Faire campagne sur les chiffres, un mauvais calcul pour le PS
Rue89 / Causeur : sixième round
Publié le 04 novembre 2011 à 9:30 dans Politique
Mots-clés : François Hollande, Nicolas Sarkozy, PS, UMP

Couverture de Paris-Match 17 mars 2005
Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la “battle” sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Gil Mihaely et Pierre Haski débattent du programme du PS.
Six mois avant l’élection présidentielle, une chose est déjà certaine : pour le PS, c’est raté. Si Nicolas Sarkozy n’est pas assuré d’être réélu − tant s’en faut −, le Parti socialiste a en tout cas raté l’occasion de proposer un véritable choix aux électeurs. Certes, François Hollande pourrait être le prochain président de la République, mais s’il est élu, ce ne sera pas pour son « programme ».
Sur les questions de fond, c’est-à-dire l’Europe et la dette, les propositions de François Hollande ne diffèrent guère de celles de Sarkozy. Tous deux entendent accélérer l’intégration européenne d’un côté, réduire la dette sans casser la croissance de l’autre. En clair, ils proposent d’avancer vers un ministère européen des Finances qui disposerait d’un droit de regard sur les budgets des États-membres, afin de pouvoir réduire les dépenses publiques et augmenter les impôts. Tout cela, bien sûr, sans casser une croissance déjà moribonde.
Au lieu d’une véritable alternative politique, le PS a concocté un paquet de « mesures concrètes ». Tellement concrètes qu’à l’instar des 60 000 postes dans l’enseignement et des 300 000 emplois jeunes/seniors, elles ont été sérieusement déplumées par le feu croisé des candidats aux primaires. Mais les socialistes ne se sont pas contentés d’être concrets ; ils ont aussi voulu paraître sérieux. Ils ont donc chiffré leurs projets, offrant ainsi une cible facile à leurs adversaires. Un projet doit certes être crédible, mais avant tout défendre une vision du monde au lieu de présenter des tableaux Excel en guise de manifeste politique.
Le lâchage pur et simple du projet par Jérôme Cahuzac, président PS de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, révèle les limites de ce « programme ». Adopté en mai sur la base d’une prévision de croissance fantaisiste, le projet PS ne pouvait qu’être caduc quelques mois plus tard. Du coup, les dirigeants du parti doivent admettre que leur programme est irréaliste et qu’ils n’en appliqueront qu’une partie, sans préciser quelles mesures seront privilégiées. Mais ce n’est pas tout. Au lieu de s’assumer et de proposer une réforme fiscale digne de ce nom qui augmenterait les impôts dans le but de réduire massivement les écarts de richesse, le PS cherche à financer son budget fantôme et tombe dans un deuxième piège : les niches fiscales et sociales. Voilà où se cacheraient les milliards ! Raté : les niches sont un mirage financier !
Commençons par les niches sociales. Ces allègements du coût du travail − comme la réduction des charges sociales sur les bas salaires, qui représente à elle seule un manque à gagner annuel de 21 milliards − sont jugées (très) efficaces par la Cour des comptes. Leur suppression coûtera donc plus cher que leur maintien… Quant aux niches fiscales, elles agissent comme des opérations de discount. Vous vendez un produit 20 euros avec 50% de remise, vous en écoulez 10 exemplaires et votre chiffre d’affaires atteint 100 euros. Comme vous subissez un manque à gagner théorique de 100 euros, vous décidez de mettre fin au scandale en rétablissant le prix d’origine. Sauf qu’à 20 euros le produit, vous en vendez moins et votre chiffre d’affaires s’effondre. Or, dans son projet, le PS a compté les 100 euros de manque à gagner comme de l’argent frais qui entrera en caisse dès que la remise sera annulée. Ainsi, la suppression de la niche la plus décriée, dite « Copé », qui aurait coûté 22 milliards d’euros à l’État en trois ans, ne rapportera pas 22 milliards, ni même 9 ou 10 (le coût de cette niche selon la Cour des comptes). Et voilà que s’évanouissent les moyens qui devaient financer les « mesures concrètes »…
Mais le pire est le fiasco de la « règle d’or ». Dans leur obsession de garder leur « triple A », les socialistes se sont joints à une initiative absurde de l’UMP : interdire la dette par la Constitution ou, a minima, par la Loi. Quelle absurdité ! S’il en a la volonté politique, rien n’empêche en effet un gouvernement démocratiquement élu d’abaisser le niveau de la dette. Dans le cas contraire, rien ne l’empêchera de s’endetter jusqu’au cou. Ne serait-ce que pour cette faute politique, les socialistes méritent de perdre l’AOC « Gauche ».
Niveau calendrier, le PS a mis la charrue avant les bœufs, l’élaboration du programme ayant précédé le choix du candidat. Pas fou, le vainqueur des primaires s’est débarrassé de la camisole du projet socialiste sans même laisser aux militants le temps de faire leur deuil. Enfin, il faut se rendre à l’évidence : durant les primaires, les électeurs de gauche ont massivement voté pour le candidat qui, après Valls, était perçu comme le moins à gauche (on exclura du champ le fantôme Baylet) et le plus pragmatique, bref, le plus capable, comme son modèle François Mitterrand, de faire une chose et son contraire. Autrement dit, ils ont privilégié la personnalité du candidat au détriment des idées. Puisqu’on reproche à Sarkozy son comportement pendant la première moitié de son mandat, les électeurs socialistes ont choisi un autre homme − à défaut d’une autre voie. De ce point de vue, François Hollande représente bel et bien une alternative au Président de la République : difficile de trouver une personnalité plus différente de celle de l’homme du Fouquet’s et du bouclier fiscal que celle du député de Corrèze. C’est un choix légitime qu’il faut tout simplement avouer et assumer au lieu de faire semblant d’avoir un « programme ».
En face, Nicolas Sarkozy a intériorisé ces critiques et joue désormais l’homme d’État pragmatique, discret et pédagogue. L’ennui, c’est que, grâce aux socialistes, les deux candidats majeurs à l’élection présidentielle de 2012 se font réellement concurrence non pas sur des idées et des projets mais sur une seule et unique question : qui ressemble le moins au Nicolas Sarkozy de 2007 ?

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L'auteur
Gil Mihaely est historien et journaliste.
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morsang dit
je ne sais qui est cet humoriste au troisième degré mais
si j’ai bien compris, aprés avoir reproché pendant des décennies au parti socialiste de ne pas avoir fait son “bad godesberg” voila qu’au moment oû il rejoint (au moins par une certaine réserve sur ses propositions illusoires habituelles)les réalités économiques de l’Europe ,on se met à lui reprocher de ne pas engager” le grand soir des ouvriers et des paysans” en égalisant tout par les impots
Dans cette hypothése ce n’est pas la perte du fameux triple A qui nous attendrait mais plutôt l’entrée dans le club trés fermé représenté par Cuba,la Corée du Nord et la Biélorussie de l’excellent Loukatchenko
JMS dit
Mais le Ps tiraillé entre deux courants antagonistes ne peut pas être clair dans la politique qu’il propose..
D’où le choix du mollasson, comme candidat, on part pour faire la révolution, on se retrouve avec Guy Mollet…
Mollasson, gauche molle, Guy Mollet.
Marie dit
@Lionnel L
“et fait un assez beau parcours pour l’instant pour se couler dans le rôle.” ha bon , que fait il en ce moment pour apporter un projet solution à la crise gercque? rien il flatte à la façon chirac le cul des vaches en Correze, tel un vieux sénateur de la 3ème !
rico211 dit
Quand on pense qu’au début de l’autre siècle c’était la Section Fransaise de l’Internationnale Ouvrière (SFIO) drole non?
RRF-Peypinois dit
Bravo Thalcave pour votre post (10h49) : belle lucidité et bien dit !
J’aime ça.
L'Ours dit
“[les socialistes] Ils ont donc chiffré leurs projets, offrant ainsi une cible facile à leurs adversaires. Un projet doit certes être crédible, mais avant tout défendre une vision du monde au lieu de présenter des tableaux Excel en guise de manifeste politique.”
Pas tout à fait d’accord. Pour moi, présenter un tableau de chiffres, c’est plus honnête et plus parlant que tout le blabla fait pour nous entuber et qu’on appellera “vision du monde”.
Mais par ailleurs oui, ils ont fait un cadeau à leurs adversaires, puisque les chiffres sont fous!
isa dit
Tous les modèles écos prévisionnels sont faux.
Lionel_Lumbroso dit
D’accord avec Impat1.
L’article fait une bonne analyse de la situation, mais ça ne devrait pas être une telle surprise de s’apercevoir que l’élection présidentielle est “la rencontre d’un homme et du pays”.
Les turpitudes du PS ne devraient pas être une surprise non plus, elles durent depuis le refus d’un discours de vérité et de l’aggiornamento de la vocation du parti, il y a 18 ans, lors du “tournant de 1983″, vrai baptême de la gauche à la rudesse de la politique réelle.
Hollande “capable de faire une chose et son contraire”, ça n’est pas très utile, comme commentaire. Je dirai plutôt qu’il a été le seul au PS à montrer les signes qu’il était peut-être bien capable de gouverner. Il semble avoir bien compris depuis 8-9 mois la nature de la fonction à laquelle il postule et fait un assez beau parcours pour l’instant pour se couler dans le rôle.
Et il est somme toute logique que lorsqu’on essaye sérieusement ainsi de se préparer à la fonction, on en arrive logiquement aux même grandes solutions à quelques nuances près.
Le face-à-face Sarko-Hollande sera, du coup, peut-être le débat le moins caricatural depuis longtemps. Moi, j’aime à penser que mon vote n’est acquis d’avance ni à l’un ni à l’autre, même si comme le sous-entend Impat1, Sarko a encore beaucoup d’avance en crédibilité et en carrure constatée à l’international.
isa dit
Contrairement à vous, Lionel, je pense que la situation du pS n’a jamais été pire que durant la gestion Hollande;
une catastrophe au moment du référendum européen, et une catastrophe annoncée à son ex-meuf aumoment des présidentielles.
agatha dit
“Hollande a été le seul…” non, pas le seul, au contraire, ça a plutôt été une roue de secours après le forfait de DSK.
En fait, le PS a d’abord voulu nous faire voter pour Royal (qui bizarrement est méprisée après avoir été sacrée), puis pour DSK (qui était censé nous représenter au mieux), et maintenant pour Hollande. C’est promis-juré, lui, c’est le bon.
Et peut-être effectivement sera-t’il élu. S’il sera un bon président : personne n’en sait absolument rien.
Thalcave dit
Mitterrand, socialiste de fraiche date mais politicien consommé, modèle de tous les apparatchiks, notamment ceux du PS (mais aussi de Chirac et de ses amis) a plongé ses thuriféraires dans la piscine glacée du marché unique en préparant l’euro avec son ami Kohl et le serpent monétaire. Autant dire qu’il a mené une politique libérale radicale qui s’impose de l’extérieur par l’Europe, faute de l’imposer de l’intérieur par la représentation nationale qui ne l’a d’ailleurs pas compris en continuant de développer l’Etat providence, la fiscalité des investisseurs et en multipliant les couches coûteuses du mille feuilles des barons locaux à la mode marseillaise Deferre, prolongée par Guérini. Il aura quand même fallu 26 ans pour que cette contradiction architecturale n’éclate. Les socialistes ont supprimé les plans quinquennaux; ils ont fermé les yeux sur le mal endémique du manque de croissance comme l’a montré le rapport sur les retraites de Charpin , dernier commissaire au Plan sous Jospin, aussitôt contré par le rapport Teulade qui a promis 40 ans de croissance brillante effaçant toute nécessité de réforme. La politique du PS, c’est pas de réforme grâce à la croissance. Et la croissance sans investisseurs avides de profit. D’où viendrait alors la croissance? Il suffisait d’écouter ce matin Daniel Cohen sur France Culture : les Allemands produisent grâce à leurs technologies ataviques et les autres Européens de la zone euro dépensent grâce à la BCE perdant son indépendance et mise sous l’autorité de Mr Barroso.
C’est simple, pas besoin d’aller festoyer au Fouquet’s avec de grands investisseurs pour tenter lamentablement de naturaliser l’esprit d’entreprise en France. D’autant que Bolloré préfère investir en Côte d’Ivoire et au Gabon où on n’a pas besoin de niches fiscales pour gagner de l’argent.
Mitterrand allait il se répandre en vulgaires agapes avec les milliardaires à qui il a fait la courte échelle : Pinault le papetier de Fabius, Arnault l’héritier morganatique de Boussac Michelin l’authentique héritier de l’empire familial en perdition renfloué à coups de milliards sans contreparties? Et pourtant malgré tout son machiavélisme, Mitterrand n’a pu extirper de ses milliardaires et du chancelier Kohl, la croissance qui aurait conjuré le gonflement du chômage. On a tout essayé, confessait-il, fataliste, à la garden party du 14 juillet. Vogue la galère, après moi le déluge!
Que va pouvoir faire le gentil Hollande de tout cet héritage? Nommer tous ses amis politiques à des sinécures publiques sous les yeux de Me Merkel et avec son argent? Pas évident!
La réponse des Cohen, Piketty et consorts s’exprime d’abord sur le terrain fiscal, non pas pour attirer les investisseurs mais pour les taxer : payer ses assurances en fonction progressive de ses revenus. Pourquoi pas payer son bilet d’opéra Bastille, sa feuille de déclarationd e revenus à la main.C’est Roland Dumas qui serait bien embêté; il ne paie jamais rien, les autres paient pour lui, c’est une figure purement Mitterrandienne (faites ce que je vous dis mais pas ce que je fais, et crevez de rage, vous n’y pouvez mais. Faire de la politique ce n’est pas faire de la morale; demandez donc à Strauss Kahn et à un autre niveau, quand même, à Roosevelt et Staline).
Rendez vous donc en 2012+2, soit 2014 : un nouveau tournant de la rigueur avec 5 millions de chômeurs? Un saut dans l’inconnu comme à la fin de Weimar!
Thalcave dit
Je suis hébété d’incompréhension devant la furieuse envie des impétrants socialistes à jouer les Papandreou. De même que je suis fasciné par les électeurs Grecs tout prêts à voter par referendum contre le plan d’aide de Bruxelles.
isa dit
Thalcave, il paraît que les mendiants sont de retour en très grand nombre à Athènes, que même manger est un problème pour de très nombreux grecs.
alors, comme toujurs, il faut un bouc émissaire, l’euro, l’europe, on ne réfléchit palus avec sa tête mais avec ses tripes.
j’ai aussi lu que la gauche radicale est représentée au parlement.
Thalcave dit
D’accord, la situation des Grecs est terrible. Mais sans l’aide du plan de Bruxelles, ce sera deux fois pire.
Papandreou espérait-il faire approuver le plan de Bruxelles ou le maintien dans l’Euro? Plutôt calcul de politicien retors voulant se défausser de ses responsabilités et garder le pouvoir sans convoquer de nouvelles élections législatives qui l’auraient précipité derechef dans les poubelles de l’histoire.
Il semble que la majorité des dirigeants grecs, de tous bords, aient pris peur face à ce referendum! Ils ne font pas confiance au peuple! Ils n’ont pas tort sur un sujet complexe, il n’y pas de réponse binaire, yakafokon. Ce n’était d’ailleurs pas l’avis des socialistes français. J’ai entendu Cambadélis dire qu’on ne pouvait pas suspecter le peuple : Vox populi, Vox dei. En fait, bas calcul, il était ravi de voir le plan Sarkosy/Merkel et le G20 de Sarkosy foutus par terre. La politique du politicien ne s’embarrasse pas de l’intérêt des peuples.
C’est pourquoi le peuple n’a pas confiance en ses représentants. Pour traiter un dossier complexe, ils ont eu largement le temps de montrer qu’ils étaient incompétents aux yeux des plus ignares.
Mais comme le montre l’article ci dessus, on ne vote pas pour les hommes politiques pour leur capacité mais pour leur style!
isa dit
Réponse à votre 12h20:
Tout à fait d’accord.
Impat1 dit
Le choix en effet doit se faire, et se fera, essentiellement en fonction des personnalités. Mais la différence de personnalité ne se limite pas, loin s’en faut, au “bling-bling” ou non de la première période Sarkozy.
Cette comparaison doit d’abord porter sur:
L’énergie
La volonté d’agir
La capacité de réformer, c’est-à-dire non seulement d’avoir les idées des réformes à faire mais aussi, mais surtout, de savoir tenir un cap sans céder à l’immobilisme prudent et aux oppositions systématiques.
La force de conviction, en particulier vis-à-vis des chefs d’Etat et de gouvernements étrangers.
…..
isa dit
Deux ailes de trop.