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Faut-il bombarder la Hongrie ?

Révolution blanche à Budapest

Publié le 25 mars 2011 à 7:30 dans Monde

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Imaginons un instant que le prochain président de la République française, disposant d’une majorité de 3/5ème du Congrès (Assemblée nationale et Sénat réunis) décide de faire adopter une nouvelle Constitution à son goût qui commencerait par ce préambule : “Nous, membres de la Nation française à l’orée de ce nouveau millénaire et au nom de tous les Français déclarons solennellement :
Nous sommes fiers que Clovis ait posé, voici mille cinq cents ans les fondements de l’Etat français en faisant entrer notre nation dans l’Europe chrétienne.
Nous reconnaissons, pour notre nation la vertu unificatrice de la chrétienté. Nous respectons les diverses traditions religieuses pratiquées dans notre pays.
Nous affirmons que les cadres essentiels de notre vivre-ensemble sont la famille et la nation et que nos valeurs fondamentales sont la fidélité, la foi et l’amour…”

Il suffit de remplacer “France” par “Hongrie”, “Français” par “Hongrois” et “Clovis” par “le roi saint Étienne” et on obtient le préambule du projet de nouvelle Constitution proposée au Parlement de Budapest par le Premier ministre Viktor Orban, chef de la coalition nationale-conservatrice arrivée au pouvoir le 25 avril 2010.

Orban peut tout, et il ose tout

Cette nouvelle Constitution qui doit remplacer la précédente, établie par le régime communiste en 1949 et « nettoyée » de ses scories marxistes en 1990, devrait être adoptée par le Parlement le 25 avril prochain, à l’occasion du premier anniversaire de la victoire électorale du Fidesz, le parti de Viktor Orban. Or, pour lui, son retour au pouvoir – il avait déjà exercé les fonctions de Premier ministre de 1998 à 2002 – n’est pas une simple alternance démocratique, mais une “révolution par les urnes”.
Fort d’une majorité des deux tiers au Parlement monocaméral, Orban peut tout, et il ose tout.

Le seul obstacle potentiel à la mise en œuvre de son programme, qui conjugue nationalisme exacerbé, cléricalisme revendiqué et populisme sans complexe, réside dans la vigilance – tout aussi potentielle – de l’Union européenne. Celle-ci était d’autant plus nécessaire que la Hongrie assure la présidence tournante de l’UE pour six mois, depuis le 1er Janvier 2011. Viktor Orban a certes subi quelques interpellations musclées au Parlement européen où Daniel Cohn-Bendit l’a comparé à Hugo Chavez, mais rien de bien grave, car le soutien du principal parti de l’Assemblée de Strasbourg, le PPE (démocrates-chrétiens et conservateurs), dont le Fidesz est membre, lui est acquis.

La Commission, en revanche est parvenue à le faire reculer partiellement à propos de la nouvelle loi sur la presse, qui enjoignait les médias de procéder à un « traitement équilibré » de l’actualité politique, sous peine d’amendes énormes infligées par un « Conseil supérieur des médias » entièrement composé de fidèles de Viktor Orban. L’exigence du « traitement équilibré » a été mise entre parenthèses jusqu’à la fin de la présidence hongroise de l’UE, mais les opposants craignent qu’elle revienne par la fenêtre dès le mois de juillet prochain.

Criminalisation des opposants

L’autre héritage “révolutionnaire” cher à Viktor Orban est la criminalisation des opposants. Et les procès n’ont pas seulement lieu devant le tribunal médiatique. Le raz-de-marée électoral en faveur du Fidesz et la déroute des socialistes sont la conséquence de la gestion calamiteuse de l’économie par ces derniers qui a mis le pays au bord de la faillite, le contraignant à appeler l’UE et le FMI à l’aide. Mais ces milliards perdus n’ont pas fini dans leur poche… Une commission d’investigation a pourtant été mise en place pour établir un dossier permettant de traduire en justice les anciens dirigeants, au premier rang desquels figure l’ancien Premier ministre Ferenc Gyurcsany. Ce dernier avait eu le malheur de déclarer, en petit comité, au lendemain de victoire électorale d’avril 2006 : “Nous avons merdé (…). Personne en Europe n’a fait de pareilles conneries, sauf nous (…). Il est évident que nous avons menti tout au long des derniers dix-huit mois.” Cette confession, subrepticement enregistrée et diffusée à la radio, a provoqué de très violentes manifestations et la montée en puissance d’un nouveau parti d’extrême droite le Jobbik, ultranationaliste et ouvertement antisémite1.

Le complot des universitaires

Mais les politiques ne sont pas seuls dans le collimateur judiciaire de Viktor Orban. Une campagne de presse, alimentée par l’entourage du Premier ministre, s’en est pris à une demi-douzaine d’universitaires hongrois, dont des philosophes de réputation internationale, comme Agnès Heller2. Ces derniers sont accusés d’avoir détourné l’équivalent de 1,8 millions d’euros des fonds de la recherche scientifique. Cette crapoteuse affaire ne repose que sur la dénonciation calomnieuse et à forte connotation antisémite d’un membre de l’Institut de philosophie, promu depuis directeur-adjoint du département.

La communauté internationale des archivistes et des historiens s’émeut également du projet du gouvernement hongrois de retirer des archives nationales les documents produits par les “organes” du régime communiste sur les individus. La loi prévoit que les personnes concernées par ces archives auront la possibilité d’en demander la destruction, ce qui obère le travail des futurs historiens de cette période. Accessoirement, cela peut permettre à quelques amis d’Orban quelque peu mouillés dans l’ancien régime de se refaire une virginité éternelle…

Conception ethnique de la nation

Le projet de nouvelle Constitution repose sur une conception ethnique de la nation, excluant implicitement les non-magyars de la communauté nationale et y incluant tout aussi implicitement, mais sans équivoque les quelques deux millions de Hongrois citoyens des pays voisins (Roumanie, Slovaquie, Serbie). Elle ouvre la porte au “révisionnisme” des frontières établies en 1920 par le traité de Trianon, pour le cas où le dogme de l’intangibilité des frontières au sein de l’UE se voit remis en question, par exemple par la scission de la Belgique… L’évocation rituelle de ce traité de Trianon, il est vrai fort injuste pour les Magyars, sert de piqure de rappel nationaliste lorsque les dirigeants politiques veulent détourner l’attention des citoyens de leur mauvaise gestion. Pour l’instant, Viktor Orban se contente de proposer l’attribution de la nationalité à tout Magyar “hors frontières” qui en ferait la demande et évoque la possibilité de leur accorder le droit de vote aux législatives…

L’autre bouc émissaire de la colère des Hongrois est la communauté Rom (ou Tziganes), qui constitue 7 % de la population du pays et vit dans sa très grande majorité dans un état de misère et de déréliction totales. Des “milices citoyennes”, noyautées par le Jobbik ont récemment opéré des descentes dans les quartiers roms de villes moyennes, pour intimider cette population accusée de vivre de rapines.
La présidence de l’UE a été l’occasion pour la Hongrie de se livrer à une sorte de chantage vis-à-vis de ses partenaires européens : aidez- nous à financer les programmes d’éducation, de santé, de formation professionnelle pour nos Roms sédentarisés, sinon ils vont se mettre en mouvement vers des pays plus riches et plus généreux en matière de prestations sociales…

Viktor Orban n’a pourtant pas trop mauvaise presse chez nous, car il a trouvé le filon pour se faire bien voir : refuser tout entretien avec des journalistes qui connaissent un peu la question, et privilégier la presse “people”. C’est ainsi que Paris-Match s’est récemment offert un de nos meilleurs esprits pour faire l’éloge du jeune Premier ministre et de sa petite famille sur quatre pages avec plein de jolies photos.

  1. Pour s’en persuader, il suffit de lire l’entretien accordé au prochain numéro de la revue Politique Internationale par Marton Gyöngyösi, dirigeant du Jobbik et vice-président de la commission des affaires étrangères du Parlement.
  2. Agnès Heller a publié une tribune dans Le Monde à propos de cette affaire
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  • 26 March 2011 à 15h24

    Angel dit

    Bbravo pour cet article.
    L extreme droite hongroise et meme V Orban (mem s il le fait plus discretement) est ouvertement nazifiante. Glorification de Horty, Szalai, et meme Ante Pavelic (le nazi croate terriblement decrit par Curzio Malaparte dan Kaputt) et Hitler.
    Les slovaques et les roumains au bagne. Les juifs, les tsiganes et les serbes aux poteaux. Telle est leur devise repetee a la radio, lors des manifestations et dans leurs journeaux.
    Que dirions, Si un parti d extreme droite meme de la mouvance islamiste osait le dixieme en France .

  • 26 March 2011 à 1h32

    Budelberger dit

    Je lirai mieux les vaticinations de Rosenzweig sur le vilain méchant Hongrois le jour d’après où je l’aurai lu gueuler contre l’emprisonnement pour délit d’opinion de Vincent Reynouard. (Déjà 37 (!) semaines de détention ; en France ; oui, vous savez, là où tuer des petites vieilles ou violer des Blanches est un sport “national”.)

    • 26 March 2011 à 12h27

      vingtras dit

      je lu pas ce que vous voulez dire… Qui c’est ce Reynouard ?

      • 27 March 2011 à 20h44

        Budelberger dit

        Comment ?! Vous ne lisez pas la presse bien-pensante qui ne bruit – depuis plus de 37 semaines – chaque jour que de l’emprisonnement en France d’un intellectuel français pour délit d’opinion ?!…

        (Pour « Causeur », c’est chaque jour sur le site, et chaque mois dans le journal.)

  • 25 March 2011 à 14h11

    Bibi dit

    @LR

    Je viens de lire cet article, qui prend la défense de Viktor Orbán:
    http://standpointmag.co.uk/node/3729/full

    D’après l’auteur, il y aurait une cabale “coco” contre le grand démocrate.
     

  • 25 March 2011 à 11h49

    Patrick dit

    “Faut-il bombarder La Hongrie ?” (titre de l’article)

    Je rebondis : faut-il bombarder la Syrie ? Les “révolutionnaires” se font massacrer par leurs dirigeants…

  • 25 March 2011 à 11h23

    steed59 dit

    remplacer une dictature par une autre dictature j’appelle pas ça une libération. Les Européens de l’Est ont raison de dire qu’ils ont été occupés de 1940 à 1989. Nous qui n’avons pas connu l’occupation soviétique (occupation réelle, avec caserne de l’armée touge en bas de chez soi), qui sommes-nous pour les juger ainsi ?

    • 1 April 2011 à 1h01

      skardanelli dit

      Ceux qui n’auraient jamais du les accepter dans l’Union.

  • 25 March 2011 à 10h38

    Gil Mihaely dit

    notre lecteur Pierre Walin, qui habite à Budapest nous envoie le message suivant :
    “Bravo pour cet article (je dirais … „malheureusement” bravo) qui reflete parfaitement la triste réalité de ce pays aujourd’hui. Lors du discours véhément qu’il vient de tenir devant une foule enthousiaste le 15 mars dernier a l’occasion d’une fete nationale (anniversaire du soulevement de 1848 contre l’Autriche), Viktor Orban a déclaré que „nous avons bien tenu tête au diktat de Vienne en 1848, aux diktats de Moscou en 1956 et 1989, nous allons maintenant tenir tete au diktat de Bruxelles”. Comme si le contexte était le meme !… (vous voyez Barroso envoyer ses chars…) et alors que la Hongrie assume la présidence tournante de l’UE… No comment ! Et je passe le reste du discours qui n’était que sur ce ton (soit dit en passant, avec au premier rang un parterre de 500 jeunes payés – sur fonds publics – pour figurer et applaudir…) Et puis, ce que vous savez en France (loi sur les médias) est presque peu coté du reste, comme cette loi qui permet de licencier les fonctionnaires sans motif (reconnue anticonstitutionnlelle, mais seulement avec effet du 31 mai). En attendant, le gouvernement s’en donne à coeur joie: cette semaine viennent d’etre froidement virés de leur poste 7 fonctionnaires tout simplement pour avoir émis quelques réserves sur l’appellation future de l’aéroport, sujet somme tout anodin, lors de la tenue d’une commission géographique (qui vient d’etre du meme coup dissoute). Je vous affirme mordicus que je n’invente pas. Et puis derniere lubie en date: le projet de débaptiser la place de la Liberté de Budapest, car on ne peut accepter que la ville ait été libérée par ces affreux vilains Russes (certes, pas des enfant de choeur, mais ne fallait-il pas chasser les Nazis? Pas si évident penseraient certains aujourd’hui). Non Ubu n’est pas mort ! (Mais attention pour une démographie ici en chute libre, car le ridicule tue..) 

    • 25 March 2011 à 11h19

      phloppe dit

      L’isurrection de Budapest d’octobre 57, écrasée par les chars russes, ça vous dit quelque chose ? A part que Staline n’était pas un enfant de choeur ?

      • 25 March 2011 à 17h50

        vingtras dit

        Sauf que c’était Khrouchtchev le patron et que Staline était mortu depuis 3 ans car “ça” se situait en 1956… M’en voulez pas, mais il faut toujours rendre à César ce qui appartient à César. Bàv.

  • 25 March 2011 à 10h19

    Alain Briens dit

    Incroyable quand même cet antisémitisme sans juifs…parce qu’en Hongrie, il n’en reste quand même plus beaucoup des juifs, pas assez en tout cas pour leur attribuer tous les malheurs du pays ?

    • 25 March 2011 à 11h01

      Bibi dit

      L’antisémitisme n’a pas besoin de juifs “concrets” ou sur place pour exister et s’épanouir.
       

  • 25 March 2011 à 9h49

    Luc Rosenzweig dit

    @steed59
    la photo montre les humanistes de la “Garde magyare” lors d’une de leur parade 

    • 25 March 2011 à 11h20

      steed59 dit

      elle a été prise en 1942 ou en 2011

      • 25 March 2011 à 15h12

        Saul dit

        (oups pas vu votre réponse Marc Cohen)

        2011 (enfin au 21ème siècle en tout cas)

  • 25 March 2011 à 9h43

    xray dit

    a Vingtras:
    vous forcez un peu le trait en soutenant que le “Casse-toi” a marqué la pensée mondiale. C’est accorder beaucoup trop d’importance à une bêtise, fût-elle présidentielle et je ne pense pas que le monde identifie la France à cet affligeant dérapage verbal. D’ailleurs, d’une manière générale, sauf peut être ces jours-ci, le monde se fout de la France. De même quand vous érigez en symptôme d’une évolution mondiale la criminalisation des opposants en Hongrie. Le phénomène me semble heureusement confiné à certains pays de feu le bloc de l’Est, qui ont conservé certains schémas de pensée de la grande époque communiste.

    • 25 March 2011 à 11h04

      Bibi dit

      Je crains que ces schémas prédatent cette glorieuse époque.
       

    • 25 March 2011 à 17h52

      vingtras dit

      Je me demande si le “second degré” est encore usité dans notre pays… ce qui montre bien la réalité de la “criminalisation des opposants”… Bàv.

  • 25 March 2011 à 9h34

    steed59 dit

    que représente la photo en illustration svp ?

    • 25 March 2011 à 15h10

      Saul dit

      la Garde Hongroise (ce sont de sympathiques paramilitaires du Jobbik)

  • 25 March 2011 à 8h58

    vingtras dit

    Vous ne m’étonnez pas. Il y a un moment que “ça” rôde sur les bords du Danube… Si le principal apport de la culture française actuelle à la pensée mondiale a été “Casse toi !!!”, l’apport général mondial à ladite “pensée”, dont la pensée hongroise est un symptôme, reste bien la “criminalisation des opposants” (ou des objectants) que vous signalez. On en voit tous les jours les effets… sur le ouaibe. Bàv.
    PS. Félicitations au patron, pour son développement sur le “printemps arabe”, ce matin, sur France Cul.