probable qu’on assiste aux premiers méfaits de la dégradation du système de protection sociale, et il n’est pas certain qu’une augmentation de l’âge légal de droit à la retraite arrange cet état de fait.
      Autre chiffre, beaucoup plus pertinent, celui-ci: l’espérance de vie moyenne en bonne santé est de 65 ans! Or ce chiffre stagne depuis au moins deux décennies, malgré l’augmentation de l’espérance de vie globale. En clair, on va demander à des travailleurs de partir plus tard (l’objectif étant une retraite d’office à 67 ans) alors que leur condition physique ne va pas en s’améliorant. Au final, on va réussir à  faire baisser l’espérance de vie…

      • 29 Juillet 2013 à 16h19

        Parseval dit

        on veut revenir à ce qui se faisait avant, mourir avant la retraite pour ne pas avoir à débourser d’argent…

    • 29 Juillet 2013 à 14h53

      Parseval dit

      Qu’appelle-t-on travail ? Le salariat ? Où avoir une activité intellectuelle conséquente ? Il me semble que c’est plutôt cette dernière définition qui pourrait expliquer cette étude. Faire fonctionner son cerveau prévient sa détérioration.

      • 29 Juillet 2013 à 20h05

        Habemousse dit

        Nos hommes politiques seraient des morts-vivants ?

    • 29 Juillet 2013 à 14h49

      Vassili Tchouïkov dit

      Henri Salvador, resté lucide jusqu’à sa mort était un solide branleur. Un militant, aussi. Auteur de la chanson :
      “le travail c’est la santé,
      Rien faire c’est la conserver,
      Les prisonniers du boulot,
      Font pas de vieux os.”