Cannes, un festival à bout de souffle | Causeur

Cannes, un festival à bout de souffle

L’esprit de sérieux a submergé la Croisette

Auteur

Thomas Morales

Thomas Morales
Né en 1974, Thomas Morales est journaliste indépendant et écrivain.

Publié le 20 mai 2017 / Culture

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Cannes, c'était mieux avant. Le rendez-vous le plus étincelant du cinéma mondial a cédé la place à une foire commerciale et militante. L'esprit de sérieux a submergé la Croisette, restent les souvenirs...

Sophia Loren sur le balcon de sa chambre à l'hôtel Carlton, lors du Festival de Cannes de 1959. Crédit photo : Rue des Archives/AGIP

Les hôteliers inquiets se forcent à sourire. Les acteurs fatigués assurent le service après-vente minimum, pestant contre cette promotion forcée. Tout est contractuel aujourd’hui, les secondes d’interviews, les arrêts pipis et les banalités déversées en conférence de presse. Le tapis rouge broie les individualités fortes. Il lisse toutes les identités. Chaque soir, des producteurs soucieux refont leurs comptes au bar du Martinez. Tandis que les critiques préparent leur stock de Lexomil afin d’affronter la sélection du matin.

Dans les rédactions parisiennes, on se refile la patate chaude car cette quinzaine où le soleil n’est même plus assuré malgré le réchauffement climatique prend des allures de baroud d’honneur. Les téléspectateurs ont déserté depuis longtemps leur poste. Ils préfèrent Hanouna à Toubiana et les frères Bogdanov aux Dardenne. La chaîne cryptée a remballé son barnum. Les fêtards ont un wagon de retard sur les actionnaires. La sinistrose a sauté sur les marches du Palais comme la technostructure a gangréné le service public. Cette impalpable magie de Cannes (du 17 au 28 mai) tient plus du pétard mouillé que du feu d’artifice. Le goût pour le strass et le topless a pris ses quartiers d’été loin de la Côte d’Azur, dans les archives du passé.

François Chalais, commentant pour l’ORTF le « cyclone » déclenché par Sophia Loren: « C’est dur d’être discrète quand on a un corps si bavard. »

L’époque est plombée par le burkini, là où jadis le monokini enflammait les plages. La faute à un intellectualisme inquisiteur qui sévit dans les milieux culturels, à cet élitisme faisandé qui se regarde dans le miroir, mais aussi, avouons-le, à la fin de la légèreté. Les Trente Glorieuses respiraient l’insouciance. L’amertume n’avait

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    publié dans le Magazine Causeur n° 105 - Mai 2017

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    • 23 Mai 2017 à 18h25

      Matpoly dit

      Très bel article.

    • 22 Mai 2017 à 11h22

      Pimousse dit

      Le festival de Cannes est a l’image de la télévision, il ne nous fait plus rêver. Tout le politiquement correct est de rigueur. Comme dans la vraie vie ou on a plus le droit de s’exprimer librement sans subir les foudres des bien pensant. C’est pesant. La légèreté, l’humour, les paillettes ont disparus dommage.

    • 21 Mai 2017 à 11h53

      Kernoa dit

      Le festival de Cannes est de devenu le festival du film de propagande et la fête du mondialisme multi ethnique heureux et dominateur.
      Tout comme il va y avoir une désaffection des téléspectateurs de la télévision française pour la même raison, on constate une profonde désaffection du public envers le cinéma français qui ne survit que grâce aux impôts des contribuables par les subventions que sont les avances sur recettes.
      Un scandale qui sera bientôt révélé au grand public.
      Sur les fournisseurs internet qui proposent des services de vidéos à la demande, tous ces films ringards, anti identitaires et au niveau culturel douteux, se retrouvent sur les catalogues et voilà pourquoi la vidéo à la demande peine tant à prendre son essor. En france, je crois.
      Pourtant, c’est génial. Regarder un film américains récent sur son écran géant de télévision c’est génial. Plus besoin est de prendre sa voiture, de se donner la peine de garer sa voiture, et de subir les bavardages de certains spectateurs indélicats comme savent l’être les citoyens français individualistes.
      Alors toutes ces poupées habillées de haute couture, tous ces pauvres acteurs français en smoking qui défendent des scenarii stupides et peu crédibles ne font plus l’affaire et de plus en plus de citoyens écœurés s’en tapent et de cette fête du cinéma qui ne fait plus rêver les personnes victimes du mondialisme.
      Le festival de Cannes est une des preuves particulièrement voyante que le multiculturalisme, le multi-ethnisme sensés donner du corps la théorie bisounours du bien-vivre mondialisé-ensemble, tout cela ne fonctionne pas.
      Mais alors pas du tout.

    • 21 Mai 2017 à 10h45

      dacey dit

      Décidément le dénigrement systématique des rares choses qui marchent en France est un sport très français …

      • 21 Mai 2017 à 10h56

        C. Canse dit

        Les “rares choses qui marchent” “marchent” si bien que la France est la cinquième puissance mondiale…
        Ce doit être ça La République En Marche. :-)
        Un hourra pour La Rem. 

        • 21 Mai 2017 à 17h54

          mjpg dit

          Vive le libéralisme financier totalitaire et le libertarisme dictatorial, liés indissolublement au politiquement correct, que vont nous apporter mac-con et ses sbires à petites cervelle …
          Le champ est ouvert pour un islam intolérant par nature …. Qui se ressemblent s’assemblent …alliance d’une idéologie mortifère et d’une théocratie totalitaire …

        • 21 Mai 2017 à 18h57

          alain delon dit

          Et allez, le hors-sujet obsessionnel. Les marches rouges de Cannes ça doit avoir une symbolique crypto-jihadiste, non?

    • 20 Mai 2017 à 22h17

      Livio del Quenale dit

      elle faisait rêver parce qu’elle était photogénique,
      ce n’est pas pour rien qu’on les appelle des “stars”
       parce que de près la réalité démonte les fantasmes
      et telles les étoiles, elles ne le sont que de loin . 

    • 20 Mai 2017 à 15h04

      shinka27 dit

      il ne faut pas avoir un regard trop nostalgique sur Cannes . le monde est ainsi fait que lorsque qu’une manifestation culturelle s’institutionnalise, se politise , bref se gentrifie pour parler moderne , eh ben.. elle crève!
      Se focaliser sur Cannes , c’est un peu comme regretter la Cour de Louis XIV l’année précédant les funérailles du monarque , d’un ennui mortel !

    • 20 Mai 2017 à 12h04

      Habemousse dit

      « C’est dur d’être discrète quand on a un corps si bavard. »

       La vue de ses charmes, qui la rendait « naturellement pulpeuse » rendait « fou» : ce ne sont pas les pauvres boissons et leur publicité pour agités du bocal qui peuvent aujourd’hui rivaliser avec cette bombe de sexe atomique , goupillée en porte-jaretelles et bustier à codes secrets.

      Cette remarque à la Audiard prouve que son corps déliait les plumes et les vidait de la substantifique observation que l’inspiration précède, pour faire éclater la vérité toute nue. 

      • 20 Mai 2017 à 12h47

        alain delon dit

        Je confirme d’autant plus que celle-ci m’est passée sous le nez

        • 20 Mai 2017 à 13h04

          Villaterne dit

          Un nez trop court ou trop long ?

        • 20 Mai 2017 à 13h11

          alain delon dit

          Disons que je n’ai pas eu la chance d’avoir le nez des Ferchaux, comme Belmondo

        • 20 Mai 2017 à 13h20

          Villaterne dit

          Alors disons, un nez tordu !

      • 20 Mai 2017 à 13h00

        Villaterne dit

        Bravo Habemousse !
        Tout cela est fort bien exprimé !

    • 20 Mai 2017 à 11h05

      alain delon dit

      @Thomas Moraline

      Vous avez raison, mais laissez-nous rêver!

      • 20 Mai 2017 à 12h51

        Philvar dit

        C’est vrai; se réfugier dans le rêve devant une réalité si triste.