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Fallait-il faire tant d’Histoire ?

Terminale Science sans conscience

Publié le 10 décembre 2009 à 11:03 dans Société

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Plus d’histoire pour les Terminales S, donc. Avançons quelques hypothèses sur cette affaire qui fait grand bruit – et c’est heureux.

On pourrait d’abord invoquer la haine du sens : après tout, dans la scène primitive du Fouquet’s, au sens freudien du terme, celle où l’on a vu coucher symboliquement ensemble la clique au pouvoir, il y avait des chanteurs de variété, des financiers, des people plus ou moins faisandés, des acteurs de comédie, des intellectuels à gages. Mais vous pouviez chercher en vain les artistes, les poètes, les écrivains, les philosophes. Laurent de Médicis ou les Borgia, quand ils arrivaient au pouvoir, avaient eux aussi le sens des affaires et de la famille. Même papes, ils se mariaient. Mais enfin, leur pouvoir a servi à remplir pour les siècles des siècles le Bargello ou les Offices et on peut bien leur pardonner une certaine violence mafieuse et des inélégances de condottieri. Ne pas oublier, non plus, le bolossage en règle et à trois reprises de la Princesse de Clèves, qui n’a pas à sa disposition un numéro de téléphone contre les violences physiques et/ou psychologiques. Cela a été un symbole tellement énorme que Madame de Lafayette, le temps d’une saison, est redevenue un genre de Marguerite Duras (tout le monde en parle, mais personne ne la lit) et aurait pu prétendre à un grand prix littéraire posthume. L’anti-intellectualisme, feint ou réel, peu importe puisque nous sommes dans le domaine spéculaire de l’action politique, est une marque de fabrique, au moins depuis Poujade, de la droite décomplexée comme d’ailleurs d’une certaine extrême gauche à front de taureau. Mais on pourrait parler aussi, pour alourdir le dossier, évoquer la disparition programmée de la direction du Livre au ministère de la Culture.

On pourrait, ensuite, aussi invoquer la haine de classe, une haine double, assez étrange dans le cas qui nous intéresse. Celle d’un hyper-président à un poste où, quand même, depuis de Gaulle, on discute plus facilement de Salluste et de Chardonne que de garde alternée à Dubaï ou de ce qui fait qu’à 50 ans on a réussi sa vie. La manie de la rupture sarkozyste, elle est là aussi. Il les trouve tellement précieux et prétentieux, ses prédécesseurs, avec leur goût pour les églises romanes, les arts premiers et la poésie française… Et puis, l’un n’empêchant pas l’autre, une méfiance viscérale de ce peuple qui malgré cent-cinquante chaines de télé bourrées jusqu’à la gueule de séries prônant le modèle étatsunien ou de jeux abjects visant à toujours plus d’humiliation et fondés sur l’accoutumance au licenciement, il y en a encore et toujours quelques uns pour aimer lire, visiter des musée ou aimer apprendre ce que d’ultimes dinosaures dans des Jurassic Park scolaires s’entêtent à transmettre de la philosophie, de l’économie, de l’histoire, du latin et du grec. L’économie enseignée dans les lycées, contrairement à celle assénée par les éditorialistes libéraux, est un peu plus compliquée que les slogans du genre “Enrichissez-vous” et “nationalisons les pertes pour mieux privatiser les profits”. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que cette discipline ait été ces dernières années la cible préférée de ceux qui trouvent que l’entreprise de normalisation mentale ne va pas assez vite : on a donc parlé de supprimer l’économie à l’école et surtout les professeurs d’économie dont le Medef a prétendu qu’ils étaient tous des agents dormants du KGB apprenant les rudiments du socialisme scientifique à d’innocentes Terminales. Ne parlons pas de la philosophie, régulièrement remise en cause comme une exception française décidément ridicule : à quoi ça sert, tout de même que toute une classe d’âge ait entendu parler de la liberté, de la passion, de la mort, surtout quand une partie d’entre elle passe pour le cours suivant dans un atelier de carrosserie. Cela leur met de sales idées dans la tête et cela en ferait comme un rien des syndicalistes ou des mauvais coucheurs qui pourraient argumenter contre cette idolâtrie de la valeur travail.

On pourrait, pour finir, voir dans ce projet de suppression de l’histoire en Terminale S l’achèvement d’un processus orwellien qui est celui de toutes les sociétés capitalistes et postmodernes. Le rêve secret, inconscient, de tout gouvernement d’une économie spectaculaire marchande est de faire transformer le citoyen en consommateur à force de propagande ayant pour nom “publicité” ou de manipulation mentale qu’on appellera “marketing” pour nous faire sortir de l’histoire, justement et pour nous faire vivre dans ce que Debord appelait joliment “le présent perpétuel”. Il est évident que l’enseignement de l’histoire pour de futurs ingénieurs sans doute appelés à calibrer un peu plus nos existences, nos corps et nos désirs, est inutile voire contre-performant. Il ne faudrait pas qu’ils s’intéressent à la politique et observent de vilaines analogies entre notre monde technicisé et des sociétés du passé qui ont eu elles aussi de vilaines pulsions eugénistes ou prométhéennes.

On pourrait, on pourrait, on pourrait… Hélas, la réalité est beaucoup plus simple et médiocre, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit moins dangereuse. Ce n’est pas Luc Chatel qui dirige la manœuvre, ce n’est sans doute même pas Sarkozy qui doit tout de même, enfin je pense, avoir encore quelques inhibitions tant qu’Henri Guaino, comme un remords vivant de la République, médite dans le bureau d’à côté. Non, le maître du pays, c’est Eric Woerth, ministre du budget. Au Saint-Nom de la Réduction du Déficit, le principe du non-remplacement des fonctionnaires partant à la retraite est observé avec une rigueur trappiste. Sur la période 2007-2010, on aura supprimé 50.000 postes d’enseignants. Comme, il n’y a pas de petites économies, la “suppression optionnelle” de l’enseignement de l’histoire dans les Terminales S permettra de mettre de côté trois francs six sous. Il n’y a pas de petits profits pour les bons gestionnaires.

Bref, on n’est même pas dans l’ordre du complot, ce qui d’une certaine manière serait rassurant. Non, nous avons juste affaire à des gens qui confondent le vieux pays avec un petit commerce et qui ne rêvent plus de grands desseins mais de bilans comptables équilibrés.

Michelet disait de la France qu’elle était une nation d’historiens. Elle finira comme un pays d’épiciers ignares et de Monsieur Prudhomme assistés par les ordinateurs de l’amnésie heureuse.

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  • 14 December 2009 à 21h16

    ramon mercader dit

    @ ul
    du temps (lointain) où je pratiquais le kayak (palindrome) la récompense pour celui qui avait passé la journée plus souvent dans l’eau que dans son bateau était…….une cuillère en bois !
    là vous venez d’en gagner une !
    en alu !

  • 14 December 2009 à 14h54

    Joãozim dit

    @ Saul : tout à fait d’accord avec vous à propos de l’europe. A un détail près cependant : vous dites que “l’europe de monnet et schumann a été trahie par les eurocrates”, mais un rapide coup d’oeil à sa biographie prête à penser que monnet n’était pas le brave papy oeuvrant pour la paix entre les peuples que les programmes d’histoire nous présentaient… plutôt un ultra-libéral convaincu, défendant systématiquement les intérêts anglo-saxons et souhaitant la mort de l’état-nation façonné par le modèle français.
    En ce point, lui et Schumann ont accouché d’un monstre aphorme qui, aujourd’hui, correspond tout à fait à leurs idées…

  • 14 December 2009 à 14h25

    Saul dit

    Impat,
    si je comprends bien vous voulez dire qu’ actuellement au jour d’ aujourd’ hui, ceux qui se positionnent en situation d’ expertise ne sont plus en capacité d’ expliciter des réformes uniquement technologiques dont le but est pourtant de solutionner un enseignement qui se conplexifie…

    ( si après ça j’ ai pas le pulitzer, ou au moins la bécasse avariée en 2ème prix..)

    ( Thé, petite friponne, pas bien de venir lire Causeur en cachette…tss tss )

  • 14 December 2009 à 13h22

    ramon mercader dit

    @ sol invictus
    si vous pensez que l’histoire telle qu’elle est enseignée est le remède souverain à tous les maux de la démocratie……….alors on peut rien pour vous
    elle permet tout juste (et même……..)aux lycéens de défiler le 22 avril 2002
    mais pas à leurs parents grands-parents et grands frères d’éviter de provoquer ce même 21 avril
    pour notre plus grand amusement d’ailleurs
    alors……….
    tiens paraphrasons sartre: “à quoi sert l’histoire dans un pays qui a voté le pen (ou miterrand ou front popu ou ………..;)”

  • 13 December 2009 à 22h02

    sol invictus dit

    Cher Saul votre référence à l illustre Achille Talon est la marque d un homme de gout , je ne manquerai pas d en prendre connaissance .Pour en revenir à ces heures d Histoire et tout en étant contre leur suppression je doute fort que ces quelques instants d enseignement suffisent à faire de nos chères tetes blondes ou brunes des citoyens responsables :ne revons pas .

  • 13 December 2009 à 21h33

    Impat dit

    Un de ceux qui m’agacent le plus:
    Employer en français “expertise” dans son sens anglais de compétence/expérience. Il faudrait qu’un connaisseur se livre à l’expertise de cette expression devenue très fréquente. Mais il devrait avoir une compétence suffisante pour se livrer à cette expertise.
    Bon…je peux continuer longtemps comme ça !

  • 13 December 2009 à 21h27

    Impat dit

    rackam, oui, et j’ai un atout, j’ai plein de conifères autour de moi.

  • 13 December 2009 à 20h50

    ramon mercader dit

    @ rackam
    oui “le mot le plus con”
    un divertissement sponsorisé (et non “supporté par”) par l’éducnat!
    ou un divertissement dont l’éducnat est le mécène ou dont l’éducnat fait la promotion
    le gagnant pourra faire valoir ses droits à ………..retourner à l’école !
    ceci dit je retourne au bureau
    un truc à finir

  • 13 December 2009 à 20h31

    rackam dit

    impat, ramon, saul,
    vous jouez au “Mot le plus Con”?

  • 13 December 2009 à 20h09

    Impat dit

    ramon mercader, je précise qu’en écrivant “nos élites seront formées ailleurs” je pensais à l’éducnat dans dans sa branche “école secondaire”.
    Par ailleurs, bien d’accord avec vous et Saul quant à certains termes stupidement en vogue ! Allez, j’en ajoute un: “complexifier”.

  • 13 December 2009 à 19h17

    ramon mercader dit

    @ saul
    vous avez raison !
    j’exècre aussi “positionner”
    et tiens “au jour d’aujourd’hui” qui est un triple pléonasme
    et encore “être en capacité de” !
    ha celui là c’est mon préféré !
    il pue son cuistre et son école de journalisme ! un peu comme la bécasse avariée….

  • 13 December 2009 à 19h08

    Saul dit

    Ramon, vous avez oublié “positionner”

  • 13 December 2009 à 18h59

    ramon mercader dit

    @ inpat
    ha non !
    que faites vous de spo de l’ena et de normale sup (dont l’acronyme est ns comme not’président )
    non c’est le fait que les littéraires sont peu adaptés au monde moderne
    au monde d’après la révolution démographique et technique ( je hais de toutes mes forces le mot “technologique” et aussi “expliciter” et encore plus “solutionner”)
    une espèce disparue en somme
    ou en voie de disparition
    et pourtant il y a du bonheur dans les lettres
    mais bon
    tiens entendu toujours sur francecul la blague des normaliens “les séries s feront les cartons que les séries économiques vendront et dans lesquels dormiront les littéraires”
    rude !

  • 13 December 2009 à 18h54

    ramon mercader dit

    non si on doit continuer à enseigner l’histoire comme aujourd’hui autant ne plus l’enseigner
    il y a un conflit entre histoire et mémoire
    entre vérité (toutes proportions gardées hein parceque la vérité en histoire …..tu m’as compris) et idéologie
    exemples de récitations que mon petit me faisait en 5ème (soit 8 ans avant voilà jusqu’à la fin de la math spé) “sous les rois la france est ruinée et le peuple est misérable”
    “l’esclavage des noirs est le seul fait de l’europe et est une tache innefaçable pour notre nation”
    zen voulez d’autres……
    non je vous citerait pas mes bouquins de géo de term c de 78 dans lesquels il était écrit “l’urss est le plus grand pays au monde en termes de population et de production économique”
    ce qui serait marrant c’est qu’à bientot 50ans je reprenne des études d’histoire
    voir si c’est aussi pire dans l’enseignement supérieur que dans le lycée

  • 13 December 2009 à 18h49

    Impat dit

    “…une schizophrénie entre l’objectif (toujours affiché) d’égalitarisme forcenné viscéral ontologique de l’éducnat ET la nécéssité INCONTOURNABLE de créer une élite…”
    C’est exactement cela, mais en caricaturant un peu, à peine hélas, on peut dire que pratiquement l’éducnat a fait son choix: celui de “l’objectif (toujours affiché) d’égalitarisme forcenné viscéral ontologique “.
    Les élites qui nous resteront se seront formées…ailleurs.

  • 13 December 2009 à 18h44

    ramon mercader dit

    suite
    et oui anys arbib future élite n’a rien en commun avec le peuple
    et pourtant il devrait si on suit la logique qui lui a fait une place à spo
    ben non
    alors du coup quelle que soit la filière s l ou es ………
    bien on sort du problème là
    je pensais à ce que disait ce brave max dans le poste
    les matières dites historiques sont en fait bougrement mal enseignées et ceci depuis au bas mot 30 à 40 ans
    perte de la chronologie confusion des faitstout celà ne concourt pas à clarifier les choses
    il est vrai que lorsqu’on fait simple ça devient simpliste mais mieux valent des bases bien établies qu’un fourbi inclassable
    ceux dont les gamins sont encore dans le milieu scolaire ne me contrediront pas

  • 13 December 2009 à 18h37

    ramon mercader dit

    suite
    en celà niche le désamour (le mot est faible) qu’entretient le pays vis à vis de ses élites
    loins des préoccupations usuelles/têtes d’oeufs qui pigent rien en dehors des maths/autant de coeur qu’un wagon de ferraille et on en passe …des pires
    alors on s’imagine que recentrer le prélèvement élitaire sur les littéraires les rendra plus proches……..mes fesses !
    par définition une élite ne PEUT PAS être proche des préoccupations du peuple
    tiens relisons la confession de anys arbib bassement injurié par un policeman lors des évennements qui ont suivi la victoâre algérienne sur les pharaons au foutebaule (de ces courses de ces foutebaules ! comme dit le facteur dans vialatte )”je suis étudiant à spo et à part la couleur de peau et la carte d’identité je n’ai rien en commun avec ces djeunzs”
    t’as pigé maintenant

  • 13 December 2009 à 18h30

    ramon mercader dit

    suite
    ce terme même d’élite est sujet à caution bien sur
    il ne s’agit pas que mon gamin ou que le copain de ma fille ou que mon cornard de cousin qu’a fait l’ixe me donnent des ordres (et d’ailleurs étant plus agé qu’eux c’est moi qui détient la dette et donc ……vous me suivez)
    non ils ne donneront pas d’ordres à la petite partie de la population qui est un peu de leur niveau (enseignants professions juridiques et tout le toutim )
    soit 20% des gilens
    par contre les 80% restants………
    ils prendront des décisions lourdes de sens pour eux et surtout ils génèreront une angoisse et une instabilité difficile à supporter (comment se comportent les salariés d’une entreprise lorsque des visiteurs étrangers en mercedès viennent reluquer l’outil de travail…….comme dans brassens”la ferme était bien vieille alors on l’a vendue”)

  • 13 December 2009 à 18h23

    ramon mercader dit

    ce matin sur l’esprit public gallo bourlanges et olivennes en causaient
    c’est pas une suppression ça devient une option
    qui comme toutes les options sera prise d’assaut (y a bon bonus de points!)au même titre que le grec le latin ou autre
    le fond du problème c’est ce besoin de casser la série s qui va “former des décideurs”
    et les décideurs c’est la chiasse la plaie la mort la cata !
    en fait il y a une confusion ET une schizophrénie entre l’objectif (toujours affiché) d’égalitarisme forcenné viscéral ontologique de l’éducnat ET la nécéssité INCONTOURNABLE de créer une élite
    et à de très rares exceptions près maintenant l’élite c’est les scientifiques généralistes
    on peut le déplorer
    mais c’est ainsi

  • 13 December 2009 à 18h10

    Saul dit

    Anthoto,
    onb retrouve ça aussi en fac d’ Histoire, l’ épreuve de commentaire de texte ou d’ études de doc était des plus appréciée par les étudiants car nul besoin de connaitre le contexte historique