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Euthanasie : la société doit savoir ce qu’elle veut

Réponse à Théophane Le Méné

Publié le 24 décembre 2012 à 9:00 dans Société

Mots-clés : , ,

euthanasie hopital sante

Dans son article “Euthanasie : un Homme, combien d’éléphants ?” publié dans nos colonnes vendredi , Théophane Le Méné avance une hypothèse dérangeante : et si derrière le projet affiché de permettre à certains malades de “mourir dans la dignité”, se cachait la volonté d’« arrêter les frais »  lorsque certaines vies  coûteuses sont jugées pire que la mort ? Formulée ainsi, la question du « coût de la vie » ou plus exactement du coût du maintien en vie, choque.  À la réflexion, elle mérite pourtant d’être posée, avancée et débattue. Aussi difficile à admettre que cela puisse paraître, la vie a un prix et puisque nous vivons dans un monde où les ressources sont limitées le terme « prix » n’évoque pas un vulgaire chiffre qu’on peut traiter par le mépris mais pose la question de l’alternative : à quoi renonce-t-on quand on fait un choix quelconque ? Dans le contexte de la politique de santé, cette question sera formulée ainsi : les moyens consacrés à maintenir un malade en grande souffrance et sans espoir de guérison ne pourront pas être investis ailleurs pour soigner ou sauver quelqu’un d’autre.

En politique comme en économie, nous gérons des ressources limitées. Faute de moyens disponibles pour tout le monde, il faut réguler : par le libre consentement, la coercition, la contrainte du prix ou de l’attente, le tout est de décider qui obtiendra quoi et quand. Tout en n’étant pas un produit comme un autre, la santé n’échappe pas à cette règle. Il existe donc une politique et une économie de la santé, donc de la vie. À l’examen, l’adage « la vie n’a pas prix » s’avère donc faux. Le problème est d’un autre ordre : alors que la personne concernée par l’euthanasie est assez facilement identifiable, le malade qui paiera le prix de la prolongation de cette vie est inconnue, c’est une abstraction. On ne saura jamais qui aurait pu être opérée si l’argent consacrée à la prolongation d’une vie avait été investi dans d’autres services. La surmortalité causée par la fermeture de certaines maternités en régions nous offre un parfait exemple des conséquences des choix opérés par notre politique de santé publique.

Ainsi, la décision politico-économique que nous aurons à prendre sur la question de l’euthanasie nous rendra aussi responsables de ces vies-là . Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas le droit de rejeter en bloc l’idée même d’euthanasie, mais que nous devons nous prononcer en connaissance de cause en assumant la responsabilité de nos choix.

*Photo : Fotos Gov/Ba.

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  • 27 Décembre 2012 à 0h26

    Bibi dit

    Mangouste,
    Selon les spécialistes, placer une question particulière dans le cadre de l’ensemble de cas auxquels elle appartient permet, en principe, d’avoir une vue générale et, par là, un jugement plus rationnel que celui opéré en ne se référant qu’aux contingences spécifiques. Car il y a des leçons à tirer d’une vision généraliste, où des statistiques (taux de succès/échec, par ex.) peuvent procurer des informations utiles aux décideurs.
    Il me semble que c’est dans cette perspective que GM se place.

    La mort choisie/accordée fait-elle partie de la politique/économie de la santé? Si d’après vous ce n’est pas le cadre approprié, dans quel cadre l’est-elle?
    Est-ce pour vous un sujet sur lequel des choix politiques (législation) peuvent, doivent, être faits?
    Quels facteurs et quels acteurs doivent et/ou peuvent intervenir dans la formulation de ces choix?

  • 26 Décembre 2012 à 22h05

    Mangouste1 dit

    Bibi,

    Désolé d’avoir été si long!

    “Tel que je l’ai compris, l’argument est qu’il s’agit d’un choix d’allocation de moyens dont la quantité est finie et insuffisante pour doter toutes les options au maximum. Et que si d’aucuns soutiennent que le choix en matière de prolongement/arrêt de soins pour une catégorie donnée de personnes relève d’un choix économique nécessitant de priver Paul pour nourrir Pierre, nous devons nous prononcer en connaissance de cause en assumant la responsabilité de nos choix.  Autrement dit, justifier l’euthanasie de cette manière n’est pas la conclusion de Gil (avec laquelle vous n’êtes pas d’accord) mais celle pour laquelle il ne fait que soutenir qu’il faut assumer la responsabilité.”

    A mon sens, GM montre bien la pertinence de l’argument du coût de la vie dans la politique de la santé. Je vous ai écrit que je le trouvais pertinent.

    Ce que je reproche à cet argument, c’est d’intervenir dans un débat, celui de l’euthanasie, où il n’a pas à intervenir selon moi, parce que je ne le trouve acceptable qu’a priori, au moment des investissements, du calcul des budgets, pas au moment de débrancher ou non pépé parce que sa machine pompe sur le même compteur que la maternité du dessus.

    Or, s’il intervient a priori, on ne parle plus d’euthanasie : les gens meurent dans ce cas parce qu’on ne peut plus les soigner, pas parce qu’on a décidé, sur place, devant la personne concernée, qu’il fallait arrêter les frais.

      

    • 26 Décembre 2012 à 22h07

      Mangouste1 dit

      Pardon pour le style!

      • 26 Décembre 2012 à 22h31

        Bibi dit

        No problem, Mangouste. Il y a des moments/questions où il faut prendre son temps pour réfléchir.
        Et quand ça intervient en même temps que d’autres faits/fêtes…
        A votre tour de patienter un peu ;-)

      • 26 Décembre 2012 à 22h48

        Mangouste1 dit

        Et en plus, le problème étant difficile, je crains fort de ne pas être très clair. Ainsi, vous vous doutez bien que je ne suis pas non plus favorable au fait de dire, a priori : “on va euthanasier “activement”, c’est-à-dire “piquer”, ceux-ci ou ceux-là, ça libèrera des moyens.

        J’attendrai le temps qu’il faudra. :o) 

      • 26 Décembre 2012 à 23h14

        Bibi dit

        Je pense vous avoir compris.
        Wait a bit and see.

  • 26 Décembre 2012 à 15h51

    Bibi dit

    La Belgique va de nouveau débattre de la loi autorisant l’euthanasie depuis 2002 afin de déterminer si elle peut être étendue aux mineurs et aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
    http://www.lepoint.fr/societe/la-loi-sur-l-euthanasie-elargie-aux-mineurs-en-belgique-18-12-2012-1603241_23.php

  • 26 Décembre 2012 à 1h08

    pattie dit

    Tout d’abord joyeux Noël à tous 
    Je n’ai pas le temps de m’exprimer ce soir car demain il y a “ėcole”
    J’ai pratiqué les hôpitaux pendant longtemps sur le plan professionnel et personnel avec malheureusement des parents malades et qui y ont terminé leurs vies et je peux vous dire que j’ai vu de telles aberrations que je suis totalement opposée à l’euthanasie .
    Je suis pour une fin de vie digne et contre l’acharnement thérapeutique mais il y a des soignants complètement tarés et dire que tout sera encadré je suis très sceptique.
    Le patient est client et les soins doivent être rentables!
    Je pourrais écrire un roman sur ce que j’ai vécu professionnellement  mais c’est Noël je ne vais pas plomber l’ambiance ceci dit il y a encore de très bons établissements avec des soignants compétents et humains.
    Essayons de mourir en bonne santé ….