Laurent Fabius pose déguisé ce jour en une du Parisien Magazine. Probablement envieux de ses collègues arborant la marinière ou le maillot de l’équipe de France (avec des fortunes diverses), il singe un présentateur météo, plus Alain Gillot-Petré que Tania Young, dans une tenue peu seyante. Régulièrement brocardé pour son attitude taciturne, le Ministre des Affaires Etrangères débute une campagne téléguidée façon Jacques Séguéla pour se rapprocher du petit peuple.

Un exercice dont notre homme est familier, obsédé qu’il est de casser son image de fils de (trop) bonne famille. Les plus anciens d’entre vous se rappelleront d’antiques tentatives fabiusiennes de gauchissement sémantique. Ainsi, lors du premier septennat Mitterrand, le plus jeune Premier Ministre de France s’était pointé à l’Elysée en 2 CV. Toujours dans le registre, « Lolo, l’ami du populo », on peut aussi évoquer ses interventions lors du débat sur le référendum de 2005 où le député de Seine-Maritime avait accompagné son repositionnement (autoproclamé à la gauche du parti) d’une apologie de la StarAc et des carottes râpées. Peuple, on vous dit. Peuple. Ouf, à quelques années près, on a échappé de peu à une déclaration d’amour à la 8,6 et à Nabilla.

Mais revenons en 2014, si son interprétation de l’agent d’accueil à Roissy était admirable et le coup du somme improvisé en réunion plutôt rock’n’roll, son apparition du jour mérite aussi les louanges. Le Parisien nous dévoile le making-of d’une séance photo qui fera date : « Jeudi 12 juin, 9h50 : (…) A son arrivée, nous lui proposons de poser avec un ours polaire (loué à une galerie d’animaux naturalisés) juché sur un bout de banquise en polystyrène. Refus ferme, mais argumenté : l’image ne serait pas assez proche des gens. » Autre indiscrétion croustillante, l’ex-premier ministre « acceptera aussi de lancer une planète en forme de ballon devant l’objectif de notre photographe Audouin Desforges. Et de porter un énorme ballon comme un sac à dos afin d’illustrer son travail de globe-trotter du climat. »

Même si les images sont franchement réussies et son autodérision m’ont bien fait marrer, on peut être circonspect en pensant à la crédibilité diplomatique du pays dont notre nouveau M.Météo est le premier représentant sur la scène internationale.

Une incertitude demeure, faut-il voir dans son doigt pointé sur le fond vert l’annonce d’une nouvelle dépression ici ou là ? De toute façon, comme chacun le sait, la météo ne dit que des conneries…

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est contributeur de Causeur.Nicolas Routier est journaliste, contributeur de Causeur.
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