Eva pas joli, joli…
Le populisme soft d’une juge très politique
Publié le 08 juin 2009 à 1:31 dans Politique
Mots-clés : Europe Écologie, Éva Joly
Parmi les griefs informulés de François Bayrou contre Dany Cohn-Bendit, celui de lui avoir piqué l’ex-juge Eva Joly n’était pas pour rien dans son agressivité lors de la désormais fameuse émission “À vous de juger” du jeudi 4 juin sur France 2. La blonde norvégienne aux lunettes rouges était courtisée à la fois par le Modem et par les Verts pour figurer sur leur liste lors des élections européennes. Après avoir fait lanterner quelque temps ses soupirants, comme il se doit pour faire monter les enchères, elle choisit le rouquin et repoussa le Béarnais.
On ne spéculera pas sur les raisons de ce choix, dont les ressorts sont enfouis dans la conscience de l’intéressée, mais on pourra constater qu’il s’est révélé payant : sa visibilité dans le dispositif électoral des Verts et son élection en Ile de France en sont les preuves. Elle seule, par exemple, est apparue aux côtés des têtes de listes sur les affiches des Verts dans les huit circonscriptions électorales métropolitaines. Il n’est pas sûr que François Bayrou, qui tient le même rôle sur les affiches du Modem, lui eût galamment cédé la place ou proposé un billet assuré pour Strasbourg…
Dany Cohn-Bendit, maître d’œuvre de la captation et de la mise en scène d’Eva Joly au profit de sa formation politique s’est, tout au long de cette campagne européenne, révélé un maître tacticien. Après avoir rassemblé sous son autorité les “vedettes” médiatiques de l’écologie et du tiers-mondisme, il pousse en avant une personnalité susceptible de drainer les voix de ceux qui ont, à l’égard de la classe politique une méfiance instinctive.
Et rien n’est plus apte à attirer les clients qui braillent “Tous pourris !” au Café du commerce sans pour autant se précipiter dans les bras du Front national, qu’un bon juge qui met au trou les puissants et les riches. C’est le populisme “soft”, celui qui ne traîne pas avec lui des relents nauséabonds du siècle dernier, et vous permet d’être beauf sans cesser d’être bobo. Ce coup-là n’avait déjà pas mal réussi à Philippe de Villiers avec l’inclusion dans sa liste de feu le juge Thierry Jean-Pierre, l’homme de l’affaire Urba dans sa liste lors des européennes de 1994.
L’avantage, avec une personnalité de ce type, c’est qu’on ne va pas lui chercher des poux dans la tête, scruter sa biographie, explorer sa vie privée comme cela se pratique avec les hommes et femmes politiques classiques. Un(e) juge inspire encore de la crainte aux paparazzis et fouineurs médiatiques de tout poil, ne serait-ce parce qu’on lui prête des relations dans une corporation qui peut vous créer quelques désagréments….
Dans le cas particulier d’Eva Joly, on prendra d’autant plus de précautions que la dame est chicaneuse, et qu’elle n’hésite pas à traîner devant les tribunaux ceux qui mettent en cause ses qualités de magistrate anti-corruption. Ainsi, Philippe Cohen et Pierre Péan avaient émis l’hypothèse, dans leur livre La face cachée du Monde que notre juge était une “honorable correspondante” du journal Le Monde, balançant à tout va ce qui se passait dans son bureau au mépris de ce pauvre secret de l’instruction déjà bien malmené. Ces affirmations étaient fondées sur de troublantes coïncidences, relatives aux auditions de “clients” d’Eva Joly au pôle financier du tribunal de Paris et la publication quasi-simultanée dans Le Monde des procès-verbaux de ces auditions. Déboutée en première instance, Eva Joly l’emporta devant la Cour d’appel au motif que Péan et Cohen n’avaient pas effectué “d’enquête sérieuse” pour apporter la preuve de leurs accusations. Me trouvant dans les parages à l’époque des faits, et dans une position me permettant d’avoir quelques éléments d’appréciation de cette affaire, je peux aujourd’hui avancer qu’en la matière, Péan et Cohen étaient très probablement dans le vrai. Mais s’il advenait qu’Eva Joly me fasse l’honneur de me traîner devant la justice de mon pays pour ces propos, ce serait ma parole contre la sienne, car les récipiendaires des photocopies provenant de son cabinet se retrancheront derrière la “protection des sources” pour se taire.
Elle tenta, également, mais cette fois-ci sans succès de faire condamner Claude Chabrol qui avait retracé, dans son film L’ivresse du pouvoir les péripéties de l’affaire Elf, qui propulsa Eva Joly sur le devant de la scène judiciaire et médiatique. Dans cette fiction qui colle au réel comme un timbre sur une lettre, le rôle d’Eva Joly est interprété avec son talent habituel par Isabelle Huppert, et montre une juge en proie à de douloureux problèmes familiaux qui poursuit de sa vindicte implacable un dirigeant d’une grande entreprise sans le moindre souci d’équité que la loi impose au juge d’instruction. Instruire “à charge et à décharge”, ce n’est pas la tasse de thé d’Eva Joly, lorsqu’on lui confie le sort de ces riches et puissants auxquels la justice s’intéresse. Il faut qu’ils craquent comme Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG d’Elf, avec qui la détention provisoire est un moyen de pression pour lui faire avouer les délits dont il est accusé. Une méthode que les amis de Dany Cohn-Bendit ne manquent pas de fustiger lorsqu’il s’agit, par exemple, d’un présumé saboteur de TGV…
Par ailleurs, de l’avis général des “professionnels de la profession”, elle a été une magistrate aussi nonchalante que médiatique. Elle n’hésita pas, par exemple, alors que l’affaire Elf dont elle était saisie était en pleine instruction, à déserter son cabinet pour effectuer, pendant six mois le stage prestigieux de l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), réservé à d’éminentes personnalités de la société civile pour les mettre au parfum des questions militaires et stratégiques. Sa dispersion et sa présence forte dans les médias auraient contribué au bousillage de dossiers qui lui étaient confiés, grâce à quelques bourdes procédurales grossières qui auraient permis à quelques gros poissons d’échapper à leur juste châtiment. On murmure que Roland Dumas, qui fut un temps dans son collimateur, et qui sortit au bout du compte blanchi des procédures menées à son encontre, lui envoie des fleurs chaque année pour son anniversaire.
Peu importe, la belle histoire de la pauvre petite Norvégienne, fille d’ouvrier devenue jeune fille au pair à Paris dans les années 1960, épousant le fils de la famille et grimpant les échelons du mérite pour donner un coup de balai salvateur dans les écuries de la République, fait toujours recette dans les chaumières.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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pasdejustice dit
M. Goebbels-Rosenzweig nous a pondu un bien joli article pour défendre la racaille politique. Ce monsieur n’appartient-il pas à l’équipe qui a monté l’affaire du RER.? Ha ” Marie d’en France” cette si belle une de Libé.
Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur les gens que M. Goebbels-Rosenzveig défend, il suffit de se rendre sur le site STOP à l’ Oubli ou Défense des Citoyens.
Au fait , une question .
Qui paye M. Rosenzvveig ? Les mêmes que ceux qui ont payé pour faire écrire La République des Juges.
durcet dit
Décidément, n’y a-t-il que Bibi Netanyahou et Avigdor Lieberman qui trouvent grâce aux yeux de Luc Rosenzweig?
chris dit
L’article de Luc Rosensweig sent un peu la revanche facile. Eva Joly a le droit. comme toute personne qui en fait la démarche volontaire de se présenter à un suffrage. Oui, tout n’est pas blanc ou noir. Et alors?
og dit
Mme Joly n’est pas une personne honnête. Sa récente interview dans l’Express le démontre. Elle décrit le juge d’instruction comme un contrepoids, alors qu’il doit instruire à charge et à décharge (être donc l’incarnation de la balance judiciaire). Si le juge d’instruction est un contrepoids, il ne peut pas être équilibré, et il instruit exclusivement dans un seul sens (à charge). Ce qu’elle a fait pendant toute sa carrière, au point de donner paradoxalement raison à Sarkozy quand il veut supprimer le juge d’instruction.
Quant à la communication de PV au journal le Monde, elle ne peut matériellement émaner que du cabinet du juge d’instruction: la personne interrogée et son avocat ressortent du cabinet du juge, auprès l’audition, sans le moindre exemplaire du procès-verbal (qui n’est communiqué au mieux que plusieurs jours après); de toute façon, le procureur et le bâtonnier ramèneraient de vive force à la raison l’inconscient plaideur qui entendrait malmener les dispositions de l’article 11 du Code de procédure pénale sur le secret de l’instruction. Il n’apparaît pas davantage qu’un journaliste se soit hasardé à cambrioler le cabinet du juge: des poursuites auraient été immédiatement lancées contre le malandrin, à la demande même du juge. Il ne reste donc comme acteurs que le juge et son greffier, qui seuls ont pu remettre les documents de telle façon que les journalistes ne soient pas inquiétés ensuite, et sans que les magistrats à l’origine de la communication trouvent à s’en plaindre…
nadia comaneci dit
@Benji “Rien que le film sur France2 le vendredi soir a dû au moins lui apporter 2 ou 3%”
Si France 2 avait diffusé Mad Max, vous croyez que les Français auraient voté pour Lalanne ?
Je ne crois pas une seconde au film qui change tout, le mouvement vers EE était déjà très amorcé. Par contre l’attaque sous la ceinture de Bayrou en a sûrement refroidi plus d’un.
Je vous suis par contre sur le sens et l’avenir de ce vote fourre-tout. DCB, Joly et Bové ne font pas une équipe sérieuse pour des élections nationales.
Benji dit
La liste Cohn Bendit est une liste fourre-tout, qui attire des personnes dépolitisées, non structurées idéologiquement, qui vote par “coup de coeur”, ou ne votent pas. Rien que le film sur France2 le vendredi soir a dû au moins lui apporter 2 ou 3%.
Ses 16% seront donc sans lendemain. Ils n’empêcheront pas les écologistes de faire 3% à la présidentielle en 2012.
Il faut plutôt s’intéresser aux abstentionnistes, et demander aux 50% parmi les 60% de non-votants qui se disent mécontents dans les sondages d’aller la prochaine fois exprimer dans les urnes leur insatisfaction et leur désir de changement véritable. Car, remarquons-le, tout le monde se moque dans les élites médiatiques et politiques de cette abstention. C’était prévisible.
http://www.levraidebat.com
Arthur dit
Dire que Mme Joly a “déserté son cabinet pdt 6 mois pour l’IHEDN” est très excessif ! L’IHEDN recrute en général des personnes qui sont en activité et qui suivent cette formation en parallèle avec leur métier. Cela représente qq jours de conférences chaque mois et pour peu que l’on accepte d’y consacrer ses congés c’est tout à fait compatible avec une activité professionnelle, c’en est même le principe puisque l’objectif est d’initier à l’esprit de défense les autres catégories socio-professionnelles…
En général, lorsqu’on vous propose d’intégrer l’IHEDN, je ne connais pas beaucoup de personnes qui refusent…
Jardidi dit
La flinguage de Luc Kyluke est vraiment très fort mais ce qui m’intéresse est le succès d’Europe-écologie. La clef en serait donc de rassembler des personnalités médiatiques écologistes plus un juge connu considéré comme anti-corruption.
Le médiatique serait-il le seul viatique, la panacée-thanol ?
Gilbert dit
Si “un bon juge qui met au trou les puissants et les riches, c’est du populisme “soft””, vous admettrez donc, M. Rozenzveig, que lorsque les jugent mettent au trou les pauvres purotins, sans protection particulière (comme c’est plutôt la règle, non ?) il s’agit là de justice de classe. N’est-ce pas ?