Faut pas pousser Pépé dans les ors !

Le président du Sénat prend sa retraite. Les Français payent

Publié le 29 septembre 2008 à 6:30 dans Politique

Du Sénat, la devise est claire : “A bas le populisme, vive le gâtisme !” Je précise aussitôt, à l’intention des esprits malveillants, ce que par “gâtisme” il faut entendre : l’art et la manière de gâter les membres de la Haute assemblée. Jusques et y compris le petit personnel, d’ailleurs, puisque jardiniers et coiffeurs y touchent des salaires de cadres supérieurs et bénéficient, entre autres menus avantages, de “primes de nuits” – primes assurément méritées : quiconque s’est déjà essayé à la taille de roses trémières à la seule clarté lunaire en conviendra.

Oh ! Bien sûr les râleurs diront que dans un pays qui doute de son pouvoir d’achat et tremble pour sa retraite, le traitement de nos sénateurs relève des privilèges d’Ancien Régime. Leurs émoluments, fort difficiles à calculer précisément, s’élèvent à près de 12 000 euros net par mois. Soit environ 6 000 euros de salaire, et à peu près autant pour leurs “frais” (non imposables, il va sans dire, et d’un usage parfaitement discrétionnaire). Il faut bien payer sa secrétaire et… Et quoi d’autre, au juste ? Locaux, matériel informatique et bureautique ? Gracieusement mis à disposition. Les charges de fonctionnement et l’affranchissement postal ? Gratuits. Les transports alors ? Non pas : pour les sénateurs ne bénéficiant pas de voiture de fonction avec chauffeur, l’usage illimité du réseau SNCF est gratuit, ainsi qu’une quarantaine d’aller-retour aériens sur Air France et ses filiales. Sans oublier les 1 000 euros mensuels de “prime informatique” (pourquoi ? parce que). Et pour les retraites, le Sénat ne mégote pas davantage : un bref passage (un mandat) au Luxembourg suffit à toucher ad vitam une retraite de plus de 1 500 euros mensuels (ce qu’un Français moyen mettra plus de trente ans de cotisations à obtenir).

Le Sénat est par conséquent bonne mère. On y vit et travaille dans la quiétude, loin du stress électoral, on y mange bien, et, ce qui ne gâche rien, le cadre est somptueux. Une maison de retraite bien agréable, en somme, qui attire jusqu’à ses plus farouches contempteurs.

Or voilà que depuis ce week-end, la Chambre haute (mais avec “accès facilité”) est l’objet d’une polémique trop vive pour seoir aux lieux : en pleine tourmente financière, alors que les peuples ne décolèrent pas de voir les banquiers réclamer de l’argent public pour réparer leurs bêtises, on apprend que le Président du Sénat, Christian Poncelet, s’est attribué pour son départ un golden fauteuil roulant.

Poncelet percevra en effet une très confortable retraite (calculée sur ses indemnités de sénateur et de Président, soit tout de même la bagatelle de 23 000 euros par mois), qu’il pourra cumuler avec ses autres retraites, celles d’ancien député, d’ancien conseiller régional, d’ancien conseiller général… et même d’ancien fonctionnaire des PTT, puisqu’il devança jadis Besancenot dans le métier. Ajoutons pour faire bonne mesure une voiture de fonction Safrane (et son chauffeur à temps plein), deux gardes du corps, une secrétaire et les bureaux équipés qui vont avec. C’est beaucoup, mais visiblement ce n’était pas assez pour notre Papy flambeur, qui jouira de surcroît “à vie” d’un gigantesque appartement dans l’un des quartiers les plus chers d’Europe – logement que le Sénat, sur les deniers publics, a acheté tout exprès pour lui.

Interrogé par les médias, son probable successeur, l’UMP Gérard Larcher, s’est montré à ce sujet aussi vague qu’indélicat : une attribution “à vie”, concernant Poncelet, cela n’aurait guère “de sens” ! En sait-il davantage que nous sur l’état de santé du Président du Sénat ? Mystère. Mais cela ne change rien à l’affaire : il est ici question d’argent public, c’est-à-dire de fonds qui doivent être contrôlés et dont l’attribution doit servir l’intérêt public. Propriétaire d’un joli patrimoine immobilier, assujetti à l’ISF, nanti d’une exceptionnelle retraite, Poncelet méritait-il et avait-il seulement besoin de bénéficier “à vie” et à titre gratuit d’une luxueuse résidence, dont la valeur locative avoisine les 10 000 euros par mois ?

Le ministre du Travail, secrétaire général adjoint de l’UMP et proche du Président de la République, Xavier Bertrand a estimé que non et a demandé que l’on revienne sur cette décision. Approuvons ! Et puisque l’on échappera sans doute pas à l’accusation de démagogie, osons même une suggestion : que le Sénat, visiblement en fonds, revende cet appartement et en verse le produit au Fond de Réserves des Retraites – depuis le début de la crise financière, sa valeur a chuté d’un tiers. Le Sénat n’y verra aucune objection, puisque ses éminents membres sont si sensibles au sort des retraités.

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  • 2 October 2008 à 0h57

    Rotil dit

    Ah, j’oubliais une petite condition signée canon, pour que j”accepte une telle responsabilité: comme humble logis, bien sûr, moi, je veux le palais de Versaille: j’ai beaucoup de copains à inviter…

  • 2 October 2008 à 0h54

    Rotil dit

    Je suggère une réforme constitutionnelle, portant à 1 million le nombre de sénateurs. Je trouverai bien environ 35 potes pour voter pour moi…

    Pendant que quelques uns de mes collègues feront les cons à siéger, j’emmenerais ma petite-fille faire du manège dans les jardins du Luxembourgs.

    Et, puisque personne, à mon grand esbaudissement, n’a encore fait dévier le sujet sur Israel, à moi l’honneur, donc: comme gardes du corps, j’engagerais des agents du Môôôsad…

    A Aghaton, je proposerais la rédaction de mon journal intime, où il aura juste à écrire, chaque jour, “Rien”, ce qui lui laissera le temps d’enseigner.

    A barry, je lui demanderais d’être mon porte-parole, ce qui ne lui prendra pas plus de son temps.

    Nina, elle, je la verrais bien pour mes relations avec la presse.

    Tous les autres peuvent ici-même m’indiquer le poste qui leur conviendrait, je le leur accorde d’avance, et ce, dès la parution de la réforme au J.O. (journal officiel, pas jeux olympiques, of course…)

  • 30 September 2008 à 18h18

    parsifal dit

    à propos de Mr Poncelet , Eva Joly , citant”Le Monde” , fait allusion à certaines magouilles auxquelles se serait laissé allé le papy président sortant du “Sénilat” (in “La force qui nous manque ” p68)
    En plus de ses parachutes , papy aurait donc aussi des matelas…

  • 30 September 2008 à 11h16

    Pirée dit

    Madame Kohl l’a férocement dit : le Sénat est une maison de retraite. En Italie, il y a des sénateurs à vie. Ça me conviendrait tout à fait. La présidence de la République fédérale d’Allemagne, de la République autrichienne et de la République italienne sont des sinécures encore plus juteuses. En revanche, la monarchie belge sert à quelque chose : c’est pourquoi les Belges peuvent se passer indéfiniment de gouvernement fédéral. La monarchie siamoise aussi : quand le roi juge que tel premier ministre, ça suffit, il le critique publiquement. L’intéressé, qui a perdu la face, démissionne, et le roi nomme quelqu’un d’autre.

  • 30 September 2008 à 5h00

    Guillaume dit

    Quelque chose m’échappe. Peut-être suis-je trop jeune (en tout cas, clairement face à nos sénateur) et ne suis donc pas aux faits des pratiques démocratiques héritées de l’ancien temps. Comment peut-on, en toute quiétude, autoriser le versement d’une retraite pour une fonction, sans tenir compte de la durée d’exercice ? Encore plus, comment peut-on autoriser le cumul de ces retraites ? Car si je ne m’abuse, ce cher monsieur Poncelet, n’exerçait pas son métier d’agent des P.T.T. alors qu’il était président du sénat. Ou alors cela expliquerait la gratuité des services postaux octroyés aux sénateur. C’est peut-être M. Poncelet qui assurait le service.

  • 30 September 2008 à 0h01

    Steph dit

    Au fait, quelqu’un peut-il me dire quel est le pouvoir réel des sénateurs et du sénat ? Pas le soi-disant pouvoir que notre constitution leur confère, dans les articles qui leur sont consacrés, mais le pouvoir réel. Celui qui s’exerce chaque jour, concrètement, dans le débat politique, dans les rouages institutionnels.
    Lequel sénat n’a d’ailleurs jamais connu d’alternance – intéressant dans une démocratie – en cinquante ans, alors qu’il est quand même la chambre haute, au sein de la sphère parlementaire bicamériste que prévoit la constitution de la Ve République. Et même si le pouvoir parlementaire a largement perdu du terrain au profit du président depuis 1958.
    Au sujet de vos réponses et de vos explications, comme dirait l’autre, j’attends.

  • 29 September 2008 à 18h22

    Dominique dit

    Grâce à notre si belle (et un peu sanglante, quand même) révolution, tous les français sont égaux, il y en a juste quelques uns qui sont plus égaux que d’autres.

  • 29 September 2008 à 13h21

    ludovic Lefebvre dit

    C’est mérité et même en deça, il est normal que nos plus hauts représentants touchent beaucoup d’argent en rapport avec les services qu’ils nous rendent, qu’ils gagnent plus qu’un acteur ou un auteur à succès, par exemple. Pour l’argent, je suis donc d’accord avec ces “parachutes” dorés” et même leur contrepétrie, soyons grands seigneur.
    Ce qui me navre, c’est que les services ne soient plus guère rendus à la patrie, l’institution représentative à l’international, l’électeur.

  • 29 September 2008 à 11h00

    Odilon dit

    Je trouve que Xavier Bertrand rate là une bonne occasion de propagande gouvernementale. En effet, à l’heure où on demande l’interdiction des parachutes dorés aux dirigeants des entreprises privées, le fait d’en accorder aux dirigeants des institutions publiques prouve que le gouvernement ne mène pas une politique ultralibérale. En plus, une telle générosité montre bien que le budget 2009 n’est pas un budget de rigueur, contrairement à ce que prétend l’opposition. Et toc!

  • 29 September 2008 à 7h32

    Pirée dit

    De ce que je viens de lire, je tire la conclusion que je ferais un père conscrit du plus pertinent exemple.