Fallait-il laisser Hosni sortir d’Egypte ?
L’Unesco n’a que ce qu’elle mérite
Publié le 18 septembre 2009 à 11:00 dans Monde
Mots-clés : Abdel-Aziz Hosni, Égypte, Proche-Orient, UNESCO

Farouk Hosni, ministre égyptien de la Culture, parviendra-t-il à prendre la tête de l'Unesco ?
L’Unesco, en temps normal, tout le monde s’en fiche. Il a fallu la candidature de Farouk Abdel-Aziz Hosni, actuel ministre égyptien de la Culture, à la tête de cette usine à gaz onusienne, pour qu’elle devienne un sujet de news et l’enjeu d’une bataille au couteau dans l’arrière-cuisine du pouvoir. Pourquoi donc tant de bruit ? Tout simplement parce que le candidat égyptien, qui part favori après le premier tour, est responsable de plusieurs déclarations anti-israéliennes et antisémites. Mais si BHL, Claude Lanzmann et Elie Wiesel sont sur le pied de guerre, Israël regarde ailleurs. En clair, l’Etat hébreu a donné son feu vert. L’entente de Netanyahou avec Moubarak sur ce dossier évoque vaguement l’attitude de Berne vis-à-vis de Tripoli. C’est donc l’occasion pour Bibi de réaliser un vieux rêve israélien : devenir la Suisse du Proche-Orient.
Né à Alexandrie en 1938, le héros de cette affaire se lance dans une carrière de peintre et devient rapidement un artiste engagé – dans la fonction publique. Ainsi, à l’âge de 26 ans, il occupe un emploi de “modérateur culturel” au Département général des Beaux-arts au ministère de la Culture. Il est ensuite nommé directeur du Palais de la culture d’Alexandrie, poste qu’il quitte pour celui diriger le Centre culturel égyptien à Paris (1971-1978) où il est également attaché culturel. Par le plus grand hasard, c’est lors de ce séjour diplomatique en France qu’il son art est pour la première fois couronné par le prix du festival de Cagnes-sur-Mer (1972). Quant au prix “de la culture et de la paix” qui lui a été décerné en 1993 par l’université internationale de la Söka Gakkai au Japon, ma nullité en matière de peinture abstraite contemporaine m’interdit de me prononcer. Entretemps, Hosni a passé quelques années à Rome à la tête de l’Académie égyptienne des Arts à Rome. En 1987, sa carrière est couronnée par portefeuille de la Culture qu’il détient sans discontinuer jusqu’à aujourd’hui.
On ne fait pas une telle carrière en affichant des opinions dissidentes. Être ministre de la Culture dans un pays où les intellectuels sont antisémites comme ils sont de gauche en France et où une visite à l’ambassade d’Israël au Caire suffit pour être lynché, cela demande quelques efforts. Quelques-uns, comme le prix Nobel Naguib Mahfouz ont pu se permettre d’avoir des opinions nuancées mais la légitimité morale et artistique de Farouk Hosni est trop limitée pour qu’il s’autorise de tels chichis. Il s’est donc plié aux figures imposées par la doxa locale : citons, entre autres, “l’infiltration des médias internationaux par les Juifs”. Il a également déclaré qu’“Israël n’avait jamais contribué à la civilisation à quelque époque que ce soit car il n’a jamais fait que s’approprier le bien des autres”, mais il est vrai que ce n’est pas très éloigné de ce que pensent beaucoup de belles âmes alter ici. Son embarrassant CV comporte aussi une invitation lancée au négationniste Roger Garaudy. Bref, comme l’a noté Caroline Fourest dans Le Monde, “il a beau s’en défendre et dire respecter la ‘culture juive’, Farouk Hosni est à l’image des apparatchiks de sa génération : incapable de distinguer la question juive de la politique israélienne”.
L’honnêteté impose cependant de rappeler qu’il a aussi été le défenseur sans faille d’une certaine laïcité. Il a qualifié le voile musulman de “pas en arrière pour les femmes égyptiennes.” “Si les femmes doivent se couvrir, les hommes devraient le faire aussi, vu qu’il n’y pas de différence entre des cheveux féminins et masculins”, a-t-il dit.
Le cas Hosni a menacé de tourner à la crise diplomatique, à partir du moment où le président Moubarak a décidé de soutenir sa candidature, puis face aux premières critiques, d’en faire une question de prestige et d’honneur national pour l’Egypte.
Avant le 30 mai 2009, date limite de dépôt des candidatures, Le Caire s’est attelé à la besogne en mettant particulièrement la pression sur la France, pays hôte du siège de l’Unesco, et sur Israël, dont la magnanimité était d’autant plus indispensable que l’offensive anti-Hosni a été menée par d’éminents intellectuels juifs. De son côté, le candidat suspect s’est pris d’une soudaine passion pour les vieilles synagogues égyptiennes.
Il est clair qu’Israël ne peut guère s’offrir le luxe d’une crise majeure avec l’Egypte. Il n’en reste pas moins que dans ce jeu, l’Egypte possède d’innombrables atouts. Le Caire n’a même pas besoin de rappeler son soutien à l’Etat hébreu lors des derniers incidents à Gaza, la lutte commune contre le Hamas, le trafic d’armes et le Hezbollah, la menace iranienne qui pèse sur les deux pays, et enfin les efforts égyptiens pour faciliter la libération du soldat Shalit. Sans oublier la petite cerise sur le gâteau offert à un Netanyahou fraîchement élu : la bénédiction de Moubarak qui a chanté les louanges du chef du “gouvernement israélien le plus à droite de l’histoire” lors de sa dernière visite aux Etats-Unis il y un mois. N’oublions pas non plus que le secrétaire général actuel de la Ligue arabe est l’Egyptien Amr Moussa, dont l’hostilité à Israël est tempérée par les “conseils” de Moubarak. Bref, si le président égyptien demande à un Premier ministre israélien de lui rendre un petit service, c’est une proposition qu’il ne peut pas refuser.
Pour la France, l’Egypte et son président représentent un atout-maître. Bien au-delà de son rôle au cœur du grand projet méditerranéen d’Henri Guaino, Moubarak est le garant de la stabilité du plus grand pays arabe. La fin de règne du vieux président égyptien est une source de grandes inquiétudes, et on n’exclut pas, dans les chancelleries européennes, un scénario à l’algérienne pour l’après-Moubarak. Le moment est mal choisi pour infliger un camouflet public et international au président et à son ministre ennemi des Frères musulmans. Paris a donc déployé une intense activité pour aider M. Hosni. Le président lui a même prêté sa plume : comme l’a révélé Natalie Nougayrède dans Le Monde, c’est bien Henri Guaino qui a écrit la tribune publiée par Le Monde le 22 mai dans laquelle Hosni plaide son cas et tente de dissiper les “malentendus”. Ce qui n’a pas arrangé les relations diplomatiques entre Guaino et BHL qui continuent à se traiter de noms d’oiseaux par médias interposés. Ambiance.
Tout cela ne va pas améliorer la crédibilité de l’Unesco, qui apparaît pour ce qu’elle est : la récompense de dignitaires en fin de carrière de régimes essoufflés. C’est ainsi que fonctionne la démocratie mondiale – one state, one vote. Si ça fait plaisir à notre ami Moubarak, un antisémite à paris, ça ne changera pas la face du monde.
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L'auteur
Gil Mihaely est historien et journaliste.
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Olivier dit
@Bibi :
Il est l’Autre pour nous, en effet. Mais pour lui-même également en quelque sorte. Capable, comme tous les esprits ou cultures égocentrés, de se concevoir comme une totalité se suffisant à elle-même. Et considérant donc l’Autre comme, au mieux, inutile. C’est, en généralisant, l’esprit actuel du monde de la culture en Egypte et ailleurs dans le monde arabe. G. Mihaely le rappelle dans son article : ce sont ces milieux qui sont les plus rétifs à une normalisation des relations avec le voisin un peu différent. A l’inverse, et à titre de simple exemple, faut-il rappeler le nombre d’Israéliens qui se sont naïvement précipités en Egypte dès la paix signée pour visiter le pays des pyramides ?
Bibi dit
@Olivier
Mais M Hosni EST l’Autre.
C’est d’ailleurs cette altérité qui le rend éligible. Et le protège de toute critique.
Comme Mohamed El Baradei de l’AIEA.
Olivier dit
Le plus intéressant est la carrière du type. Etonnant comme peu de journalistes soulignent le caractère fort peu subservif des “artistes” du monde arabe. Ou alors une forme de subversion de type surenchère dans la vertu. En Europe ou aux Etats-Unis ou en Israël, le monde de la culture est celui qui est (par essence pourrait-on dire) le plus ouvert au monde, à “l’autre”, au différent, au lointain, à l’adversaire ou à l’ennemi même. En pays arabes, c’est l’inverse. La paix est encore loin.
Note-Dame de Sion dit
gerard
De quoi se plaignent-ils?
De cette horrible violation des droits de l’homme!
Des enfants de Gaza chantent et dansent à longueur d’émission Télé-Hamas leur souhait le plus cher de chercher la mort. Leurs mères et cousines et frères les emmènent sur des toits d’immeubles, dans des maisons, des écoles, des mosquées abritant des civils-qui-lancent-des-roquettes-et-qui-plantent-des-charges-explosives pour servir de chair à cannon – et ces sadistes de Tsahal font tout pour ne pas toucher ces enfants qui ne souhaitent que mourir!
Ne peut-on pas accorder à ces enfants le droit élémentaire d’exaucer leur vœux très pieux de se faire tuer? Quelle cruauté!
gerard dit
@ Robespierre
Un antisémite à Paris ce n’est pas normal,ailleurs non plus, mais c’est fréquent.
gerard dit
Comme il est chou ce Gloupss.
Son inculture…
Et surtout ne venez pas nous chauffer les oreilles avec toutes vos histoires de pogroms. Et d’abord il n’y a pas eu de pogroms en Palestine puisque les palestiniens et gloops ont décidé qu’on a amené tous les juifs d’Europe en 1946 et tout ça pour emmerder le Grand Mufti . Un inconnu des incultes.Et en plus ça contrarie la propagande inspirée de Goebbels (tiens on retrouve Hosni) que diffusent avec ardeur les Palestiniens et en général les Arabes.
les massacres de Damas ? d’Hébron ? de Safed… la longue liste risque d’indisposer tous ces amateurs de Céline. Et comme dit Jardidi déjà quon veut bien les tolérer (presque ),de quoi se plaignent-ils?
Note-Dame de Sion dit
Non Gloupsss, ce sont vos mensonges qui puent la partialité aveugle.
En toute conscience moralisante, pouvez-vous fournir la formule magique qui permet à un état de protéger ses citoyens des massacres promis par l’ennemi en faisant 0 (zéro) victime chez l’ennemi?
Que ne l’avez vous donnée, cette formule, au Roi Hussein de Jordanie en septembre (noir) 1970? Et à Hafez al-Assad en 1982 (Hama)? Et à Saddam Hussein?
(Liste partielle)
Gloupsss dit
Mais ce qu’il y a de gênant c’est que vos faits sentent la propagande . L’esprit ignorant peut évoluer en reconnaissant ses erreurs , ses lacunes . L’esprit sclérosé pétri de certitudes , n’a que peut de chance d’évoluer .
Un état a en effet le devoir de protéger ses concitoyens ….Pas celui de massacrer son/ses voisins .
Note-Dame de Sion dit
Gloupsss
Ce qui est indécent est d’énoncer des vues de l’esprit ignorant comme des faits. Et de se plaindre quand on rapporte des faits qui contredisent ces visions.
Et il serait indécent de la part de tout état souverain de ne pas défendre ses citoyens.
Gloupsss dit
En aucun cas vous ne faites allusion au rapport eShalom Arshav decrivant le vol des terres Palestiniennes par des Israéliens.
Pas une seule fois vous ne semblez attristé par la mort de ces innocents !C’est le langage du sourd à l’aveugle . Ce langage est fort inquiétant puisqu’il débouche sur l’extrémisme…Des deux cotés . Contrairement à vous je l’ai déjà dit , je n’absous en rien les fanatiques palestiniens se faisant sauter la tronche en essayant de tuer le plus de juifs possible. De l’autre je ne peux accepter la politique de Israël , ça serait totalement indécent .
Comme il y a quelque chose de malsain a reprendre les évènements du passé (certains évènements en occultant d’autres…) pour faire oublier le présent.
Gloupsss dit
*
….l’étaient les Juifs de la ville d’Hébron soient massacrés.
Gloupsss dit
Mon inculture a zappé le massacre d’Hébron en 1929….Je l’avoue !
Massacre qui ne justifie pas qu’aujourd’hui des Palestiniens innocents tout comme l’étaient les Juifs de la ville d’Hébron .
Munich en 1972 ….Mais vous allez nous ressortir tous les faits d’armes d’Arafat et du Hamas pour justifier la politique Israélienne d’aujourd’hui?
S’il fallait relater toutes les injustices qui sont supportées par les Palestiniens depuis la création de l’état d’Israël…Ça n’en finirait plus …
Aujourd’hui , inutile d’aller cherchez des évènements qui remontent à Ponce Pilate ces horreurs sont les faits de l’armée Israélienne et de son gouvernement . La politique du Hamas actuellement est largement soutenue par la majorité des Palestiniens , a cause de ces forfaitures.