Fallait-il diffuser Merah ? | Causeur

Fallait-il diffuser Merah ?

Tout ne doit pas être public mais gare à ne pas tout cacher

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 09 juillet 2012 / Médias Société

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Dimanche 8 juillet, dans l’émission Sept à Huit, TF1 a diffusé pour la première fois des extraits audio des conversations entre Mohamed Merah et les policiers enregistrés pendant le siège de l’appartement du terroriste les 21 et 22 mars dernier. Depuis, les critiques pleuvent et l’initiative de la chaine est presque unanimement condamnée.

Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a dit “regretter” la décision de la chaîne, exprimant son indignation devant l’absence de précaution prise “pour respecter les familles des victimes” du jihadiste. Le respect dû aux familles des victimes est en effet le premier argument invoqué pour critiquer TF1. Quoique émotionnellement efficace – qui ne comprend l’émoi des proches des sept victimes en entendant la voix de l’assassin ? – ce raisonnement est insuffisant. D’abord, comme l’indique le communiqué de Manuel Valls, certaines précautions auraient pu être prises : prévenir les familles ou les inviter à regarder le reportage avant sa diffusion à l’antenne. Qui plus est, si le droit de savoir du public se heurte aux droits des victimes, le premier – qui relève de l’intérêt général – doit l’emporter sur le second – lié à des intérêts particuliers.

Le deuxième argument que font entendre les critiques de TF1 est le préjudice à l’encontre de notre appareil de sécurité qu’entraîne la divulgation d’informations sur les méthodes de travail des différents services de renseignement et d’intervention. C’est un argument valable et sans doute, tout au long de cette affaire, trop de détails ont été rendus publics. Qu’il s’agisse des techniques qui ont permis d’identifier et de localiser Merah ou des différentes tactiques des unités spéciales, les apprentis terroristes sont mieux informés aujourd’hui qu’il y a quatre mois.

Il faut espérer que tout a été fait pour identifier les lacunes qui ont permis cette tuerie et y remédier. Mais en tant que citoyens et journalistes, admettons que les institutions- y compris les médias – ont parfois besoin d’être un peu fouettées par la presse pour tirer toutes les conséquences de leurs actions passées.

Si, sur ce point, le bilan avantages/ inconvénients de la diffusion de ces données secrètes n’est pas évident, n’oublions cependant pas que l’essentiel des informations problématiques a déjà été publiée. Sur ce plan, l’émission de dimanche n’a fait que répéter des éléments connus.

Finalement, pour évaluer le bien-fondé de la décision de TF1, reste une question très gênante : l’impact de ces enregistrements sur un éventuel culte postmortem voué à Merah dans certains pans de la société française ou à l’étranger. Là-dessus, chacun peut évaluer si ce document pourrait encourager des vocations voire inspirer des passages à l’acte.

Les inconvénients de cette publication sont donc multiples, de la peine faite aux familles jusqu’à la mise en danger de la vie d’autrui par l’affaiblissement des services de sécurité et l’encouragement d’actes similaires aux exactions de Merah. Les avantages sont en revanche moins clairs. Ce que nous avons entendu dimanche soir sur TF1 a déjà été publié et l’unique supplément d’information – certes non négligeable – a été de l’entendre de la bouche même de Mohamed Merah avec sa manière de s’exprimer, ses tics de parole (« tu vois »), son intonation, son sang-froid et son assurance.

A l’aune de tous ces éléments, TF1 a probablement eu tort de diffuser le reportage et les enregistrements. La chaîne a d’ailleurs partiellement reconnu son erreur et a retiré de son site internet les extraits des enregistrements diffusés hier soir. Elle a d’ailleurs fait la même chose pour le reportage diffusé dans le JT de 20h de dimanche.

Ceci dit, si la balance semble cette fois-ci plaider pour une non-publication, cela ne signifie pas qu’on puisse en déduire une règle générale valable en tous lieux et en tout temps. Sans céder au culte de la transparence, le droit de savoir ne doit pas être pris à la légère. Ainsi, l’ancien juge de la Cour Suprême américaine Louis Brandeis n’avait pas complètement tort en avançant que « la lumière est le meilleur des désinfectants ».

*Photo : TF1.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

      • 12 Juillet 2012 à 10h47

        isa dit

        Y va pas comprendre, Bibi, ne vous cassez pas la tête: il n’y a pas d’antisémitisme selon notre foudre préférée.
        Même qu’il a un nom juif et que personne ne lui a jamais collé une beigne (enfin, il a quand même dû être bercé trop près du mur, juif ou pas).

      • 12 Juillet 2012 à 11h26

        Bibi dit

        Isinka, c’est une histoire sans juifs.
        Une photographe (pas vraiment de droâte) fait ses courses dans une supérette et, à la caisse, note un couple et leur 2 enfants dont la femme enceinte, au foulard et à longue tunique, décharge toute seule le caddie. Elle s’adresse à l’homme pour lui demander s’il allait aider sa femme (à l’accent français), et se fait insulter en retour. Après les caisses, Madame attend la photographe pour la gifler, et lorsqu’elle lui a administré un coup de pied, elle a perdu l’équilibre et est tombée.
        La police fut appelée puis une plainte a été déposée par le couple, accusant la photographe de l’avoir agressé.
        Le tribunal l’a acquitté.

    • 12 Juillet 2012 à 4h05

      eclair dit

      petit retour sur l’affaire de l’agression du train.
      http://www.midilibre.fr/2012/07/08/exclusif-l-agresseur-presume-parle-je-prefere-mettre-une-gifle-qu-insulter-un-juif,530406.php

      vec mon collègue, on devait passer des tests pour rentrer dans l’armée. J’ai arrêté les études en troisième, depuis j’ai toujours travaillé. Je voulais entrer dans l’armée pour devenir maître-chien, dans l’infanterie. On a pris le TGV de 17 h 24 à Montpellier, on était dans le wagon 15, un duplex. Comment est survenu l’incident avec ce jeune homme ? Une heure après le départ, j’entends un jeune qui parle constamment dans son portable, alors qu’on n’a pas le droit de téléphoner depuis les wagons. Il y avait un bébé qui dormait à côté. Je me retourne pour lui demander de parler moins fort, il me fait un geste de la main, style : “Va parler dehors”. Au bout de dix minutes, il recommence, je me retourne encore, il me fixe pendant dix secondes et me fait un signe de la tête, genre : “Viens dehors”. Que se passe-t-il alors ? Je sors dans le sas, il me suit et dit : “J’ai que 15 ans mais j’ai pas peur de toi”. Je recule, il m’envoie un coup de tête, je lui envoie une droite, il se jette sur moi au niveau de la ceinture. Je l’attrape à la tête, on tombe, il est sur moi, il m’attrape les testicules, mon collègue fonce pour nous séparer, ça dure 40 secondes et un monsieur nous sépare. Il l’a mis dans le wagon et le jeune m’a dit : “T’es mort, t’es mort !” Et ensuite ? On était à 10 minutes de Valence, la sûreté ferroviaire est montée, je leur ai dit : “S’il porte plainte, je porte plainte.” Le jeune a dit : “Personne porte plainte et chacun rentre chez soi, c’est mieux comme ça.” On est ensuite arrivés à Lyon, on est allés à la caserne, le lendemain on a fait nos examens médicaux, tout était bon, on pouvait faire ce qu’on voulait à l’armée. A 11 h, la police est venue nous chercher. Comment s’est passée la garde à vue ? C’était la première fois de ma vie. Quand la police est venue, j’ai compris que c’était pour la bagarre, mais on n’était pas au courant des propos antisémites qu’il avait rajoutés. On ne savait pas que ça avait pris des proportions aussi intenses. La première audition a été déterminante : si un de nous avait menti, on était cuits. On a dit la vérité tous les deux. Ils ont compris que ce qu’on disait était cohérent et que les témoins confirmaient ce qu’on disait. Avez-vous été confrontés ? Oui, le jeune a essayé de mentir, en disant qu’il était monté avec un billet, alors qu’il était en fraude, et qu’il a eu une amende. Qu’en est-il de vos blessures ? Lui, il a des marques au dos, c’est sûr, mais je ne l’ai pas ouvert. Moi il m’a pété le nez, j’ai encore mal et je saigne quand je me mouche. Et ces accusations d’antisémitisme ? Les témoins ont dit que je n’ai pas eu de propos antisémites, mais c’est vrai qu’il y a eu un moment dans la bagarre où on n’était que tous les deux. Moi, je sais que je n’ai rien dit. Lui raconte qu’on l’a agressé parce qu’on a entendu le prénom de son frère, mais comment il s’appelle, son frère ? A l’heure qu’il est, je ne connais pas leur prénom à eux deux. Quelles conclusions tirez-vous ? Je retiens qu’on est rien dans ce monde et qu’à tout moment tout peut basculer dans votre vie. Je retiens que je préfère mettre une gifle, une bonne grosse tarte à quelqu’un qu’insulter un juif. N’est-ce pas déplorable de se battre dans un train ? Oui. Ce qui me chagrine énormément, c’est que j’aurais pu passer mes tests, rentrer à l’armée, et servir la France. Et voilà ce qui nous arrive, à cause de ce jeune qui nous accuse de l’avoir insulté. Ce qui énerve dans cette société d’aujourd’hui, c’est que deux Français qui se battent, c’est 24 h de garde à vue, deux arabes qui se battent, c’est 24 h de garde à vue. Mais si c’est un arabe et un juif qui se battent, tu peux prendre dix ans.  

      • 12 Juillet 2012 à 4h14

        eclair dit

        Donc on aurait un fraudeur qui prend le train sans billet de toulouse à lyon qui gene les autres en telephonant fort. Qui commence par agresser.
        Dire que certains le comparait déjà à un saint. 

    • 11 Juillet 2012 à 12h50

      quadpater dit

      Bea33, doutez-vous systématiquement de l’origine des vidéos et fichiers audio sur le Web, ou seulement de celui-ci ?

    • 11 Juillet 2012 à 12h16

      isa dit

      Je ferai la commission, patrick, mais je suppose qu’il a déjà lu vos gentilles salutations.

    • 11 Juillet 2012 à 9h24

      bea33 dit

      J’aimerais être certain qu’il s’agit bien d’une bande originale.

    • 11 Juillet 2012 à 9h05

      Bibi dit

      Fiat lux.
      Sa Fulgurance Illuminée pour remplacer tous les sigles “sécuritaires” de la France!

    • 11 Juillet 2012 à 8h12

      eclair dit

      L’enregistrement est à écouter.
      On se rend compte d’une chose c’est que les négociateurs sont bidons; Ils ne font pas preuve de psychologie. 
      Ils font pas mal d’erreurs de communication.Entre le fait de pas le laisser parler à sa mère.
      Le fait de répondre àces provocations.
      Le fait de lui dire ce qu’il risque.

      Si c’est ça des négociateurs professionnelsalors cela signifie qu’ils sont choisis n’impoorte comment. 

    • 10 Juillet 2012 à 21h29

      eclair dit

      @patrick
      J’ai un patronyme allemand qui est aussi porté par des juifs d’ailleurs.
      Mais de manière quasi systématique pour un musulman de base je suis un juif.
       
      AAlors qu’a metz les noms germaniques sont foison.  il viendrait normalement à aucun messien à l’esprit d’associer un nom germanique à un quelqu’un de forcément juif.

      C’est surtout ça qui est frappant dans cet article . Le reste c’est quelque chose de connu depuis longtemps.

      • 11 Juillet 2012 à 13h36

        Patrick dit

        Donc on pourrait croire que vous êtes juif !

    • 10 Juillet 2012 à 21h16

      eclair dit

      http://www.lepoint.fr/societe/exclusif-la-dcri-telephone-a-merah-2-heures-apres-la-tuerie-d-ozar-hatorah-10-07-2012-1483683_23.php

      Les fadettes de Mohamed Merah ont parlé. Les factures détaillées de son numéro de portable apportent leurs lots de révélations. On y apprend que la DCRI a eu huit contacts téléphoniques avec le tueur de Toulouse et Montauban entre le 22 octobre 2011 et le 19 mars 2012, jour où le djihadiste a assassiné quatre personnes, dont trois enfants, à l’école confessionnelle Ozar-Hatorah à Toulouse. Ce 19 mars 2012, alors que le terroriste venait de commettre ses crimes, il reçoit deux appels qui sont directement transférés sur son répondeur, l’un à 10 h 49, l’autre à 12 h 2, soit quelques heures seulement après l’effroyable tuerie. Les fonctionnaires l’avaient-ils déjà identifié comme suspect ? Si oui, pourquoi avoir attendu qu’il se retranche chez lui, deux jours plus tard, pour procéder à son interpellation ? 

    • 10 Juillet 2012 à 18h03

      livia dit

      Une bouteille à la mer :

      Fiorino

      Dove sei ?
      Hai visto non c’è più un certo settimanale sotto….dovresti essere contento no ?
      Forse sei in ferrie in Italia .
      Baci.

      • 11 Juillet 2012 à 10h39

        isa dit

        fiorino vous dit au revoir à tous, particulièrement à vous Livia, car, aussitôt qu’a cessé son abonnement, voire dans la minute, il n’ pu se reconnecter pour saluer tout le mnde.

        • 11 Juillet 2012 à 12h11

          Patrick dit

          Isa, vous pouvez lui dire au-revoir de ma part, ou arrivederci si vous préférez, et bon vent à lui.

    • 10 Juillet 2012 à 17h37

      livia dit

      Bibi

      En plein dans le mille .

      Si les niaiseux du N.Obs, ont fait une timide tentative (qui doit leur retourner les tripes) tant mieux, rien n’est totalement perdu, car si le NObs en parle cela autorise M.Valls a y regarder d’un peu plus près et faire qq déclarations réalistes.;-)

      Si ce meme hebdo pouvait se pencher aussi sur d’autres sujets ,on avancerait certes comme des tortues, mais meme centimètres par cms …

    • 10 Juillet 2012 à 17h32

      L'Ours dit

      Bibi,
      ça me rappelle le procès  Kravtchenko où un certain Edgar Morin (et tant d’autres) était  le premier à le considérer comme un menteur et à défendre l’URSS contre lui!
      S’être trompé à ce point – il l’a reconnu bien trop tard – ne l’empêche pas de gueuler contre Elisabeth Lévy en indigné fier de sa bonne âme, pour sortir d’autres niaiseries sur les pôv palestiniens ou les pôv qui vivent dans des ghettos chez nous et qu’on veut stigmatiser.
      Quand on fonctionne à l’idéologie, ça ne se soigne pas, c’est le réel qui se trompe! 

    • 10 Juillet 2012 à 17h07

      Bibi dit

      Je viens de voir le docu.

      Comme Quad, je pense que “fallait-il/pas ?” n’est plus pertinent. Et je suis également inquiet d’un retour à l’autocensure. Le dossier du NObsessionnel est encore teinté des niaiseries hallucinées, et je souhaite que d’autres organes médiatiques trouvent l’honnêteté intellectuelle de saisir et de rapporter les évènements et les phénomènes tels qu’ils adviennent et se manifestent.
      Cette “découverte” de l’anti-judaisme chez les “jeunes” aurait été risible si les actes n’étaient pas tragiques. Et ce n’est qu’un exemple. Ça rappelle le moment où certains ont découvert que le communisme soviétique était moins paradisiaque que celui qu’ils défendaient. Des millions avaient été affamés, déportés, internés, morts, emprisonnés, torturés, d’autres “seulement” privés des libertés fondamentales – mais durant des années on ne voulait rien savoir, sous divers prétextes (hormis ceux qui savaient plus ou moins et justifiaient ces actes).

    • 10 Juillet 2012 à 16h40

      quadpater dit

      L’Ours, pensez shadok ! souvenez-vous : “s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème”.
      C’est tellement vrai !
      “fallait-il ou pas ?” est un (pardon M. Mihaely) mauvais débat. L’enregistrement a été diffusé, nous ne pouvons pas effacer cet événement, nous n’allons pas non plus faire un procès à Tf1. Nous savons aussi que tout média fera la même chose dès qu’il en aura la possibilité, et qu’il ne nous demandera pas la permission.

      Nous devrions maintenant parler des conséquences possibles de cette diffusion. Moi en fait ce qui m’inquiète ce sont les conséquences de la “censure a posteriori”. À mon avis c’est cent fois pire que la simple diffusion, parce que les fantasmes, les complots, les rumeurs et les ragots vont refleurir aussi sec.